Le plein essor du cirque

Entretien | À la tête de l'École de cirque de Lyon, labellisée Scène découverte par la Ville, Nadège Cunin revient sur la professionnalisation de cet art encore tout neuf institutionnellement, de plus en plus présent dans les grandes salles.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Photo : © DR -


Comment sont structurées les formations au cirque en France ?
Nadège Cunin : Il y a trois écoles supérieures. Le CNAC de Chalons-en-Champagne, l'Académie Fratellini et le Lido à Toulouse qui sont en cours de labellisation par le ministère de la Culture, et une dizaine d'écoles préparatoires à ces trois-là dont la nôtre, financée par la Région (Ndlr : la subvention a été maintenue cette année) et la DRAC. Douze places sont ouvertes tous les deux ans et cette année nous avons battu le record de dossiers reçus : 180.

Comment s'explique cet engouement ?
Le cirque est tout juste en train de se structurer au niveau de l'enseignement, comme la danse l'a fait il y a une vingtaine d'années. Il y a eu la création d'un bac cirque (en 2012), comme il y a des bac théâtre. Dans l'Académie de Lyon, il est au lycée Doisneau de Vaulx-en-Velin où l'on intervient avec les Subsistances. Les élèves se "professionnalisent" de plus en plus tôt, c'est un peu dommage pour ceux qui pensent à ce métier à 20-22 ans, mais il y a une telle exigence aujourd'hui pour être professionnel du cirque... Un jeune suit une préparation physique huit heures par semaine, de l'acrobatie sur le même volume, puis des cours de jeu, de danse, en plus d'une spécialisation.

De plus en plus de salles programment du cirque. Pourquoi ?
Ce sont des spectacles très familiaux, qui attirent toutes les classes sociales et qui peuvent facilement se "vendre". Il y a du cirque très intellectuel, d'autres qui font rêver, qui sont dans l'exploit et la magie comme les gros collectifs du Cheptel Aleikoum (NdlR : programmé à UtoPistes en juin dernier), du groupe acrobatique de Tanger ou encore XY (prochainement à la Biennale de la Danse avec les acrobates de Tanger).

Quelles sont les artistes passées par l'école de Lyon qui tournent actuellement ?
Il y a la compagnie Lapsus (Six pieds sur terre) ou Toi d'abord qu'il faut désormais contacter un an et demi à l'avance pour avoir une date (spectacle de bascule en extérieur), la compagnie Girouette, Yann Frisch qui a fait sa prépa ici à 17 ans ! 75% de nos élèves intègrent une école sup' où il y a un gros travail ensuite d'insertion professionnelle.

Vous êtes un lieu de formation mais aussi de diffusion...
Oui, nous accueillons environ dix spectacles par an (des anciens élèves pour leur première création, des jeunes compagnies...) avec une tarification de 7 à 10€ pour une jauge de 120 places. Nous faisons partie du dispositif Balises (une place achetée = une place offerte) qui nous donne une visibilité, car à Ménival nous sommes un peu à l'écart du centre-ville. Et chaque premier week-end de juin, nous organisons un festival de rue.

École de cirque de Lyon
29 avenue de Ménival, 5e
Présentation de saison le 16 septembre à 19h


Spectacles à ne pas manquer

- Teatro Delusio par la Familie Flöz.
Lunaires, les comédiens allemands aux masques très expressifs n'en finissent plus de tourner avec ce spectacle muet, tendre et mélancolique sur les coulisses du théâtre.
À l'Espace Albert Camus à Bron le 22 novembre et au théâtre Jean Marais à Saint-Fons le 24 novembre.

- Le Syndrôme de Cassandre de Yann Frisch.
Absolument déconcertant, ce champion du monde de magie détourne sa discipline pour mieux jouer de la figure d'un clown triste de ne pouvoir être pris au sérieux.
À La Mouche à Saint-Genis-Laval le 17 janvier.

- Fenêtres + Barons perchés de Mathurin Bolze.
Athlète autant qu'artiste majeur du trampoline, Bolze, inspiré par Italo Calvino, se dédouble et c'est virtuose.
Au Toboggan les 8 et 10 février.

- Influences par le Phare Ponleu Selpa.
Venus du Cambodge (même école que la pièce fleuve et magnifique sur le roi Sihanouk), épaulé par Elsa de Witte (Petit théâtre de geste vu cet été à Fourvière), ce spectacle mêle danse, cirque et marionnettes pour aborder la colonisation.
Au Théâtre de Vénissieux les 4 et 5 mars.

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La Cité Internationale des Arts du Cirque devrait voir le jour à Vénissieux

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Nadja Pobel | Mercredi 24 mars 2021

La Cité Internationale des Arts du Cirque devrait voir le jour à Vénissieux

Le constat est ancien et cruel pour les circassiens de la région : il n’y a pas assez de lieux d’entraînement et de pratique. La France, de manière globale, en manque. Seule La Grainerie à Toulouse répond à cette demande. Un espace d’entraînement dans La Chapelle de La Cascade (en Ardèche), seul Pôle National de Cirque en Auvergne-Rhône-Alpes, est bien prévu — mais les travaux n’ont pas encore commencé. Pire, le confinement a accentué ces besoins car ces artistes sont aussi des athlètes qui ont besoin d’entretenir leurs corps. Le récent festival Circa qui s'est déroulé à Auch à l’automne a vu se multiplier les blessures : les artistes n'ont pu suffisamment s’exercer en amont. Julie Tavert, acrobate formée à Lyon puis passée par le Graal qu’est le CNAC (Centre National des Arts du Cirque à Châlons-en-Champagne) dit n’avoir pas du tout su où aller lors des six premiers mois de la crise sanitaire. L'école de cirque de Lyon implantée dans l’enceinte de la MJC Ménival est elle trop à l’étroit et jongle a

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Durant le festival UtoPistes, le mardi 5 juin de 17h à 19h, place des Célestins, aura lieu un "entraînement sauvage", le premier d'une petite série selon le manifeste d'une centaine de professionnels qui après avoir alerté sur le manque de lieux pour répéter et créer, le prouve. Ainsi pour s’entraîner sur son agrès - le trampoline - Mathurin Bolze doit trouver un créneau sur la pause de midi à l'école de cirque. Le temps de monter et démonter son matériel est plus long que son moment de pratique ! Alors, « il loue un jour ou deux de plateau dans les lieux qui l’accueillent en diffusion, précise Marion Floras, coordinatrice artistique de sa compagnie mpta et co-organisatrice d'UtoPistes, heureusement on tourne beaucoup ! » Et de noter que c'est encore plus compliqué pour les circassiens de l'aérien dont l'outil nécessite des accroches. Est alors évoqué ce vieux serpent de mer : une cité des arts du cirque pour réunir la recherche et les créations des pros, la formation professionnelle et la pratique amateur dans un même lieu pérenne. Plusieurs sites ont été envisagés : la Fouragère mais l'effondrement de la balme a to

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