De Kateb Yacine au Printemps arabe, Riad Gahmi illumine le Point du Jour

Nadja Pobel | Mardi 22 mars 2016

Photo : Hervé Deroo


C'est une histoire de grands frères un peu trop sûrs d'eux, protecteurs sans que l'on ne sache qui d'eux ou des autres ils cherchent à cajoler. C'est en fait l'histoire de l'Occident voulant éduquer — comme s'il en avait la légitimité — les populations d'Orient.

Des manifestations anti-colonialistes du 8 mai 1945 en Algérie se terminant en massacres (et entraînant l'engagement indépendantiste de l'écrivain Kateb Yacine alors lycéen dans cette ville) jusqu'aux révolutions arabes, Riad Gahmi et Philippe Vincent écrivent en pointillés, élaborent un enchaînement de séquences qui sont autant d'événements ayant émaillé ce récit croisé. Avec seulement quelques cartons — objet figurant le déplacement et l'exil — Philippe Vincent dessine une scénographie laissant libre cours aux mouvements, parfois chorégraphiés grâce à Florence Girardon, acolyte de Maguy Marin. Durant 1h20, dans ce spectacle créé en 2011, la diplomatie française «s'égare» en Égypte et en Tunisie ; l'immolation du vendeur à la sauvette à Sidi Bouzid, qui déclencha le Printemps arabe en décembre 2010, est particulièrement poignante sans allumer qu'aucun feu ne soit montré.

La place Tahrir, Sabra et Chatila, l'Afghanistan, Massoud, Moubarak, Ben Laden… tous trouvent leur place dans ce ballet moderne et tragique jusqu'à la formidable évocation du 11-Septembre en temps réel vécu via un compte à rebours, mené notamment par l'hôtesse de l'air de l'un des avions détourné par les kamikazes. À travers ce remarquable travail, metteurs en scène et auteurs, tous également acteurs au plateau de cette partition, refusent de céder à la caricature et pointent non seulement les travers de chacun des protagonistes mais surtout, in fine, la désillusion de tous avec cette invasion de GI Joe rampant sur l'une des comédiennes tels des insectes s'emparant d'un cadavre. Avant un ultime détour par l'histoire nauséabonde du nazisme, Gahmi et Vincent désignent, en vidéo, l'ennemi ultime : l'argent. Implacable. NP

Un Arabe dans mon miroir
Au Point du Jour jusqu'au samedi 26 mars (en arabe surtitré les 22, 24 et 26)


Un arabe dans mon miroir

Théâtre permanent Philippe Vincent
Théâtre du Point du Jour 7 rue des Aqueducs Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Ils veulent tout embrasser et le font bien. Il est parfois des écritures viscérales, débordantes, qui si elles ne submergent ou n'assomment pas le lecteur, font preuve d'un bel équilibre. En 2007, Riad Gahmi, élève comédien à la précieuse école de la Comédie de Saint-Étienne, a rencontré Philippe Vincent, alors intervenant. Depuis, ils font route commune, comme avec Un arabe dans mon miroir en 2011, pièce tout en pudeur et justesse sur les rapports violents entre Occident et Orient au travers des drames et attentats de ces soixantes dernières années. Au TNP, du 7 au 11 mars, tous deux présentent les toutes premières représentations de Gonzoo, s'inspirant d'un fait réel : l'employée de l'année d'une entreprise chinoise se voit offrir une nuit avec un acteur de X. Interrogeant d'une manière différente cet éternel rapport à l'argent et aux pouvoirs, l'auteur et le metteur en scène s'appuient sur la façon très subject

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Voilà une autre façon de faire une présentation de saison. Les comédiens de la troupe du TNP lisent ce vendredi 23 septembre à la Maison de l'Image du livre et du son à 19h de nombreux textes qui seront à l'affiche du théâtre villeurbannais cette année, à commencer par celui dans lequel ils joueront : La très excellente et lamentable histoire de Roméo et Juliette d’après William Shakespeare mise en scène par l'une d'entre eux, Juliette Rizoud, extraordinaire dans le rôle de la Jeanne de Delteil il y a quelques temps. Tous les autres écrits, très éclectiques, seront montés et interprétés par des personnes extérieures : La Boîte de Jean-Pierre Siméon, Bella Figura de Yasmina Reza, Gonzoo – Pornodrame de Riad Gahmi, Meurtres de la princesse juive d’Armando Llamas, Le Temps et la chambre

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Le théâtre a plusieurs buts. Il peut questionner, alerter, dénoncer... Il peut aussi amuser, enchanter, voire divertir (un gros mot pour certains puristes). Le metteur en scène François Rancillac et l’auteur Gilles Granouillet ont, eux, pris le parti de se contenter de faire du théâtre, avec des outils tout simples : un texte, quelques éléments scéniques et une poignée d’acteurs. Un alliage léger qui suffit à embarquer le public dans une aventure familiale drôle, touchante et amère à la fois, racontée du point de vue de deux gamins contraints de rentrer de plein fouet dans le monde des adultes. Car leur mère, quittée par leur père, n’a plus la force de continuer à vivre, préférant s’abandonner à son chagrin, là-haut, sur le phare. Finis alors les jeux avec les grenouilles et les tentatives pour noyer les chiots, il faut aller la secourir. Mais que peuvent bien faire deux petits êtres face au tourbillon de la vie que personne, pas même les grands autour d’eux, ne semble pouvoir contrôler ? Mon frère L’écriture de Gilles Granouillet, simple et imagée, ne s’interdit rien, allant

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