Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

SCENES | Des spectacles à venir, "Riquet" (délesté de sa houppe) est sans conteste le plus émouvant et le plus abouti. Retour sur ce travail de Laurent Brethome qui passera par le Toboggan et tour d’horizon des propositions jeune public de la saison. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 9 septembre 2015

C'est quoi être différent ? Comment faire avec ce qui manque ? La beauté pour cette fille laide mais intelligente, la jugeote pour sa ravissante sœur, que leur père fatigué de porter la couronne veut marier à un prince repoussant ?

De toutes ces aspérités handicapantes, il émane une humanité qu'Antoine Herniotte a su magnifiquement retranscrire dans son adaptation de Riquet et que Laurent Brethome a transposé sur le plateau en éléments très concrets. Les robes de princesse sont en papier froissé, le château se dessine en direct, les baguettes magiques sont des brosses à WC... À cette apparente économie de moyens correspond une débauche de créativité et, surtout, un goût pour une forme artisanale de théâtre qui ramène à des émotions très enfantines.

Invité à ouvrir rien moins que le In d'Avignon cet été, Brethome a une nouvelle fois livré un spectacle très organique (la peinture dans Les Souffrances de Job, l'eau dans On purgé bébé et Tac) mais en maîtrisant mieux que jamais cette énergie qui le caractérise. La métamorphose finale des personnages de Riquet (au Toboggan le 3 novembre), enfin devenus eux-mêmes, est même absolument désarmante.

Cour royale

David Gauchard s'adressera lui aussi pour la première fois à un public plus jeune qu'à l'accoutumée ; de retour du Nunavik, terre des Inuits, il signe [Inuk], une fable mise en musique par son complice rappeur Arm (au TNG du 3 au 7 octobre, à Villefranche le 9 avril).

À venir également, Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin, le nouveau et très attendu ciné-spectacle de la compagnie La Cordonnerie, qui sait parler aux plus jeunes avec exigence, où l'événement historique heureux se mêlera au conte réinterprété (Villefranche le 19 mars, Croix-Rousse du 7 au 10 juin).

Deux des concurrents recalés de Joris Mathieu – dont la première saison à la tête du TNG s'annonce prometteuse – seront également dans l'agglomération : Christian Duchange avec son adaptation de Peter Pan (à la Renaissance, 10 au 12 mars) et Olivier Letellier. Ce dernier avait dérangé mais surtout séduit en s'appropriant le superbe texte de Marie-Aude Murail Oh boy !, histoire douloureuse d'un garçon homo devenu chef de famille. Pour avoir su rendre légère cette pièce grave, faisons-lui confiance pour sa nouvelle création, Venavi (Villefranche, 7 novembre), voyage en Afrique au cours duquel il sera encore question de mort et de fratrie.

Enfin, il faudra garder un œil sur Sur la corde raide (Villefranche, 21 mai), spectacle de marionnettes de la compagnie belge Arts & Couleurs d'après le grand auteur britannique Mike Kenny, déjà responsable de l'épatant et si dardennien Bouh (joliment transposé par Valérie Marinese à l'Élysée fin 2013).


Inuk

Par David Gauchard et la Cie L'unijambiste, 1h, dès 7 ans. Expédition au pays des Inuits
TNG-VAISE 23 rue de Bourgogne Lyon 9e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin

Par la Cordonnerie, 1h, dès 8 ans. Et si tout ce qu'on nous racontait sur Blanche-Neige était faux ? Ce ciné-spectacle nous place du côté de la méchante
Théâtre de la Croix-Rousse Place Joannès Ambre Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Dom Juan, bloqué dans l’ascenseur social

Théâtre | Mais qui est-il, ce Dom Juan ? Le colérique et survitaminé Nicolas Bouchaud chez Sivadier ? Le rationaliste de Vilar, le jouisseur en proie au doute (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2020

Dom Juan, bloqué dans l’ascenseur social

Mais qui est-il, ce Dom Juan ? Le colérique et survitaminé Nicolas Bouchaud chez Sivadier ? Le rationaliste de Vilar, le jouisseur en proie au doute de Lassalle... ou encore l'agnostique qu’Olivier Maurin a récemment présenté au TNP ? Pour Laurent Brethome et Philippe Sire, directeurs des conservatoires de La Roche-sur-Yon et de Lyon, il est un déclassé social, vivant sans le sou comme un étudiant dépendant des alloc', malgré un paternel blindé, rêvant de paillettes et de son quart d’heure de célébrité. Alors, il ne va cesser de s’imaginer plus beau et grand qu’il n’est ; comme le révèlera le quatrième acte, dans un container de fortune qui lui sert de logement au sein duquel il se cogne à tous les angles. Au premier abord, ce n’est pas cela qu’incarne Laurent Brethome, mais un Dom Juan volontairement agaçant, p’tit gars qui roule les mécaniques dans un décor presque vernis sur lequel rien n’adhère ; il dragouil

Continuer à lire

La Cordonnerie, des contes en triple

Théâtre | Toujours en vadrouille à travers la France, les Lyonnais de la compagnie La Cordonnerie sont régulièrement rappelés par le théâtre de la Croix-Rousse qui leur offre un jubilé début novembre avec la reprise de trois de leurs ciné-concerts : des contes distordus avec brio.

Nadja Pobel | Mardi 15 octobre 2019

La Cordonnerie, des contes en triple

Depuis le début des années 2010, les tubes s'enchaînent pour La Cordonnerie. Ils ont leur recette qui, loin de s'affadir, prouve de création en création qu'elle contient les bons ingrédients. Ainsi Métilde Weyergans et Samuel Hercule fabriquent-ils des ciné-spectacles à partir des contes, voire en tirant Shakespeare et Cervantès par la manche ((Super) Hamlet repris dans cet hommage et Dans la peau de Don Quichotte). En 2015, ils livraient Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin, qui sera joué ici le jour même de la célébration de ce trou percé dans la capitale allemande le 9 novembre 1989. Le Théâtre de la Croix-Rousse y adjoint judicieusement dans la foulée un concert de Rostropovitch par le Quatuor Debussy. En ce jour historique, le Russe avait attrapé son violoncelle pour interpréter Bach au pied de ce pan de la honte. Il était une fois Mais pour entamer cette rétrospective du duo lyonnais, Hansel et Gretel reviennent. Ce ne sont pas les enfants de Grimm mais un couple de vieux. Ils ont été magiciens, stars de l'émission La Piste aux étoiles

Continuer à lire

Au bout des contes : et pour les enfants, quelles pièces réserver ?

Conte | Loin du théâtre collé à l’actu, d’autres artistes ont choisi les contes et s’adressent aussi aux petits. Mais leur propos n’est pas si déconnecté du réel qu’il n’y paraît.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Au bout des contes : et pour les enfants, quelles pièces réserver ?

Drôle, sombre, grinçant et pour tout dire ébouriffant est la Blanche-Neige, histoire d’un prince (au Théâtre de la Croix-Rousse en janvier) de Michel Raskine qui a fait les beaux jours du In d’Avignon cet été. L’autrice Marie Dilasser y a incorporé ses préoccupations sur l’écologie, a détourné le genre et avec un castelet de marionnettes (101 nains dont Lèche-botte), l’ancien directeur du théâtre du Point du Jour livre aux enfants une fable parfaite. Joël Pommerat lui ne signe pas la suite de Ça ira mais sa nouvelle création, Contes et légendes (au TNP en décembre), se fera avec des enfants confrontés aux adultes et androïdes pour tenter de comprendre de quoi demain sera fait. Autre conte pour les grands cette fois, celui de Desplechin, Un Conte de Noël (au Radiant, via une programmation Célestins et Théâtre de la Croix-Rousse, en février) sera créé par Julie Deliquet. Le plus brillant des cinéastes français qui se délecte de mises en scène théâtrales occasionnellement, à la Comédie-Française (Père en 2015, Angels in America

Continuer à lire

Dans la peau de Don Quichotte : lutter contre les moulins à vent

Théâtre | C'est un ciné-spectacle sans cesse recommencé que la compagnie La Cordonnerie déroule depuis vingt ans. Avec des contes, puis aujourd'hui Don Quichotte, elle signe des fables plus politiques qu'elles en ont l'air. En musique live, vidéo, bruitages de doublage de voix au plateau. As usual.

Nadja Pobel | Lundi 30 avril 2018

Dans la peau de Don Quichotte : lutter contre les moulins à vent

Hansel et Gretel étaient de vieilles personnes mises au ban de la société avant même que Macron ne rabote les petites retraites, Blanche-Neige se barrait de sa tour HLM et trouvait refuge loin de la cité. Don Quichotte est sorti du livre d'une bibliothèque de Picardie (tiens tiens, région du président en chef de notre beau pays) lors du supposé bug du passage à l'an 2000 et parcourt les routes sur sa Rossinante de bicyclette accompagné d'un Sancho Panza bienveillant face à la douce folie de cet homme amoureux d'une médecin psychiatre. Au départ, il est pourtant Michel Alonzo qui a entrepris de résumer tous les livres de la médiathèque où il travaille afin de les préserver. Mais au XXIe siècle, devenu cet énergumène du Moyen-Âge, il est transformé en bête de foire, un SDF un peu dérangeant, moqué voire humilié par un édile peu amène qui dirige sa commune comme une entreprise et esti

Continuer à lire

Margot aux Célestins

Théâtre | Elle « avance vers nous depuis sa nuit » et Laurent Brethome lui rend la lumière. Margot, adapté de Marlowe, est la pièce avec laquelle le metteur en scène synthétise tout ce qu'il a approché jusque-là : un goût assumé du spectacle au profit d'un texte coriace.

Nadja Pobel | Lundi 22 janvier 2018

Margot aux Célestins

On pourrait lui en faire le reproche mais, à bien réfléchir, il n'y a rien là d'incohérent. Dans le Margot de Laurent Brethome, il y a un peu de l'air du temps théâtral : une pincée de Thomas Jolly (pour une esthétique noire-rouge-blanche et les breloques pas forcément nécessaires en accompagnement de costumes très justes : contemporains et a-temporels), du Julien Gosselin (personnages déclamatoires micro en main – en très courtes séquences il faut le reconnaître), parfois même du Joël Pommerat (ah, la séduisante scène de fiesta post couronnement d'Henri III qui rappelle les images de Ma Chambre froide ! ). Mais il y a, in fine, entièrement Laurent Brethome. En mettant en scène, dans une version délicatement décalée de Dorothée Zumstein, Le Massacre à Paris de Christopher Marlowe qui avait ouvert le TNP villeurbannais en 1972 sous la direction de Chéreau et dans les décors du grand Peduzzi, le Vendéen n'est jamais poseur et d'une fidélité épatante à ce qu'il fut : les corps

Continuer à lire

Dans les pas de Margot

Théâtre | C'est sa pièce totale. Seize comédiens pour environ soixante rôles. Laurent Brethome a créé Margot en novembre, après l'avoir déjà esquissé en 2014 avec les (...)

Nadja Pobel | Mardi 9 janvier 2018

Dans les pas de Margot

C'est sa pièce totale. Seize comédiens pour environ soixante rôles. Laurent Brethome a créé Margot en novembre, après l'avoir déjà esquissé en 2014 avec les élèves du Conservatoire de Lyon. Sans moyen, il revisitait déjà la pièce de Marlowe de façon forte et efficace, une montagne de chaussures exprimant la nuit de la Saint-Barthélémy. Là, en 2h35, et avec notamment la dernière des pépites du Cons', Savannah Rol, il donne la pleine mesure de son savoir-faire. Pièce emblématique du TNP (c'est avec l’adaptation de Chéreau que le théâtre ouvrait ainsi ses portes à Villeurbanne en 1972), Margot sera cette fois-ci aux Célestins, du 17 au 23 janvier.

Continuer à lire

Hansel et Gretel : la crise des contes

Théâtre de la Croix-Rousse | Et si Hansel et Gretel étaient de vieilles personnes mises au ban d'une société individualisée parce qu'en crise ? La compagnie La Cordonnerie amène ce succulent – quoiqu'amer - spectacle créé en 2015 à la Croix-Rousse, et c'est une bonne nouvelle !

Nadja Pobel | Mardi 13 décembre 2016

Hansel et Gretel : la crise des contes

Ça s'appelle une recette. Ce pourrait être rébarbatif, paresseux ; c'est tout le contraire. Il en va de la compagnie La Cordonnerie comme des grands chefs : ils perfectionnent leur savoir-faire. Les ingrédients ? Des personnages connus de tous (Hamlet, Blanche-Neige, Hansel & Gretel), une réécriture contemporaine, un film muet, avec mise en parole, bruitage et musique en live sur un plateau de théâtre pendant qu'est projetée la vidéo. Déjà passé avec Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin fin juin à la Croix-Rousse (voir ci-dessous) et cet automne à la Renaissance avec la formidable et très étonnante Udo, version décalée et réduite de Blanche-Neige, centrée sur le père de cette héroïne Disney, voici que cette compagnie revient avec son spectacle précédent, cet Hansel et Gretel, presque deux ans au compteur et toujours bien arrimé au réel. Chaussures à leurs pi

Continuer à lire

Tous à Oullins !

KIDS | C'est à l'heure de partir à l'imprimerie que nous découvrons le magnifique Udo complètement à l'est, prequel de Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin. La (...)

Nadja Pobel | Mardi 18 octobre 2016

Tous à Oullins !

C'est à l'heure de partir à l'imprimerie que nous découvrons le magnifique Udo complètement à l'est, prequel de Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin. La Cordonnerie, qui s'est fait une spécialité de transposer des contes sur scène avec vidéos bruitées, dialoguées en direct, fabrique là un court spectacle de moins d'une heure épatant. Mentionné dans le livre mais jamais raconté, le roi, père de Blanche-Neige, livre sa vie de circassien en Russie, loin de sa fille adorée. Trouvailles vidéo, recherches sonores, voici un condensé de ce que cette compagnie sait faire de mieux. Au théâtre de la Renaissance d'Oullins, du 25 au 27 octobre à 16h (dès 8 ans).

Continuer à lire

Spectacles jeune public : Le futur, c'est maintenant

Avec les kids | Rien ne sert de gaver les petits (comme les grands) de théâtre au risque de faire une indigestion. Mieux vaut piocher astucieusement du côté du retour de (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Spectacles jeune public : Le futur, c'est maintenant

Rien ne sert de gaver les petits (comme les grands) de théâtre au risque de faire une indigestion. Mieux vaut piocher astucieusement du côté du retour de L'Après-midi d'un foehn de Phia Ménard (La Mouche, 23 novembre) ou de Petit bain (du 7au 11 février) du très inventif Johanny Bert capable de faire un spectacle pertinent même avec des post-it®. Ici, il reconstitue une montagne de mousse avec une petite marionnette, allégorie d'un jeu éphémère pour les enfants dès 2 ans. Le spectre de l'enfance se fait de plus en plus large : Joris Mathieu accueille au TNG le très délicat spectacle (dès 16 ans) de Myriam Marzouki, Ce qui nous regarde, où est interrogé avec délicatesse (oui c'est possible) le port du voile. Le jeune directeur lance également son festival biennal, Nos futurs, qui s'étalera jusqu'à Noël avec des spectacles — souvent à l'adresse des ados — ayant trait à demain pour « mieux affronter le r

Continuer à lire

Inuk : David Gauchard brise la glace

Théâtre | Après avoir beaucoup travaillé Shakespeare, David Gauchard, le metteur en scène de la compagnie L'unijambiste s’adresse pour la première fois aux petits et aux grands. Et part au pays des Inuits pour un spectacle sensoriel d’une qualité rare.

Nadja Pobel | Mardi 5 avril 2016

Inuk : David Gauchard brise la glace

C’est comment la vie dans les glaciers ? Ça craque. Cette sensation autant que ce bruit irriguent la nouvelle création de David Gauchard (cie L’unijambiste), conçue après un voyage de deux semaines sur la banquise — à Kangiqsujuaq, la porte d’entrée du Nunavik, la terre des Inuits du Québec. Oui, ça craque et ça part en lambeaux à mesure que la planète se réchauffe. Il était impensable et impossible pour le metteur en scène de ne pas évoquer le dérèglement climatique actuel, non par démagogie (inexistante ici) mais par simple conscience. Sans didactisme, le texte relatif à cette question n’apparaît que dans les cartels des surtitres à destination des adultes, les enfants restant les yeux rivés au plateau sur lequel les pas des Inuits craquent lorsqu’ils bougent sur cette fausse glace en débris, laissant s’échapper un son d’une justesse absolue. Gauchard a également su instaurer les sensations de froid et d’hostilité dans lesquelles évoluent ses personnages semblant lutter de toutes leurs forces contre des vents contraires. Fondre devant l’inconnu Sans suivre de trame narrative précise, les séquences s’enchaînent comme autant d’instants

Continuer à lire

Avec "Riquet", Laurent Brethome a tout d'un grand

SCENES | Tendre et cruel, fourmillant d’inventions, le "Riquet" version Laurent Brethome est un conte pour petits et grands bouleversant de sincérité et de foi en la force naïve et sublime de l’art théâtral. Après avoir ouvert le In d’Avignon, le voici au Toboggan. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 27 octobre 2015

Avec

Il était une fois… rien du tout, en fait. Déjà chez Charles Perrault, rien ne se passait comme prévu. La fable enfantine avait du plomb dans l’aile, même si elle était empreinte d’un amour courtois et phallocrate, fatalement phallocrate. Le prince moche avait le choix d’épouser une princesse laide et intelligente ou sa sœur, belle et bête. Laurent Brethome, alors gosse vendéen suractif, en lutte contre tout et d’abord lui-même et ses tics nerveux (des "mouvements" comme disent alors joliment les médecins), y avait trouvé un miroir de son monde, pas bien sous tous rapports et dans lequel l’enfance, puisqu'elle déraille, n'a rien de sanctuarisé. Devenu trentenaire et adoubé par la critique, les programmateurs et les spectateurs (un prix Impatience du public pour Les Souffrances de Job, une longue tournée des Fourberies de Scapin qui passera d’ailleurs par Saint-Priest en décembre), Brethome n’a pas oublié sa rencontre avec cette histoire-là et a confié à son complice Antoine Herniotte le soin d’une réécriture qui s’avère piquante, drôle, directe, crue et empreinte d’une constante tendresse. Car quoi ? Quelle est donc l’histoire dans l

Continuer à lire

Les reprises de 2015/2016

SCENES | Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Les reprises de 2015/2016

Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans paroles sur l’ultra moderne solitude. Au même endroit Jean Lacornerie reprend ce qui est (avec Roméo et Juliette) sa comédie musicale la plus aboutie, Mesdames de la Halle (11 au 28 décembre). De son côté, au milieu d’une saison presque entièrement dédiée au langage, le TNP fait place aux délicats balbutiements de En courant, dormez par Olivier Maurin (6 au 15 avril), alors que la Renaissance reprend la foutraque Visite de la vieille dame (23 au 2

Continuer à lire

La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

ACTUS | Ludique et politique est le visuel de la nouvelle plaquette (une croix faite de craies fragilisées) du Théâtre de la Croix-Rousse. Ludique et politique (et du coup franchement excitante) sera sa saison 2015/2016. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 31 mai 2015

La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

Des Fourberies de Scapin décapées au karcher par Laurent Brethome, le crépusculaire Mon traître d'Emmanuel Meirieu, David Bobée et son Lucrèce Borgia à (trop) grand spectacle... L'entame de la saison 2014/2015 du Théâtre de la Croix-Rousse fut l'une des plus fulgurantes qu'on ait connue depuis l'arrivée à sa direction de Jean Lacornerie. La rentrée 2015/2016 est bien partie pour soutenir la comparaison, ne serait-ce que parce qu'elle s'ouvrira sur la reprise du Bigre de Pierre Guillois, comédie muette «à voir et à revoir» (du 29 septembre au 3 octobre) selon la formule consacrée car aussi hilarante qu'ingénieuse. Suivront : une prometteuse transposition des conseils pour accéder à un trône et le conserver de Machiavel dans l'univers férocement contemporain du stage de formation par Laurent Guttmann (Le Prince, du 6 au 16 octobre) ; le retour, sous bannière Nimis Groupe, d'une partie des singuliers Belges du Raoul collectif (Le Signal du promeneur) avec Ceux que j'ai rencontrés ne

Continuer à lire

Faites entrer l'accusée

SCENES | Adoptant à bras le corps le chaotique "Ekaterina Ivanovna" du Russe Leonid Andreïev, David Gauchard signe un spectacle d'une sidérante âpreté. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 12 novembre 2014

Faites entrer l'accusée

Dans Des couteaux dans les poules, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou dans la composition, un médiocre laboureur dont la femme s'éveille au langage et au désir au contact d'un meunier lettré. Dans Ekaterina Ivanovna, il campe un peintre hâbleur aux mœurs marginales qu'éclabousse l'effondrement du couple d'un ami député accusant avec une violence meurtrière sa femme d'adultère. Et sa prestation fait sourdre un doute similaire... Car tel est le théâtre de David Gauchard, le metteur en scène derrière ces distributions, depuis la fin de sa trilogie shakespearienne qui le vit rajeunir des tragédies du barde d'Avon avec une malice confinant à l'insolence : si viscéral qu'il en devient plus vrai que nature. Mise à nu Une conséquence directe de sa décision de réinterroger son art est de le confronter à des auteurs plus contemporains : hier David Harrower, aujourd'hui Leonid Andreïev, sulfureux et pourtant méconnu dramaturge russe dont il adapte ici l'un des textes les plus féroces, rendant à ses comédie

Continuer à lire

Laurent Brethome mène Scapin à bon port

SCENES | On l’avait laissé ce printemps avec un épatant travail avec les élèves du Conservatoire de Lyon ("Massacre à Paris"), revoici Laurent Brethome qui rend aux "Fourberies de Scapin" leur noirceur, nous entraînant dans les bas-fonds portuaires armé d’une solide équipe de comédiens. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 7 octobre 2014

Laurent Brethome mène Scapin à bon port

Mille fois joué, vu, lu, Molière est inaltérable. Sa langue et son sens de l’intrigue subjuguent encore, en particulier dans cette comédie entre fils de bonne famille. Laurent Brethome, qui n’en est pas à sa première adaptation d'un classique (Bérénice, On purge bébé), a su en saisir la noirceur sans pour autant condamner – bien au contraire – la farce. Nous voici donc au cœur des docks (à l'origine, l'action se déroule à Naples), entre des cubes métalliques, un brouillard comme émanant d’une mer proche qu’on imagine sans peine. Un décor aux abords duquel Calais et ses camps de migrants ne dépareilleraient pas. Octave voudrait épouser Hyacinthe, mais est promis par son père à une autre. Léandre, lui aussi est empêché par son paternel de se marier à la soi-disant gitane Zerbinette. Au milieu Scapin œuvre pour la paix des ménages en maniant la batte de baseball. Surgit de leurs dialogues non pas une pantalonnade, mais bien le côté obscur de ces pères tout puissants, fussent-ils habillés comme les bandits modernes de la finance (Argante) ou, plus négligemment, comme des dandys ratés (Géronte), leur avarice et leurs petits arrangements avec la justice, corr

Continuer à lire

Un air de famille

SCENES | On appelle ça un succès phénoménal : plus de 600 représentations depuis sa création en 2009, un bouche à oreille dithyrambique, un Molière du meilleur spectacle jeune (...)

Benjamin Mialot | Mardi 20 mai 2014

Un air de famille

On appelle ça un succès phénoménal : plus de 600 représentations depuis sa création en 2009, un bouche à oreille dithyrambique, un Molière du meilleur spectacle jeune public en 2010… Et une tournée qui continue, encore et encore... Avec Oh Boy !, le metteur en scène Olivier Letellier a frappé juste et fort. Au départ, il s'agit d'un roman multiprimé de Marie-Aude Murail, auteur qui a beaucoup écrit pour le jeune public. Le texte évoque le destin de trois jeunes orphelins (dont un gravement malade) confiés par le juge des tutelles à leur demi-frère, issu d’une première union de leur père. Olivier Letellier : «Quand le roman est sorti en 2000, ça a fait l’effet d’une petite bombe, puisque c’était l’une des premières fois qu’un personnage de littérature jeunesse était homosexuel, et l’une des première fois que l’on abordait la maladie, le cancer, mais aussi la séparation, l’abandon…». Ce matériau riche et très actuel, le metteur en scène a décidé de le porter sur le plateau en racontant l’histoire du point de vue de Barthélemy, le nouveau grand frère insouciant qui n’a «pas une tête de père

Continuer à lire

Bien chaussés

SCENES | Depuis 1996, la Cordonnerie de Samuel Hercule s’illustre dans la confection de spectacles tout public originaux : des ciné-concerts théâtralisés pensés de A à (...)

Aurélien Martinez | Mardi 25 mars 2014

Bien chaussés

Depuis 1996, la Cordonnerie de Samuel Hercule s’illustre dans la confection de spectacles tout public originaux : des ciné-concerts théâtralisés pensés de A à Z, de la réalisation du film à sa transposition musicale sur scène. Un travail qui s’est affiné avec le temps, les dernières propositions (sur Hamlet et Frankenstein par exemple) conservant paradoxalement l'esprit artisanal des débuts tout en faisant montre d'un souci de précision incroyable. Les images sont ainsi tournées en amont, suivant un schéma détaillé. Un prémontage est ensuite établi, qui sert de base pour les répétitions. Là, les musiciens-acteurs précisent la narration et le découpage, jusqu'à un résultat d'une grande habileté, où ce qu’il se passe sur le plateau ne sert jamais de faire-valoir à ce que diffuse l’écran. Ainsi de la narratrice Métilde Weyergans, arrivée tardivement dans l’aventure, qui parvient toujours à capter le regard des spectateurs et à le guider vers ses camarades de jeu, leurs instruments et leurs objets sonores en tout genre. Tout ce petit monde sera au Théatre de Villefranche samedi 29 mars (et jeudi 17 avril à Bron) avec Hänsel et Gretel, la faim de

Continuer à lire

Classe sup’

SCENES | Pétaradante, précise et inventive, la nouvelle promotion du Conservatoire présente le très casse-gueule et ambitieux "Massacre à Paris", mis en scène par un Laurent Brethome plus convaincant que jamais. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 12 mars 2014

Classe sup’

Au commencement était le COP-spé, acronyme barbare désignant le Cycle d’Orientation Professionnelle spécialisée du Conservatoire de Lyon, une classe unique en son genre. Le comédien Philippe Sire l’a imaginée il y a de cela huit ans pour des élèves qui envisagent un avenir professionnel dans le spectacle vivant. Les précédentes promotions ont accouché de La Meute, du collectif Bis – deux des toutes meilleures compagnies actuelles en Rhône-Alpes – et d’un groupe adoubé et embauché par Gwenael Morin dans son Théâtre du Point du jour. C’est dire la pression qui repose sur les épaules des douze étudiants actuels à l’heure de faire leurs premières preuves. Pari réussi haut la main cette semaine au Théâtre de l’Elysée. Non contents d’être attendus au tournant, ils devaient en plus recevoir en héritage un texte marqué à tout jamais du sceau de Patrice Chéreau qui, tout jeune, l'a mis en scène pour l'ouverture du TNP à Villeurbanne au printemps 1972 - les images de la scénographie expressionniste et démesurée de Richard Peduzzi ornent encore les murs du théâtre. Potentiellement encombrante, l’ombre du maître n’a pas effrayé la juvénile équipe, les élèves endossant avec fluidité,

Continuer à lire

La relève

SCENES | C’est une date qui compte dans l’histoire du théâtre : en mai 1972, en montant Massacre à Paris, texte de Christopher Marlowe ancré dans la nuit de la (...)

Nadja Pobel | Mardi 11 mars 2014

La relève

C’est une date qui compte dans l’histoire du théâtre : en mai 1972, en montant Massacre à Paris, texte de Christopher Marlowe ancré dans la nuit de la Saint-Barthélémy, Patrice Chéreau ouvrait le bal de l’aventure du TNP, tout juste transféré de Chaillot dans les murs du Théâtre de la Cité à Villeurbanne, que Planchon dirigeait alors. Une pièce que la plupart d'entre nous sont trop jeunes pour avoir vue mais dont la scénographie, signée Richard Peduzzi et immortalisée en photo, imprime fortement les rétines. Cette semaine et jusqu’au samedi 15 mars, au Théâtre de l’Elysée, Laurent Brethome tisse, en reprenant ce texte, un lien filial fort entre le metteur en scène récemment disparu et la jeune promotion du cycle d’orientation professionnelle spécialisée du Conservatoire de Lyon. Des élèves passionnés, issus de formations et zones géographiques éclatées, qui personnalisent la vitalité à nulle autre pareille de cet établissement en prise directe avec le plateau : deux d’entre eux ont monté un lieu d’expérimentation dans le 8e, Le Plongeoir, tandis que La Meute et le Collectif Bis, soit ce qui se fait de plus vif en ce moment dans le jeune théâtre lyonna

Continuer à lire

Faites entrer l'accusée

SCENES | L'an passé, au Théâtre de Villefranche, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 17 janvier 2014

Faites entrer l'accusée

L'an passé, au Théâtre de Villefranche, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou dans la composition, un médiocre laboureur dont la femme s'éveille au langage au contact d'un meunier lettré. Les 28 et 29 janvier, il y campera un peintre éclaboussé par l'effondrement du couple d'un député qui accuse, à tort et avec une violence mortelle, son épouse d'adultère. Et on est sûr que le même doute poindra. Tel est le théâtre de David Gauchard, le metteur en scène derrière ces distributions, depuis la fin de sa trilogie shakespearienne, qui le vit rajeunir des tragédies du barde d'Avon avec une malice confinant à l'insolence : si viscéral qu'il en devient plus vrai que nature.  Une conséquence de sa décision de confronter son art à des a

Continuer à lire

Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

SCENES | Sélection réalisée par Nadja Pobel, Benjamin Mialot et Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

Regards Née avec une malformation au visage, Séverine Fontaine a dû composer avec pendant toute son enfance. La jeune femme devenue comédienne a décidé de se nourrir de cette expérience pour livrer ce solo présenté comme «un manifeste pour la différence». Dans une scénographie convoquant une série de lampes, elle joue habilement avec le regard du spectateur. Un spectacle sincère et fort.Au Centre Albert Camus, Bron, du 1er au 4 octobre Le Président C’est grinçant et marquant comme… du Thomas Bernhard. Michel Raskine a su adapter cet immense dramaturge autrichien avec le

Continuer à lire

Bonne compagnie

SCENES | Il est des compagnies qui accompagnent. Celle de l’Unijambiste, pilotée par David Gauchard, séduit tour à tour les rédacteurs du Petit Bulletin depuis des années. Après avoir travaillé Shakespeare en musique, c’est avec un texte contemporain et poignant ("Des couteaux dans les poules" de David Harrower) que la troupe revient à Villefranche. On l’a encore suivie. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 7 mars 2013

Bonne compagnie

À l’écouter parler, David Gauchard semble être un artisan du théâtre. Il aime tant sa discipline que jamais il ne cesse de l’améliorer, sans pour autant l’enfermer dans sa spécificité. Depuis quatorze ans et sa première création, il insuffle ainsi musique et vidéo à des textes qu’il défend haut et fort. Mais pas question de les dissoudre derrière des apparats jeunistes. En 2002, lorsqu'il monte Hamlet avec du hip hop et se retrouve catalogué comme faiseur de «Shakespeare sexy», sa volonté est déjà de prendre un chemin de traverse. Il veut monter Des couteaux dans des poules de David Harrower (vu à Lyon avec le splendide et dérangeant Blackbird), qu’il découvre par hasard dans une librairie près du Théâtre de l’Odéon. Il cherche alors une même trame que celle de Mademoiselle Julie - un triangle amoureux et tragique à la campagne. Son enthousiasme ne séduit pas facilement les diffuseurs ; Harrower n’est pas aussi vendeur que le maître du théâtre élisabéthain. Qu’importe, David Gauchard monte la pièce et la joue deux à trois fois par saison depuis six ans désormais.

Continuer à lire

Amis du peuple

SCENES | La rentrée théâtrale 2013 démarre sous des auspices dont aucun curieux (amateur ou – et surtout - réfractaire) n’osait rêver : Robert Lepage puis Thomas Ostermeier sont parmi nous en janvier. S’ensuivront de bons restes d’Avignon, des argentins bluffants et des retrouvailles. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 4 janvier 2013

Amis du peuple

Joël Pommerat n'est pas le seul incontournable de la planète théâtre ; pour trouver aussi talentueux et singulier, il faut pousser les frontières. Coup de chance, les Célestins et le TNP ont convié dans leurs salles le Canadien Robert Lepage et l’Allemand Thomas Ostermeier. Le premier vient avec une pièce créée en mai dernier à Madrid,  Jeux de cartes : Pique, début d’une tétralogie explorant les rapports entre le monde occidental et le monde arabe. Puisque la pièce ne peut se jouer que dans un lieu circulaire, elle le sera au Studio 24 à Villeurbanne (voir portrait de Robert Lepage en page 12). Ostermeier arrive lui avec un spectacle phare du dernier festival d’Avignon : Un ennemi du peuple, où il dynamite une fois de plus l’œuvre d’Ibsen, déjà infiniment moderne pour son époque. Ça suinte, ça gicle, ça crie, ça vit avec une force scénique qui n’a d’égale que sa maîtrise. Autre pépite du festival qui déboule sur "nos" planches bientôt : Plage ultime (Renaissance, mars) d’après Crash de J.C. Ballard, surprenante pièce de la jeune Séverine Chavrier qui prend son temps et nous renvoie à notre va

Continuer à lire

Jouer à Shakespeare

SCENES | David Gauchard termine sa trilogie shakespearienne sur une note résolument optimiste. Avec "Le Songe d’une nuit d’été", il convoque à nouveau la vidéo et une bande son (pop) pour dynamiser ce texte complexe et loufoque. Musique, maestro ! Nadja Pobel (avec Aurélien Martinez)

Nadja Pobel | Vendredi 27 janvier 2012

Jouer à Shakespeare

Il y a eu Hamlet / Thème et variations pour questionner l’héritage et l’importance des choix. Puis un Richard III sombre (et génialement incarné par le granitique Vincent Gourion) pour restituer une réflexion politique sur le pouvoir. Déjà deux claques saluées à chaque fois dans nos colonnes. Non content de faire du théâtre, David Gauchard et sa compagnie L'Unijambiste y adjoignaient de la vidéo et de la musique à haute dose. Le trio hip-hop Abstrackt Keal Agram, Robert le Magnifique et Psykick Lyrikah pour Hamlet auxquels se rajoutait Olivier Mellano (guitariste de Dominique A ou Miossec entre autres) sur Richard III. Plus de live avec Le Songe mais une bande son à tomber par terre (et d’ailleurs éditée) avec sur scène le beatboxer Laurent Duprat et toujours Robert le Magnifique, Thomas Poli et Laetitia Shériff aux commandes. La méthode (qu

Continuer à lire

La tragédie du dedans

SCENES | Théâtre / «Toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien» écrivait Racine à propos de Bérénice, où le sang ne coule pas et où l’action est réduite à la (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 18 novembre 2011

La tragédie du dedans

Théâtre / «Toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien» écrivait Racine à propos de Bérénice, où le sang ne coule pas et où l’action est réduite à la portion congrue. La déchirure est ici intérieure, au sein du corps et de l’esprit, entre l’amour et le désir d’un côté, la raison et la loi sociale de l’autre. Bérénice aime Titus, et lui de retour, mais s’il veut régner sur Rome il lui est interdit d’épouser une reine étrangère. Un troisième monarque, Antiochus, est lui partagé entre son amitié pour Titus et son amour rival et caché pour Bérénice. Ce théâtre des passions et des pulsions réfrénées est plutôt bien rendu par la mise en scène de Laurent Brethome. Il y règne notamment une tension sourde et une ambiance continuellement hantée : il utilise pour cela une musique diffusée à bas volume tout au long de la pièce et de grands voiles noirs translucides à travers lesquels apparaissent des «images» fantomatiques, ou bien entre lesquels rôdent certains personnages. Le travail du délicat chorégraphe Yan Raballand a certainement beaucoup participé à c

Continuer à lire

Toute première fois

SCENES | Théâtre / Laurent Brethome propose son premier grand classique au Théâtre de Villefranche-sur-Saône, Bérénice. «Une leçon d’humilité», pour le jeune metteur en scène. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 10 janvier 2011

Toute première fois

Au sortir du premier «bout-à-bout» du «Bérénice» signé Laurent Brethome, une question se pose : où sont donc passées les «brethomeries» auxquelles nous avaient habituées le jeune metteur en scène ? Peu de «matières» déversées sur scène, des corps pudiques, des acteurs tout en retenue… «Avec l’équipe, nous avons fait de multiples tentatives, mais en multipliant les effets, je me suis aperçu que l’on perdait l’essentiel : le texte de Racine. Bérénice est une leçon d’humilité». Un texte exigeant, difficile à apprivoiser et qui rend les artifices vains dans le meilleur des cas, ridicules dans les pires. Car dans Bérénice, il n’y a que la parole : celle contenue pendant de longues années de l’amant ignoré, celle que Titus refuse de prononcer, celle que Bérénice ne veut pas entendre. On menace souvent de partir dans cette pièce, pourtant les acteurs de cette tragédie ne bougent pas, comme condamnés à dire indéfiniment leur malheur dont la mort ne viendra jamais les soulager. Alors Brethome a souhaité se concentrer sur cette parole, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à demander aux acteurs de «déposer» le texte comme un fardeau dont ils ne supporteraient plus le poids. «Llorando por tu amor»

Continuer à lire

«Un théâtre de l’insolence»

SCENES | Entretien / Laurent Brethome et Philippe Sire de la Compagnie Le menteur volontaire se présentent en duo pour succéder à Philippe Faure. Propos recueillis par DA

Dorotée Aznar | Jeudi 2 décembre 2010

«Un théâtre de l’insolence»

Petit Bulletin : Laurent Brethome, pourquoi voulez-vous diriger la Croix-Rousse ?Laurent Brethome : Le Théâtre de la Croix-Rousse, c’est un théâtre et une équipe que je connais bien pour y avoir eu mes premiers succès et y avoir développé un important travail d’action culturelle, que ce soit l’animation d’ateliers amateurs, des présentations de chantiers, un travail en milieu carcéral… On vous a incité à postuler ?Laurent Brethome : Je termine mes trois années de résidence au Théâtre de Villefranche. Depuis quelques mois et plus particulièrement depuis les récents succès de mon travail au niveau national, je reçois des encouragements à postuler pour la direction d’un lieu. Mon attachement à Lyon et la possibilité de poursuivre ma collaboration avec Philippe Sire à travers un projet ambitieux et militant m’encouragent à présenter cette candidature. C’est ce lieu en particulier qui vous intéresse ?Laurent Brethome : J’ai songé à postuler à la direction du CDN de Poitiers, mais je n’en avais pas vraiment envie. J’ai un lien très fort avec le Théâtre de la Croix-Rousse, c’est ce lieu en particulier qui m’intéresse effectivement.

Continuer à lire

Claques gratuites

SCENES | Théâtre / Nous sommes chez Job, un riche homme d’affaires. Le festin s’achève à peine que les messagers se succèdent pour annoncer à Job une succession de (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 3 mars 2010

Claques gratuites

Théâtre / Nous sommes chez Job, un riche homme d’affaires. Le festin s’achève à peine que les messagers se succèdent pour annoncer à Job une succession de catastrophes. Sans explication, il va tout perdre : ses richesses, ses enfants, la santé, la vie. S’il est question de Dieu, il n’y a pourtant pas de rédemption dans «Les Souffrances de Job» du dramaturge israélien Hanokh Levin. Ici, on ne fait que s'enfoncer toujours plus profond, l’acmé n’est jamais atteint, la souffrance n’a d’autre explication et d’autre but que la souffrance. La pièce est à l’image du supplice du pal auquel Job sera soumis. Quand on s'élève, c'est pour mourir, quand on s'approche du ciel, c'est pour constater qu'il est désespérément vide. Levin triture le poème biblique, l’actualise et nous livre une œuvre noire, violente, sans issue. Qu’y a-t-il après la mort ? Son exploitation commerciale : la mort en direct. Le drame et la farce, l’horreur et le rire, tout est chez Levin. Pour faire entendre le texte, le jeune metteur en scène Laurent Brethome a choisi de travailler essentiellement «par allusions». Pas de violence intolérable sur scène.

Continuer à lire

«S’adresser aux intestins du spectateur»

SCENES | Entretien / Laurent Brethome fait partie de ces jeunes metteurs en scène talentueux qui délivrent un véritable discours d’artiste sur leur travail. Rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Mercredi 3 mars 2010

«S’adresser aux intestins du spectateur»

Petit Bulletin : "Les Souffrances de Job", réinterprétation théâtrale du mythe biblique par Hanokh Levin (l’un des plus grands auteurs contemporains israéliens), était un texte réputé immontable…Laurent Brethome : C’est effectivement ce qu’on m’a renvoyé pendant trois ans. C’était un défi de mettre en scène cette pièce très baroque et épique, qui mélange tous les genres théâtraux. Pour dire à quel point elle pose question : elle n’a jamais été montée ailleurs qu’en Israël. Il y a un programmateur à Lyon qui m’a dit : "j’ai envie de soutenir ton travail et ta compagnie, mais pas sur un texte comme ça, trop violent, qui fait peur. Je ne sais pas comment va réagir mon public" – j’adore d’ailleurs quand les programmateurs disent : "mon public" ! Pour moi, aujourd’hui, il y a ce qui fait œuvre, et ce qui est de l’ordre de la production. Soit on s’adresse à des spectateurs, soit on s’adresse à des consommateurs. Il est clair que Les Souffrances de Job s’adresse à des spectateurs et fait œuvre : c’est un texte radical, une vision de l’être humain carnassière, violente mais malheureusement très vraie. C’est donc un spectacle qui dérange, mais en bien puisque la majorité d

Continuer à lire

Richard III outrenoir

SCENES | THÉÂTRE / Au milieu des deux cent sept mises en scène d’un texte de Shakespeare visibles chaque année, celle de David Gauchard détonne, avec son "Richard III" urbain, musical et hypotonique. Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Lundi 25 janvier 2010

Richard III outrenoir

Après la claque "Hamlet, thème & variations" (présenté il y a deux ans à la Renaissance), on attendait non sans impatience la relecture par la compagnie L’unijambiste d’un autre monument shakespearien qu’est "Richard III". Quelle ne fut pas notre surprise : alors qu’on pensait logiquement que David Gauchard allait réutiliser les recettes qui lui avaient si bien réussi la fois précédente (à savoir mixer habilement la verve et la narration shakespeariennes aux sons très contemporains de l’électro et du hip-hop), on se retrouve face à une version on ne peut plus fidèle à l’œuvre originelle – là où dans "Hamlet" il se permettait de tout passer au shaker. Bien sûr, le metteur en scène conserve son univers artistique, mais il le met pleinement au service du texte retravaillé pour le plateau par le traducteur André Markowicz. Son "Richard III" devient alors un spectacle froid et tendu, qui hypnotise ceux qui acceptent de se laisser guider dans ce monde de folie. Et je dis wii Si David Gauchard conserve son équipe d’"Hamlet" (le rappeur Arm, plume et voix de Psykick Lyrikah, l’inclassable R

Continuer à lire

Amour monstre

SCENES | Spectacle / Un film muet et une bande-son en direct, c’est la signature de la compagnie La Cordonnerie. Cette fois, Samuel Hercule et sa fine équipe (...)

Dorotée Aznar | Lundi 12 octobre 2009

Amour monstre

Spectacle / Un film muet et une bande-son en direct, c’est la signature de la compagnie La Cordonnerie. Cette fois, Samuel Hercule et sa fine équipe s’attaquent au mythe de Frankenstein avec «L’Éternelle fiancée du Docteur Frankenstein», une création librement inspirée du roman de Mary Shelley et du film de James Whale. Sur scène, cinq acteurs, bruiteurs, musiciens et chanteurs assurent la bande-son, jonglant avec les instruments et un joyeux bric-à-brac. Sur l’écran, on retrouve le fameux docteur, vivant seul avec son fidèle assistant. Son temps est tout entier occupé par un projet fou : redonner la vie à des créatures qui l’ont perdue. Après un premier succès sur une grenouille, Frankenstein décide de donner une ampleur nouvelle à ses travaux en s’emparant de la dépouille encore tiède d’une jeune chanteuse de variété à succès, Anna Doray. La «nouvelle» Anna sera donc la créature du docteur, elle devra réapprendre à manger, à parler, à se déplacer, à chanter et surtout accepter son visage, marqué par une large cicatrice. La créature parviendra-t-elle à devenir humaine ? Et ceux qui ont pleuré la disparition de la chanteuse seront-ils prêts à accepter de la voir revenir ? Pas de ‘c

Continuer à lire

Fais-moi peur !

SCENES | Coup de cœur spectacle / La compagnie La Cordonnerie présente «L’Éternelle fiancée du Docteur Frankenstein» au Théâtre de Villefranche. Un travail mêlant vidéo sur l’écran et musiciens, bruiteurs et chanteurs sur scène. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Vendredi 9 octobre 2009

Fais-moi peur !

Les petits d’aujourd’hui ne connaissent pas Frankenstein. Pourtant, quand le film réalisé par la compagnie La Cordonnerie commence, tous plongent immédiatement dans l’histoire du docteur bravant le plus grand des tabous en ressuscitant les morts. Nul besoin de maîtriser la filmographie de James Whale, ni même de connaître par cœur l'œuvre de Mary Shelley pour appréhender ce travail, La Cordonnerie propose sa vision toute personnelle de Frankenstein. Le docteur Frankenstein, abandonné par ses parents alors qu’il n’était qu’un bébé, passe tout son temps enfermé dans son cabinet de travail. Il parvient à ressusciter une grenouille, mais ses travaux de recherche sont ignorés par les autres médecins. Bouleversé par la disparition d’une jeune chanteuse de variété, Anna Doray, Frankenstein décide de lui redonner la vie en secret. Créateur et créatureComment la créature va-t-elle s’adapter ? Sa différence pourra-t-elle être acceptée par les autres et par elle-même ? Que faire des sentiments qui attachent le créateur à sa créature ? Qu’est-ce qui fait un être humain ? Autant de questions que La Cordonnerie pose aux plus jeunes (et aux autres) en ne versant jamais dans la fa

Continuer à lire

Fais dodo caca mon bébé

SCENES | Théâtre / En re-création, On purge bébé s’autorise un ravalement de façade et un coup de jeune pour prouver que Feydeau n’a pas sombré dans la naphtaline du théâtre de grand-mère. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 20 février 2009

Fais dodo caca mon bébé

Le metteur en scène Laurent Brethome dit de son décor qu’il est «clean façon Ikéa». Certes il y a bien deux, trois chaises repérées dans le catalogue mais elles jonchent le sol et sont amputées de leurs pieds ou de leurs barreaux. Le curseur du dérèglement est là : haut placé. Ça commence comme un Feydeau, diction bien articulée et mise en place de l’intrigue trop simple pour être vraiment passionnante : M. Follavoine attend M. Chouilloux avec qui il espère bien signer le contrat de sa vie en vendant à l’armée française des pots de chambre en porcelaine soi-disant incassables. Rien n’aspire à la tranquillité dans un décor bancal et instable. Les portes sont présentes pour être claquées mais elles ne se referment sur rien, éparpillées qu’elles sont sur scène, tenant juste sur un portique métallique. Mme Follavoine perturbe ce rendez-vous d’affaire accoutrée dans ses dessous de satin et obsédée de voir son fils enfin avaler une purge. Passées les vingt premières minutes rappelant que Feydeau sans fantaisie serait ennuyeux, le spectacle s’accélère. L'élocution se fait plus rapide, les portes font des tours sur elles-

Continuer à lire

To mix or not to mix

SCENES | Théâtre / Boosté par le plébiscite suscité par la bande originale de la pièce, clé de voûte essentielle du projet, le metteur en scène David Gauchard emmène donc son Hamlet Thème & Variations en tournée... François Cau

| Mercredi 26 octobre 2005

To mix or not to mix

Hamlet version hip hop ? Après tout pourquoi pas : du Roméo queer refoulé de Baz Luhrmann au Richard III crypto-fasciste de Richard Loncraine, le 7e art a tellement dévoyé le pauvre Shakespeare à la sauce post-moderne qu'on n'est plus vraiment à ça près. En même temps, l'intitulé est clair : Thème & Variations, un jeu annoncé sur le texte et surtout la substance sonore, axe majeur de la création. En homme avisé, David Gauchard s'est entouré d'un casting de rêve. Prenant pour base la nouvelle traduction du texte, signée André Markowicz, le metteur en scène s'est adjoint les services d'un trio létal pour sa bande-son : Tepr, My Dog is Gay (le duo d'Abstrackt Keal Agram) et le non moins grandiose Robert Le Magnifique. Des compositions plus que concluantes, à même de survivre à la création de façon autonome, et vaillamment soutenues par les flows des comédiens (parmi lesquels on retrouve ledit Robert, mais aussi Arm, MC de Psykick Lyrikah, et par ailleurs auteur de l'excellent texte final, Hier). Ajoutez à cela une contribution plastique de la marionnettiste huppée Emilie Valantin et vous obtenez un projet presque trop prometteur. To mix ! Mea Culpa

Continuer à lire