Réveillon 2015 : du côté du théâtre

Nadja Pobel | Mardi 15 décembre 2015

Photo : Romain Etienne - Item


De moins en moins de salles restent ouvertes pour le 31. Les Célestins eux, se tiennent à la tradition, avec un spectacle à destination des grands et petits. Cette année, il sera signé Turak, que l'on a connu jadis avec son armée de pingouins en pommes de terre et de retour pour une création où il mêle son univers loufoque à celui d'un classique, Carmen.

Ce maître du théâtre d'objets, de son vrai nom Michel Laubu, plonge l'héroïne espagnole dans sa Turakie, ce pays imaginaire pensé comme un «reflet un peu déformé du monde qui nous entoure». Il a choisi au passage de transposer cette célèbre histoire sous l'eau avec, en entame de show, un film d'animation montrant un orchestre composé de moules, crabes et langoustines jouant de la trompette, des cymbales ou du violon – apparaîtront ensuite ses fameuses créatures bricolées, dont une Carmen avec cheveux de vinyle et portant pour robe une toile de tente. À noter que si un musicien est sur le plateau, c'est le précieux guitariste Rodolphe Burger qui a prêté son talent à la bande son enregistrée.

Toujours à destination des enfants (dès 7-8 ans), le TNP ouvre lui ses portes à 16h pour connaitre La Vérité sur Pinocchio, celle du metteur en scène et comédien Didier Gelas qui raconte le pantin à travers le prisme de sa famille de barbiers. Les enfants pourront aussi se rendre à l'Espace 44 voir Aladin par la compagnie Myriade.

Quant aux grands, ils auront eux le choix de se rendre à l'Iris pour la reprise des Tribunaux rustiques de Maupassant, de renouer avec l'Antiquité à l'Instant T. grâce à Antigone ou, au contraire, d'aller à la rencontre du théâtre contemporain de Xavier Durringer, dont les Chroniques sont données au Fou.


Une cArMen en Turakie

De et par Michel Laubu et le Turak Théâtre, 1h15. A la croisée du théâtre, de la marionnette et de la musique, l'opéra-comique de Bizet est transfiguré. Les aventures de Carmen se déroulent en milieu marin où l'on trouve un phare breton, un orchestre de crevettes mandolinistes, une fanfare de crabes...
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


La Vérité sur Pinocchio

D'après Carlo Collodi, ms Didier Galas, cie Les Hauts Parleurs, 55 min, dès 7 ans. Adaptation pour un acteur seul en scène
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Carmen Maria Vega : La Vida Loca

Portrait | À 35 ans, la chanteuse et comédienne lyonnaise Carmen Maria Vega publie Le Chant du bouc, récit d'une quête hallucinée, entreprise il y a presque une décennie au Guatemala. Celle de la terrible vérité sur son adoption et ses origines sur fond de trafic d'enfants.

Stéphane Duchêne | Mardi 14 janvier 2020

Carmen Maria Vega : La Vida Loca

« Je m'appelle Carmen. Mettons. » En les reprenant à son compte et à son nom, Carmen Maria Vega eut pu faire siens les premiers mots de Moby Dick tels que livrés dans sa traduction française la plus connue, celle de Lucien Jacques, Joan Smith et Jean Giono. Un incipit parfait en ouverture de son Chant du bouc, récit d'une invraisemblable épopée intime à l'autre bout du monde, Carmen y campant à la fois Ismaël, narrateur balloté par l'aventure, et le Capitaine Achab menant la traque. À ceci près que sa baleine blanche à elle est identitaire. Car en réalité, ici, tout réside dans le "mettons" et ce qu'il implique : une identité réglée par l'adoption, via une association belge ; par le récit qui en est fait, posé sur un mensonge par défaut, partagé par tous : celui d'une mère activiste que la politique, la guerre au Guatemala, auraient conduite à faire adopter sa fille pour la protéger. Sur ses papiers officiels, à l'état civil Carmen s'appelle Anaïs. À l'adolescence, Anaïs, qui reconnaît « avoi

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Gitanes sans filtre : "Carmen et Lola"

¡Hola Amor! | de Arantxa Echevarría (Esp, 1h43) avec Rosy Rodriguez, Zaira Romero, Moreno Borja…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Gitanes sans filtre :

Carmen s’apprête à convoler avec un jeune Gitan de sa communauté madrilène, quand elle rencontre Lola, travaillant sur les marchés comme elle. Rebelle, grapheuse et lesbienne, Lola lui révèle la possibilité d’une autre romance. Avec, comme conséquences, le secret ou l’exil… De la difficulté de sortir du rang et des traditions séculaires… Drame sentimental urbain et bariolé, Carmen et Lola est aussi un film ethnographique où Arantxa Echevarría montre à quel point l’homosexualité féminine, considérée comme une malédiction dans une culture soumise à des codes ultra patriarcaux, peut encore créer de rejet et de violence, avec de surcroît — hélas — la complicité des femmes de la précédente génération. En filigrane, la réalisatrice montre l’ostracisme et la méfiance dont les Gitans sont l’objet en Espagne, qui les contraint à demeurer en vase-clos, dans un analphabétisme humiliant. Ce contexte permet de mieux mesurer la menace pesant sur les deux protagonistes hors du groupe : une marginalisation définitive sans espoir de futur, ni retour en

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Pépins d’avocat : "L'Affaire Roman J."

ECRANS | de Dan Gilroy (E-U, 2h03) avec Denzel Washington, Colin Farrell, Carmen Ejogo…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Pépins d’avocat :

Issu du militantisme afro-américain, vêtu comme l’as de pique et passant ses journées dans ses dossiers, l’avocat Roman J. Israel est un excellent procédurier, mais un maladroit plaideur. À la mort de son patron, un cabinet de prestige le recrute pour ses talents. Il va alors “changer”… Ce film-marathon semble hésiter à cerner son sujet, comme à croquer son personnage principal dont le caractère girouette plus vite qu’un Dupont-Aignan en période électorale. Présentant de nombreuses caractéristiques de certains syndromes d’Asperger (mémoire hallucinante, sociabilité “particulière”, attachement à des rites…), la probité et le désintéressement d’un saint, Roman J. Israel oublie brusquement tous les préceptes ayant gouverné son existence pour commettre une action contraire à l’éthique. En plus d’être improbable, ce retournement psychologique s’accompagne d’une métamorphose physique aussi absurde que le costume hors d’âge / vintage dont ce pauvre avocat est affublé. L’idée initiale de confronter l’idéalisme d’un juriste de bureau versé dans les droits civiques aux requins de prétoire

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Les Chants de Mars

Festival | Mathieu Boogaerts, Carmen Maria Vega, Karimouche, Pomme, Adrien Soleiman, Gaël Faye, Rodolphe Burger… Voici quelques-uns des noms qui viendront (...)

Lisa Dumoulin | Vendredi 3 février 2017

Les Chants de Mars

Mathieu Boogaerts, Carmen Maria Vega, Karimouche, Pomme, Adrien Soleiman, Gaël Faye, Rodolphe Burger… Voici quelques-uns des noms qui viendront enjoliver le silence et sublimer les notes de musique pendant la semaine des Chants de Mars, du 18 au 25 mars. Les mots et les voix se poseront un peu partout dans Lyon, au Marché Gare, à la salle Léo Ferré et à la salle des Rancy, les organisateurs du festival, mais aussi au Périscope, à l’Épicerie Moderne, à l’Auditorium, chez Bizarre!, Sous le Caillou, Agend’arts et au Transbordeur. À suivre !

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"Born To Be Blue" : De déchet à Chet

ECRANS | de Robert Budreau (GB-EU-Can, 1h37) avec Ethan Hawke, Carmen Ejogo, Callum Keith Rennie…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

1966. Vaincu par ses addictions, Chet Baker n’est plus ce James Dean du jazz qu’il a été. Mais la rencontre avec la belle Jane à la faveur du tournage d’un film hommage, l’encourage à entreprendre une renaissance. Ce ne sera pas la première, ni la dernière… La douloureuse trajectoire torve de Baker appartient à cette mythologie du jazz faite de cycles de grandeur-déchéance, de caves enfumées et d’ivresses prolongées ; en cela, elle est éminemment cinématographique. Encore faut-il savoir y prélever les éléments les plus saillants, et confier cette réelle mission à un comédien inventif, capable de surcroît d’éviter l’odieux piège de la surcomposition. Ethan Hawke, décidément abonné aux vieilles gloires éthyliques (voir Les 7 mercenaires), se révèle excellent pour interpréter la partition du bugliste à la voix d’ange et au visage de jeune premier désespéré. Dans cette élégie élégante et délicate, jouant parfois avec sa propre structure et faisant fi

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Marie-Carmen Garcia : les amants enchaînés

Sociologie | Après les cultures hip-hop et le cirque contemporain, la sociologue Marie-Carmen Garci se donne un nouvel objet d'étude original : les amours clandestines de longue durée.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 juin 2016

Marie-Carmen Garcia : les amants enchaînés

« La clandestinité amoureuse paraît méprisable dans un monde qui fournit la possibilité aux couples de se séparer, de s'ouvrir ou de s'échanger d'un commun accord. Les amours clandestines sont ainsi souvent pensées dans différents secteurs de la vie sociale comme le fruit d'une pathologie, d'un problème psychique ou d'un problème de couple faisant porter le poids de la dualité qu'elles supposent sur les individus. » Dès l'introduction de son ouvrage, la sociologue Marie-Carmen Garcia plante le décor : celui de multiples normes sociales qui s'infiltrent jusqu'aux plus intimes de nos activités (on notera aussi ici que la transgression des normes est aujourd'hui souvent traduite par une pathologie mentale, une psyché à la dérive. On ne dit plus : c'est mal, mais va voir un psy !). Malgré ce que notre société offre de possibles séparations simplifiées ou de libertinage assumé officiellement, certains "anormaux" plongent dans la clandestinité et engagent des relations adultères durables (au moins deux ans dans les cas étudiés dans cet ouvrage), objet du livre de la sociologue. Le symbolique caché dans le placard À partir de blogs sur Internet

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Au TNP, un Pinocchio en chair et en os

SCENES | Comment raconter Pinocchio sans marionnette ? Avec les deux éléments-clés de son éthymologie, rappelée par le metteur en scène et acteur Didier Galas : le pin (...)

Nadja Pobel | Mardi 22 décembre 2015

Au TNP, un Pinocchio en chair et en os

Comment raconter Pinocchio sans marionnette ? Avec les deux éléments-clés de son éthymologie, rappelée par le metteur en scène et acteur Didier Galas : le pin (pino) et l'œil (occhio), synthétisés ici par une cabane ajourée. Elle sert de refuge au petit personnage qui, devenu chair, relate les aventures insensées qui ont précédé : l'attaque par le chat et le renard, sa transformation en âne, son engloutissement par la baleine.... Réfutant tout réalisme, Didier Galas mise sur son talent de conteur et invente une situation nouvelle : le théâtre est en fait la salle d'attente du salon de coiffure dans le lequel officie l'ancien pantin. Repenti, il a accédé à un métier moins merveilleux que sa vie passée, mais bien moins destructeur aussi. On est loin de la créativité débordante dont avait faire preuve Joël Pommerat pour restituer cette histoire universelle. L'exercice que propose Galas est radicalement différent puisqu'il fait de son jeu l'axe majeur de son spectacle. Avec agilité et gouaille, il donne un tempo relevé à cette heure de récit (dès 7 ans), n'hésitant pas à interpeller son public et à jouer (malheureusement un peu trop) avec la cap

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Aux Célestins, une Carmen de la plus belle eau

SCENES | Quoiqu’un peu fouillis, le "Carmen" de Michel Laubu apparaît comme la somme de tout que ce le créateur de la Turakie a inventé en 30 ans. Où l’on voit que ses marionnettes ont du chien, et même une flamboyance nouvelle.

Nadja Pobel | Mardi 22 décembre 2015

Aux Célestins, une Carmen de la plus belle eau

En une minute, la première, tout le paradoxe Turak est résumé. Un plongeur, palmes aux pieds, arrive de jardin en faisant des bulles de savon. Puis Michel Laubu ôte son masque et prend la parole pour une sorte d’exposé introductif à cette création. Autant l’image est douce et fait instantanément pénétrer dans un univers à part, autant la parole casse illico cette magie, par excès de didactisme et de calembours, par cet agaçant accent un peu slave que Laubu a inventé et qu’il attribue depuis trente ans aux habitants de ce pays imaginaire qu’est la Turakie – dont l’aventure a été contée dans un ouvrage paru récemment. Sur le plateau, foisonnant, il semble avoir mis tout son savoir-faire, quitte à saturer l'espace, comme lors de la scène des taureaux, qui ne fonctionne guère. Ce type de séquence fragilise d'ailleurs le rythme de la pièce (dès 8 ans), qui comporte de fait quelques longueurs sur son déroulé d’1h20. Elle n'en demeure pas moins une surprenante réussite, avec ces marionnettes grandeur nature ou presque, aux traits affinés mais suffisamment irréalistes pour que le charme opère. Mi-femme mi-sermon C’est lorsque Michel Laubu se consacre à se

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À l'Opéra, une Carmen endiablée

SCENES | Le Ballet de l'Opéra s'aventurant habituellement sur les terres de la danse contemporaine, il est surprenant de le découvrir au milieu d'une (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 novembre 2015

À l'Opéra, une Carmen endiablée

Le Ballet de l'Opéra s'aventurant habituellement sur les terres de la danse contemporaine, il est surprenant de le découvrir au milieu d'une scénographie très théâtrale, en costumes et... sur pointes ! Ceux, en l'occurrence, de deux pièces de Roland Petit (1924-2011), auteur de plus de cent cinquante créations et chorégraphe difficilement classable. Entre académisme et innovation (l'introduction, par exemple, de gestes du quotidien dans ses pièces), entre théâtralité et abstraction, Roland Petit s'est essayé à tous les genres, signant quelques chefs-d’œuvre (Le Jeune homme et la mort en 1946 notamment) comme des spectacles plus légers (dans le domaine du music-hall, à la télévision ou pour Hollywood). L'Arlésienne (1974) et Carmen (1949), les deux oeuvres sur une musique de Bizet au programme du Ballet, sont représentatives de sa danse "patchwork" où les pirouettes et les figures classiques le disputent à de plus singulières positions "en dedans" ou à des chutes et des mouvements au sol. Les danseurs semblent plus à l'aise et motivés dans Carmen, spectacle aux décors hauts en couleurs (signés par le peintre espagn

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María Pagès : "Carmen est toutes les femmes"

SCENES | À 51 ans, María Pagès ose enfin se confronter au mythe de Carmen. Mieux : avec "Yo, Carmen", présenté cette semaine aux Nuits de Fourvière, la Sévillane, au fait de son art du flamenco, parvient à insuffler une profondeur inédite à l’héroïne de Mérimée. Nous l’avons rencontrée à Jerez de la Frontera, au cœur de son Andalousie natale. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

María Pagès :

Votre spectacle s’intitule Yo, Carmen ("Moi, Carmen"). Quelle est votre Carmen ? María Pagès : C’est toutes les femmes. Je crois que le mythe de Carmen s’est construit pour de mauvaises raisons. Mérimée a mis en Carmen ses désirs d’homme pour exprimer ses passions. Mais Carmen est le nom le plus commun en Espagne ! Dans ma classe à l’école, il y en avait six ! Carmen c’est donc ma tante, ma cousine, la femme en général, ce n’est pas cette invention masculine. Elle peut bien sûr être sensuelle, mais c’est aussi la femme qui souffre. La situation de la femme a avancé mais pas beaucoup. Il faut toujours démontrer qu’une femme peut être forte, capable… Carmen était une femme sans voix, c’est l’homme qui parlait pour elle et si elle parlait on la tuait. Votre Carmen se plie d'ailleurs à des tâches ménagères… Oui, c’est important de montrer que c’est encore la femme qui s’occupe de la base de la société. On dit d’ailleurs "la langue maternelle". Pourquoi ? Parce que c’est la femme qui transmet la communication. Il faut mettre en valeur cela. Carmen, selon vous, n’est pas qu’espagnole, mais au

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Olivier Py assassine Carmen

MUSIQUES | L’Opéra de Lyon remet à l’affiche un Carmen qui avait pourtant déclenché, il y a 3 saisons, plus d’une mauvaise critique. Et pour cause : la mise en scène d'Olivier Py, guère visionnaire, passe complètement à côté du chef-d’œuvre de Bizet. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Mardi 5 mai 2015

Olivier Py assassine Carmen

Carmen, c’est cet opéra romantique qui a su en son temps bousculer tous les codes du genre. C’est aussi cette œuvre d’une puissance aussi rare qu’éblouissante qui, depuis sa création, exacerbe nos fantasmes les plus enfouis. Carmen, femme libre dans un XIXe siècle corseté par les conventions. Carmen, bohémienne et cigarière, héroïne rebelle éprise de liberté jusqu’à en mourir. Las, dans cette production, l’oeuvre n’a plus rien à voir avec celle de Bizet. Nous ne sommes pourtant pas les derniers à défendre les mises en scène qui s'attachent à dépoussiérer des univers quelques peu fânés. Mais là où Olivier Py croit faire montre d'un propos moderne, audacieux et transgressif, il n'est que scandaleusement hors sujet. On est d'emblée médusé devant ce décor monumental qui tourne et tourne encore. Un hôtel miteux d’un côté, un commissariat qui ne l'est pas moins de l’autre et les actes s’enchaînent, tantôt dans l’auberge de Lillas Pastia, tantôt sur une scène de music hall – où travaillerait Carmen – ou dans ses loges. Py tente à ce point de nous éblouir qu'il nous détourne du sujet. Bruyamment. Mille personnages arrivent et repartent : là un si

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L'amour à mort (ou presque)

SCENES | Après un Swan Lake magnifique et unanimement ovationné, dans lequel elle revisitait Le Lac des cygnes façon black power, Dada Masilo, bondissante chorégraphe (...)

Aurélien Martinez | Mardi 14 octobre 2014

L'amour à mort (ou presque)

Après un Swan Lake magnifique et unanimement ovationné, dans lequel elle revisitait Le Lac des cygnes façon black power, Dada Masilo, bondissante chorégraphe sud-africaine de vingt-neuf ans, a fait son retour cet automne à la Biennale de la danse de Lyon avec sa version de Carmen, reprise d’une création de 2009. Une Carmen libre et sensuelle, en robe rouge sang, pour qui les hommes se déchirent. Une Carmen moderne qui garde pourtant les traits que la culture populaire lui prête, grâce notamment à l’œuvre de Bizet : tout sauf lisse, à la fois bourreau et victime. Carmen, sur scène, c’est Dada Masilo elle-même, à la présence magnétique, qu’elle incarne à la croisée des genres – le flamenco bien sûr (on est à Séville), le contemporain (elle est passée par l’école d’Anne Teresa de Keersmaecker) ou encore la danse zoulou (dans les tableaux de groupe). Elle explique : «Carmen parle de sexe, de manipulation, de douleur, d’ambition et de mort – ce dont le monde est vraiment fait. Donc, je ne veux pas être polie ou timide à propos de quoi que ce soit. Je suis aussi influencée par ce qui se passe autour de moi dans notre pays».

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Les Sorcières de Zugarramurdi

ECRANS | Alex de la Iglesia fait de nouveau exploser sa colère dans un film baroque et échevelé, comédie fantastico-horrifique qui règle ses comptes avec la crise espagnole et, mais là le bât blesse, la gente féminine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

Les Sorcières de Zugarramurdi

L’Espagne va mal, plombée par la crise et le retour d’un obscurantisme rallumé par le gouvernement Rajoy. Il n’en fallait pas plus pour raviver la colère d’Alex de la Iglesia, dont le cinéma s’est toujours nourri à égale mesure de culture geek et de révolte politique. L’entrée en matière des Sorcières de Zugarramurdi restera comme un de ses gestes les plus éminemment subversifs : en plein cœur de Madrid, un Christ, un soldat vert et Bob l’éponge vont faire un hold-up dans une boutique de cash contre or, autrement dit un usurier moderne qui profite de la précarisation ambiante. La charge est violente, mais pas autant que les images elles-mêmes, puisque le casse vire au carnage, et la mise en scène à un impressionnant morceau de bravoure où de la Iglesia arrive à faire sentir physiquement le chaos de la situation. Les faux mimes et gangsters amateurs doivent donc fuir à bord d’un taxi direction la frontière franco-espagnole, avec étape à Zugarramurdi. En chemin, les voilà qui dissertent hystériquement sur les raisons qui les ont poussés à commettre leur forfait : leurs ex-femmes ou nouvelles copines qui les ont réduits à l’état de mâles pleurnichards et dévirilisé

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Carmen à lui tout seul

SCENES | Ceci n’est pas un opéra. "Ô Carmen" est le solo cartoonesque d’un acteur fou, Olivier Martin-Salvan, qui endosse tous les rôles d’un spectacle lyrique. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 2 mai 2013

Carmen à lui tout seul

On vient de le laisser sur la scène du TNP dans les vêtements d’un Pantagruel plus vrai que nature. Le revoici au Théâtre de la Croix-Rousse dans un nouvel exercice de haut vol : l'interprétation à lui seul de tous les rôles de Carmen. Autant dire que le comédien Olivier Martin-Salvan est unique. Avec son corps et sa voix élastiques, il peut tout jouer à une vitesse folle : faire les questions et les réponses entre un chef d’orchestre et un chef de chœur, se transformer en soprano et redevenir un metteur en scène au timbre posé en une fraction de seconde, le tout en salopette bleu et tee-shirt moutarde, plus Coluche que grande diva. Comme dans Pantagruel ou Le Gros, la vache et le mainate, Martin-Salvan est une émanation presque monstrueuse du spectacle, une créature anormale lâchée dans une pièce par ailleurs simple : un opéra clownesque démontant habilement les codes de l’art lyrique par le burlesque. Pas de décor (ah si, un banc !), pas de costume, juste un pianiste, Aurélien Richard, et ce c

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