Les locaux de la saison 2015/2016

SCENES | La crème des artistes internationaux (Lepage, Stein, Jarzyna pour une variation sur "Opening Night"...) a beau fouler nos planches cette saison, on aurait tort d'en oublier les pointures rhônalpines. Zoom sur les prochains spectacles de Richard Brunel, Michel Raskine et cie.

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Photo : Jean Louis Fernandez


Une fois n'est pas coutume, c'est à l'Élysée (quand bien même l'Espace 44 a rattaqué dès le 1er septembre) que débute en fanfare la saison théâtrale : Michel Raskine y adapte Au cœur des ténèbres de Conrad avec l'éternelle Marief Guittier et l'excellent Thomas Rortais qu'il avait déjà mis à l'épreuve dans son (forcément) triomphal Triomphe de l'amour en 2014. Plus tard, il prendra les mêmes et recommencera, cette fois aux Célestins, pour une adaptation de Quartett d'Heiner Müller (6 au 24 janvier) qui lui-même écrivait là sa version des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos – «une comédie» selon les mots du sulfureux écrivain. Le travestissement ne devrait jamais être loin, l'amusement non plus.

La nouvelle création de Gilles Pastor s'annonce elle plus caustique que ludique puisque, après avoir brillamment mis en scène l'Affabulazione de Pasolini l'an dernier, il revient avec un montage de récits autobiographiques de l'éternel endeuillé Thomas Bernard, Thomas (Croix-Rousse, du 3 au 7 novembre), interprété par le plus doué des dévoreurs de textes, Jean-Marc Avocat.

Libérateurs

De leur côté, les directeurs des Comédies de Saint-Étienne et Valence se lancent dans l'œuvre de Bernard-Marie Koltès. Ce n'est cependant pas avec Roberto Zucco que passera le Drômois d'adoption Richard Brunel. Il présentera en effet au TNP L'Empereur d'Atlantis (17 au 24 mars), opéra composé par Viktor Ullmann dans le camp de Terezín, vitrine d'une élite juive à peine moins mal traitée que les autres déportés. C'est précisément ici que fut joué pas moins 55 fois le Brundibár mis en scène par son acolyte Jeanne Candel (Croix-Rousse, du 29 mars au 3 avril), qui avait co-créé avec Samuel Achache le déconcertant Crocodile Trompeur.

Moins tragique mais tout aussi aride est Le Retour au désert (Célestins, du 3 au 11 février), le plus émouvant texte de Koltès auquel s'attelle le Stéphanois Arnaud Meunier avec Catherine Hiegel et Didier Bezace. Après l'épopée boursière Chapitres de la chute, c'est une autre histoire inextricable qu'il démêlera ici, celle de l'Algérie française.

Enfin, saluons le retour des Ardéchois de la compagnie Pôle Nord. Après avoir présenté un très délicat et grinçant dyptique sur le travail en 2011 (Ô mon pays), Lise Maussion et Damien Mongin se pencheront dans L'Ogre et l'enfant (Élysée du 6 au 17 octobre, La Mouche le 5 avril) sur l'ailleurs, le temps d'une traversée des mondes muette mais accompagnée par Nina Simone.

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Subvention de l'Opéra de Lyon : Richard Brunel interloqué, Serge Dorny indigné

500 000€ réaffectés vers d'autres structures | Richard Brunel, futur directeur de l'Opéra, et Serge Dorny, l'actuel dirigeant du lieu, ont vivement réagi à l'annonce de la baisse de la subvention de l'Opéra de Lyon.

Sébastien Broquet | Vendredi 5 mars 2021

Subvention de l'Opéra de Lyon : Richard Brunel interloqué, Serge Dorny indigné

Suite à la confirmation dans nos colonnes par Nathalie Perrin-Gilbert de la baisse prochaine de la subvention de l'Opéra de Lyon de 500 000 euros, qui portera la subvention de fonctionnement à 7M€ annuels au lieu de 7, 5M€ dès cette année si la proposition est votée lors du conseil municipal des 25 et 26 mars prochains, les deux directeurs — l'actuel, Serge Dorny, et le futur, Richard Brunel (actuellement en résidence au sein de l'Opéra pour Mélisande), ont réagi vivement — le premier par un communiqué de presse, le second en sortant de répétition ce jeudi soir. « Des impacts conséquents » pour Richard Brunel Richard Brunel nous a ainsi déclaré : « concernant l'annonce de la Ville sur cette baisse de 500 000€, je laisse Serge Dorny réagir au nom de l’Opéra. Ce que je puis dire c'est que je n’ai, moi-même, pas été directement contacté et informé par l'adjointe à la Culture de cette décision qui semble acqu

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Arnaud Meunier nommé à la MC2

Mercato | C’est Arnaud Meunier qui succédera le 1er janvier 2021 à Jean-Paul Angot à la direction de la MC2 — Maison de la Culture de Grenoble, Scène nationale. Il quittera ainsi la Comédie de Saint-Étienne qu’il dirige depuis 2011 ainsi que l’école supérieure afférente.

Nadja Pobel | Jeudi 16 juillet 2020

Arnaud Meunier nommé à la MC2

Arnaud Meunier est artiste metteur en scène. Ces dernières années, il a notamment dirigé Didier Bezace et Catherine Hiegel dans Retour au désert, Rachida Brakni (Je crois en un seul Dieu), qu’il a associée à Philippe Torreton dans J'ai pris mon père sur mes épaules de Fabrice Melquiot. Son travail sur la saga des Lehman Brothers, Chapitres de la chute (écrit par Stefano Massini) avait reçu, en juin 2014, le Grand prix du syndicat de la critique. Arnaud Meunier avait récemment été candidat malheureux au TNP de Villeurbanne. À Grenoble, il a été préféré à Christophe Floderer (directeur adjoint de la Comédie de Valence sour l'ère de Richard Brunel), Marie-Pia Bureau (directrice de l'Espace Malraux, Scène nationale de Chambéry Savoie), Jean-Fran

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Patricia Petibon : « le récital, espace de liberté »

Musique Classique | Fougueuse soprano colorature, Patricia Petibon a incarné nombre de grands rôles à l'opéra, baroques, classiques ou modernes. Parallèlement, elle fait bouger les lignes de la musique savante dans des récitals très personnels au répertoire osé.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 21 janvier 2020

Patricia Petibon : « le récital, espace de liberté »

Comment est né votre nouveau projet L'amour, la mort, la mer, à la fois récital et album qui sortira en février ? Patricia Petibon : C'est un projet un peu improvisé qui a été enregistré assez vite, avec la complicité de mon amie pianiste Susan Manoff. J'aime ces moments où la vie se déchaîne pour la création, dans l'urgence, d'un tel projet. Sa thématique constitue pour moi une exploration de l'intime, un voyage d'Ulysse parmi les sentiments... Le titre est plutôt axé vers la mélancolie, et la musique affronte ici certains points obscurs de l'existence : la perte, le deuil, la séparation. Comment accueillir la perte ? Le chant par essence est lié à l'accueil de la perte, à l'acceptation de la métamorphose dans le temps, au passage de ce qui a été à ce qui n'est plus. Qu'est-ce qui a guidé votre sélection de morceaux pour ce récital ? Avec une telle thématique vous avez dû avoir l'embarras du choix ? En fait non, pas tant que ça, ce sont des choix qui se sont imposés à moi. Des choix sensibles et pas forcément académiques ni dans la réflexion

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Blanche-Neige, #SheToo

Théâtre | Garder la noirceur initiale du conte, y injecter les tragédies modernes, déconstruire le genre... Une pièce à thèse ? Non ! Avec Blanche-Neige, son premier spectacle jeune public, Michel Raskine excelle à réunir tout les éléments foutraques dans ce qui fut un des temps forts d'Avignon l'été dernier.

Nadja Pobel | Mardi 14 janvier 2020

Blanche-Neige, #SheToo

« Spectacle pour adulte à partir de 8 ans » préférait-il dire cet été dans la Cité des Papes. Ainsi Michel Raskine se détachait de l'étiquette "jeune public" dans laquelle il était programmé. C'est une manière détournée d'affirmer que se trouvent dans cette création des nœuds sociétaux qui embrassent les considérations de chacun. Ainsi Blanche-Neige est-elle interprétée par un homme grimé (Tibor Ockenfels) et le Prince — d'habitude escamoté — par Magali Bonat (qui remplace pour cette série de représentations une Marief Guittier momentanément blessée). Il est question de libération de la femme d'un joug masculin d'arrière-garde. De son mariage malheureux, elle s’échappe avec ce mot totem de l'époque « j'étouffe » et envoie valdinguer « la morale judéo-chrétienne » d'un mari qu'elle vouvoie mais à qui elle n'est pas fidèle, lorgnant du côté de Monsieur Seguin tout en regrettant de ne pas avoir accepté les avances de Peau d'âne. Travaillant fréquemment avec des aut

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Anne Benoît, actrice majuscule

Théâtre | Tout repose sur l'actrice. Anne Benoît est magistrale dans le rôle d'une femme en souffrance au travail imaginée par la romancière Nina Bouraoui dans un livre à paraître en janvier, "Otages". Richard Brunel accompagne à la mise en scène ce cri, cette résistance et ces violences.

Nadja Pobel | Mardi 26 novembre 2019

Anne Benoît, actrice majuscule

« J'ai cherché la joie comme une folle » nous dit Sylvie Meyer, la quinquagénaire, deux enfants et un mari qui vient de partir sans qu'elle s'en émeuve vraiment. Depuis vingt ans, elle travaille dans une usine de caoutchouc, répond à toutes les demandes même lorsqu'il s'agit de surveiller désormais les agissements de ses collègues. Jusqu'à ne plus en pouvoir et se pointer au bureau avec un couteau caché dans le sac, pour une nuit de séquestration. Richard Brunel, pour cette dernière production en tant que directeur du CDN de Valence (et avant de bientôt rejoindre l'Opéra de Lyon) utilise des astuces scénographiques qui lui sont familières : de la vidéo projetée et des cloisons mouvantes faites de rideaux californiens permettant d'ouvrir ou fermer l’espace. Tout est aseptisé comme récemment dans Certaines n'avaient jamais vu la mer ou même dans le pourtant rugueux Roberto Zucco. Trop. Mais au moins rien n'entrave la parole de ce quasi monologue — l'homme n'étant qu'une matière à re

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Richard Brunel est le nouveau directeur de l'Opéra de Lyon

Mercato | C'est Richard Brunel qui va succéder à partir du 1er septembre 2021 à Serge Dorny à la tête de l'Opéra de Lyon. Franck Riester, ministre de la Culture, a validé le choix du jury en fin de journée.

Sébastien Broquet | Mardi 22 octobre 2019

Richard Brunel est le nouveau directeur de l'Opéra de Lyon

La fumée blanche s'est finalement échappée du toit de l'Hôtel de Ville lyonnais ce mardi : le successeur de Serge Dorny (qui s'en va diriger l'Opéra de Bavière) à la tête de l'Opéra de Lyon se nomme bel et bien Richard Brunel. L'information est restée un temps au conditionnel, car on attendait depuis la semaine dernière la validation définitive par Franck Riester et le ministère de la Culture du choix du jury. Approbation souhaitée rapidement avant le conseil d'administration de l'Opéra, prévu en novembre... D'où le lancement par la mairie d'un commmuniqué de presse en milieu d'après-midi, avant la validation finale, pour mettre visiblement un petit "coup de pression" à Paris, qui tardait un peu trop aux yeux de Gérard Collomb à confirmer le choix du jury lyonnais. Frank Riester a finalement validé ce choix de nommer Richard Brunel deux heures plus tard, peu après 18h ce mardi 22. Relancé durant l'été faute de candidats convaincants, mais aussi – même s'il ne faut pa

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Au bout des contes : et pour les enfants, quelles pièces réserver ?

Conte | Loin du théâtre collé à l’actu, d’autres artistes ont choisi les contes et s’adressent aussi aux petits. Mais leur propos n’est pas si déconnecté du réel qu’il n’y paraît.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Au bout des contes : et pour les enfants, quelles pièces réserver ?

Drôle, sombre, grinçant et pour tout dire ébouriffant est la Blanche-Neige, histoire d’un prince (au Théâtre de la Croix-Rousse en janvier) de Michel Raskine qui a fait les beaux jours du In d’Avignon cet été. L’autrice Marie Dilasser y a incorporé ses préoccupations sur l’écologie, a détourné le genre et avec un castelet de marionnettes (101 nains dont Lèche-botte), l’ancien directeur du théâtre du Point du Jour livre aux enfants une fable parfaite. Joël Pommerat lui ne signe pas la suite de Ça ira mais sa nouvelle création, Contes et légendes (au TNP en décembre), se fera avec des enfants confrontés aux adultes et androïdes pour tenter de comprendre de quoi demain sera fait. Autre conte pour les grands cette fois, celui de Desplechin, Un Conte de Noël (au Radiant, via une programmation Célestins et Théâtre de la Croix-Rousse, en février) sera créé par Julie Deliquet. Le plus brillant des cinéastes français qui se délecte de mises en scène théâtrales occasionnellement, à la Comédie-Française (Père en 2015, Angels in America

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À Avignon, Blanche-Neige dynamitée

Théâtre | Michel Raskine, ancien directeur du théâtre du Point du Jour, s'offre une cure de jouvence avec son premier spectacle jeune public, "Blanche-Neige histoire d'un prince". Dans le In d'Avignon, il convoque le rire lié à une noirceur dont s'enduisent tous les autres spectacles vus au cours du festival. Pour l'occasion, il retrouve l'autrice Marie Dilasser dont il avait déjà monté "Me zo gwin ha te zo dour" ou "Quoi être maintenant ?". "Blanche-Neige" sera longuement en tournée dans les prochains mois et notamment au Théâtre de la Croix-Rousse, en janvier prochain. Le metteur en scène nous amène à la genèse de ce projet détonnant et la folle caisse de résonance que produit le festival.

Nadja Pobel | Mardi 20 août 2019

À Avignon, Blanche-Neige dynamitée

Vous connaissiez bien déjà Marie Dilasser dont vous aviez déjà monté des textes. Quelle est l'origine de ce nouveau projet ? Michel Raskine : Un projet s'est cassé la gueule et ça m'avait un peu atteint et j'ai dit à Marief Guittier [NdlR, comédienne avec qui il fraye depuis plus de trente ans] que depuis le temps qu'on voulait faire un spectacle jeune public, on allait le faire. Claire Dancoisne que je connais bien a un lieu sublime de résidence, le Théâtre de la Licorne, à Dunkerque. Elle nous a accueilli, mais il fallait intégrer des objets au spectacle car son lieu est axé sur la recherche pour la marionnette contemporaine et le théâtre d'objets. Ces contraintes ont été bénéfiques manifestement... Évidemment que c'est bien. On n'a pas trouvé la pièce que l'on voulait. Je ne voulais plus faire de duos avec Marief, il fallait minimum un trio. On a décidé de faire Blanche-Neige et qu'elle serait le prince. J'ai voulu un personnage de Blanche-Neige qui soit le plus loin possible de celui du prince. Je connaissais Tibor Ockenfels de l'École de la Comédie de Saint-Étienne. Si il y avait beaucoup d

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En bus vers Saint-Étienne

Théâtre | Le 2 mars, les Célestins vous offrent le car pour allez chez nos voisins stéphanois, dans la Comédie flambant neuve où le directeur de ce CDN monte Fore (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 février 2018

En bus vers Saint-Étienne

Le 2 mars, les Célestins vous offrent le car pour allez chez nos voisins stéphanois, dans la Comédie flambant neuve où le directeur de ce CDN monte Fore !. Arnaud Meunier a choisi des acteurs inconnus (la moitié de la promo sortante de "son" École et des diplômes de CalArt, école d'art, sorte de Fame californien) et une autrice inconnue (la trentenaire US Aleshea Harris) pour évoquer l'absurdité et la violence du monde actuel. Trump n'est pas loin, les Clytemnestre et Agamemnon du XXIe sont au premier plan de ce plateau à double niveau.

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Michel Raskine débroussaille les chants aux Subsistances

Théâtre | « Lautréamont Les Chants de Maldoror / Tu n'aimes pas moi j'adore », tentait de chanter avec sa voix accidentée Jane Birkin dans l'ultime album (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 octobre 2017

Michel Raskine débroussaille les chants aux Subsistances

« Lautréamont Les Chants de Maldoror / Tu n'aimes pas moi j'adore », tentait de chanter avec sa voix accidentée Jane Birkin dans l'ultime album studio que Gainsbourg lui écrivait en 1990. Un leitmotiv basique pour ce Et quand bien même sublime, forcément sublime. Michel Raskine s'élève heureusement au-dessus de ces paroles, démontrant qu'avec ce texte ardu (on aurait facilement tendance à le repousser), il y a tout de même une matière à théâtre et à jeu, notamment parce que Mervyn, un adolescent énigmatique, se lance dans une chevauchée nocturne. Et d'emblée, plutôt que nous relater les cinq chants précédents, le metteur en scène s'attache à nous donner une clé d'entrée à ce récit opaque avec la fameuse phrase du début de ce 6e chant qui inspira tant les surréalistes : « la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie », qui définit ici la beauté du jeune Mervyn, « 16 ans et 4 mois », auquel Maldoror, « ce sauvage civilisé », écrit. Jeu de poupées russes entre la personnalité de Lautréamont lui

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Rachida Brakni : jouer juste

Théâtre des Célestins | Une mise en scène tout en dentelle d'Arnaud Meunier, au service d'une Rachida Brakni d'une grande justesse : c'est aux Célestins jusqu'au 17 février.

Nadja Pobel | Mardi 7 février 2017

Rachida Brakni : jouer juste

À quoi ça ressemble, 1h40 de monologue ? À tout, sauf à la performance injustement présupposée... Rachida Brakni incarne trois femmes : une professeur juive, une soldat US et une kamikaze palestinienne qui veut comettre un attentat à Tel Aviv, « dans un an, dix jours et huit heures », le 29 mars 2002, elle l'annonce d'emblée. Aucun accessoire ne vient seconder la comédienne (ancienne pensionnaire de la Comédie Française) pour l'aider à incarner ces trois destins mêlés au cours du conflit israélo-palestinien, refrain ensanglanté des décennies passées, plus que jamais d'actualité. Dans un décor d'un gris dégradé, inversement semblable à celui de ses vêtements, encadré par trois portes qui n'ouvrent sur rien, elle avance, sur la moquette, à pas de loup presque comptés sans jamais flirter avec l'illustration ou même la démonstration. Ses cris de détresse sont silencieux, terriblement expressifs. Les explosions donnent lieu à une lumière crue et aveuglante. Arnaud Meunier, qui adapte ici (après Anna Politovskaïa et Chapitres de la chute) sa troisième œuvre de l'écrivain italien

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Arnaud Meunier reconduit

Comédie de Saint-Étienne | Alors que la nouvelle Comédie de Saint-Étienne, ce Centre dramatique national historique qui célèbre ses 70 ans, ouvrira au public sur le quartier de la (...)

Nadja Pobel | Lundi 30 janvier 2017

Arnaud Meunier reconduit

Alors que la nouvelle Comédie de Saint-Étienne, ce Centre dramatique national historique qui célèbre ses 70 ans, ouvrira au public sur le quartier de la Plain Achille en septembre prochain, son directeur Arnaud Meunier (nommé en 2011) vient tout juste d'être reconduit dans sa fonction pour un 3e mandat qui le mènera jusqu'au 31 décembre 2020. Le metteur en scène va pouvoir poursuivre son travail notamment tourné vers l'écriture contemporaine comme en témoigne Je crois en un seul Dieu de Stefano Massini, justement programmé aux Célestins jusqu'au 17 février.

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Cocotte au CCN

Danse | Nouveau rendez-vous au CCN de Rillieux-la-Pape (ce samedi 11 juin à partir de 19h), Cocotte fait bouillir la danse dans sa dimension performative (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 juin 2016

Cocotte au CCN

Nouveau rendez-vous au CCN de Rillieux-la-Pape (ce samedi 11 juin à partir de 19h), Cocotte fait bouillir la danse dans sa dimension performative avec pas moins de 16 performances proposées durant cette soirée : des six minutes interprétées par le metteur en scène Michel Raskine sur une proposition chorégraphique de Yuval Pick, aux cinq heures (et jusqu'à épuisement) de la danseuse et chorégraphe japonaise Mikiko Kawamura...

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De l'art de parler (et de se taire)

SCENES | Des esquisses de travail, une première et surtout le retour de la précieuse troupe de Pôle Nord : voilà de bonnes raisons pour se rendre au festival Paroles, paroles de la Mouche, une salle d'une vitalité rare toute la saison durant.

Nadja Pobel | Mardi 29 mars 2016

De l'art de parler (et de se taire)

Dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler la Métropole, un théâtre se place à l’avant-garde en terme de programmation : celui de la Mouche à Saint-Genis-Laval. Savoir enfin qui nous buvons, fable viticole prévu en juin aux Subsistances dans le cadre du festival UtoPistes, qui a triomphé au 104 parisien, été couverte d’éloges dans Le Monde et ailleurs a fait l’ouverture de la saison passée de la Mouche. Retour à Reims, d’après le virulent livre de Didier Eribon et mis en scène par l’excellent Laurent Hatat est passé par Vienne ce mois-ci : il sera le 27 mai à Saint-Genis. Le déchirant solo Rendez-vous gare de l’Est niché dans la petite salle de la Croix-Rousse cet hiver était en octobre dans ce même théâtre de la Mouche… N’en jetez plus ! Ce flair indiscutable est celui de Gabriel Lucas de Leyssac, dynamique directeur de la salle, qui a aussi initié Paroles Paroles, événement annuel. Du 30 mars au 6 avril, il accueille notamment la nouvelle création d’Eric Massé, Light spi

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Un retour au désert trop surligné

SCENES | L’élaboration d’un casting de prestige (Catherine Hiegel, Didier Bezace, Isabelle Sadoyan) ne suffit pas à donner de l’entrain à la dernière création d’Arnaud Meunier. Statique et ankylosée, sa mise en scène du Retour au désert de Koltès ne convainc pas.

Nadja Pobel | Mardi 2 février 2016

Un retour au désert trop surligné

Un an avant sa mort prématurée, juste avant le Zucco qui fera polémique, Bernard-Marie Koltès veut s’essayer à la comédie avec Le Retour au désert, publié en 1988. La trame de fond est pourtant grave : la guerre d’Algérie. Mathilde, mère célibataire, revient du bled au terme de quinze ans d’exil et trouve sa maison occupée par son frère Adrien. Elle vient « récupérer ce qu’elle possède ». Lui a hérité de l’usine familiale. À travers ce duo, la confrontation de la France à son histoire brûlante s’incarne ici, ses fantômes et ses démons, sa nostalgie crasse et son incapacité à regarder ses exactions en face. Le texte ne fait pas dans les nuances pour opposer ces deux univers qui s’affrontent comme sur un ring : féminin et masculin, progressiste et conservateur, voyageur et rivé à sa terre : « la province française est le seul endroit du monde où l’on est bien, le monde entier envie (…) son calme, ses clochers, sa douceur, son vin, sa prospérité » clame Adrien. « Recommençons notre bonjour » Mais de ce monde en mouvement permanent, il ne subsiste sur le plateau qu’une déroutante atonie. Les acteu

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Tout en haut du monde

ECRANS | Le renouveau de l’animation viendrait-il de la diversité européenne ? Même si l'on trouve mille qualités à Vice-Versa, à Dragons voire à L’Âge de glace, l’honnêteté (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Tout en haut du monde

Le renouveau de l’animation viendrait-il de la diversité européenne ? Même si l'on trouve mille qualités à Vice-Versa, à Dragons voire à L’Âge de glace, l’honnêteté oblige à admettre que ces films souffrent d’un regrettable conformisme esthétique — quand ils ne succombent pas à certains gimmicks narratifs. Comme si la créativité de leurs auteurs ne pouvait s’exprimer qu’à l’intérieur d’un champ clos produisant des fruits ronds, colorés et sucrés, à la saveur prévisible. De notre côté de l’Atlantique, les cinéastes ont une autre approche : ils ne cherchent pas à rivaliser dans la restitution de la réalité — cette course à l’échalote technique servant d’argument aux films ayant les scénarios les plus pauvres —, ils investissent l’écriture en traitant de sujets plus segmentants, moins glamour ; et réfléchissent à la dimension plastique de leurs œuvres. Découvrir Tout en haut du monde, c’est avoir le regard ébloui par une bourrasque de pureté et de clarté. Rémi Chayé propose un traitement visuel allant à l’essentiel, très flat design, qui change les perspectives

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Michel Raskine divise son "Quartett" par deux

SCENES | Et soudain surgit Winnie. Tout au long des 90 minutes de Quartett, mis en scène par Michel Raskine d'après Les Liaisons dangereuses, Marief (...)

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Michel Raskine divise son

Et soudain surgit Winnie. Tout au long des 90 minutes de Quartett, mis en scène par Michel Raskine d'après Les Liaisons dangereuses, Marief Guittier sera juchée et engoncée dans un talus de terre. Immobile, comme l’héroïne de Oh les beaux jours, la voilà qui elle aussi monologue. Elle sait parfaitement le faire, de surcroît avec les mots intemporels d’Heiner Müller évoquant «le gaspillage de jouissance qu’entraîne la fidélité d’un mari», ses propos féministes assurant que «l’homme n’est que l’instrument de la jouissance des femmes». Bien sûr, l'alchimie prend. Thomas Rortais est beaucoup plus jeune que Valmont ? Qu’importe. Les liens physiques n’en ont que faire, la torture du désir aussi. D'autant que les deux comédiens ont déjà parfaitement rodé leur duo dans Le Triomphe de l’amour et Au cœur des ténèbres en septembre dernier. Le décor, lu

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La violence sourde et muette de la cie Pôle Nord

SCENES | Chirurgicale et glaçante, la nouvelle création de la bien nommée compagnie Pôle Nord est muette et bien souvent sombre. Ennui garanti ? Au contraire : il émane de "L'Ogre et l'enfant" une rare et fragile étrangeté. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2015

La violence sourde et muette de la cie Pôle Nord

Dispositif bi-frontal, une piste bleue au milieu des spectateurs et un banc adossé à un gros cube marine d'où émane une lumière qui, inévitablement, rappelle le même petit objet mystérieux de Mulholland Drive. De toute évidence, l'étrangeté est la ligne de conduite de cette nouvelle création de la compagnie Pôle Nord, souvent opaque mais jamais lassante. À quoi cela tient-il ? À la précision de Lise Maussion, d'abord. C'est elle qui endosse l'entrée en matière. Vêtue d'un jogging, regard hagard et dentition proéminente, elle effraie sans agresser, comme un loup fatigué. Est-elle l'ogre ou l'enfant ? Rien n'est moins sûr, ses deux acolytes n'ayant pas la carrure de dévoreurs de minots. Elle avance, traverse la pièce, lentement, sort des poupées de son sac sali, trimballé depuis longtemps déjà, puis les range. À l'homme d'entamer son rituel : s'habiller en costume, sillonner la ville et rejoindre un bureau imaginaire où seul un geste de signature de documents indique qu'il est "important". Un troisième, moins présent, queue de rat entre les jambes, erre comme un visiteur, sans place fixe dans ce monde radicalement froid et déshumanisé dont on

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Marief Guittier illumine "Au cœur des ténèbres"

SCENES | Chez ceux qui ne l’ont jamais vue comme chez ceux qui la connaissent déjà bien, son talent hors norme et sans cesse renouvelé provoque le même étonnement. Marief Guittier le confirme à l'Elysée sous la houlette de son éternel acolyte Michel Raskine : elle est une très grande comédienne.

Nadja Pobel | Mardi 15 septembre 2015

Marief Guittier illumine

C’est un petit bout de femme, pourrait-on dire vulgairement. Elle est en vérité bien plus. Quand le prologue se termine, elle apparaît, toute mince, là où on ne l’attend pas : hissée en haut de gradins, assise, au premier plan d’une peinture d’océan un peu kitsch, scénographie resserrée dans laquelle elle trouve sa place avec évidence. Petites lunettes rondes, bonnet lui ôtant tout cheveu, cardigan noir sur chemise blanche, pantalon : elle est cet homme, héros de Conrad, Charles Marlow. Elle est cet homme plus que bien des acteurs masculins ne pourraient l’être. Marief Guittier a déjà été Max Gericke et Rousseau, elle sait que tout est possible au théâtre. Avec sa voix grave, son souffle travaillé et, surtout, sa capacité à faire passer dans sa prononciation un mélange d’ironie, de passion et de surprise, elle sait démultiplier mieux que quiconque les nuances des états d’âme de son personnage. Et donne à ce jeune officier de marine marchande britannique qui remonte le cours d'un fleuve au cœur de l'Afrique noire une fraîcheur absolue. Mi

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L'Apocalypse selon Raskine

SCENES | À quoi ça tient, le projet d’une mise en scène de théâtre ? Au visionnage d’un documentaire parfois, comme celui vu par Michel Raskine au dernier (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

L'Apocalypse selon Raskine

À quoi ça tient, le projet d’une mise en scène de théâtre ? Au visionnage d’un documentaire parfois, comme celui vu par Michel Raskine au dernier festival Lumière, Hearts of Darkness, tourné sur le plateau d’Apocalyse Now. Ce documentaire lui remet en mémoire le récit de Joseph Conrad auquel il empreinte son titre, Au cœur des ténèbres. Alors que Quartett est déjà sur les rails, il décide de monter ce texte avec son éternelle Marief Guittier, dans une salle qu’il fréquente souvent et «que nous envie d’autres villes de province», le Théâtre de l'Élysée. Du 10 au 25 septembre, c’est de fait la petite salle de la Guill’ qui créera l’événement de cette rentrée théâtrale. Le texte, qui tient en une heure, est avant tout un monologue de Guittier dans la peau de Charles Marlow, le narrateur qui remonte le fleuve Congo durant la colonisation. Autour de l’actrice rôde l'éblouissant Thomas Rortais, déjà impeccablement dirigé par Raskine dans Le Triomphe de l’amour. Quoi d’autre ? Un prologue vraisemblablement de haut vol, «des fragments de décor, des bougies, Britten et Jim Morrison» compl

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

ACTUS | Ludique et politique est le visuel de la nouvelle plaquette (une croix faite de craies fragilisées) du Théâtre de la Croix-Rousse. Ludique et politique (et du coup franchement excitante) sera sa saison 2015/2016. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 31 mai 2015

La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

Des Fourberies de Scapin décapées au karcher par Laurent Brethome, le crépusculaire Mon traître d'Emmanuel Meirieu, David Bobée et son Lucrèce Borgia à (trop) grand spectacle... L'entame de la saison 2014/2015 du Théâtre de la Croix-Rousse fut l'une des plus fulgurantes qu'on ait connue depuis l'arrivée à sa direction de Jean Lacornerie. La rentrée 2015/2016 est bien partie pour soutenir la comparaison, ne serait-ce que parce qu'elle s'ouvrira sur la reprise du Bigre de Pierre Guillois, comédie muette «à voir et à revoir» (du 29 septembre au 3 octobre) selon la formule consacrée car aussi hilarante qu'ingénieuse. Suivront : une prometteuse transposition des conseils pour accéder à un trône et le conserver de Machiavel dans l'univers férocement contemporain du stage de formation par Laurent Guttmann (Le Prince, du 6 au 16 octobre) ; le retour, sous bannière Nimis Groupe, d'une partie des singuliers Belges du Raoul collectif (Le Signal du promeneur) avec Ceux que j'ai rencontrés ne

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Sandrine Bonnaire s'enivre de "L'Odeur des planches"

SCENES | D'abord, il y a ce plaisir de voir une comédienne parmi les plus familières et attachantes de son époque fouler un grand plateau de théâtre, seule, pour nous (...)

Nadja Pobel | Mardi 28 avril 2015

Sandrine Bonnaire s'enivre de

D'abord, il y a ce plaisir de voir une comédienne parmi les plus familières et attachantes de son époque fouler un grand plateau de théâtre, seule, pour nous raconter une histoire qui la met dans le même état de rage que le personnage qu'elle incarnait à 15 ans, tenant tête à son Pialat de mentor. Sandrine Bonnaire résiste. Elle donne du cœur à un cri, celui de Samira Sedira, auteur de ce texte, L'Odeur des planches, «le plus autobiographique» dit-elle, publié en 2012 aux éditions du Rouergue. Alternant souvenirs historiques – ceux de ses parents débarqués d'Algérie dans les années 60 – et un vécu contemporain qui débute par la fin de ses droits Assedic et l'obligation pour elle de trouver un travail alimentaire, elle donne du rythme et de la force à son récit. Devenue femme de ménage, elle voit dans ce déclassement social une occasion de se rapprocher de sa mère qui, elle aussi, à dû combattre la solitude et se résoudre à ce métier. Finie la litanie des théâtres visités qu'elle récite comme un pensum, la voilà seulement définie par son corps, éreintée par cette tâche aride et dépourvue de toute pensée. Une «dépossession» de soi décrite ave

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La Comédie de Valence, un CDN incontournable

ACTUS | Pour qu'un spectacle se fasse, il ne suffit pas d'un bon casting, d'un bon texte et d'un bon metteur en scène. Encore faut-il que lui préside un (...)

Nadja Pobel | Mardi 28 avril 2015

La Comédie de Valence, un CDN incontournable

Pour qu'un spectacle se fasse, il ne suffit pas d'un bon casting, d'un bon texte et d'un bon metteur en scène. Encore faut-il que lui préside un vrai sens de l'initiative, comme cela fut le cas pour L'Odeur des planches. Il se trouve que le Centre Dramatique National de Valence n'en manque pas, courtoisie de son directeur Richard Brunel, arrivé en 2010 et reconduit pour trois années en janvier dernier. Si au Petit Bulletin nous n'en parlons que rarement, faute d'une édition couvrant l'actualité artistique en Drôme, la Comédie de Valence n'en est pas moins incontournable. Dans la région, elle est même parfois la seule à accueillir certaines productions internationales, à l'image de You are my destiny d'Angelica Liddell et du Trauernacht mis en scène par Katie Mitchell – c'est aussi là-bas que fut donnée la première du Carmen de Dada Masilo lors de la dernière Biennale de la danse. Pour autant, ce théâtre ne prêche pas qu'aux convertis : il s'exporte dans tous genres de lieux (école, chapelle, musée...), emmenant à la rencontre d'un public nouveau des artistes de haut vol comme François Cervantès ou Simon Delétang, partis en «

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Sandrine Bonnaire : «Ce métier est une offrande»

SCENES | Renouant avec le théâtre, Sandrine Bonnaire dit avec simplicité l'histoire d'une comédienne déchue et réduite à faire des ménages via le texte autobiographique de Samira Sedira, "L'Odeur des planches". Dialogue avec la plus radieuse des actrices françaises, née sous le haut-patronage de l'immense Maurice Pialat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 28 avril 2015

Sandrine Bonnaire : «Ce métier est une offrande»

En 1989, vous jouiez pour la première fois au théâtre dans La Bonne âme du Se-Tchouan sous la direction de Bernard Sobel. Vous vous êtes ensuite absentée jusqu’à L’Odeur des planches. Qu’est-ce qui vous a menée au théâtre, vous en a éloignée puis vous y a ramenée ? Sandrine Bonnaire : J’ai effectivement arrêté le théâtre durant plusieurs années pour diverses raisons, notamment parce que j’ai eu un enfant et que j’avais peu envie de sortir chez moi le soir. Le désir n’était plus là, mais il est revenu il y a deux ans. En fait, j'avais sollicité Jean-Michel Ribes pour le projet du Miroir de Jade [pièce chorégraphiée créée dans la foulée de L'Odeur des planches, NdlR], pour lui demander s’il pouvait financer ce spectacle, et il m’a présenté Richard Brunel qui m’a proposé de faire cette lecture. On a fait trois jours de lecture à Valence et on avait envie de le reprendre avec le texte appris. On s’est rendu compte que ce texte devait être interprété, qu’une simple lecture ne convenait pas car on ne peut pas vraiment rester en retrait de ce récit. Qu’est-ce qui vous a attirée dans ce texte peu an

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Dix incontournables pour 2014/2015

SCENES | Outre les spectacles cités dans notre gros plan et les panoramas lisibles par ailleurs, voici une dizaine de spectacles qui attisent notre curiosité ou réveillent de bons souvenirs. Bien plus, en tout cas, que les deux mastodontes avignonnais un peu fades qui passeront par là, au TNP, "Orlando" d'Olivier Py et "Le Prince de Hombourg" de Giorgio Barberio Corsetti.

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Dix incontournables pour 2014/2015

Phèdre Avec Les Serments indiscrets l’an dernier, Christophe Rauck présentait une version très personnelle, entre suavité et force, de la pièce méconnue de Marivaux. Il s’attaque maintenant au classique de Racine que tous les grands comédiens ont un jour joué dans leur vie, à commencer par Dominique Blanc sous la houlette de Patrice Chéreau. Dans ce casting-ci, on retrouvera la mythique Nada Strancar (dans le rôle de Oenone, nourrice de Phèdre), au milieu d'un décor agrègeant une nouvelle fois les apparats de l’époque Louis XIV à un univers moins propret, aux murs à nu voire lézardés. Rauck se garde de ripoliner les œuvres majeures pour mieux les révéler. Faisons-lui à nouveau confiance. Nadja Pobel Du 8 au 17 octobre aux Célestins  

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Regarde les hommes tomber

SCENES | Puisque tout le monde connait la fin - la crise des subprimes de 2008 -, l’auteur Stefano Massini et le metteur en scène Arnaud Meunier racontent avec brio le début et le développement de l’empire des Lehman Brothers. Croisant la petite et la grande histoire, ils signent avec "Chapitres de la chute" une fascinante saga théâtrale. Nadja Pobel

Benjamin Mialot | Mardi 11 février 2014

Regarde les hommes tomber

«Fils d’un marchand de bestiaux, juif, circoncit, une seule valise, debout immobile sur le quai number four du port de New York. Grâce à Dieu d’être arrivé, grâce à Dieu d’être parti, grâce d’être là enfin en Amérique». Nous sommes en 1844 et Henry Lehman vient de poser un pied sur le sol étasunien après un mois et demi de traversée de l’Atlantique. Un gros navire à voile projeté en fond de scène s’efface. Le spectacle vient de démarrer sur le mode du conte, il le tiendra quatre heures durant. Il faut dire que Chapitres de la chute est un épatant récit (écrit à la troisième personne, quitte à parfois manquer de spontanéité), qui embrasse à la fois le destin familial des Lehman et la transformation de l’économie en finance, mais aussi l'histoire politique, avec ce qu'elle charrie de guerres et de paix.  Lorsqu’Arnaud Meunier, directeur de la Comédie de Saint-Etienne découvre ce texte, seul son premier tiers est achevé. Stefano Massini, quadragénaire et déjà bardé de prix d’auteurs dans son pays, l’Italie, vient juste de coucher sur papier l’arrivée des frères Lehmann en Alabama. Arnau

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Le Triomphe de Raskine

SCENES | Constamment jubilatoire, drôle, tendu et vif, "Le Triomphe de l'amour" signe les retrouvailles de Michel Raskine avec la si brillante écriture de Marivaux. Une très grande mise en scène, comme il en a déjà tant derrière lui. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2014

Le Triomphe de Raskine

Sartre, Manfred Karge, Duras, Dea Loher, Marie Dilasser, Strindberg, Lagarce, Bernhard, Pinget, Shakespeare, Marivaux… Le moins que l’on puisse dire est que Michel Raskine, depuis ses débuts de metteur en scène en 1984 avec l’inoubliable et maintes fois repris Max Gericke, s’est confronté à des registres tellement différents qu’il parait compliqué d’y déceler un fil rouge. Toutefois, si on se doute bien qu’il ne s’acharne pas à établir une continuité dans son travail, il n’en demeure pas moins que dès les premières minutes du Triomphe de l’amour, nous nous sentons autant chez lui que chez Marivaux par un savant décalage : les personnages sont costumés mais se trimballent avec un sac plastique Lidl ; le décor est massif, juste mélange de références antiques et modernistes, mais à jardin trône une table en formica avec bières, cagettes et vieille téloche qui sera le lieu de détente de l’un des comédiens à l’entracte. Chez Raskine, le spectacle ne s’arrête jamais vraiment, la vie et la comédie se mélangent, le factice et le réel ne font qu’un. Il en était notamment ainsi en 2009 avec Le Jeu de l’amour et du hasard, qu'il laissait en suspen

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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Crocodile dandy

SCENES | "Le Crocodile trompeur" est une relecture du "Didon et Énée" de Purcell mixant les codes de l’opéra et du théâtre. Une création drôle, inventive et réjouissante défendue par une équipe artistique qui, l’air de rien, insuffle un grand vent d’air frais au vaste monde du spectacle vivant. Rencontre avec la metteur en scène Jeanne Candel. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Lundi 25 novembre 2013

Crocodile dandy

C’est l’histoire de deux comédiens-metteurs en scène qui décident, un jour, de monter un opéra avec les codes du théâtre. Pourquoi pas le Didon et Énée de Purcell, une tragique histoire d’amour ? Oui, pourquoi pas, en effet... Qu’importe si l’on touche là à une pièce phare d’un domaine  moins enclin que d’autres à valider béatement toutes les excentricités de jeunes bien décidés à asséner un bon coup aux conventions. Sauf que Jeanne Candel, qui a mis en scène ce Didon et Énée avec Samuel Achache, joue d’emblée la carte de l’humilité : «On n’a pas réfléchi comme ça... On s’est plutôt demandé comment retravailler et réécrire ce monument de la mémoire collective. Dans les opéras, je me suis souvent dit que je trouvais la musique et les interprètes sublimes, mais qu’au niveau de ce qui était représenté, la musique était toujours plus puissante que le reste.» D’où l’idée de triturer l’œuvre, de l’amputer de certains de ses membres lyriques, quitte à en rajouter d’autres plus théâtraux. En résulte la proposition Le Crocodile trompeur (le nouveau titre est issu d’une réplique que la reine Didon, blessée d’être quittée, adresse à Énée), que l’

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Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

SCENES | Sélection réalisée par Nadja Pobel, Benjamin Mialot et Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

Regards Née avec une malformation au visage, Séverine Fontaine a dû composer avec pendant toute son enfance. La jeune femme devenue comédienne a décidé de se nourrir de cette expérience pour livrer ce solo présenté comme «un manifeste pour la différence». Dans une scénographie convoquant une série de lampes, elle joue habilement avec le regard du spectateur. Un spectacle sincère et fort.Au Centre Albert Camus, Bron, du 1er au 4 octobre Le Président C’est grinçant et marquant comme… du Thomas Bernhard. Michel Raskine a su adapter cet immense dramaturge autrichien avec le

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Cannes, à la Vie, à l’amour…

ECRANS | En couronnant ce qui est incontestablement le meilleur film de la compétition, "La Vie d’Adèle" d’Abdellatif Kechiche, Steven Spielberg et son jury ont posé un beau point final à un 66e festival de Cannes passionnant en son centre, sinon dans ses périphéries. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 mai 2013

Cannes, à la Vie, à l’amour…

Y croyait-on vraiment ? Imaginait-on Steven Spielberg se lever de sa chaise durant la cérémonie du palmarès cannois pour annoncer, du haut de sa stature de cinéaste mondialement reconnu et présentement président du jury, la Palme à La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, chef-d’œuvre du naturalisme à la française relatant la passion entre Adèle et Emma à coups de grands blocs de réalité réinventée, des premiers regards à la dernière étreinte en passant par de longs moments d’intimité physique ? C’est pourtant ce qui s’est passé, et on en est encore ému. Car si La Vie d’Adèle n’était pas notre film préféré de la compétition — on dira lequel plus tard — c’était d’évidence le meilleur, le plus incontestablement ample et abouti, le plus furieusement contemporain, que ce soit dans sa matière romanesque, ses personnages ou son dispositif. Kechiche est aujourd’hui l’héritier direct de Pialat, même s’il développe aussi sa propre singularité et même si, avec ce film-là, il dévoile sa part la moins sombre, la plus solaire, comme une antithèse absolue de son précédent et terrible

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Cannes - Jour 7. Le Queer lui va si bien...

ECRANS | "Behind the candelabra" de Steven Soderbergh. "As I lay dying" de James Franco. "Grigris" de Mahamat-Saleh Haroun. "Les Salauds" de Claire Denis.

Christophe Chabert | Jeudi 23 mai 2013

Cannes - Jour 7. Le Queer lui va si bien...

Judicieusement placé en plein milieu de la compétition, le dernier film (le dernier ?) de Steven Soderbergh, Behind the candelabra, nous a redonné de l’énergie pour terminer le festival. C’est un film champagne mais c’est aussi, comme Gatsby et La Grande Bellezza, un film qui inclut dans son programme sa propre gueule de bois. Pourquoi Soderbergh tenait-il tant à ce biopic du pianiste excentrique et homo Liberace, sorte de Clayderman de Las Vegas, certes talentueux mais surtout très doué pour faire la retape de sa propre image, showman avéré mais dont la vie privée a été soigneusement falsifiée pour ne pas effrayer son fan club de mamies pudibondes. C’est par cet angle (mort)-là que Soderbergh choisit de raconter Liberace : son jeune amant Scott, tombé sous le charme de ce sexagénaire qui refuse de vieillir et qui va le transformer en portrait de Dorian Gray vivant ; pendant qu’il

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Rencontre au sommet

SCENES | 10 mars 1975 : Jacques Chancel reçoit Michel Foucault dans son émission Radioscopie, sur France Inter. 10 septembre 2012 : au Lavoir, on rejoue la (...)

Dorotée Aznar | Lundi 10 septembre 2012

Rencontre au sommet

10 mars 1975 : Jacques Chancel reçoit Michel Foucault dans son émission Radioscopie, sur France Inter. 10 septembre 2012 : au Lavoir, on rejoue la scène. Une table, deux micros, une rencontre inédite entre deux acteurs ; Michel Raskine prête sa voix à Michel Foucault tandis qu’Ivan Gouillon se livre à un rôle dans lequel il excelle : l’animateur. Un magnifique entretien, où Foucault défend la notion de plaisir dans le savoir («la politesse de celui qui écrit est de provoquer un plaisir physique chez celui qui le lit»), parle de folie, de punition, de pouvoir, de peine de mort. On y entend aussi un Jacques Chancel bien décidé à faire parler Foucault de sa vie privée («avez-vous des enfants ?», tentant de simplifier la parole du penseur à l’extrême mais lui laissant également … le temps (et on réalise à quel point cela est devenu rare !) Il y aura scandale, mais… est à voir mardi 11 et mercredi 12 septembre à 20 heures au Lavoir public - Club Théâtre. Dorotée Aznar

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Racé !

SCENES | Le pouvoir pour quoi faire ? Pour son retour aux Nuits de Fourvière, et en pleine période électorale (pas seulement en France !), Michel Raskine a l’audace de choisir la pièce cinglante de Thomas Bernhard, Le Président. À la hauteur de ce texte incandescent, il signe une mise en scène qui a du chien ! Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 26 septembre 2013

Racé !

Ça fait sens. Au bout de l’heure quarante de ce spectacle, il est évident qu’il arrive au bon moment (période électorale avec des enjeux plus importants encore en Grèce et en Égypte que dans l’Hexagone), au bon endroit (un chapiteau de cirque) et qu’il est entre les mains de la bonne personne, Michel Raskine. Il avait déjà brillamment mis en scène Thomas Bernhard en 2000, replié dans un coin de la scène du Point du jour avec Au but. Paru en 1975, Le Président fait polémique dès sa création car il fut joué à Stuttgart où se déroulait alors le premier procès de la Fraction Armée Rouge, ces anarchistes emmenés par Andreas Baader et Ulrike Meinhof. Or Le Président, c’est précisément le récit de ce clivage entre un pouvoir autocrate et vain qui s’amenuise face à l’adversité - en l’occurrence des anarchistes. Fiction ou réalité ? Peu importe. Thomas Bernhard s’est toujours délecté de ces parallèles et ne cesse d’incriminer son pays et les puissants. Ici, un couple présidentiel vient de réchapper à un attentat. Un colonel et leur chien ont succombé. Pour la Présidente, c’est un drame absolu que d’avoir perdu son animal, son mari a droit à bien moins d’égards. Dans la deuxième

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Adieu Berthe !

ECRANS | De et avec Bruno Podalydès (Fr, 1h40) avec Denis Podalydès, Isabelle Candelier, Valérie Lemercier…

Christophe Chabert | Jeudi 14 juin 2012

Adieu Berthe !

Berthe est morte, mémé n’est plus. C’est ce qu’apprend Armand Lebrec (Denis Podalydès), la tête dans une boîte transpercée de sabres factices. Son affliction à l’annonce du décès est, elle aussi, purement factice : cette grand-mère était si discrète que tout le monde l’avait oubliée dans la famille (son père en particulier, atteint d’une forme de démence burlesque ; un numéro aussi bref que grandiose pour Pierre Arditi). De toute façon, Armand a d’autres chats à fouetter : une femme qu’il tente vainement de quitter, une autre avec qui il essaie de trouver un modus vivendi, une pharmacie appartenant à une belle-mère intrusive… Après l’inégal Bancs publics, Bruno Podalydès revient à des territoires plus familiers de son cinéma : la comédie de l’indécision sentimentale, sur un mode plus grave et plus mature, âge des protagonistes oblige. La première moitié est effectivement hilarante, notamment la peinture de pompes funèbres délirantes, l’une tenue par une sorte de gourou new age (Michel Vuillermoz, génial), l’autre par un tax

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Ciel, mon théâtre !

SCENES | Changements de direction à la tête des théâtres, nouvelles infrastructures, orientations artistiques différentes pour les lieux existants… Ces bouleversements vont-ils modifier en profondeur le paysage théâtral lyonnais ? Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 5 septembre 2011

Ciel, mon théâtre !

Rarement les institutions culturelles lyonnaises, et notamment les théâtres, auront connu de tels bouleversements. Dans un milieu dans lequel les directeurs ont la réputation (et souvent l’habitude) de rester en fonction autant que faire ce peut, parfois bien au-delà du raisonnable, on a assisté la saison dernière à des changements profonds. À l’échelle locale, le plus médiatique fut sans doute celui occasionné, en juillet 2010, par le décès de Philippe Faure, directeur du Théâtre de la Croix-Rousse depuis 1994 et dont la succession a été le révélateur d’un malaise profond chez les metteurs en scène de la région. Dans les semaines qui ont suivi l’annonce de la disparition de Philippe Faure, dix-sept candidats ont fait connaître leur volonté de prendre la direction du lieu. Une grande partie d’entre eux était composée de metteurs en scène à la recherche d’un lieu dans lequel établir leur compagnie, un lieu dans lequel créer leurs spectacles et, finalement, un moyen de sortir d’une forme de précarité. Et le tollé provoqué par la décision de la Ville de Lyon (propriétaire du théâtre) de ne pas lancer d’appel à candidatures pour le recrutement d’un nouveau directeur ne dit pas autre ch

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Michel Raskine

SCENES | Comédien, metteur en scène, directeur du Théâtre Le Point du Jour. DA

Dorotée Aznar | Mercredi 8 décembre 2010

Michel Raskine

Petit Bulletin : Si vous deviez choisir un spectacle qui vous a touché ces dernières années, quel serait-il ? Michel Raskine : Kontakthof, pour adolescents de 14 ans et plus de Pina Bausch. Ce spectacle m'a bouleversé. Un “événement“ qui a modifié la vie culturelle ? Dans le milieu du théâtre, l'arrivée de l'École Nationale Supérieure d'Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT) à Lyon en 1997 a beaucoup compté. Cela a apporté du sang neuf à un moment où cela était nécessaire. Quelles sont les qualités de cette ville sur le plan culturel ? Il y a une offre culturelle énorme ! Des théâtres, un opéra, une Maison de la Danse, des salles de concert... À quelques exceptions près, les spectateurs lyonnais sont très chanceux. Quelles sont ces exceptions ? Quelques grands metteurs en scène étrangers n'ont jamais été, ou très peu, programmés à Lyon. Quels sont les défauts récurrents de Lyon ? C'est une chance pour Lyon d'avoir deux biennales, mais en ce qui me concerne, je pense qu'il manque un vrai grand musée dédié à l'art contemporain. Je pense également que Lyon a beaucoup de retard par rapport à d'autres villes européenn

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Raskine-Guittier, la fidélité

SCENES | Comédienne / Marief Guittier et Michel Raskine, une fidélité par vingt fois renouvelée. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 15 mars 2010

Raskine-Guittier, la fidélité

Depuis sa première mise en scène en 1984 (Max Gericke ou pareille au même de Manfred Karge), Michel Raskine a crée 26 autres spectacles. Le point commun entre ces créations ? La présence de la comédienne Marief Guittier dans vingt d’entre eux, du premier au dernier en date.

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Scènes de la non vie conjugale

SCENES | Critique / Voilà un couple pour qui ça ne va plus du tout, un couple où l’amour est mort, ce que tous deux constatent au cours d’une scène de ménage dépassionnée, (...)

Dorotée Aznar | Samedi 13 mars 2010

Scènes de la non vie conjugale

Critique / Voilà un couple pour qui ça ne va plus du tout, un couple où l’amour est mort, ce que tous deux constatent au cours d’une scène de ménage dépassionnée, en attendant un événement qui les sortirait de leur impasse. Edgar, militaire, boit ; Alice, ancienne actrice, joue du piano. Ils rejouent sur scène ce quotidien figé qu’ils connaissent par cœur. Au début de la pièce, ils sont même déjà lassés par leur propre lassitude. Surprise : cela fait rire. On rit, mais les dents grincent face à ces petites vacheries qui, on le devine, cachent de bien grandes frustrations. Elles éclateront lorsqu’un dénommé Kurt viendra passer quelques temps dans leur maison : possibilité d’un adultère vengeur pour elle, face-à-face avec l’alcoolisme et la maladie pour lui. Kurt représente une promesse de vérité au sein d’un environnement asphyxié par des mensonges dont personne n’est dupe. En adaptant «La Danse de mort», Michel Raskine explore lui aussi les possibles du texte de Strindberg : un théâtre du surplace qui ressemble à du Beckett, où la rancune et l’aigreur se projettent en saillies verbales dignes d’un Thomas Bernhard, mais qui peut aussi aller vers l’émotion pure sous la forme d’une tr

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L’amour à mort

SCENES | Théâtre / La Danse de mort, remarquable adaptation d’August Strindberg, permet à Michel Raskine de signer un de ses spectacles les plus accomplis, où le perfectionnisme et l’intelligence de sa mise en scène s’expriment avec une évidente sérénité. Rencontre. Propos recueillis par Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Samedi 13 mars 2010

L’amour à mort

Petit bulletin : Où situez-vous August Strindberg par rapport aux auteurs que vous avez déjà mis en scène ?Michel Raskine : D’abord une parenthèse : ce n’est pas un auteur que je connais très bien. Ensuite, une parenthèse dans la parenthèse : je ne suis pas quelqu’un qui lit beaucoup de théâtre, ça me barbe assez, par contre, je vais beaucoup au théâtre. J’avais vu du Strindberg, mais je me tenais à une distance respectable et respectueuse, et je trouvais que la plupart des metteurs en scène le tenaient à une distance respectable et respectueuse. Ce qui fait que je ne me sentais pas si proche de lui… Par ce vieux réflexe, qui est en train de changer depuis le spectacle de Lagarce à la Comédie Française, je n’osais pas m’approcher de ça car j’avais mieux à faire avec des auteurs d’aujourd’hui pour parler du monde d’aujourd’hui. Avec cette première scène à l’humour très noir, on a le sentiment d’entendre du Thomas Bernhard…Il est certain que Bernhard connaissait Strindberg. Mais ce qu’on entend dans la première scène, c’est mon humour à moi. Sans aller jusqu’à dire qu’il s’agit d’un autoportrait, je crois que je suis très profondément dans ce spectacle.

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Amours des feintes

SCENES | Théâtre / Après avoir travaillé la matière de Rousseau, Michel Raskine reste fidèle au XVIIIe siècle pour sa nouvelle création. Il offre une version électrisée de la plus célèbre pièce de Marivaux, Le Jeu de l'amour et du hasard. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 27 février 2009

Amours des feintes

Le texte est là comme un pilier sur lequel vont s'adosser les comédiens 2h30 durant. Une longueur qui laisse aux acteurs le temps de respirer sans le débiter à la mitraillette. L'histoire est sans suspense : Orgon veut marier sa fille Silvia à Dorante, le fils d'un de ses amis. Peu encline à ce genre d'engagement, Silvia se méfie et préfère endosser les habits de sa servante Lisette pour mieux observer en cachette son futur mari. Mais de son côté Dorante a eu la même idée et troqué son rôle contre celui de son valet, le fantasque et comique (quoiqu'un peu lourdingue) Arlequin. La langue est d'une fluidité impeccable et totalement transparente mais Marivaux dilue parfois l'intrigue et retarde longuement la découverte de cette usurpation des identités. Orgueilleuse au plus haut point, la vraie Silvia fait durer le jeu avant de révéler in extremis qu'elle est une maîtresse, quand elle est assurée que Dorante l'aime même dans la basse condition de son déguisement. La bienséance est respectée, l'amour véritable triomphe pendant que les rangs hiérarchiques reprennent leur place. Dans ce canevas serré, Michel Raskine trouve le bon tempo et détourne les codes avec parcimonie mais efficacit

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L'Amer Rousseau

SCENES | Théâtre / Michel Raskine tire le portrait d'un «Jean-Jacques Rousseau» vieillissant et aigri dans un spectacle intelligent, drôle et mordant, emporté par une fantastique Marief Guittier. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 28 mars 2008

L'Amer Rousseau

Allongé sur un banc, emmitouflé dans des couvertures alors que l'aube se lève sur sa maison à la campagne, Jean-Jacques Rousseau se réveille lentement. Que ce soit Marief Guittier qui lui prête ses traits féminins ne choque pas longtemps - surtout quand l'actrice atteint un tel sommet de maîtrise de son jeu - car toute la scénographie, entre moquette vert fluo et arbre en carton-pâte, joue le faux-semblant. Et le spectacle ? Il montre d'abord un Rousseau illuminé, en plein trip exalté face à la nature, évoquant ses siestes en barque et ses promenades en forêt. On se demande, pendant ce premier quart d'heure à la lisière de l'ennui, où Raskine veut en venir, quel intérêt il peut bien trouver à ce Rousseau des champs à la naïveté surannée... Le Misanthrope suisseSoudain, le valet un peu effacé du philosophe (Bertrand Fayolle, impeccable de flegme et de présence discrète face au monstre), le rappelle à l'ordre : «Le Théâtre !» lui crie-t-il. C'est alors un tout autre Rousseau qui apparaît, Raskine révélant enfin l'objectif du spectacle : casser l'image d'un Jean-Jacques Rousseau humaniste et généreux, et en faire un personnage de Thomas Bernhard, un monstre d'amertume ru

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S'accrocher aux branches

SCENES | Théâtre / Le titre de la nouvelle création de Michel Raskine donne le ton : Me zo gwin ha te zo dour ou Quoi être maintenant ? Amateurs de simplicité : fuyez ! Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 7 février 2007

S'accrocher aux branches

Le premier quart d'heure de Me zo gwin ha te zo dour peut laisser perplexe. Des motifs floraux abominables partout (des costumes aux papiers peints, jusqu'à l'écœurement), des personnages aux noms tellement imprononçables qu'on se demande régulièrement qui est qui, des dialogues à la limite de l'absurde ou pseudo-lyriques, et des choix de mise en scène étonnants (les animaux sont soit des peluches, soit des personnages qui portent des peluches sur la tête !). Pourtant, il serait dommage de lâcher prise, et ce, même si une brebis carnivore vous rote et vous pète à la tête, ce qui est aussi moyennement agréable que moyennement drôle. Le texte de Marie Dilasser pose pourtant de vraies questions et de manière plutôt judicieuse. La jeune auteur issue de l'Ensatt interroge en effet l'identité mais à un simple «qui suis-je ?» elle préfère un «qu'est-ce que je vais être d'autre que ce que je suis maintenant ?». Elle refuse le traitement cérébral pour jeter ses personnages dans une quête concrète, brutale, presque animale. Veau, vache, cochon angora à poil roux Sur scène, trois tableaux, trois volets se succèdent, ayant chacun pour héros central un des trois personnages de la pièce. À sav

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«La Comédie-Française fascine»

SCENES | Entretien / Michel Raskine, metteur en scène et directeur du Théâtre Le Point du Jour depuis 1995 nous parle de sa folle saison 2007-2008. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 12 septembre 2007

«La Comédie-Française fascine»

Petit Bulletin : Cette saison, vous êtes sur tous les fronts : reprise de votre Huis Clos, une création sur Jean-Jacques Rousseau et surtout Juste la fin du monde de Lagarce à la Comédie-Française...Michel Raskine : C'est effectivement une année très pleine et c'est la première fois pour moi que les spectacles s'enchaînent autant. Cela va d'ailleurs à l'encontre de ce que j'ai pu dire, à savoir que les directeurs de théâtre ne devaient pas trop en faire. Cependant, c'est un peu des hasards de calendrier et j'ai une grande envie de faire des spectacles en ce moment. Mon Périclès, joué à Fourvière (en 2006, NdlR) a réactivé mon envie de théâtre et je n'éprouve pas de lassitude en tant que metteur en scène. Vous êtes également le metteur en scène invité à l'Ensatt cette année, quelle pièce allez-vous monter avec les étudiants ?Pour l'instant, je suis encore à la recherche d'un texte. C'est mon troisième rendez-vous avec cette école ; un travail très réjouissant et très contraignant d'autant plus que logiquement je ne choisis ni les acteurs, ni les techniciens. Même s'il ne faut pas faire ce genre d'exercices trop souvent, je pense que ce travail est essen

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