De l'art de parler (et de se taire)

SCENES | Des esquisses de travail, une première et surtout le retour de la précieuse troupe de Pôle Nord : voilà de bonnes raisons pour se rendre au festival Paroles, paroles de la Mouche, une salle d'une vitalité rare toute la saison durant.

Nadja Pobel | Mardi 29 mars 2016

Photo : © Pôle Nord


Dans ce qu'il est désormais convenu d'appeler la Métropole, un théâtre se place à l'avant-garde en terme de programmation : celui de la Mouche à Saint-Genis-Laval. Savoir enfin qui nous buvons, fable viticole prévu en juin aux Subsistances dans le cadre du festival UtoPistes, qui a triomphé au 104 parisien, été couverte d'éloges dans Le Monde et ailleurs a fait l'ouverture de la saison passée de la Mouche. Retour à Reims, d'après le virulent livre de Didier Eribon et mis en scène par l'excellent Laurent Hatat est passé par Vienne ce mois-ci : il sera le 27 mai à Saint-Genis. Le déchirant solo Rendez-vous gare de l'Est niché dans la petite salle de la Croix-Rousse cet hiver était en octobre dans ce même théâtre de la Mouche… N'en jetez plus !

Ce flair indiscutable est celui de Gabriel Lucas de Leyssac, dynamique directeur de la salle, qui a aussi initié Paroles Paroles, événement annuel. Du 30 mars au 6 avril, il accueille notamment la nouvelle création d'Eric Massé, Light spirit, sorte de combat littéraire avec les mots de Voltaire et ceux des poètes d'aujourd'hui sur des grands thèmes développés dans le Dictionnaire philosophique : l'amour, la guerre, la religion… avant que ne soient lues à de petits groupes de spectateurs des mots de Sade.

En résidence depuis trois ans ici, la compagnie Cassandre s'éloignera du didactisme qui collait à son T.I.N.A. pour s'approcher de la violence subie par une fillette à l'école (Sales gosses de la roumaine Mihaela Michailov) à travers une lecture, prémices peut-être d'une création.

Mais la pièce immanquable de cette semaine est celle des membres de Pôle Nord, L'Ogre et l'enfant, expérience étrange, quasi muette, dérangeante, mettant en scène des êtres cherchant une place dans la société autant que dans leur corps trop rigides. Coincés, engoncés, faits comme des rats, ils sont menaçants parce que menacés. La violence est sourde et lente mais elle suinte par leurs pores comme par ceux d'un monde au bord de l'implosion. NP

Festival Paroles, paroles
La Mouche hors les murs du 30 mars au 6 avril

www.la-mouche.fr

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Lyon : Retour en septembre du festival de science-fiction Les Intergalactiques

Science-Fiction | Il n’y a pas que les Hallus ou les Reflets… du Zola qui aient choisi de se reporter en septembre : idem pour les Intergalactiques avec leur (...)

Vincent Raymond | Mercredi 8 septembre 2021

Lyon : Retour en septembre du festival de science-fiction Les Intergalactiques

Il n’y a pas que les Hallus ou les Reflets… du Zola qui aient choisi de se reporter en septembre : idem pour les Intergalactiques avec leur programmation cinéma atomisée dans plusieurs lieux, faisant la part belle aux lointains visiteurs. Et ce, dès l’ouverture jeudi 9 septembre avec le kitchissime Rock Aliens (dont fut tiré la scie When the Rain begin to fall) au Rock’n’Eat. Suivront les déambulations d’un extra-terrestre “embarqué” dans le corps d’un junkie pour Fried Barry (le 10 à 21h au Lumière Bellecour) et deux séances de courts-métrages au Lumière Terreaux : les “nationaux“ samedi 11 à 11h et les “animations“ le dimanche 12 à 11h. Épicentre des Intergalactiques, la MJC Montplaisir offrira un double bill samedi soir dès 20h avec deux revenants des années 1980 : l’angoissant The Thing de Carpenter et la série B américano-bavaro-humaniste Enemy Mine. Le Zola accueillera le lendemain à 19h un classique de la science-fiction rare sur grand

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Le Fort de Gamut, un cluster de création

Résidence Artistique | Là-haut, perché sur la colline de Fourvière, existe un ancien fort militaire où artistes et animaux cohabitent à l’abri des regards. Situé à deux pas du Jardin des Curiosités, le Fort de Saint-Just, renommé par ses actuels occupants Fort de Gamut, abrite désormais l’association éponyme qui œuvre au soutient de projets artistiques. Visite.

Louise Grossen | Jeudi 22 avril 2021

Le Fort de Gamut, un cluster de création

C’est le bouc, Stanley, qui nous guide à l’aide de ses plus belles vocalises jusqu’à la porte d’entrée. Dès l’arrivée, le panorama est à couper le souffle. À moins que ce ne soit les 200 marches de la montée des Épies qu’il nous a fallu gravir avant d’arriver... Ce lieu se mérite ! Le temps de reprendre notre souffle, et Victor Boucon, artiste plasticien en résidence, nous emmène en visite. Il dispose d’un espace de création depuis plusieurs mois : « ici, je suis sûr de pouvoir forger, souder et faire du bruit sans déranger les voisins, c’est un vrai terrain de jeu pour artistes. » Pour accéder à son atelier, il faut s’enfoncer dans une aile défensive du bâtiment, semi-enterrée, que les résidents appellent « les catacombes ». Ici, Victor travaille surtout le métal. Parmi ses créations en cours : une épée de type médiévale ou un couteau, posés sur la forge qu’il a imaginée et construite seul. À Gamut, on peint, sculpte, photographie, chante, forge, soude, écrit, et on partage l’extérieur avec les quatre poules, le bouc et les béliers. « Le bouc, on le s

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Et Cronenberg fit le bzzzzz

ECRANS | C’est l’une des nouveautés de la rentrée dans les CNP-Cinémas Lumière (on ne sait plus comment les appeler) : le retour des projections du samedi minuit aux (...)

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

Et Cronenberg fit le bzzzzz

C’est l’une des nouveautés de la rentrée dans les CNP-Cinémas Lumière (on ne sait plus comment les appeler) : le retour des projections du samedi minuit aux Terreaux. Désormais baptisées “Séances Midnight Movies” — même si elles sont programmées à 22h30 —, elles n’affichent certes plus systématiquement le merveilleux Graphique de Boscop mais un long-métrage différent chaque semaine, prélevé dans le vaste corpus du cinéma horrifique, assorti comme il se doit d’une petite introduction. Le film sélectionné ce 5 novembre, La Mouche (1987), semble faire écho au carnaval sucré et horrifique qui vient tout juste de s’achever. David Cronenberg y offre en effet à son interprète Jeff Goldblum de splendides métamorphoses, grâce à des postiches bien gluants de diptère mutant amoureusement fignolés par Chris Walas — dûment récompensé par un Oscar du maquillage. Remake éloigné de la première adaptation d’une nouvelle de

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Tout en haut du monde

ECRANS | Le renouveau de l’animation viendrait-il de la diversité européenne ? Même si l'on trouve mille qualités à Vice-Versa, à Dragons voire à L’Âge de glace, l’honnêteté (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Tout en haut du monde

Le renouveau de l’animation viendrait-il de la diversité européenne ? Même si l'on trouve mille qualités à Vice-Versa, à Dragons voire à L’Âge de glace, l’honnêteté oblige à admettre que ces films souffrent d’un regrettable conformisme esthétique — quand ils ne succombent pas à certains gimmicks narratifs. Comme si la créativité de leurs auteurs ne pouvait s’exprimer qu’à l’intérieur d’un champ clos produisant des fruits ronds, colorés et sucrés, à la saveur prévisible. De notre côté de l’Atlantique, les cinéastes ont une autre approche : ils ne cherchent pas à rivaliser dans la restitution de la réalité — cette course à l’échalote technique servant d’argument aux films ayant les scénarios les plus pauvres —, ils investissent l’écriture en traitant de sujets plus segmentants, moins glamour ; et réfléchissent à la dimension plastique de leurs œuvres. Découvrir Tout en haut du monde, c’est avoir le regard ébloui par une bourrasque de pureté et de clarté. Rémi Chayé propose un traitement visuel allant à l’essentiel, très flat design, qui change les perspectives

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La violence sourde et muette de la cie Pôle Nord

SCENES | Chirurgicale et glaçante, la nouvelle création de la bien nommée compagnie Pôle Nord est muette et bien souvent sombre. Ennui garanti ? Au contraire : il émane de "L'Ogre et l'enfant" une rare et fragile étrangeté. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2015

La violence sourde et muette de la cie Pôle Nord

Dispositif bi-frontal, une piste bleue au milieu des spectateurs et un banc adossé à un gros cube marine d'où émane une lumière qui, inévitablement, rappelle le même petit objet mystérieux de Mulholland Drive. De toute évidence, l'étrangeté est la ligne de conduite de cette nouvelle création de la compagnie Pôle Nord, souvent opaque mais jamais lassante. À quoi cela tient-il ? À la précision de Lise Maussion, d'abord. C'est elle qui endosse l'entrée en matière. Vêtue d'un jogging, regard hagard et dentition proéminente, elle effraie sans agresser, comme un loup fatigué. Est-elle l'ogre ou l'enfant ? Rien n'est moins sûr, ses deux acolytes n'ayant pas la carrure de dévoreurs de minots. Elle avance, traverse la pièce, lentement, sort des poupées de son sac sali, trimballé depuis longtemps déjà, puis les range. À l'homme d'entamer son rituel : s'habiller en costume, sillonner la ville et rejoindre un bureau imaginaire où seul un geste de signature de documents indique qu'il est "important". Un troisième, moins présent, queue de rat entre les jambes, erre comme un visiteur, sans place fixe dans ce monde radicalement froid et déshumanisé dont on

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Les locaux de la saison 2015/2016

SCENES | La crème des artistes internationaux (Lepage, Stein, Jarzyna pour une variation sur "Opening Night"...) a beau fouler nos planches cette saison, on aurait tort d'en oublier les pointures rhônalpines. Zoom sur les prochains spectacles de Richard Brunel, Michel Raskine et cie.

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Les locaux de la saison 2015/2016

Une fois n’est pas coutume, c’est à l’Élysée (quand bien même l’Espace 44 a rattaqué dès le 1er septembre) que débute en fanfare la saison théâtrale : Michel Raskine y adapte Au cœur des ténèbres de Conrad avec l’éternelle Marief Guittier et l’excellent Thomas Rortais qu’il avait déjà mis à l’épreuve dans son (forcément) triomphal Triomphe de l’amour en 2014. Plus tard, il prendra les mêmes et recommencera, cette fois aux Célestins, pour une adaptation de Quartett d’Heiner Müller (6 au 24 janvier) qui lui-même écrivait là sa version des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos – «une comédie» selon les mots du sulfureux écrivain. Le travestissement ne devrait jamais être loin, l’amusement non plus. La nouvelle création de Gilles Pastor s'annonce elle plus caustique que ludique puisque, après avoir brillamment mis en scène l’Affabulazione

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(Télé)Visions de Cronenberg

ECRANS | Hourra ! C’est le retour de L’Épouvantable vendredi cette semaine à l’Institut Lumière, dans une formule allégée à deux films au lieu de trois. Pour cette (...)

Christophe Chabert | Jeudi 15 novembre 2012

(Télé)Visions de Cronenberg

Hourra ! C’est le retour de L’Épouvantable vendredi cette semaine à l’Institut Lumière, dans une formule allégée à deux films au lieu de trois. Pour cette nouvelle saison, c’est David Cronenberg qui a l’honneur de lancer les hostilités, avec deux films donc, et pas des moindres. D’abord La Mouche, son œuvre la plus célèbre, qui fait aujourd’hui encore l’unanimité même chez les détracteurs du cinéaste. Pourtant cette commande de Mel Brooks autour du remake d’une série B fantastique (La Mouche noire avec Vincent Price), avait tout de la fausse bonne idée. Cronenberg y décrit le calvaire de Seth Brundle (Jeff Goldblum), physicien geek ayant inventé une méthode de téléportation révolutionnaire mais qui, lors d’un test sur sa personne, voit son génome mélangé à celui d’une mouche ; plutôt qu’à une métamorphose gore, on assiste à l’avancée réaliste et tragique d’une forme virulente de cancer, à laquelle Cronenberg ajoute une déchirante histoire d’amour entre Brundle et une jolie journaliste (Geena Davis), façon La Belle et la bête. Ensuite, flashback quelques années auparavant avec Videodrome, grande œuvre culte où Max Renn (James Wo

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