Rentrée théâtre 2016 : n'ayons peur de rien

SCENES | Lancée par la venue de Joël Pommerat et Romeo Castellucci, la seconde partie de saison s’annonce dense et exigeante. Tour d’horizon de ce qui vous attend au théâtre sur les six prochains mois.

Nadja Pobel | Mardi 5 janvier 2016

Photo : © Guido Mencari


D'un côté la Révolution française revue et corrigée en costard-cravate par Pommerat en 4h30 dans Ça ira (1). Fin de Louis (au TNP, co-accueil avec les Célestins dès cette semaine), de l'autre de vrais singes et des instruments SM pour reconstituer le destin tragique des Atrides dans L'Orestie (aux Célestins, co-accueil avec le TNG plus tard en janvier) du remuant et très rare Romeo Castellucci : le premier mois de l'année ne devrait pas vous laisser indemne. D'autant que s'ajoutent la nouvelle création de Michel Raskine, Quartett d'après Les Liaisons dangereuses (Célestins), pour laquelle il rappelle son duo fétiche Marief Guittier / Thomas Rortais et celle, écouteurs aux oreilles, de Joris Mathieu, l'intriguant Hikikomori (TNG) qui murmurera trois histoires différentes aux spectateurs.

Aussi intranquille sera Phia Ménard, artiste transgenre associée au TNG avec son classique Vortex explorant la question de la mue (juin). Ce spectacle s'inscrit dans un festival qui nous avait manqué : UtoPistes, consacré aux arts du nouveau cirque et où l'on retrouvera notamment Mathurin Bolze aux Célestins.

À ne pas manquer en cirque aussi, les survitaminés Vietnamiens de A ô lang Phô (Villefranche, mai), qui racontent en bondissant comme personne l'histoire de leur pays. Dans un genre diifférent mais sur ce thème de l'altérité, Philippe Vincent prend la suite d'un Yves-Noël Genod parfois pénible avec le projet Étrange étranger au Point du Jour avant le retour du taulier Gwenael Morin en avril.

Sans frontière

Les Européens seront aussi à l'honneur dans les préciseuses salles périphériques, comme à Vénissieux qui accueille 30/40 Livingstone avec les Catalans Sergi Lopez et Jorge Picó (acolyte de Philippe Genty), à la recherche d'un animal légendaire (janvier), et au Toboggan qui mettra en avant deux compagnies italiennes contemporaines (janvier aussi).

Parmi les multiples propositions de Charlie Chaplin à Vaulx-en-Velin, retenons cette chance de pouvoir voir ou revoir le premier conte pour enfant adapté par Pommerat, Le Petit Chaperon rouge (avril), Yael Tautavel, la meilleure création de Nino d'Introna (Théo Argence, mars) et, surtout, le sensible et musicalement très haut de gamme Inuk (Villefranche, avril), première incursion de David Gauchard dans le domaine de l'enfance.

Moins solide est Le Chagrin. La compagnie des Hommes Approximatifs a certes le vent en poupe, mais ses créations, toujours sur un fil, ne convainquent pas tout à fait (Croix-Rousse, février). Côté collectif, misons plutôt sur In Vitro, présent pour un triptyque, Des années 70 à nos jours, qui s'attaque à Brecht, Lagarce et à leur propre écriture pour évoquer les restes de Mai 68.

Menant lui aussi une saga, l'ambitieux Thomas Jolly propose la suite de ses 18h de Henry VI avec Richard III, 4h30 "seulement", aux Célestins en mai. La directrice de ce théâtre, Claudia Stavisky, signera elle sa création annuelle, une adaptation de Les Affaires sont les affaires de Mirbeau, allégorie de la conquête du pouvoir.

Côté OVNI, la rencontre entre Arnaud Cathrine et Anna Mouglalis se fera à la Renaisance (avril) pour des Sérénades simples et émouvantes. Enfin, puisque la langue d'ailleurs est parfois la meilleure caisse de résonance pour comprendre ce qu'il se passe ici, Le Dibbouk, grand œuvre du théâtre yiddish traitée par Benjamin Lazar, et le très délicat En courant, dormez ! du Japonais Oriza Hirata, seront donnés au TNP (mars-avril).

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"En marge", de Joris Mathieu : plein centre au TNG

Théâtre | Abrégée par le confinement, la perturbante et implacable dernière création de Joris Mathieu revient sur scène avec une force encore supérieure. Vertige des temps actuels.

Nadja Pobel | Jeudi 22 octobre 2020

En marge ! n’aura vécu que trois soirs en mars. Et nous avait déjà conquis par sa clairvoyance et une certaine douceur, corolaire d’une forme de résignation. Harry (Philippe Chareyron) ne sait plus où est sa place dans ce monde. Il évolue dans un décor à double face entre un mur d’écrans qui annule toute compréhension du monde et un appartement vert à rendre aveugle, où deux humains errent comme des fantômes Si parfois le dispositif massif peut lasser à force de tourner, il n’en est pas moins la démonstration glaçante qu’il n’y a point d’issue à cette existence, qu’Harry est coincé dans son bocal surblindé d’images et de paroles, fussent-elles enveloppantes comme le chabadabada de Lelouch ou les phrases échappées de chez Audiard, Godard et Kassovitz. « Toute une vie n’y suffirait pas » L'époque est aujourd'hui aux chaînes info (présentes ici) et au… virus qui « ont mutés d’endroit pour continuer à se développer, les humains doivent faire pareil » entend-on dans En marge ! Non pas que Joris Mathieu soit un visionnaire mais il regarde avec une attention ses contemporains et les r

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5 pièces de théâtre à ne pas rater en cette rentrée

À réserver | Au théâtre, c'est ouvert. Et l'on peut réserver pour la saison : voici cinq pièces sur lesquelles vous pouvez miser en toute confiance.

Nadja Pobel | Mercredi 23 septembre 2020

5 pièces de théâtre à ne pas rater en cette rentrée

Ivres Parmi les 42 spectacles à l’affiche des Célestins cette saison, ne pas rater Ivres ! La jeune metteuse en scène Ambre Kahan n’a pas manqué d’ambition en choisissant Ivan Viripev. Quatorze personnages ivres morts (l’ivresse du pouvoir, de la religion, de l’amour…), autant d’acteurs (et un musicien, Jean-Baptiste Cognet) au plateau et ce désir d’aller au plus près de la langue (qu’elle a retraduit pour l’occasion avec une acolyte), de jouer du déséquilibre avec un sol désaxé. La comédienne, formée au Théâtre National de Bretagne, porte ce projet depuis des années avec ses camarades d’école à qui elle fait vivre de véritables trainings sportifs pour mieux toucher à ce texte qu’elle définit comme « un réveil au sein de la bienveillance ». Au Théâtre des Célestins du mardi 3 au samedi 7 novembre Virus C’était prévu bien avant. Et ça tombe à pic. Yan Duyvendak nous avait déjà convié au procès d’Hamlet (Please, continue), voici

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Les théâtres ouverts, mais en trompe l’œil

Rentrée Culturelle | Lyon, en zone rouge : les théâtres rouvrent de façon trompeuse avec des jauges réduites à 60%. Heureux de revoir le public, les directeurs des grande salles font le point sur ce moment fragile. Et sans date de fin.

Nadja Pobel | Jeudi 24 septembre 2020

Les théâtres ouverts, mais en trompe l’œil

Il y a les mesures visibles (les masques obligatoires, l’espacement d’un fauteuil entre différents groupes). Et ce que l'on voit moins. Tout va bien ? Pas tant que ça : « on n’avait pas envie de faire comme si rien ne s’était passé » dit Stéphane Malfettes. D’où ces « premières nécessités » que le directeur des Subs a imaginées cet été : des concerts allongés (Christina Vantzou, un membre des divins Ez3kiel…), des balades avec les Femmes de Crobatie. Gratuites ou peu chères, ces propositions sont à la portée de toutes les bourses — sous conditions de réserver fissa. Peu seront servis et « on n’a pas envie de faire toute la saison comme ça ». Tout n’est pas reporté sur cette même saison, car l’hiver est peu sûr : « c’est un cauchemar pour les artistes, surtout avec des créations » dit-il. Exit Clédat & PetitPierre et Nina Santes : « en deuxième partie de son spectacle, les gens devaient venir sur scène, on ne peut plus le faire. Elle est la première à être soulagée de ce décalage d’un an. » La crainte est grande chez les directeurs de voir la rentrée prochaine totalement encombrée. Et mêm

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Les marges de Joris Mathieu

Théâtre | Et si c’était l'une des plus belles promesses à nous faire : rester en marge, chercher les aspérités, fuir les autoroutes et prendre les (...)

Nadja Pobel | Mardi 18 février 2020

Les marges de Joris Mathieu

Et si c’était l'une des plus belles promesses à nous faire : rester en marge, chercher les aspérités, fuir les autoroutes et prendre les contre-allées ? Dans sa création à venir, sans l'adapter ou ni même le transposer, Joris Mathieu s’inspire d’un roman fondateur de son adolescence, Le Loup des steppes de Hermann Hesse. Et fait avec ce bagage un pas de côté sur ses marqueurs artistiques : plus de textes, moins de filtres, même un « théâtre d’acteur » annonce-t-il dans son dossier de présentation. Il signe mise en scène et récit de deux personnages dont la rencontre leur est vitale pour poursuivre leurs existences. Tout se joue autour d’un mur placé sur une tournette, de façon à ce que l’on en perçoive l’endroit et l’envers, un refuge et un lieu d’exposition. S’il n’y a rien de plus concret pour matérialiser une frontière et un dépassement à effectuer,

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La Première de Pommerat au TNP annulée

Théâtre | En raison de la grève nationale du mardi 10 décembre, la première représentation prévue au TNP de Contes et légendes de Joël Pommerat est annulée. La pièce se (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

La Première de Pommerat au TNP annulée

En raison de la grève nationale du mardi 10 décembre, la première représentation prévue au TNP de Contes et légendes de Joël Pommerat est annulée. La pièce se joue néanmoins jusqu'au 21 décembre. Plus de renseignements sur le site https://www.tnp-villeurbanne.com.

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La R&D du TNG

Théâtre | Depuis 2015, Joris Mathieu est aux commandes du seul Centre Dramatique National de Lyon, le Théâtre Nouvelle Génération. Lieu qui n’a cessé de se chercher une identité et semble trouver ses marques en ayant l’audace de montrer des pièces naissantes.

Nadja Pobel | Mardi 17 septembre 2019

La R&D du TNG

Théâtre des Jeunes Années et désormais Théâtre Nouvelle Génération, rebaptisé par Nino D'Introna, resté dix ans durant à la tête de ce CDN (de 2004 à 2014), ce lieu est depuis 2015 entre les mains de Joris Mathieu. Le metteur en scène est arrivé avec sa compagnie Haut et Court et l’envie « d'imaginer demain ». Ce qui s'est traduit par le festival Nos Futurs (désormais annuel sous forme de fil rouge, entre décembre et février) et se décline tout au long de saisons qui ont parfois été nébuleuses, à l'instar des propres créations du directeur (sans le repère du vocable, dans des univers visuels sans grande lumière) : la programmation nous a parfois laissés dans le brouillard. Le constat ne peut s'arrêter là. I

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Georges Lavaudant de retour à Fourvière

Théâtre | Il a beau avoir dirigé le Théâtre National de l'Odéon, Lyon et ses alentours sont son jardin. Né à Grenoble, longtemps lié à la maison de la culture de sa (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 juin 2019

Georges Lavaudant de retour à Fourvière

Il a beau avoir dirigé le Théâtre National de l'Odéon, Lyon et ses alentours sont son jardin. Né à Grenoble, longtemps lié à la maison de la culture de sa ville, Georges Lavaudant a aussi été un des piliers du TNP de Villeurbanne qu'il co-dirigea avec Planchon entre 1986 et 1996. Fourvière ne lui est pas étranger non plus puisqu'il y fut acteur dans Œdipe roi sous la houlette de Gabriel Monnet et qu'en 2010 et 2014, il ouvrit les festivités respectivement avec La Tempête et Cyrano de Bergerac. C'est dans une forme beaucoup plus dépouillée qu'il revient pour la reprise de L'Orestie vingt ans après l'avoir créée à Paris, toujours dans la traduction de Daniel Loayza. La tragédie d'Eschyle, polar roi parmi les polars, est ici donnée à l'os avec le talent éclatant de Mélodie Richard (épatante notamment dans Les Revenants et La Mouette d'Ostermeier) et Pascal Rénéric qui joue aussi bien chez Macha Makeïeff (La Fuite) que chez Vincent Macaigne ou Cyril Teste et... Lavaudant qu'il retrouve ici pour 2h30 en plein air, sous les étoiles.

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Un jour ça ira

Documentaire | Édouard Zambeaux est un homme de parole. Pas uniquement pour avoir œuvré comme journaliste radio, mais pour son engagement pour la cause des réfugiés. Pour (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Un jour ça ira

Édouard Zambeaux est un homme de parole. Pas uniquement pour avoir œuvré comme journaliste radio, mais pour son engagement pour la cause des réfugiés. Pour Un jour ça ira, il a suivi avec son frère Stan le parcours d’adolescents dans un centre d’hébergement installé à l’intérieur de l’ancien siège de l’INPI à Paris. Et depuis la sortie du documentaire en février, il multiplie les interventions et rencontres autour du film pour sensibiliser à la situation des exilés et faire en sorte qu’une politique humaniste voie le jour. Un jour ça ira Au Lumière Fourmi ​le mercredi 14 novembre à 20h30

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Joris Mathieu pour redynamiser les Ateliers

Entretien | En 2015, Joris Mathieu prenait la tête d'un Théâtre des Ateliers moribond ; rapidement après, il obtenait la direction du Théâtre Nouvelle Génération à Vaise et rattachait le premier au deuxième, en en faisant une seule et même entité. Alors que les tutelles lui ont accordé un second mandat qui le mènera jusqu'à fin 2021, il nous explique ses ambitions pour cette (double) salle.

Nadja Pobel | Lundi 30 avril 2018

Joris Mathieu pour redynamiser les Ateliers

Quelle place spécifique avaient les Ateliers dans votre projet de CDN ? Joris Mathieu : Depuis le départ, il y a l'idée de ce qu'on va lancer de manière beaucoup plus franche dès janvier : un vivier, l'association avec des artistes que l'on peut qualifier d’émergents, même si je n'aime pas trop ce terme, associés sur des phases longues avec des temps de recherche en amont suivi d’accompagnement en soutien aux productions. La logique du projet est de se dire qu'on a la chance de vivre dans une métropole culturelle très dense et qu'il faut soutenir de façon plus constructive les équipes artistiques, locales et nationales : nous sommes un Centre Dramatique National. Ce vivier existait déjà avec Catherine Hargreaves... Oui, mais c'était une première expérimentation en accompagnant une artiste pour qu'elle puisse développer son travail en lui donnant de la visibilité. On poursuivra ce processus en mettant en place deux choses : accompagner non pas un seul artiste, mais a priori quat

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Joris Mathieu au TNG jusqu'en 2021

SCENES | La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, lui a fait savoir il y a quelques jours à peine : Joris Mathieu sera à la tête du Théâtre Nouvelle Génération (...)

Nadja Pobel | Jeudi 12 avril 2018

Joris Mathieu au TNG jusqu'en 2021

La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, lui a fait savoir il y a quelques jours à peine : Joris Mathieu sera à la tête du Théâtre Nouvelle Génération jusqu'au 31 décembre 2021 et accomplira donc un second mandat. Il avait pris la direction de ce Centre Dramatique National en janvier 2015, succédant à Nino d'Introna. Depuis que le metteur en scène et auteur en a pris la charge, le théâtre se déploie sur deux site : l'historique à Vaise et un second, sur la Presqu'île, Les Ateliers, composé de deux salles.

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Frères sorcières au pays des matins calmes

Théâtre | En renouant avec Antoine Volodine, la compagnie Haut & Court prolonge un travail de fidèle compagnonnage et montre, par ce spectacle sombre, exigeant, son plus abouti peut-être, que les univers hors sol de chacun s'accordent idéalement.

Nadja Pobel | Mercredi 17 janvier 2018

Frères sorcières au pays des matins calmes

C'est un théâtre de sensations, onirique et d'une noirceur absolue qui curieusement ne suscite pas vraiment d'émotions sinon celle d'une langueur de plus en plus formalisée. Dans un décor imposant, délimité par une succession de cadres de scène qui dessinent une très grande profondeur de champ, Joris Mathieu et son scénographe Nicolas Boudier déploient leur théâtre optique et jouent des apparitions au lointain comme au devant du plateau. Rien n'est inscrit dans le temps ou l'espace de façon ferme. Un homme vit et disparaît au gré de ses envies depuis des dizaines de siècles. Vorace, il fait de l'Autre sa chose, la possède sexuellement. Il s'agit parfois de sa fille, Amandine Ondylone (quel nom !) dont il fait une « momie ». Elle-même trimballe ses enfants, les leurs, poupées de chiffons inanimées. L'inertie dont l'un des personnages se dit « maître » est l'une des lames de fond de ce spectacle et de cette écriture. Sur une échelle de temps immense, les êtres se confrontent indéfiniment à eux-mêmes, semblent être leurs propres proies. Et le constat est le même hors de la sphère intime. Dans les très rares moments qui f

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Jeanne ressuscitée

Opéra de Lyon | Jamais là où on l'attend, Romeo Castellucci signe un oratorio d'une immense sobriété porté par une Audrey Bonnet incandescente au bénéficie d'un texte si... "claudelien".

Nadja Pobel | Mardi 24 janvier 2017

Jeanne ressuscitée

Quinze minutes. Il a fallu attendre quinze minutes pour que les premières notes de la musique crépusculaire d'Arthur Honegger, composée en 1935 et interprétée par l’orchestre dirigé par Kazushi Ono, retentissent. Le rideau s'était levé sur une salle de classe ; les élèves, des jeunes filles en uniforme, s'en sont échappées dès la cloche sonnée. Un homme prend alors place doucement, opérant un rangement méthodique qui va peu à peu se muer en colère, puis en rage lorsqu'il balance tout le mobilier dans le couloir. Nulle idée alors que ce puisse être Audrey Bonnet. Pourtant, cette douleur sourde puis violente, la comédienne l'a déjà jouée avec un talent sidérant, notamment et récemment dans Clôture de l'amour. Comme dans cette pièce où elle est Audrey, ici son nom est brodé sur une toile descendue des cintres : elle se (con)fond avec son personnage. Sa métamorphose tout au long de cette Jeanne, sa mise à nu comme sa mise à mort sont d'une beauté quasi christique : tel est le sujet dont s'

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Beaucoup de promesses sur les scènes

Théâtre & danse | Quelques grands noms du panthéon théâtral et de nombreux trentenaires au talent cru : voilà de quoi remplir la deuxième moitié de saison qui, espérons-le, sera plus nourrissante que la première.

Nadja Pobel | Mardi 3 janvier 2017

Beaucoup de promesses sur les scènes

Étrange début de saison où les seules vraies émotions ont émané du solo de Vincent Dedienne, de deux des trois Fugues par le Ballet de l'Opéra, de la petite forme Udo de La Cordonnerie, du best of des Subs ou de La Cuisine d'Elvis à la Comédie de Saint-Étienne ; justement, son directeur Arnaud Meunier viendra bientôt avec son spectacle pour enfants Truckstop au TNG puis Je crois en un seul Dieu aux Célestins, où il retrouvera Stefano Massini après Chapitres de la chute. La Meute est de retour L'attaque en trombe de 2017, confiée à La Meute, devrait faire mentir cet automne morose : avec La Famille royale dès le 4 janvier au Toboggan (dont la directrice Sandrine Mini est poussée vers la sortie par sa municipalité) déjà, et dans la foulée aux Célestins qui ont l'intelligence de leur faire de nouveau confiance. Après Belgrade, la jeune troupe adapte le roman sulfureux et vigoureusement

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Nos futurs, plein d'avenir

Théâtre Nouvelle Génération | Mais comment diable expliquer aux enfants que le monde va mal mais qu'il peut devenir meilleur ? L'art est parfois la meilleure option. Surtout lorsque l'on pense au dernier né des événements culturels au format biennale : Nos Futurs.

Antoine Allègre | Mardi 18 octobre 2016

Nos futurs, plein d'avenir

Imaginés par le Théâtre Nouvelle Génération et son directeur Joris Mathieu, ces deux mois et demi de formes théâtrales libérées, baptisées Nos Futurs, ont un mantra obsessionnel : « pour pouvoir anticiper, il faut savoir observer le réel. » Le metteur en scène poursuit : « On est dans l'idée d'imaginer un futur au pluriel. Développer des imaginaires permet de créer des perspectives, d'expliquer au jeune public que la capacité de l'humain à rebondir est notre ressource principale. » Ce jeune public (à partir de 8 ans) pourra notamment (re)découvrir la création maison Hikikomori, l'histoire d'un jeune homme qui se mure dans le silence et dans sa chambre. Chaque membre de la famille aura un casque et, en fonction de son âge, entendra des sons de cloche différents. Les 6 ans et (beaucoup) plus se questionneront sur notre place dans l'univers avec Cosmos 110 grâce aux yeux d'une petite fille qui cherche à converser a

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Un "Hikikomori" désincarné pour Joris Mathieu

Théâtre Nouvelle Génération | Quand le metteur en scène Joris Mathieu se penche sur le phénomène des "hikikomori" (ces ados ou jeunes adultes cloîtrés dans leur chambre, sans contact avec le monde extérieur), on reste sur le côté malgré de très belles images.

Nadja Pobel | Mardi 11 octobre 2016

Un

C’est l’histoire d’un spectacle qui promettait beaucoup et dont il ne reste que peu de choses. Joris Mathieu, metteur en scène et directeur de l’un des deux Centres dramatiques nationaux dédiés au jeune public (à Lyon en l’occurrence), s’est penché sur le cas aussi passionnant qu’inquiétant des hikikomori, phénomène au départ japonais. Soit des ados qui se cloîtrent dans leur chambre pour fuir une difficulté et n’en sortent plus, pas même pour manger. Afin de raconter ce mal-être, Joris Mathieu a écrit trois versions diffusées au casque en fonction de l’âge des spectateurs. Des spectateurs qui entendent donc les propos du père, de la mère ou de l’enfant. Si l’idée qu’à la sortie de la salle les enfants puissent nouer un dialogue à égalité avec leurs parents est lumineuse, il faut d'abord traverser cette heure de spectacle trop désincarné pour émouvoir, la faute à un récit très parcellaire, à des paroles rares et éthérées. En avant du plateau, le père et la mère vont et viennent avec une extrême lenteur, jusqu’à glisser comme Alice dans ce terrier que leur fils s’est construit : un dispositif imposant sur lequel sont projetées des image

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Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

De Stavisky à Lacornerie | Inchangés depuis des lustres pour la plupart, les directeurs des grandes scènes de Lyon creusent scrupuleusement leur sillon, en montant des textes attendus.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

Incroyable ! Christian Schiaretti aura l'honneur d'imaginer le centenaire du TNP en 2020 : en poste depuis 2002, il a été reconduit à la tête de l'établissement jusqu'à fin 2019 ; son contrat arrivait à échéance en décembre. En cette rentrée, il revient, après un Bettencourt Boulevard bancal, à l'auteur qu'il a le mieux transposé à la scène depuis son arrivée : Aimé Césaire. Il reprend Une saison au Congo (du 2 au 10 décembre), créé en 2013 puis signera La Tragédie du roi Christophe (du 19 janvier au 12 février). Dans la première, il avait su organiser clairement la conquête de l'indépendance de ce pays et la chute de son héros pacifiste Lumumba grâce à une alchimie entre sa troupe habituelle du TNP et des comédiens du collectif burkinab

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La fin des utopies

SCENES | Sans être désenchantée, la génération de Julie Deliquet regarde dans le rétroviseur via Brecht et Lagarce, avant de se coltiner à sa réalité dans un triptyque peu novateur sur le fond, mais épatant dans sa forme.

Nadja Pobel | Mardi 15 mars 2016

La fin des utopies

Trentenaire passée par le Conservatoire de Montpellier, l’École du Studio Théâtre d’Asnières et l’école de Jacques Lecoq, Julie Deliquet a trouvé en route des compagnons avec lesquels créer en 2009 ce collectif portant en lui la notion d’expérimentation, In Vitro. D’emblée, ils montent Derniers remords avant l’oubli dans lequel Jean-Luc Lagarce signe la fin des utopies : un trio amoureux ayant acheté une maison se retrouve flanqué et d’un nouveau conjoint, et de leur solitude, pour clore ce chapitre. Sans éclat, entre cynisme et lassitude, ces personnages sont justement interprétés ; sans trop en faire, par une troupe qui une heure plus tôt a démontré à quel point elle savait jouer collectif. En effet, à cette échappée dans les années 80, Julie Deliquet a trouvé un prequel avec la pièce de Brecht, La Noce, qui tourne comme dans un film de Vinterberg, au règlement de compte à mesure que les verres d’alcool se vident et que le mobilier, construit par l’époux, se dézingue. La metteuse en scène parvient habilement à établir une tension au long court, évitant les trous d’air grâce à ses ac

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Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

SCENES | Cinq mois après la version magistrale de Godot par Jean-Pierre Vincent, Lyon reçoit celle du stéphanois Laurent Fréchuret : si le casting est plus inégal, la vivacité et la férocité de l’époustouflant texte de Beckett sont bien là. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 26 janvier 2016

Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

Pour ceux dont les souvenirs remonteraient aux vieilles années du lycée, il y a urgence à réentendre ce texte. Plus puissant que Fin de partie ou Premier amour qui tournent partout, En attendant Godot est un chef d’œuvre, parfaite alchimie entre une désespérance profonde et un espoir ultime, celui d’être ensemble, toujours, même - et surtout - face à l’inéluctable. Laurent Fréchuret n’a pas souhaité faire le malin face à ce texte-monstre, bien lui en a pris : il suit les très précises indications que Beckett a livré en didascalies et c’est dans ces contraintes qu’il trouve la liberté de rire. Pour cela, le Stéphanois a convoqué un acteur immense, Jean-Claude Bolle-Reddat. Parfait Estragon qui, entre mille autres choses, a été membre de la troupe du TNS époque Martinelli, est passé dans le décapant Prix Martin de Labiche mis en scène par Boëglin, ou a joué au cinéma sous l’œil du surdoué en surchauffe François Ozon (Une nouvelle amie). En une fraction de seconde, Bolle-Reddat est juste et il tiendra cette tension deux heu

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Castellucci : Le parfum du scandale

SCENES | Romeo Castellucci s’engage corps et âme dans la bataille. Et forcément, parfois, ça grince. Sur le concept du visage du fils de Dieu, présenté à Avignon et (...)

Sébastien Broquet | Mardi 19 janvier 2016

Castellucci : Le parfum du scandale

Romeo Castellucci s’engage corps et âme dans la bataille. Et forcément, parfois, ça grince. Sur le concept du visage du fils de Dieu, présenté à Avignon et surtout au Théâtre de la Ville à Paris à l’automne 2011, en fit les frais. Le portrait du Christ est l’élément central du décor. A Avignon, on vit quelques spectateurs s’agenouiller pour prier devant le théâtre. L’institut Civitas commença à s’indigner, suivi par l'église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, où se réunissent les adeptes de la pensée intégriste de la fraternité Saint-Pie X. Tout resta calme avant le début des représentations à Paris : là des manifestants issus de l’intégrisme chrétien et de l’extrême droite, en possession de places pour certains, s’en prirent aux spectateurs, jetant oeufs, boules puantes, huile de vidange, montèrent sur scène pour réciter des cantiques. La police a dû protéger les représentations. 32 catholiques intégristes furent finalement condamnés en juin 2013, écopant d’amendes de 200 à 2000 euros. Ce spectacle était jugé blasphématoire par les seuls chrétiens de France (à Rome, le spectacle fut donné dans le calme) à cause des dernières minutes de la représentation,

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Rencontre avec Romeo Castellucci : « Pas de sucre dans mon théâtre »

SCENES | Événement : cette semaine, le metteur en scène italien Romeo Castellucci, véritable star du théâtre européen depuis plus de vingt ans, débarque aux Célestins avec "Orestie", relecture du mythe d’Oreste et des codes de la tragédie antique grecque. Un spectacle violent, éprouvant et plastiquement grandiose. Entretien (par mail) et critique. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 19 janvier 2016

Rencontre avec Romeo Castellucci : « Pas de sucre dans mon théâtre »

Tout d’abord, merci de nous accorder cette interview, comme vous en donnez très peu ! Est-ce par ce que vous jugez que vos spectacles n’ont pas besoin d’explications ? Romeo Castellucci : Je trouve que recourir à l’artiste pour mieux connaître son travail est anormal. Je ne considère pas que la théorie, l'explication du processus, les idées ou même les questions universelles que l’on pose fréquemment aux artistes, comme s’ils étaient les ultimes prophètes, soient intéressantes. Selon moi, c’est à la critique de parler correctement du travail des artistes. Nous n'allons pas vous demander de nous "expliquer" Orestie (une comédie organique ?). Mais des questions nous viennent quand même, notamment sur la nature très violente et intense de votre théâtre... Si on met au second plan la poésie de l’Orestie, ce qui reste – visible et terriblement fondamental – c'est la violence. Le langage du poète devient jargon de chasse, mais il n'existe pas de poésie capable de supporter une telle violence ; capable de lui faire concurrence ; capable de l'égaliser. La société tente

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Le freak show de Romeo Castellucci

SCENES | C’est l’histoire d’Oreste, adolescent dont le père Agamemnon est assassiné par Égisthe, l’amant de sa mère Clytemnestre. Devenu adulte, Oreste se vengera en (...)

Aurélien Martinez | Mardi 19 janvier 2016

Le freak show de Romeo Castellucci

C’est l’histoire d’Oreste, adolescent dont le père Agamemnon est assassiné par Égisthe, l’amant de sa mère Clytemnestre. Devenu adulte, Oreste se vengera en tuant le nouveau couple et deviendra donc matricide. Il faut connaître, même de façon partielle, la mythologie grecque, ces Feux de l’amour (et de la mort) antiques, pour saisir pleinement le travail que Romeo Castellucci a mené avec la trilogie d’Eschyle (458 av. J.-C). Le metteur en scène italien est en effet revenu au cœur de la tragédie, s’en est emparé pour la recracher sur scène, avec toute sa violence symbolique. Dans son Orestie, il y a peu de texte (il n’en reste que des lambeaux, en italien surtitré), mais beaucoup d’images fortes et dérangeantes – le spectacle est déconseillé au moins de 16 ans. Castellucci, diplômé des beaux-arts en scénographie et en peinture, y va à fond, jusqu’à l’écœurement. Se réclamant du théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud, son art est volontairement organique, notamment dans la première partie, a

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Révolutionnaire Pommerat

SCENES | Quand, en avril 2005, le TNG accueille Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, le metteur en scène débarque à Lyon comme la mère de la petite fille : (...)

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Révolutionnaire Pommerat

Quand, en avril 2005, le TNG accueille Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, le metteur en scène débarque à Lyon comme la mère de la petite fille : marchant sur la pointe des pieds, mais faisant résonner le bruit de talons invisibles. Entendez par là : il arrive le plus discrètement possible, mais fait son effet. Cette pièce est la première qu’il consacre aux enfants (suivront les sombres et néanmoins féériques Pinocchio et Cendrillon), mais il fait alors du théâtre depuis plus de dix ans et s’apprête à être invité du Festival d’Avignon l’année suivante. Acteur, il a rapidement cessé de l’être, à 23 ans, pour se lancer dans «l’écriture de spectacles» selon ses mots. Du monologue Le Chemin de Dakar en 1990 à la création des Marchands en 2006, il fait ses armes, avant de rencontrer un succès qui ne s’est plus démenti. Associé aux Bouffes du Nord puis à l’Odéon, et désormais aux Amandiers-Nanterre, il crée à un rythme effréné des pièces d’une qualité constante, qui toutes creusent les paradoxes de l’Homme et la manière dont la mécanisation du travail le broie (Les Marchands, Ma Chambre froide

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Au TNP, Joël Pommerat fait sa Révolution

SCENES | À force d’ausculter le travail, les rapports de hiérarchie et les questions de libre arbitre, il fallait bien qu’un jour Joël Pommerat ose affronter les prémices de la liberté et de l’égalité des droits. En 4h30, il revient aux origines de la Révolution française avec "Ça ira". Et c’est un exceptionnel moment de théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Au TNP, Joël Pommerat fait sa Révolution

«Il n’y a pas de point de vue» reprochent à Ça ira les rares qui osent critiquer aujourd’hui Joël Pommerat, devenu en quinze ans une figure absolument singulière et, pour tout dire, monumentale du théâtre français actuel, de surcroît plébiscitée par les spectateurs partout sur le territoire. À Nanterre, où il est artiste associé, il a affiché complet durant tout novembre et les malchanceux dont la représentation tombait sur les deux jours d’annulation post-attentats ont dû jouer sévèrement des coudes pour rattraper au vol des billets sur Le Bon Coin. Cette supposée absence de point de vue – aucun personnage n’étant désigné comme bon ou mauvais – est en fait la preuve qu’il y en a une multitude. Tout le monde s’exprime au cours de cet épisode de l’Histoire dont le choix constitue en lui-même un acte politique fort, comme Pommerat en signe depuis ses débuts. Comme il le précise souvent, «il ne s’agit pas d’une pièce politique mais dont le sujet est la politique», soit la vie de la cité, selon l’étymologie du mot. Plutôt que de proposer un manifeste, Pommerat amène à mieux comprendre la naissance de la Révolution et même, puisqu’il n’es

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Joël Pommerat fait sa révolution

SCENES | La pièce débute ce vendredi 8 janvier et elle se tiendra jusqu’au 28 au TNP, qui pour assurer une si longue série a uni ses forces à celles des Célestins. (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 janvier 2016

Joël Pommerat fait sa révolution

La pièce débute ce vendredi 8 janvier et elle se tiendra jusqu’au 28 au TNP, qui pour assurer une si longue série a uni ses forces à celles des Célestins. Grand bien leur en a pris, car Ça ira (1) Fin de Louis est un spectacle hors norme – que nous ne traiterons ici qu'en surface pour mieux lui accorder notre Une la semaine prochaine. Aux Amandiers à Nanterre, où il fut créé, il nous a plongé de prime abord dans une certaine incrédulité avant de nous convaincre totalement. Car pour raconter la Révolution française (jusqu'à 1792), Joël Pommerat a tout misé sur la parole et atténué ses effets scéniques, qui reposaient essentiellement sur un usage sidérant des lumières. Par ailleurs, lui qui a toujours eu un discours si grinçant sur l’aliénation au travail laisse ici s’exprimer toutes les contradictions des puissants et des faibles, ne prenant pas position. Tiède ? Au contraire. En 4h30, il montre avec brio comment, aux cours de débats passionnés, des hommes et des femmes ont tenté de rendre la société plus égale – et y sont parvenus. Sans égréner de dates-clés ni nommer de protagonistes (à l’exception de Louis), mais avec ses comédiens fidèles et son a

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Joris Mathieu : «des œuvres qui s’adressent à chacun»

SCENES | Un an après avoir pris les rênes du Théâtre Nouvelle Génération, Joris Mathieu y présente cette semaine, à guichets fermés, sa première création. "Hikikomori" partira ensuite en tournée et sera de nouveau à l’affiche à Lyon à l’automne. D'ici là, l’auteur-metteur en scène nous raconte ce projet. Propos recueillis par Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 5 janvier 2016

Joris Mathieu : «des œuvres qui s’adressent à chacun»

Hikikomori «C’est un phénomène social né au Japon. Cela touche essentiellement des pré-adolescents, adolescents ou jeunes adultes qui, du jour au lendemain, face à une difficulté, une pression sociale ou parfois une raison plus diffuse difficile à déterminer, choisissent de se cloîtrer dans leur chambre et de ne plus en sortir. Souvent, ils s’enferment avec leurs parents, qui continuent à cohabiter avec eux. En japonais, hikikomori signifie "le repli sur soi". En lisant un article sur ce sujet, qui est d’une grande ampleur au Japon et toucherait un jeune sur dix dans la tranche d’âge 18-25 ans, j’ai découvert que cela arrivait en Europe. Je me suis alors posé la question de comment construire un spectacle qui parlerait de la famille, de la relation qu’entretiennent enfants et adultes lorsque l’enfant a décidé de s’extraire du monde et que les parents n’arrivent plus à entrer en communication avec lui.» Les casques «Comme c’est un sujet à la fois social et politique, qu’il interroge sur ce qu’est la communication dans la famille (est-ce qu’on est ensemble ou isolé chacun dans nos bulles, en cet

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«Imaginer demain, c’est être dans l’actualité» - Interview de Joris Mathieu

SCENES | Nommé à la tête du TNG en janvier 2015, Joris Mathieu lance cette semaine sa première saison d’un théâtre destiné à la fois aux très petits et aux bien plus grands. Saison qui se déploie désormais aussi en centre-ville, au Théâtre des Ateliers. Rencontre.

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

«Imaginer demain, c’est être dans l’actualité» - Interview de Joris Mathieu

Grand changement cette saison, la multiplications des lieux : le TNG est aussi dans les murs des Ateliers... Joris Mathieu : C’est une façon d’ouvrir le théâtre jeune public sur la ville, dans le centre, en poursuivant le travail sur les écritures contemporaines. Ce sont deux espaces pour construire et accueillir plus d’artistes en création. Car il y a tous ceux qui sont programmés et ceux que l’on ne voit pas, qui sont en répétition, en écriture… On a toujours besoin de plus de lieux pour développer cela comme le font les Subsistances, avec qui on commence à dialoguer pour imaginer ensemble un pôle de création pour les artistes. Votre projet s’appelle "Imaginer demain". Expliquez-nous… Il y a trois axes importants dans ce projet. Tout d’abord la place accordée à la jeunesse. Une génération c’est environ dix ans ; celle des 6–16 ans va pouvoir s’exprimer. On met pour cela en place des petits rendez-vous publics où des jeunes peuvent passer du temps dans le théâtre avec des artistes et moi-même, pour simplement voir ce qui nous nourrit mutuellement et peut en émerger. C’est important de les accompagner da

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Une saison théâtrale sous le signe du politique

SCENES | Souvent taxé d’art vieillissant, le théâtre ne cesse pourtant, à l’instar des sociologues ou historiens, d’ausculter le monde contemporain. Cette saison, plusieurs auteurs décryptant la trivialité des rapports sociaux seront portés au plateau. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Une saison théâtrale sous le signe du politique

Christine Angot le déclarait fin août au Monde : «il n’y a pas de vérité hors de la littérature». Théâtre inclus. Le festival international Sens Interdits, en prise directe avec les maux du Rwanda, des réfugiés ou de la Russie, en sera une déflagrante preuve en octobre. Plus près de nous, avec la vivacité d’un jeune homme, Michel Vinaver (88 ans) a repris la plume pour signer Bettencourt boulevard ou une histoire de France, une pièce en trente épisodes mettant au jour les rouages de la fameuse affaire. Ne surtout pas chercher dans ce texte monté par Christian Schiaretti au TNP (du 19 novembre au 19 décembre) des règlements de comptes entre un chef d’État, une milliardaire et un photographe-abuseur, des comptes-rendus judicaires ou de grands discours. Vinaver fait de ses célèbres protagonistes les personnages d’une tragédie grecque contemporaine, remontant à leurs origines et évoquant leur rapport à la judéité, montrant ainsi, loin des polémiques, comment une vieille dame absolument sénile se laisse courtiser par un bellâtre peu scrupuleux. Ce simple jeu d’influence

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La saison 2015/2016 du TNG

SCENES | Après dix ans de très bons et loyaux services de Nino d’Introna, le TNG, désormais fusionné avec le théâtre des Ateliers, fera en septembre sa première rentrée sous la direction de Joris Mathieu, assisté de Céline Le Roux. Détail de leur programmation, audacieuse et sensible. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 24 juin 2015

La saison 2015/2016 du TNG

Ils ne sont plus nombreux les Centres Dramatiques Nationaux à se consacrer au jeune public. Restent Strasbourg (entièrement dédié aux marionnettes) et Lyon, qui englobe désormais le théâtre des Ateliers après une transition flottante entre Gilles Chavassieux et Joris Mathieu. Conséquence de cette multiplication de plateaux, les jeunes spectateurs pourront aussi bien être conviés sur la Presqu’île que dans le 9e arrondissement, en fonction de la configuration des spectacles. Le projet de Joris Mathieu, lorsqu’il postula au TNG, était d’«imaginer demain», place à la pratique avec un axe fort sur l’écriture numérique. «C’est la jeunesse qui va construire le monde de demain, à nous de faire en sortir qu’elle ne le subisse pas et qu’elle ne fasse pas que le traverser» annonce-t-il en viatique de cette saison qu’il a souhaitée à la découverte de nouveaux mondes et de nouveaux langages. Il a dans cette idée convié les artistes Chiara Guidi (qui nous avait fait forte impression avec le conte en immersion Buchettino, où les spectateurs, allongés dans un grand dortoir en bois, se voyaient raconter l’histoire du

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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La saison 2015/2016 du TNP

ACTUS | 22 spectacles dont 9 émanant de sa direction ou de ses acteurs permanents : la saison prochaine, le Théâtre National Populaire fera la part belle aux talents maison, à commencer par la création très attendue de "Bettencourt Boulevard" par Christian Schiaretti. Autre temps fort : "Ça ira", fable plus que jamais politique du maître Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 mai 2015

La saison 2015/2016 du TNP

L’an dernier à la même époque, Christian Schiaretti pouvait encore rêver de devenir patron de la Comédie Française, tandis que l’État et le Département supprimaient respectivement 100 000€ et 150 000€ de dotation à ce Centre National Dramatique majeur (sur un budget de presque 10M€). Depuis, le Ministère comme le Rhône ont rendu ce qu’ils avaient pris, le TNP peut rouler sur des rails paisibles. Quoique : la troupe permanente de 12 comédiens a été réduite à 6. Le coût de la vie augmentant, il faut bien faire des économies et puisqu’il n’est pas possible de baisser les frais de fonctionnement de cet énorme paquebot, ce sont les artistes qui trinquent. Mais de cette contrainte nait de l’inventivité. Le TNP proposera ainsi neuf spectacles dans lesquels des comédiens de la mini-troupe se feront metteur en scène, tout le monde travaillant de fait à flux constant. Julien Tiphaine portera à la scène La Chanson de Roland, Clément Carabédian et Clément Morinière s’attèleront au Roman de Renart, Damien Gouy au Franc-Archer de Bagnolet d’un anonyme du XVe siècle et Juliette Rizoud

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Joris Mathieu, en fusion

SCENES | Fraîchement nommé directeur du théâtre des Ateliers, Joris Mathieu vient d’être désigné pour prendre la suite de Nino d’Introna au TNG. Rencontre avec un metteur en scène passionné pour qui diriger un théâtre est autant, sinon plus, un acte politique que d’en faire. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 26 septembre 2014

Joris Mathieu, en fusion

Alors que les Ateliers, dont il est le directeur depuis janvier, rouvrent à peine (présentation de saison ce mercredi et premier spectacle dès le 14 octobre), voilà que Joris Mathieu vient d'être choisi pour reprendre les rênes du TNG. Cumulard ? Non, malin : puisque les premiers restent économiquement fragiles et que le second, Centre Dramatique National à destination du jeune public, est doté d'une salle si immense qu'elle est parfois peu propice à la découverte du théâtre par les plus petits, Mathieu a en fait proposé de fusionner les deux. D’ici la rentrée 2015-2016, il ne sera donc pas à la tête de deux SCOP mais d’une seule : le TNG, qui démultiplie ainsi ses possibilités de programmation. À trente-sept ans, Joris Mathieu accède donc non seulement à un lieu stable, où il pourra créer avec les fidèles de sa compagnie Haut et Court, qu’il a fondée en 1998, mais il pourra aussi désormais offrir à de jeunes compagnies l'espace de liberté dont il a lui-même bénéficié par le passé aux Clochards Célestes, au Polaris de Corbas (pendant trois ans) ou au théâtre de Vénissieux (où il fut six ans en résidence).   Ubiquité & Orbik Né de parents ins

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Joris Mathieu à la direction du TNG

ACTUS | La ministre de la culture et de la communication Fleur Pellerin a acté ce matin ce que tout le monde pressentait fortement depuis plusieurs semaines : la nomination de Joris Mathieu à la tête Théâtre Nouvelle Génération. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 19 septembre 2014

Joris Mathieu à la direction du TNG

À la tête également depuis le 1er janvier dernier du théâtre des Ateliers, dédié aux écritures contemporaines, Joris Mathieu entend diriger les deux théâtres de front et en complémentarité, comme il l’annonçait dès juin au moment de sa candidature. Né en 1977, Mathieu défend un théâtre plus sensoriel et technologique que basé sur le texte, bien qu'il ait par ailleurs adapté des écrits de Gombrowicz, Philippe K. Dick ou Antoine Volodine. Il succédera le 1er janvier 2015 à Nino D'Introna, qui avait à son arrivée en 2004 renommé le Théâtre des Jeunes Années en Théâtre Nouvelle Génération, parti poursuivre son parcours artistique en compagnie. Mathieu conviera deux artistes associées pour son premier mandat au TNG, Phia Ménard et Chiara Guidi (auteur avec Romeo Castellucci de l’inoubliable Bucchettino), et entend mettre en place des dispositifs innovants pour l'accompagnement de l'émergence. Plusieurs temps forts, en partenariat avec d'autres institutions, devraient aussi être imaginés afin de créer des parcours pour la jeunesse.

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Dix incontournables pour 2014/2015

SCENES | Outre les spectacles cités dans notre gros plan et les panoramas lisibles par ailleurs, voici une dizaine de spectacles qui attisent notre curiosité ou réveillent de bons souvenirs. Bien plus, en tout cas, que les deux mastodontes avignonnais un peu fades qui passeront par là, au TNP, "Orlando" d'Olivier Py et "Le Prince de Hombourg" de Giorgio Barberio Corsetti.

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Dix incontournables pour 2014/2015

Phèdre Avec Les Serments indiscrets l’an dernier, Christophe Rauck présentait une version très personnelle, entre suavité et force, de la pièce méconnue de Marivaux. Il s’attaque maintenant au classique de Racine que tous les grands comédiens ont un jour joué dans leur vie, à commencer par Dominique Blanc sous la houlette de Patrice Chéreau. Dans ce casting-ci, on retrouvera la mythique Nada Strancar (dans le rôle de Oenone, nourrice de Phèdre), au milieu d'un décor agrègeant une nouvelle fois les apparats de l’époque Louis XIV à un univers moins propret, aux murs à nu voire lézardés. Rauck se garde de ripoliner les œuvres majeures pour mieux les révéler. Faisons-lui à nouveau confiance. Nadja Pobel Du 8 au 17 octobre aux Célestins  

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Valse III

ACTUS | Les théâtres (grands) lyonnais se prendraient-ils pour les membres d'un gouvernement socialiste ? On peut se poser la question, tant ça valse cette saison, avec des arrivées et départs en pagaille. Récapitulatif. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Valse III

Arrivederci et grazie mille ! À la tête du Centre National Dramatique jeune public qu’il avait baptisé Théâtre Nouvelle Génération voilà neuf ans, Nino d’Introna aura rempli trois joyeux mandats. En 2015, il retournera en compagnie, non sans avoir organisé une sorte de jubilé en proposant la reprise de trois de ses spectacles : Les Derniers géants, Yaël Tautavel et le petit dernier, Quand on parle du loup. Près d’une trentaine de candidats de sont manifestés pour lui succéder : Laurance Henry de la compagnie AK Entrepot, actuellement installée en Bretagne ; Florence Lavaud, couronnée en 2006 par un Molière et installée avec son Chantier Théâtre en Dordogne ; ou encore Olivier Letellier et son théâtre du Phare, lui aussi molièrisé pour son bouleversant Oh Boy !. Le quatrième à passer le grand oral devant les tutelles mi-septembre sera nul autre que… Joris Mathieu, avec sa compagnie Haut et court ! À l’orée 2014, Mathieu a pourtant été nommé à la tête du théâtre des Ateliers, au terme d'un long feuilleton tragi-comique, succession de passe d’armes entre les financeurs publics (Ville de Lyon, DRAC, Région) et Gilles Chavassieux,

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Pommerat refait les contes

SCENES | Plus de deux ans après sa création, "Cendrillon", enfin, passe par la région lyonnaise. Pièce maîtresse de l’œuvre de Joël Pommerat, ce conte, ici plus fantastique que merveilleux, décline ce qui intéresse tant l’incontournable metteur en scène : tenter d’être soi dans un monde hostile. Une réussite totale et inoubliable. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 11 mars 2014

Pommerat refait les contes

«Ta mère est morte. Ta mère est morte. Comme ça maintenant tu sais et tu vas pouvoir passer à autre chose. Et puis ce soir par exemple rester avec moi. Je suis pas ta mère mais je suis pas mal comme personne. J’ai des trucs de différent d’une mère qui sont intéressants aussi». Voilà ce que se racontent Cendrillon et le jeune prince lorsqu’ils se rencontrent. Pour le glamour, la tendresse et les étoiles dans les yeux, Joël Pommerat passe son tour. Tant mieux : en ôtant toute mièvrerie au conte originel, en le cognant au réel, il le transforme en un objet totalement bouleversant qui, lors de sa création, a laissé les yeux humides à plus de la moitié de salle. Du jamais vu pour ce qui nous concerne. «Ecrivain de spectacles», comme il aime se définir, Pommerat connaît depuis plus de dix ans un succès inédit dans le théâtre français, jouant à guichet fermé partout où il passe. Et il passe partout. Le seul cap qu’il s’était d'ailleurs fixé en renonçant à faire du cinéma, constatant qu’il ne pourrait jamais faire comme son héros David Lynch, était de créer une pièce

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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Prime Pommerat

SCENES | Quoi qu’il fasse, Joël Pommerat le réussit avec une virtuosité inouïe. Dans son spectacle le plus dépouillé et peut-être le moins complexe techniquement, il livre à nouveau une cinglante fable sur le monde moderne. "La Grande et fabuleuse histoire du commerce" est un chef-d’œuvre de plus dans sa singulière carrière. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 9 novembre 2012

Prime Pommerat

Ainsi donc, ils se retrouvent en fin de journée, dans un basique hôtel de province après une journée de travail. Quatre hommes, représentants de commerce, accueillent un petit nouveau dans leur équipe. Comme dans le préambule d’Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin, les personnages nous sont sommairement présentés : «voilà c’est Franck, le fils de ma sœur, lui, c’est René le plus intelligent…». Et comme chez le cinéaste, Pommerat va ensuite observer ce qui grince dans la vie de ses personnages simples qu’il ne regarde jamais de haut. Ils doivent vendre, vendent et vendront. Sous le sceau de cette sainte-trinité moderne, ils ne sont plus que des machines oubliant pourquoi ils s’exécutent, trouvant même qu’en vendant à leurs clients des choses dont ils n’ont nul besoin, ils leur font une faveur ! Quand l’un d’eux est pris d’un accès de conscience, il est insulté : «communiste !» lui crient ses collègues, vieux loups rodés aux combines du métier. Puis la pièce, jusque-là baignée dans les années 60 (où Mai 68 se résume à une baisse des ventes !), bascule à

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L'addition, s'il vous plaît

SCENES | Festival d'Avignon (8) / Romeo Castellucci. The Four Seasons Restaurant

Dorotée Aznar | Mardi 24 juillet 2012

L'addition, s'il vous plaît

Alors, il est comment le nouveau Castellucci ?  Ce qui est certain, c'est que "The Four Seasons restaurant" ne devrait pas créer la polémique. Et qu'il ne faudra pas trop non plus y chercher l'aspect "based on the true story of Mark Rothko". Car après une formidable introduction où les spectateurs sont soumis aux insoutenables sons produits par des matières aspirées dans un trou noir et un finale tout aussi grandiose dans lequel un tableau vivant emporte tout sur son passage on trouve un... machin antique, interprété  par dix jeunes filles vêtues comme des paysannes. Et dans le machin antique, c'est le drame. Dans les rangs, derrière nous, on parle de "refus de la vulgarité du monde contemporain par la sobriété". Sur la scène, en vrai : c'est juste un peu chiant. Une phrase prononcée par l'un des personnages retient notre attention : "Honore ce que tu ne comprends pas". Pour le coup, on honore Castellucci comme jamais ! Dorotée Aznar

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Trompe-l’œil

SCENES | Un spectacle sur Philip K. Dick, écrivain américain de référence dans le domaine de la science fiction ? Le pari était osé, et diablement alléchant. En partant (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 20 avril 2012

Trompe-l’œil

Un spectacle sur Philip K. Dick, écrivain américain de référence dans le domaine de la science fiction ? Le pari était osé, et diablement alléchant. En partant d’un roman inédit de Lorris Murail, le metteur en scène Joris Mathieu (compagnie Haut et court) s’y est attelé, non sans un certain sens de l’esthétisme. Visuellement, son Urbik Orbik est hypnotique, grâce à une scénographie ingénieuse qui donne une immatérialité aux comédiens, qui deviennent alors des avatars plongés dans des «micro-mondes». Mais passé l’effet de surprise, l’ensemble du spectacle peine à décoller, restant dans la simple démonstration de style. Aux Subsistances, jusqu’au 28 avril. Aurélien Martinez

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Fable moderne

SCENES | Le cadeau d’un patron est-il vraiment un cadeau ? Travailler pour soi est-il vraiment plus épanouissant que travailler pour les autres ? Ces questions (...)

Nadja Pobel | Jeudi 22 décembre 2011

Fable moderne

Le cadeau d’un patron est-il vraiment un cadeau ? Travailler pour soi est-il vraiment plus épanouissant que travailler pour les autres ? Ces questions sont d’emblée posées dans Ma chambre froide par le boss, Blocq, qui considère ses sociétés comme ses créations. Il fait le ménage dans ses troupes et demande à deux d’entre eux de choisir qui doit garder son poste. «Un travail aujourd’hui, c’est un privilège, et un privilège, faut que ça se mérite ; c’est ça la démocratie». Sans faire de leçon partisane, Pommerat, en auscultant à quel point le travail pousse chacun dans ses derniers retranchements, livre une grande fable sociale acerbe et donc forcément politique, dans son acceptation la plus large. Quand Blocq annonce son décès imminent (une tumeur) et la cession de ses entreprises à ses employés (car il hait sa famille), il bouscule la sacro-sainte répartition simpliste des rôles dans lesquels chacun trouvaient bon an mal an son compte : patron-profiteur et employé-exploité. Il n’y a plus ni supérieur ni hiérarchie et tout se déglingue. La bonhomie d’Estelle, sur qui tout le monde se reposait avant,

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La science des rêves

SCENES | L’homme par qui la magie fait sens : l’indispensable metteur en scène Joël Pommerat ne lésine avec les artifices du théâtre pour passer à la loupe ses contemporains sans oublier de montrer leurs rêves et cauchemars. La preuve par l’exemple avec "Ma chambre froide" accueilli au TNP pendant dix jours. Portrait et critique.

Nadja Pobel | Mercredi 21 décembre 2011

La science des rêves

Joël Pommerat a cessé d’être acteur à 23 ans en 1986. Pas encore très vieux mais une évidence est là : il ne veut pas être une marionnette sur laquelle un metteur en scène tout puissant dépose un rôle préconçu. Car pour lui, l’acteur est au cœur du dispositif théâtral, le metteur en scène doit composer avec son être entier et le dépouiller de ses automatismes et de son savoir-faire. Pommerat se met alors à «écrire des spectacles». Ni metteur en scène, ni écrivain, mais bien auteur de spectacle. Ses pièces sont pourtant publiées, mais deux mois après le début des représentations car elles sont écrites au plateau, fignolées en jeu. Avec sa troupe fidèle, il fonde la compagnie Louis Brouillard au début des années 90. Ce nom, pas tout à fait anodin, donne une idée du bonhomme : «Je me dis parfois que Louis Brouillard a vraiment existé comme Louis Lumière, qu’il a inventé le théâtre et que je suis le seul à le savoir» disait-il en plaisantant récemment au micro de France Culture. Plus sérieusement, il fige ce nom à une époque où le théâtre du Soleil est omniprésent, où les jeunes compagnies prennent un nom de météo (embellie, vent…). Lui opte pour le brouil

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Le Cas Pommerat

SCENES | Après "Les Marchands" en novembre, le TNP accueille "Je tremble, 1 et 2", autres pièces immanquables de l'auteur et metteur en scène Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 23 avril 2010

Le Cas Pommerat

Joël Pommerat est un grand auteur de spectacles. Certes ce n'est pas nouveau (son premier grand succès date de 2004 avec "Au monde", ses premières créations remontent à 1990), mais cela ne cesse de se confirmer. En janvier, il proposait "Cercles/fictions", son dernier spectacle dans les murs décrépis du théâtre parisien des Bouffes du Nord où il est en résidence pour encore quelques mois. Cette pièce sombre et grinçante était une succession de fragments des maux du monde (la solitude, le pouvoir de l'argent, la déréliction de l'homme) affublée d'une bonne dose de fantasmagorie (l'apparition burlesque d'un cheval entre autres). C'est avec «Je tremble», en 2007, que Pommerat avait amorcé cette déconstruction du récit et projeté sur scène un Monsieur loyal que l'on retrouve dans chacun de ses spectacles. Micro en main, ce speaker accompagne le déroulé du spectacle et se moque d'un éventuel suspens qu'il annihile en annonçant sa mort au terme de la pièce. Ce qu'il y a à entendre compte autant que qu'il y a à voir. Avec «Je tremble», Pommerat s'affranchit de la narration classique et se débarrasse du décor. En fond de scène, seul un rideau rouge à paillettes habille l'espace. Ce pour

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La prophète

SCENES | Théâtre / Joël Pommerat présente au studio 24 - TNP 'Les Marchands', créé en 2006. Une fable sociale sur la misère humaine et le travail glaçante, radicale mais surtout profondément émouvante. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 5 novembre 2009

La prophète

Combien sont-ils les metteurs en scène qui en cinq minutes de spectacle à peine ont déjà marqué de leur «patte» leur travail ? Joël Pommerat est incontestablement de ceux-là. Pour qui a déjà vu ses créations («Le Petit Chaperon rouge» et «Pinocchio» sont passés par Lyon), les souvenirs affluent dès l'amorce de cette pièce, pour les autres, ils viennent de découvrir une manière radicale et enchantée de faire du théâtre. Dans «Les Marchands» et comme souvent, Joël Pommerat use du style indirect. Une voix-off raconte toutes les actions. Elle est l'amie du personnage central, mais pourrait tout aussi bien être chacun d'entre nous. Sa voix résonne deux heures durant dans une cage grise traversée de faisceaux lumineux. Pommerat dessine l'espace à l'aide de son fidèle scénographe Eric Soyer qui est aussi logiquement le responsable lumières. Quelques chaises, une table puis un meuble tentent de trouver une place dans l'appartement d'une femme désœuvrée. Elle n'a plus de travail, s'ennuie chez elle. La télévision est sa seule distraction, son lien au monde. Face au vide, elle trouve que les gens qu’elle côtoie ont des ressemblances avec sa mère décédée, elle fait d'un homme dont on ne sa

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Le Chaperon rouge mis à nu

SCENES | Joël Pommerat offre une version du Petit Chaperon rouge épurée. Retour aux fondamentaux avec ce metteur en scène au travail limpide. A voir ou à revoir au théâtre de Vénissieux. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 3 décembre 2008

Le Chaperon rouge mis à nu

Tout le monde connait l'histoire du Petit chaperon, mais Joël Pommerat décide de la raconter comme si c'était la première fois. Il fait appel à un narrateur. Debout, droit comme un piquet, un peu sombre, omniprésent. Sa voix grave énonce : «La petite fille pensait souvent à la mère de sa maman. Elle y pensait tellement souvent qu'elle demandait si c'était aujourd'hui le jour d'aller la voir». Les dialogues sont économisés. C'est pour Pommerat un artifice peu nécessaire pour donner des informations. Le narrateur raconte ; les personnages, pantins désarticulés, incarnent. Transposé dans une époque qu'on devine être la nôtre, la petite fille n'a plus de chaperon ni de rouge sur les épaules ; elle s'ennuie, s'agrippe à une mère insaisissable, happée par une autre vie. Cette mère avance mécaniquement sur le plateau, trace de longues lignes en marchant sur la pointe des pieds. Un bruitage strident accompagne ses pas d'un claquement de talon. Pommerat dessine son espace scénique comme un architecte : un carré de lumière pour espace de jeu, deux chaises et des variations d'intensités d'éclairage pour construire une forêt, dire la balade insensée de la petite fille à la recherche de sa g

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Jouissance entravée

SCENES | Théâtre / "Ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants". À force de n'en entendre que la fin, on oublie que les contes pour enfants sont bien moins (...)

Dorotée Aznar | Mardi 22 avril 2008

Jouissance entravée

Théâtre / "Ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants". À force de n'en entendre que la fin, on oublie que les contes pour enfants sont bien moins niais qu'il n'y paraît. Tortures physiques, solitude, injustice, abus de confiance, Joël Pommerat a choisi de garder ce qui fait l'essence du Pinocchio de Carlo Collodi. Il montre ce qui est redouté, pour mieux le mettre à distance par l'ironie et le rire, dans une version qui ne se veut pas moderne à tout prix. Certes Pommerat réécrit le conte, coupe des passages, supprime des personnages et remet quelques éléments au goût du jour (les liasses de billets ont remplacé les écus d'or), pourtant, dans son adaptation, le metteur en scène ne se débarrasse pas des accès moralisateurs et des théories éducatives discutables dont Pinocchio fait les frais dans la version originale. Ce qui fait son actualité, sa "modernité", c'est cette mise en images, en sons et en mots de la violence ; la violence de renoncer aux plaisirs et à la jouissance immédiats, la violence de se confronter à la réalité. Avant d'accéder à l'humanité et de devenir un vrai petit garçon, le Pinocchio de Pommerat devra comme l'original renoncer à ses désir

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