Une Guerre personnelle

Les Clochards Célestes | Sans esbroufe mais avec le goût de la clarté et de la concision, Jérôme Cochet, jeune metteur en scène issu de l'ENSATT rend à Lars Norén son implacable noirceur ainsi que la bribe d'espoir enfouie sous les décombres de Guerre.

Nadja Pobel | Mardi 15 novembre 2016

Photo : © DR


La scénographie de Louise Sari illustre l'efficacité accompagnant ce travail de mise en scène : ne point trop en faire (c'est une petite production, d'une équipe encore très jeune : la cie des Non-alignés) mais suffisamment montrer pour que l'action s'ancre dans le concret. Ainsi, une encadrure de porte doublée d'un recoin pour figurer un intérieur avec trois matelas disséminés au sol et quelques tabourets. Si le lieu n'est pas situé géographiquement, la temporalité est celle d'un homme revenant de la guerre, aveugle. Il souhaite retrouver sa famille et reprendre le cours de son existence. Comme avant.

Que le conflit date d'aujourd'hui, d'hier ou de l'Antiquité, cela est impossible à savoir. Sa jeune épouse, mère de leurs deux filles de 11 et 15 ans, est tombée amoureuse d'Ivan, frère du combattant que, par ellipse elle préfère qualifier de « disparu ». En 2003, Norén écrit ce texte qui pourrait faire écho au Anéantis de Sarah Kane, huit ans plus tôt. Le conflit est terminé contrairement à la trame que développe l'écrivaine britannique mais la violence est la même. À la guerre, on mange son chien quand ce n'est pas son prochain, les viols sont monnaie courante, l'inceste n'est pas exclu.

« T'étais déjà aveugle avant de devenir aveugle »

De ce matériau infiniment sombre, Jérôme Cochet a su rendre compte sans tomber dans un inutile mimétisme avec le réel. Tout est dit, tout est joué mais rien n'est appuyé. Passée la difficulté d'accepter que l'actrice jouant la mère ait le même âge que sa progéniture, tout se met en place et surtout le duo de sœurs qui, mieux encore que leur père, trop en force, savent alterner leurs émotions.

Peut-être héritent-elles aussi des partitions les plus nuancées ; c'est précisément leur supposée innocence qui est la plus sévèrement attaquée : « ça n'existe plus les enfants » écrit comme un leitmotiv l'auteur suédois. Que l'entame du spectacle et la toute dernière réplique manquent de vivacité n'empêchent pas cette jeune équipe de livrer un travail des plus honnêtes.

Guerre
Aux Clochards Célestes jusqu'au vendredi 18 novembre


Guerre

De Lars Noren, par la Cie Les Non-Alignés. Un soldat revient dans son village à la fin de la guerre
Théâtre des Clochards Célestes 51 rue des Tables Claudiennes Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Petite paysanne islandaise : "Mjólk, La guerre du lait"

Drame | La campagne islandaise. À la mort de son époux, Inga reprend l’exploitation laitière familiale et découvre l’emprise mafieuse de la coopérative agricole locale sur les fermes du coin. Malgré les intimidations, les mesures de rétorsion, Inga résiste et tente d’en rallier d’autres à sa cause.

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Petite paysanne islandaise :

Mjólk a un petit côté “Erin Brockovich contre les Soviets“ ou pour faire plus imagé encore, le petit pot de lait en terre contre les pots-de-vin en fer. En apparence, la fermière isolée étranglée par les dettes ne peut pas grand-chose contre un système censément mutualiste et vertueux qui, avec le temps (et sous l’action d’un chef aussi avide que manipulateur), s’est transformé en machine surcapitaliste omnipotente. Mais nous sommes au cinéma, où le bon droit peut triompher du vilain tordu ; alors on peut croire à un dénouement heureux. Même s’il vient de très loin. Car Grímur Hákonarson charge la barque d’entrée, au point que l’on pense être dans un drame de la pire essence charbonneuse. Visant sans doute la comédie sociale à la Loach, avec ses coups d’éclats de groupe, il tente d’éclairer par la suite le tableau, peinant toutefois à balayer tout le plomb initial. Heureusement que le sujet — le cannibalisme du monde paysan par le modèle industriel, fût-il déguisé en coopérative — vient compenser une structure narrative méga classique et l’espèce de valse-hésitation tonale de l’ouverture. On ne manquera évi

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Géraldine Mercier quitte les Nuits de Fourvière pour l’ENSATT

Mercato | Depuis dix ans, Géraldine Mercier occupait le poste de secrétaire générale et de conseillère artistique "théâtre et cirque" au festival des Nuits de Fourvière. (...)

Nadja Pobel | Vendredi 19 juillet 2019

Géraldine Mercier quitte les Nuits de Fourvière pour l’ENSATT

Depuis dix ans, Géraldine Mercier occupait le poste de secrétaire générale et de conseillère artistique "théâtre et cirque" au festival des Nuits de Fourvière. Auprès du directeur Dominique Delorme, elle a œuvré à faire connaitre les Belges de Comp. Marius, ou encore Lorraine de Sagazan et Emmanuel Daumas, les troupes de cirque Aïtal et Baro d’Evel ; et bien d’autres. À compter du 1er septembre, elle sera désormais directrice des études et de la production à l’ENSATT, dirigée depuis tout juste une année par le metteur en scène Laurent Gutmann. Précédemment, Géraldine Mercier a été durant plus d’une décennie et dix spectacles la co-fondatrice, l’administratrice, conseillère artistique et conceptrice des costumes de la compagnie du Bloc Opératoire pilotée par Emmanuel Meirieu. Elle est, par ailleurs, rédactrice en chef de de la revue Actualité de la Scénographie.

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Soi-disant libres et égaux

Théâtre | Avec sa valise, Anne de Boissy trimbale ce spectacle modeste et important qui inverse le rapport à la migration. Accueillie par Pôle en scène, c'est au lycée Jean-Paul Sartre de Bron à la mi-journée qu'elle vous attend un vendredi. Allez-y !

Nadja Pobel | Mardi 5 mars 2019

Soi-disant libres et égaux

« S'il y avait la guerre aujourd'hui en France, où iriez-vous ? » Janne Teller, quinquagénaire aujourd’hui, pose ainsi à un Français de quatorze ans, la question qu'elle a dans un premier temps énoncée à son pays, le Danemark. Partout où désormais ce spectacle est joué et traduit, c'est la nation hôte qui reçoit de pleine face cette interrogation. Imaginons, nous dit-elle encore, que notre pays bascule dans le totalitarisme et qu'il veuille prendre le contrôle d'une Union Européenne en échec. Il faut faire alors faire une demande d'asile au monde arabe, « le seul qui offre une possibilité d'avenir », et débarquer dans un camp en Égypte. Il n'y a rien à faire et déjà des tensions se font jour entre ressortissants européens. Il va falloir déjouer une langue inconnue, s'habituer à la pauvreté et vendre des gâteaux dans les rues quand ses parents (ministre et profs) l'ont habitué à une vie plus huppée. Il y a quelque chose de pourri... Anne de Boissy, compagnonne de longue date du NTH8 notamment, s'empare avec sa rigueur habituelle et une profonde empathie de ce texte clair, nécessaire dans une époque si trou

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Laurent Gutmann : « je suis prêt à l'aventure »

ENSATT | À peine est-il arrivé dans les murs de l'ENSATT qu'il dirigera pendant au moins cinq ans, que le metteur en scène Laurent Gutmann nous accordé le temps d'évoquer ses projets pour cette école nationale supérieure, la seule à réunir tous les métiers du théâtre.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Laurent Gutmann : « je suis prêt à l'aventure »

Vous êtes metteur en scène et avez dirigé des ateliers dans différentes écoles nationales de théâtre (Paris, Montpellier, Cannes, Lyon aussi). Qu'est-ce qui vous a poussé à candidater ? Laurent Gutmann : J'ai une activité de metteur en scène depuis 24 ans qui se nourrit depuis une bonne quinzaine d'années d'une activité de pédagogue. Ça s'est fait comme ça. Je n'avais pas vraiment de projet de pédagogie et de fil en aiguille, ça a pris pas mal de place dans ma vie d'artiste et j'ai été amené il y a quelques années à diriger un CDN (centre dramatique national) en Lorraine, à Thionville. J'ai cette expérience de direction de théâtre. C'est très riche mais je n'avais pas le désir de le poursuivre à ce moment de ma vie. Je ne me suis pas dit qu'un jour j'avais envie de diriger une école de théâtre mais il se trouve que je suis intervenu à l'ENSATT (NDLR, en a résulté le spectacle Égaux avec les élèves de 3e année en 2016) ce lieu m'est apparu comme une sorte d'école idéale, de rêve de théâtre et je me suis dit que finalement je pense, qu'en tant que metteur en scène, c'est aujourd’hui plus dans une école de cette nature-là que dan

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Laurent Gutmann, nouveau directeur de l'ENSATT

Nomination | C'est officiel depuis ce mardi 28 août : Laurent Gutmann a été nommé à la direction de l'École Nationale des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT, Lyon 5e) (...)

Nadja Pobel | Mardi 28 août 2018

Laurent Gutmann, nouveau directeur de l'ENSATT

C'est officiel depuis ce mardi 28 août : Laurent Gutmann a été nommé à la direction de l'École Nationale des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT, Lyon 5e) pour cinq ans. Il succède à Thierry Pariente qui aura occupé cette fonction durant neuf ans et qui a célébré cette année les vingt ans d'implantation de cette école (auparavant implantée rue Blanche) à Lyon. Laurent Gutmann est un metteur en scène, récemment passé au Théâtre de la Croix-Rousse avec Le Prince d'après Machiavel (en 2015) et Victor F d'après Mary Shelley (en 2017). Depuis la création de sa compagnie, le Théâtre Suranné, en 1994, il a monté plus d'une vingtaine de pièces. En 2004, il prend la direction du Théâtre Populaire de Lorraine qui devient Centre Dramatique de Thionville-Lorraine puis obtient la labellisation CDN en janvier 2009. Depuis 2009, sa compagnie se nomme La Dissipation des brumes matinales. À l'ENSATT, il avait déjà dirigé, en 2016, la 75e promotion pour le spectacle Égaux d'après De la démocratie en Amérique de Tocqueville. Il a déjà dirigé de nombreux ateliers à l

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La Guerre des boutons, film culte-nu

Reprise | L’imminence des vacances d’été renvoie chacun à ses vertes années, emplissant l’atmosphère d’une bouffée de nostalgie et ressuscitant quelques images en (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

La Guerre des boutons, film culte-nu

L’imminence des vacances d’été renvoie chacun à ses vertes années, emplissant l’atmosphère d’une bouffée de nostalgie et ressuscitant quelques images en noir et blanc. Le moment se trouve particulièrement bien choisi pour (re)voir La Guerre des boutons. Attention, on parle ici de la deuxième et plus fameuse adaptation de Louis Pergaud : celle réalisée par Yves Robert — la première, signée Jacques Daroy, est aujourd’hui confidentielle ; quant aux suivantes, en particulier les versions “rivales“ de Yann Samuell et Christophe Barratier, disons par pudeur qu’elle s’annulent. Transposant le récit à l’époque contemporaine du tournage (1962, soit un demi-siècle après l’écriture du roman), le film n’en modifie pourtant nullement la substance, tirant profit d’un cadre ancré dans une rusticité rurale quasi-immuable — même si quelques gosses sont chaussés de Converse, preuve que le plan Marshall était arrivé au plus profond de nos campagnes. Lesté d’une cinquantaine d’années supplémentaires, il a même gagné une patine patrimoniale le rapprochant davantage de XIXe siècle da

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Michel Saint-Jean : la hauteur du politique

CANNES 2018 | Avec Pawel Pawlikowski (Meilleur réalisateur pour Cold War), Stéphane Brizé et Lee Chang-dong en compétition ainsi que trois autres réalisateurs dans les sections parallèles dont Lukas Dhont, Caméra d'Or pour Girl, le distributeur et producteur Michel Saint-Jean a contribué au succès du festival de Cannes 2018. Affable mais discret, le patron de Diaphana y fait souvent résonner des voix indépendantes et engagées. Rencontre.

Vincent Raymond | Samedi 19 mai 2018

Michel Saint-Jean : la hauteur du politique

Même si rien ne vient jamais amenuiser son prestige, la rumeur prétend que son éclat s’estompe avec le temps. C’est un fait chimique : l’oxydation est la pire ennemie des César. Celui décorant discrètement le bureau de Michel Saint-Jean a de fait gagné son pesant de patine. Sans doute s’agit-il de la statuette remportée en 1999 avec La Vie rêvée des anges ; sa petite sœur conquise en 2009 pour Séraphine demeurant chez ses producteurs. Un trophée du meilleur film toutes les années en 9, comme pour célébrer chaque nouvelle décennie de sa société Diaphana fondée en 1989… Le distributeur peut toucher du bois pour 2019. Et pourquoi pas dès 2018 grâce à En guerre, la nouvelle réussite de Stéphane Brizé ? Ce « combat pour la dignité et la justice allant au-delà de la photographie de la délocalisation », s’inscrit dans la cohérence des près de 350 films qu’il a portés sur les écrans depuis ses débuts, où l’on croise le Lucas Belvaux de la géniale Trilogie ou de

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La Loi n’a pas dû marcher : "En guerre"

On ne Loach rien ! | « Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Brecht en préambule, et dans la foulée de La Loi du marché, Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition à Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

La Loi n’a pas dû marcher :

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est sensé ignorer La Loi du marché (2015), pénultième réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le vulgum pecus à crever de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement, révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité.

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Voir l'invisible aux Archives municipales de Lyon

Technologie | À partir d’un thème a priori technique, les Archives municipales ont construit une expo très accessible qui raconte comment depuis plus d’un siècle, la radiographie a changé la manière de soigner le corps.

Nadja Pobel | Mardi 7 novembre 2017

Voir l'invisible aux Archives municipales de Lyon

Dans cette bonne cité des Gaules qui fut pionnière en matière d’enseignement de médecine (avec l’implantation de l’école de santé des armées, l’école de médecine…) et qui est administrée désormais par un médecin-chirurgien, rien d’étonnant à ce que l’histoire de la radiologie soit présentée. Après l’invention des rayons X en 1895, cette technique va faire des progrès spectaculaires au cours du XXe siècle et sera tout particulièrement une aide précieuse lors du premier conflit mondial qui occupe une large part du parcours. C’est presque une salle des merveilles qui introduit cette déambulation avec une bobine de Rochefort (pour stocker et transporter l’électricité), les plaques des Frères Lumière ou encore le gelativo-bromure d’argent nécessaire à ces examens. Toutes ces trouvailles vont prioritairement bénéficier aux Poilus, pris en charge à l’arrière du front comme en témoigne un album de radios de 1914 posé à coté d’énormes obus. Les blessures sont nouvelles, les photos de l’intérieur des corps très éclairantes. Gueules (un peu moins) cassées Le milieu politique et scientifique a bien conscience de la nécessité de développer ces connaiss

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Où sont les jeunes compagnies ?

Émergence | Il est parfois difficile de pister la jeune création théâtrale au sein des salles lyonnaises : faut-il s'en inquiéter ?

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

Où sont les jeunes compagnies ?

L’ENSATT fête ses vingt ans d’implantation à Lyon en octobre. La ville abrite aussi le Conservatoire d’art dramatique, à rayonnement régional et qui n’a pas à rougir en comparaison de son illustre grande sœur. Mais bien peu de théâtres semblent en mesure d’accueillir l'émergence en étant issue. Si ce travail a été fait avec brio aux Clochards Célestes avec Élisabeth Saint-Blancat et que ce qu’annonce Louise Vignaud est très prometteur, si le Théâtre de l’Élysée fait un travail absolument remarquable de défrichage, cela ne peut suffire à faire grandir des compagnies en devenir dans ces salles aux jauges très réduites. Alors Lyon, la belle institutionnelle s’assoit-elle sur cette phase transitoire indispensable à la croissance des artistes ? Les Célestins, dotés d’une salle bis depuis leur réouverture, abondent en ce sens ; mais ce n’est pas leur rôle, même si c’est là que La Meute a pu donner ses créations

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Les jours sans : pallier le manque

CHRD | Le CHRD ne pouvait pas trouver titre plus juste pour son exposition sur l’alimentation, pendant brillant à celle consacrée en 2013 à la mode en temps de guerre : Les Jours sans. Vivre, survivre, sans rien ou presque... tel a été le long combat des Français dans une société qui a tout rationné et s'est inventé des ersatz.

Nadja Pobel | Mardi 2 mai 2017

Les jours sans : pallier le manque

Plus qu'à ses traités et ses armes de combat, une guerre se mesure parfois à l'aune de petits bouts de papiers découpés, de quelques légumes revenus du Moyen-Âge et du besoin criant d'une bicyclette. Tout cela figure dans Les Jours sans, illustrant une vie contingentée de 1940 à 1949. Dans ce lieu-même où Klaus Barbie pratiqua la torture, les panneaux de cette nouvelle exposition sont revêtus de rose et de vert pastel, couleurs des tickets de rationnement visibles d'emblée dans toute leur spectaculaire complexité. Faire la queue, comme il est montré à l'étage supérieur en introduction, a été le lot quatre heures par jour des ménagères. Derrière cette nécessité, c'est tout un pan de la hiérarchie de la société qui se déploie : la création d'un secrétariat d'État au ravitaillement le 13 août 1940 pour contrôler le circuit du producteur au consommateur, la mise en place de ces tickets le 23 septembre et la catégorisation - E (enfant), J (jeune), A (adulte), T (travailleurs de force), C (travailleur agricole), V (personne âgée). Les difficultés d’acheminement et d'évaluation de production poussent à une rationalisation extrême et cruelle : les crémiers d

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"Lettres de la guerre" : franchise postale

ECRANS | de Ivo M. Ferreira (Por, 1h45) avec Miguel Nunes, Margarida Vila-Nova, Ricardo Pereira…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

1973. Envoyé sur le front angolais pour plusieurs mois, un jeune médecin portugais entame avec son épouse un long échange épistolaire. Racontant tout de la guerre, de ses espérances, de l’attente, ses courriers maintiennent le lien ténu entre eux, que la géographie eût pu distendre… Il s’agit là clairement d’un film à deux voix. Pas seulement parce qu’il consiste en un dialogue entre les deux épistoliers, chacun(e) lisant en off les missives qu’il (elle) reçoit de son (sa) correspondant(e) — l’épouse étant plus souvent destinataire, son timbre nous accompagne le plus clair du temps. Mais aussi parce qu’à ce récitatif vocal s’ajoute une autre mélodie : les images. Leur somptuosité rare (prodigieux noir et blanc de João Ribeiro) n’est pas qu’une belle “enveloppe” pour les mots du soldat : elle leur apporte, à la manière des films de Malick (en moins élaboré, tout de même) autant de compléments visuels que de digressions. En s’unissant, sons et images offrent en sus de la représentation intime de la guerre vécue par le soldat, sa part de non-dits et celle d

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Histoires Vraies (.doc) : regards partagés sur le doc'

ECRANS | Des gens, des causes et des films. Munies d’exclusivités de tous horizons, les 18e rencontres autour du film documentaire se placent du côté de l’Homme, (...)

Julien Homère | Mardi 28 mars 2017

Histoires Vraies (.doc) : regards partagés sur le doc'

Des gens, des causes et des films. Munies d’exclusivités de tous horizons, les 18e rencontres autour du film documentaire se placent du côté de l’Homme, tournées vers sa laideur extérieure comme sa beauté intérieure. Accompagnant un pot d’ouverture, Food Coop de Tom Boothe montrera que même Wall Street n’arrive pas à stopper le geste fraternel au sein d’une coopérative alimentaire new-yorkaise. Manger mieux pour vivre mieux, credo commun entre Rosa Maria, exilée de son village en 1931 et les migrants kurdes à Riace, dans le sud de l’Italie actuelle : Un paese di Calabria de Shu Aiello et Catherine Catella rappelle les heures sombres de l’actualité, en miroir avec son Histoire, démarche jumelle de Ils ne savaient pas que c’était une guerre. Avec l’association Coup de Soleil, favorisant les échanges culturels entre la France et le Maghreb, son réalisateur Jean-Paul

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Le Songe d'une collaboration

SCENES | C'est une première : les deux écoles supérieures d'arts vivants sises à Lyon travaillent de concert. Les musiciens du CNSMD grimpent à l'ENSATT rejoindre les (...)

Nadja Pobel | Mardi 14 février 2017

Le Songe d'une collaboration

C'est une première : les deux écoles supérieures d'arts vivants sises à Lyon travaillent de concert. Les musiciens du CNSMD grimpent à l'ENSATT rejoindre les artistes-techniciens du théâtre pour présenter Songe(s), d'après Shakespeare, sous la houlette de Dominique Pitoiset, qui transpose l'action dans le monde actuel : hôpital, accueil pour réfugiés... Ça, c'est pour la partie théâtre à voir du 13 au 24 février. Dans le même décor, une version opératique sera donnée du 14 au 17 mars de A Midsummer night'sdream.

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"La Bataille géante de boules de neige" : Neige bien descendue ?

ECRANS | de Jean-François Pouliot & François Brisson (Can, 1h22) avec les voix (v.f.) de Erza Muqoli, Gabriel Gros, Esteban Durand…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Pendant les congés de Noël, deux armées d’enfants menées respectivement par Luc et Sophie trompent leur ennui en se livrant une guerre impitoyable. Leurs armes ? Des projectiles composés de flocons d’eau gelée, agglomérés en sphères… Le titre improbable de ce film d’animation en dissimule un autre, incompréhensible pour le public hexagonal : La Guerre des tuques 3D — c’est-à-dire, en québécois, la guerre des bonnets. En plus d’être une variante saveur sirop d’érable de notre Guerre des boutons, cette amusette se trouve être le remake d’un immense classique dans la Belle Province. Un peu pataud, doté d’une esthétique rudimentaire, ce film part avec un handicap certain sur notre territoire, d’autant qu’il a été redoublé dans une langue métropolitaine aseptisée. Privé de ses locutions idiomatiques et de ses accents, il perd tout le potentiel sympathie que cet exotisme aurait pu lui conférer, ostie d’crisse !

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Tchekhov enchaîné

Théâtre de l'Élysée | Une jeune compagnie issue de l'ENSATT s'empare de deux courtes pièces de Tchekhov qui ne se valent pas, dans un spectacle inégal.

Nadja Pobel | Mardi 22 novembre 2016

Tchekhov enchaîné

Comme toujours, emprisonnés dans leur vie trop tracée, les personnages tchékhoviens de L'Ours et de Ivanov s'ennuient et étouffent bien avant que le dramaturge ne donnent naissance à Nina (La Mouette) ou Lioubov (La Cerisaie). Mais Platonov et ses excès en tous genres sont déjà passés par là. Dans L'Ours, en un acte, une jeune veuve se retranche dans son chagrin que vient agiter un homme des bois réclamant son dû ; Ivanov, plus longuement, conte la lâcheté et l'hédonisme des petits bourgeois pour détourner les yeux de la douleur. Dans les deux cas, l'homme est rustre. Julie Guichard parvient à créer une atmosphère sèche, avec seulement quelques éléments de décor bien utilisés (dont un tabouret qui se brise sans cesse) mais ses personnages sont trop modeux (ah, le sweat avec perroquet pailleté...), en constante représentation d'eux-mêmes dans un trop-plein de gestes virant presque au one-man-show dans L'Ours, interpellation du public comprise. Il est fort possible que le texte extrêmement répétitif encourage ce pilonnage

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À l'ENSATT, trop égaux

Théâtre | Dans l'un de leurs trois travaux annuels de fin d'études, les jeunes acteurs de l'ENSATT livrent, avec leurs camarades des autres départements, un spectacle duquel aucun d'eux n'émerge vraiment, faute de variation du rythme.

Nadja Pobel | Mardi 10 mai 2016

À l'ENSATT, trop égaux

« La démocratie est le pire des régimes à l'exception de tous les autres déjà essayés par le passé. » Quand Churchill déclare cela en 1947, Tocqueville n'est plus là pour l'entendre, lui qui, durant le siècle précédent, a interrogé avec minutie ce mode de fonctionnement, l'auscultant précisément aux États-Unis. Puisque sur le plateau de l'ENSATT, c'est De la démocratie en Amérique qu'il est question, la scénographie est inspirée de facto par les open space : immenses, terriblement propre(t)s avec bureau en bois pour le travail et entassement de poufs pour l'espace détente. Et une coursive en contrebas, fissure bien pensée, pour le préposé à la cuisine. Tour à tour, onze comédiens expliquent à un stagiaire fraîchement débarqué, nommé Alexis et revêtu d'un costume XIXe, comment, au fil des siècles, le clergé a atténué le pouvoir des propriétaires fonciers, comment les roturiers puis les lettrés ont pris place dans la société jusqu'à ce que « le prix de la naissance baisse un peu. » Mais si ce texte choral permet de distribuer à chacun des rôles équivalents, leur immobilisme ne donne pas le souffle nécessaire à leur propos, à l'instar de la scèn

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Les Innocentes

ECRANS | Anne Fontaine, qui apprécie toujours autant les sujets épineux et a pris goût aux distributions internationales, en a débusqué un en Pologne : l’histoire de religieuses enceintes après avoir été violées par des soudards soviétiques…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Les Innocentes

C’est une fort étrange apocalypse que l’irruption de cette œuvre dans la carrière d’Anne Fontaine. Même si la cinéaste a continûment manifesté son intérêt pour les histoires un brin dérangeantes, celles-ci se déroulaient dans des familles ordonnées, aux meubles et parquets bien cirés ; la perversité et l’audace transgressive demeuraient domestiques, circonscrites aux périmètre intime. Les Innocentes change la donne. Premier réel film historique de la réalisatrice (Coco avant Chanel (2009), comme son nom l’indique, était un portrait bancal d’une Gabrielle Chanel en pleine ascension), il s’extrait surtout du récit bourgeois pour investir un “ailleurs”, ou plutôt “des” ailleurs. Le contexte de la guerre, la situation des autres (et non plus le “moi” du couple, de la famille idéale chamboulée) ; l’apprentissage du dialogue corps-esprit et surtout la place des femmes, universelles premières victimes des conflits, dessinent ici les lignes de force de ce qui n’est pas qu’une reconstitution. L’histoire pourrait hélas se dérouler en des temps contemporains : Les Innocentes montre que des médecins doi

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En première ligne

ARTS | En s'intéressant à la mobilisation des Lyonnais, la bibliothèque de la Part-Dieu rend l'un des plus touchants hommages aux victimes de la guerre de 14-18. A quelques jours du 11 novembre, voyage à l’arrière du front. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 4 novembre 2014

En première ligne

Pour commémorer la Première Guerre mondiale, les bibliothèques de Lyon – dont on ne répètera jamais à quel point le réseau qu'elles constituent est exceptionnel – ont uni leurs forces, essaimant sur toute la ville expositions, conférences (notamment sur les reporters de guerre le 29 novembre à la Part-Dieu) et concerts. L’acmé de ces manifestations se trouve bien sûr à la Part-Dieu où ce conflit mondial, comme au CHRD avec le second, est réexaminé à travers le prisme de Lyon. Et il y a matière à raconter. Car dès avril 1915, le maire Edouard Herriot a constitué un "fonds de guerre" alors sans équivalent sur le territoire français, confiant au bibliothécaire Richard Cantinelli le soin de rassembler des écrits universitaires, industriels, diplomatiques ou de particuliers. Lesquels nourrissent la majeure partie de cette pléthorique exposition – et son impeccable catalogue. La famille, cette patrie On y apprend par exemple que, loin du front, s’est mise en place une production massive de munitions – essentiellement par les femmes, comme le prouvent des images d'une Halle Tony Garnier détournée de sa fonction première d’abattoir, tandis que les usines Berlie

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Comédies (noires) du remariage

ECRANS | Si le philosophe Stanley Cavell a défini la comédie classique américaine comme une éternelle variation autour du «remariage», certains cinéastes en ont offert l’envers noir et critique, dont "Gone Girl" serait le dernier exemple. En voici cinq autres. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Comédies (noires) du remariage

1955 – Sept ans de réflexion (Billy Wilder) Le titre français est trompeur ; en fait, ces sept années-là, ce sont sept années de mariage au terme desquelles l’époux est taraudé par une démangeaison du «pouce», autrement dit une envie irrépressible d’aller voir ailleurs. Pour Tom Ewell, la tentation s’appelle Marylin Monroe, voisine explosive qui débarque dans son appartement un été de canicule, tandis que femme et enfants sont en vacances. Adaptant un hit de Broadway, Billy Wilder apporte sa touche sarcastique à la comédie du remariage, en montrant la perspective de l’infidélité comme un grand moment de burlesque mais aussi comme une fatalité pas si grave que ça.   1979 – Elle (Blake Edwards) George Webber (Dudley Moore), scénariste, vit sur les hauteurs d’Hollywood avec sa femme Samantha (Julie Andrews) ; mais entre son impuissance à écrire et son voyeurisme qui le pousse à observer à la longue vue

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Le scandale YSL

ARTS | Quand, le 29 janvier 1971, Yves Saint Laurent présente la robe ci-dessuslors d’un défilé d’une collection consacrée aux années 40, le scandale éclate : de l'avis (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2013

Le scandale YSL

Quand, le 29 janvier 1971, Yves Saint Laurent présente la robe ci-dessuslors d’un défilé d’une collection consacrée aux années 40, le scandale éclate : de l'avis général, il est encore trop tôt pour transformer en luxe des souvenirs douloureux. A l'époque, le couturier n’est pourtant pas un débutant. Il est même adulé par tout son milieu. Mais voilà que les chroniqueurs de mode l’accusent d’avoir présenté la collection «la plus laide de Paris». L’objet du délit : avoir utilisé les codes des années sombres. La robe en question est ainsi confectionnée à partir de tissus artificiels, ceux utilisés sous l’Occupation faute de mieux, près du corps (une contrainte liée à la pénurie et donc à l'impossibilité de rassembler de quoi tisser des vêtements amples), épaulée et assortie de chaussures à talons compensés et d’un turban dans les cheveux. Elle signe aussi un retour en arrière pour Saint Laurent, qui avait su mettre des pantalons aux femmes dans les années 60. Mais plus que pour ses fautes de goût, le couturier est vilipendé pour avoir commis «une faute sexuelle, morale, politique. Les images de ces Françaises qui avaient couché avec les Allemands sous l

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A la mode comme à la guerre

ARTS | En rendant aux femmes leur place majeure dans le conflit de 39-45, le CHRD propose avec "Pour vous, mesdames !" une exposition aussi passionnante qu’originale, où l'habillement raconte la douleur de la guerre et les petites combines pour continuer à vivre sous l’Occupation. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2013

A la mode comme à la guerre

Depuis longtemps, le CHRD s’échine à montrer que la Deuxième Guerre mondiale ne s’aborde pas seulement par son histoire militaire et les terribles rafles, déportations et exterminations causées par le régime nazi (par ailleurs extrêmement bien relatées dans l’exposition permanente). Une démarche notamment liée à la disparition progressive des témoins de cette époque, qui rend de plus en plus nécessaire le recours à d'autres vecteurs concrets pour la transmettre. En introduction de l'exposition temporaire Pour vous, mesdames!, Isabelle Doré-Rivé, la directrice du musée, explique ainsi que la mode était autant un moyen d’exister qu'un acte de résistance : «Les restrictions concernant le vêtement, écrit-elle dans le catalogue, richement illustré, sont plus m

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Panique celtique

CONNAITRE | Les grands auteurs de fantasy (Tolkien, Martin, Hobb...) ont un point commun : ils sont des faiseurs de monde avant d'être des romanciers. Jean-Philippe (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 12 septembre 2013

Panique celtique

Les grands auteurs de fantasy (Tolkien, Martin, Hobb...) ont un point commun : ils sont des faiseurs de monde avant d'être des romanciers. Jean-Philippe Jaworski est de cette trempe. Sauf qu'à la différence de ses illustres prédécesseurs, il a suffi à ce prof de lettres modernes d'un recueil de nouvelles et d'un premier roman, l'époustouflant (700 pages !) Gagner la guerre (2009), pour nous rendre fascinant le Vieux Royaume. Un univers conçu au départ en tant que support pour un jeu de rôles - Jaworski est l'auteur de Te deum pour un massacre, un classique amateur de ce loisir des plus fertilisants pour l'imagination - qui prend ses racines dans l'Antiquité romaine et la Renaissance vénitienne et dont la cohérence et la profondeur sont telles que son créateur aurait pu l'exploiter sur des dizaines de volumes. Pas du genre à se reposer sur ses lauriers (un Prix Imaginales, un Prix du premier roman Région

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Cases mémoires

CONNAITRE | «J'ai besoin de me tourner vers le passé. Il m'attire naturellement, il m'intéresse. Le philosophe George Steiner décrit la famille des «Antigone», cette (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 7 février 2013

Cases mémoires

«J'ai besoin de me tourner vers le passé. Il m'attire naturellement, il m'intéresse. Le philosophe George Steiner décrit la famille des «Antigone», cette catégorie de gens qui se soucient du passé et entendent donner une sépulture aux disparus. A ma façon, je suis un rejeton de cette famille». Extraite d'une discussion menée avec Jacques Tardi sous le patronage du magazine Kaboom, cette confession du dessinateur Emmanuel Guibert nous conforte dans notre opinion que, considérant le questionnement qui est le sien cette année, la Fête du Livre de Bron ne pouvait trouver travail séquentiel plus raccord que le sien. Aussi raccord, oui. Par exemple les obsessions guerrières et filiales dudit Jacques Tardi, les documentaires graphiques d'Étienne Davodeau ou encore les journaux de bord de l'éternel expatrié Guy Delisle, entre autres auteurs en prise avec leur temps dont l'absence nous chagrine un tantinet. Mais un tantinet seulement. D'abord parce qu'ils ont déjà été à l'affiche de l'événement par le passé. Ensuite et surtout car Guibert a, dans un premier temps avec La Guerre d'Alan

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La guerre expliquée aux enfants

CONNAITRE | Ce n’est a priori pas le genre d’endroit qui paraît susceptible d’accueillir des enfants et pourtant le CHRD, tout juste ré-ouvert après une modification en (...)

Nadja Pobel | Mercredi 19 décembre 2012

La guerre expliquée aux enfants

Ce n’est a priori pas le genre d’endroit qui paraît susceptible d’accueillir des enfants et pourtant le CHRD, tout juste ré-ouvert après une modification en profondeur de son exposition permanente (voir notre n° 690), est aussi un lieu pour les gones. Dès huit ans (et jusqu’à 14), ils peuvent venir (avec un adulte obligatoirement, ce n’est pas un atelier !) découvrir ce qu’était leur ville dans les années sombres de la Deuxième Guerre mondiale, Lyon dans la guerre étant l’axe de cette nouvelle installation. L’équipe du musée prend soin de se mettre à hauteur des enfants en parlant du quotidien des Lyonnais «car plus les enfants sont jeunes, plus il faut s’appuyer sur le concret» confie une médiatrice. Les nombreux objets présentés - qui sont la grande force de cette exposition -, attirent ainsi particulièrement les regards des plus jeunes, à l'image des masques à gaz que portaient les écoliers de l'époque. Ces visites, plus interactives encore que celle réservées aux adultes, se dérouleront jeudi 27 décembre à 14h30 et jeudi  3 janvier à 10h30. Nadja Po

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Entrez dans l'Histoire

ARTS | «Lyon, le 21 décembre 1943. Ma chère petite fille, une même lettre de douleurs parviendra à ma chère Maman et mon cher Papa, ainsi qu’à ma Petite Sœur, soyez (...)

Nadja Pobel | Jeudi 22 novembre 2012

Entrez dans l'Histoire

«Lyon, le 21 décembre 1943. Ma chère petite fille, une même lettre de douleurs parviendra à ma chère Maman et mon cher Papa, ainsi qu’à ma Petite Sœur, soyez courageux car ce soir j’aurai payé de ma vie le peu de sacrifices que j’ai donné pour la France. Embrasse bien ta mère et Roger pour moi. Préviens toute ta famille, ma dernière pensée sera pour toi et mes parents. Quelques larmes tombent sur ma lettre, elles sont le dernier cadeau que je puisse t’offrir pour nos 39 mois de mariage. Pauvre chérie tu es bien jeune et ta peine sera cruelle. Je te demande d’avoir une pensée pour moi dans tes prières. Dieu ne m’a pas abandonné jusqu’ici et dans quelques instants je pourrai entendre la messe et communier. Je t’aime et je t’embrasse de tout mon cœur et sois heureuse et refais ta vie. Pense bien à notre petite Georgette et à toute la famille de Savoie. Embrasse-les. Je t’aime. VIVE LA FRANCE». Résistant arrêté, Henri Mazuir a, comme de nombreux prisonniers, eu la possibilité grâce à un aumônier d’écrire une dernière lettre (ici au crayon à papier) à sa famille quelques heures avant d’être exécuté. De sa cellule de Montluc, il s’apprêtait à payer le prix fort pour a

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Résister aujourd’hui

ARTS | Si la mission première du CHRD est de rendre vivace la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, le lieu s’est attaché depuis vingt ans à nous ouvrir les yeux (...)

Nadja Pobel | Jeudi 22 novembre 2012

Résister aujourd’hui

Si la mission première du CHRD est de rendre vivace la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, le lieu s’est attaché depuis vingt ans à nous ouvrir les yeux sur les résistances et les conflits plus récents dans des expositions temporaires très fortes. La preuve en trois souvenirs, avant qu’en octobre prochain ne soit présentée une exposition sur la mode pendant l’Occupation, ou comment s’habiller en temps de guerre. Chili, une mémoire en route (2002) Quand le CHRD se penche sur le Chili de Pinochet, il défriche un pays qui s’est jusqu’alors obstiné à tout oublier. Pinochet est encore vivant et c’est le travail photographique de Patrick Zachmann qui permet de révéler ce pays mortifère qui cache ses blessures. Un cimetière de croix en bois surgit comme un mirage, des graffitis de militaires, des déserts, des traces effacées et des lieux de désolation ont fait place aux lieux de tortures ou d’exécution, une ancienne prison est devenue un hôtel... Autant de signes expliquant comment, loin de l’Europe, l’Amérique du sud tente de faire son deuil. Prisonniers de guerre (2008) Des matricules, des jouets fabriqués par un soldat pour son enfant, des port

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Cheval de guerre

ECRANS | Comme s’il avait fait de cette odyssée d’un cheval du Devon à travers la Première Guerre mondiale le prétexte à une relecture de tout son cinéma, Steven Spielberg signe avec "Cheval de guerre" un film somptueux, ample, bouleversant, lumineux et inquiet, où l’on mesure plus que jamais l’apport d’un metteur en scène qui a réinventé le classicisme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 février 2012

Cheval de guerre

Il y a d’abord le souffle fordien des premières séquences. Quelque part dans le Devon, au début du XXe siècle, un jeune garçon voit naître un cheval, qu’il va tenter d’apprivoiser en quelques plans muets mais d’une grande force d’évocation. Ce cheval sera mis aux enchères et un fermier obstiné, alcoolique et sous le joug d’un propriétaire inflexible, s’entête à l’acheter, au grand dam de son épouse. Sauvage, le cheval doit servir pour labourer un champ à l’abandon, sec et rocailleux ; personne n’y croit sauf Albert, le fils, qui va arriver à le dresser, nouant une relation quasi-amoureuse avec lui. Steven Spielberg est alors de plain-pied dans le conte enfantin, le territoire naïf des productions Amblin et de son cinéma dans les années 80. S’il se mesure à ses maîtres (Ford donc, mais aussi David Lean), il rabat cependant cette première demi-heure sur ses propres thèmes (la générosité de l’enfance contre la cruauté des adultes) et ses figures habituelles de mise en scène, notamment ces travellings recadrant un visage qui s’illumine au contact du merveilleux. D’une certaine manière, toute cette exposition tient dans les interventions ponctuelles d’une oie de comédie qui mord les

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L’art lyonnais du roman

CONNAITRE | Alexis Jenni, Éric Sommier et François Beaune ont placé Lyon au centre de la rentrée littéraire nationale. Au-delà de leur commune origine géographique, les trois auteurs ont fait de leurs romans des laboratoires où la fiction et la réalité, le local et le global s’affrontent et se complètent. Christophe Chabert & Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Vendredi 23 septembre 2011

L’art lyonnais du roman

Même si, depuis quelques années, des écrivains lyonnais se font remarquer à chaque nouvelle rentrée littéraire, on n’imaginait pas qu’en 2011, ils feraient à ce point la Une des suppléments Livres nationaux. Mieux, que l’un d’entre eux (Alexis Jenni) se retrouve sur la liste des candidats au Prix Goncourt (et figure même parmi les favoris). Deux constats s’imposent : d’abord, L’Art français de la guerre, Dix et Un ange noir sont de très bons romans, étonnants, novateurs, très éloignés des canons de la littérature «à la française» ; ensuite, ce sont des romans très français, au sens où ils n’hésitent pas à s’inscrire dans une réalité française très concrète (et même lyonnaise, parfois, voir les réflexions incisives sur Lyon chez Jenni ou l’utilisation du Progrès chez Beaune). Ce jeu entre le local et le national, le particulier et l’universel, l’intime et le politique ou la métaphysique, s’avère par trois fois passionnant.« Guerre » épaixL’Art français de la guerre d’Alexis Jenni commence par le réveil brutal de son narrateur, au moment où la guerre du Golfe débute. Réveil social : il vomit son existence d’homme marié, de père et de cadre parisien, rentre à

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"Entre Louis XIV et OSS 117"

CONNAITRE | Interview / À peine le temps de terminer un cours de SVT qu’Alexis Jenni enfile son habit de romancier pour nous parler de son premier roman, "L’Art français de la guerre". Cette fresque grinçante d’un demi-siècle d’histoire de violence française (1943-1991) a reçu un accueil dithyrambique mérité et est en course pour le Goncourt. Rencontre avec un jeune premier auteur de 48 ans étonné et heureux. Propos recueillis par Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 23 septembre 2011

Puisque vous décrivez si bien le déchirement d’un couple en début de roman, vous auriez pu faire un roman «à la française», sur l’intime. Pourquoi en avoir fait un ouvrage beaucoup plus vaste ?Alexis Jenni : Je me dis que quand on se mêle d’écrire, autant être d’une ambition un peu délirante, un peu absolue. On peut très bien être quelqu’un de modeste dans sa vie personnelle mais si on se mêle de faire ça, il faut y aller. Il y a une sorte d’utopie du roman absolu. J’ai des modèles russes et en fait je suis un russe blanc ! (rires). Cette idée de roman excessif me fascine. Tant qu’à faire un roman, autant assumer pleinement mon goût des grands espaces, de la cavalcade, de la scène délirante poussée à bout. Il fallait ces 630 pages ; et encore j’en ai enlevé car il y a quand même l’idée de faire un début et une fin, des étapes. Du coup, l’air de rien, c’est assez architecturé même si des choses débordaient de cette architecture. Comme Haenel ou Mauvignier récemment, vous vous emparez de l’Histoire sans avoir forcément comme souci premier celui de la véracité historique.Mon souci est de décrire exactement une

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La Nouvelle guerre des boutons

ECRANS | De Christophe Barratier (Fr, 1h40) avec Guillaume Canet, Laetitia Casta, Kad Merad…

Dorotée Aznar | Dimanche 18 septembre 2011

La Nouvelle guerre des boutons

Comme prévu, cette deuxième Guerre des boutons est plus présentable que celle de Yann Samuell. Barratier a soigné la manufacture du film, et supplante son challenger sur tous les paramètres (scénario, direction d’acteurs, réalisation, photo). Ceci étant, cette version «propre» verse aussi dans ce qui était l’écueil attendu de cette vague boutonneuse : son côté chromo de la France villageoise, muséifiée malgré la tentative d’y incorporer la noirceur d’une époque pas vraiment édénique (l’occupation en 1944). Les acteurs sont engoncés (l’hypersexuée Laetitia Casta est renvoyée à sa première période Bicyclette — fleur — bleue), la mise en scène tient de la mise en images, et cette Nouvelle Guerre est quand même la plus vieillotte. Plus encore, on se rend compte que le roman de Pergaud a beau être mis à toutes les sauces, il manque sérieusement de piment, et dans tous les cas, c’est bien derrière le film d’Yves Robert que les cinéastes cavalent. Barratier gagne donc aux points un match définitivement nul. Christophe Chabert

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La Guerre des boutons

ECRANS | De Yann Samuell (Fr, 1h35) avec Éric Elmosnino, Mathilde Seigner…

Dorotée Aznar | Dimanche 11 septembre 2011

La Guerre des boutons

Avec cette première Guerre des boutons, la catastrophe attendue est au rendez-vous. Le film est impitoyablement dénué d’intérêt et même de savoir-faire : les enfants sont très mal dirigés, leurs dialogues incompréhensibles ou bêtement récités (pauvre Petit Gibus !), la réalisation multiplie les faux-raccords et les plans illisibles à force de caméra secouée, certains postes techniques semblent avoir été désertés en cours de route (exemple hilarant : la maquilleuse se contente de faire des genoux au mercurochrome, toujours de la même taille !). Même les comédiens adultes pataugent dans la semoule (Alain Chabat mauvais, impossible ? Ben si, ici…). Yann Samuell, crédité au scénario, confirme son incompétence totale après L’Âge de raison : il n’a aucune affinité avec ce qu’il filme, déclinant des plans sans âme et des péripéties laborieuses, et sa tentative pour mettre le récit en perspective historique est expédiée dans la confusion. La Guerre des boutons est un téléfilm à 13 millions d’euro, ni fait ni à faire, d’un ennui incommensurable, qui du coup laisse le champ libre à la version de Christophe Barratier la semaine prochaine. Christophe Chabert

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La Guerre est déclarée

ECRANS | De et avec Valérie Donzelli (Fr, 1h40) avec Jérémie Elkaïm, Frédéric Pierrot…

Christophe Chabert | Mercredi 24 août 2011

La Guerre est déclarée

Le premier film de Valérie Donzelli, La Reine des pommes, avait été couronné par nos soins "pire film de 2010" et comparé à un Ed Wood du cinéma d’auteur à la française. Comment expliquer que La Guerre est déclarée, sa deuxième réalisation, soit aujourd’hui un des événements de la rentrée, salué par des torrents d’applaudissements et de larmes à chaque projection depuis Cannes ? On y trouve pourtant des défauts rappelant le foirage précédent : un dialogue chanté musicalement désastreux, des affèteries de style et de dialogue, Jérémie Elkaïm (moins mauvais qu’à l’accoutumé, certes), des balourdises allégoriques (lui Roméo, elle Juliette, leur fils Adam), une reconstitution d’époque jamais assumée (le film se déroule au début de la guerre en Irak, d’où le titre), des scènes de fête hors sujet… Et pourtant, quelque chose résiste à cet auteurisme étouffant : le sujet, poignant et renforcé par sa dimension autobiographique, où un couple doit faire face au cancer qui menace leur enfant. Donzelli trouve la bonne distance entre émotion brute et pure observation, à l’image des deux personnages qui tentent de résister à leur douleur de parents pour faire bloc av

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La guerre des moutons

ECRANS | Cinéma / Précipitée par une avalanche de bons films en août, la rentrée cinématographique s’offre comme un concentré limpide de la production actuelle, entre projets couillus et formules de studios, comme l’illustre la déjà triste affaire de la guerre de "La Guerre des boutons". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 24 août 2011

La guerre des moutons

D’ordinaire, pour débuter la rentrée, il faut pousser quelques exclamations de joie et de bonne humeur. C’est vrai que c’est beau, la rentrée, toutes ces promesses de grands films faits par des réalisateurs intelligents, avec des histoires originales, des acteurs talentueux… Mais là, la rentrée cinéma nous accueille avec des culs de bus et des colonnes Morris placardés d’affiches mettant en scène non pas l’habituel défilé de longs-métrages alléchants, mais la rivalité absurde et pathétique entre deux films sortant à une semaine de distance et portant (presque) le même titre. C’est la guerre de "La Guerre des boutons", qui faisait déjà ricaner le monde entier à Cannes ; devenue réalité à l’orée de ce mois de septembre, elle ressemble au cauchemar d’un responsable marketing interné à l’asile. Du coup, plus question de se taire, sous peine d’être reconnu complice de la mascarade : tout cela n’a plus rien à voir avec le cinéma, et on aurait voulu révéler au grand jour les pratiques agressivement mercantiles de la production française actuelle, on ne s’y serait pas mieux pris. Car vouloir faire une nouvelle adaptation du livre de Louis Pergaud, après celle toujours regardable d’Yves

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Le bal des losers

SCENES | Auteur / Froid, Crises, Sang, Guerre, Les Démons, La Force de tuer, Automne et hiver, Lars Norén est l’auteur d’une quarantaine de pièces de théâtre dont les (...)

Dorotée Aznar | Lundi 4 avril 2011

Le bal des losers

Auteur / Froid, Crises, Sang, Guerre, Les Démons, La Force de tuer, Automne et hiver, Lars Norén est l’auteur d’une quarantaine de pièces de théâtre dont les titres, souvent brefs, ont le mérite d’être évocateurs. Né en 1944, en Suède, Lars Norén est devenu l’un des auteurs contemporains les plus prisés par les metteurs en scène. Pourquoi ? Sans doute parce que les thèmes qu’il développe : la violence, les perversions, la dépendance psychologique, la folie, le suicide, l’enfermement, en font un dramaturge d’exception, dont les textes, parfois illisibles (Le 20 Novembre, journal d’un suicide programmé inspiré d’un fait-divers sanglant) n’existent que pour la scène, pour être joués. Provocateur, Norén imagine un théâtre qui salit les mains, mais qui a également capable de changer le monde. Son univers, peuplé de losers, a séduit les plus grands. En 2000, le metteur en scène Thomas Ostermeier débutait son mandat de directeur de la Schaubühne de Berlin avec une pièce de Norén écrite en 1997, Catégorie 3:1, qui s’intéresse aux marginaux, à ce qui ont tout perdu, jusqu’à leur humanité. Une décennie plus tard, Ostermeier présente à Lyon une autre pièce plus ancienne du Suédois, Les Démons

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Ni chaud ni froid

SCENES | Théâtre / Dramaturge suédois contemporain, Lars Norén n'a pas l'habitude de faire dans la dentelle. Ses textes incisifs sont des témoignages de la société (...)

Nadja Pobel | Mercredi 25 mars 2009

Ni chaud ni froid

Théâtre / Dramaturge suédois contemporain, Lars Norén n'a pas l'habitude de faire dans la dentelle. Ses textes incisifs sont des témoignages de la société déglinguée dans laquelle il évolue ; lui même a été confronté très tôt, à 20 ans, de manière intime aux dérèglements intérieurs et aux affres de l'enfermement psychiatrique, suite à une schizophrénie. Pourtant parfaitement lucide, il décrit les anomalies d'aujourd'hui : il s'est dernièrement penché sur le meurtre d'Anna Politovskaia ou la tuerie d'Emsdetten en Allemagne en novembre 2006. Avec Froid, il inspecte le racisme ordinaire de quelques nazillons qui vont jouer avec un jeune de passage, d'origine coréenne et adopté par des suédois dès ses deux ans. Sa "face de citron" comme l'aurait dit Eastwood dans Gran Torino ne leur revient pas ; le spectacle est son supplice. Ils trompent leur ennui dans la violence, trempent leurs lèvres dans des litres de bières comparées aux femmes (des brunes, des blondes...) et ne trouvent de distraction que dans le foot, surtout Manchester United, pour Cantona, le bad boy d'avant Rooney. Le texte ne dit dans le fond pas grand chose de neuf et reste un simple exemple de cette imbécilité (et souff

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Dernier Acte

SCENES | Rares sont les occasions d’entendre les textes de Lars Norén dans les théâtres de Lyon. Le passage d’Acte aux Célestins est une occasion de découvrir cette oeuvre violente et crue dans une mise en scène étonnante de Christophe Perton. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 3 décembre 2008

Dernier Acte

Acte s’ouvre dans une petite salle de consultation mal éclairée. Un bureau sans âme dans un quartier de haute sécurité où va se jouer un huis clos entre un médecin et une prisonnière politique, condamnée à perpétuité pour un acte de terrorisme. Ce qui aurait du être une consultation de routine se transforme rapidement en une lutte d’autant plus violente que les corps sont entravés, par des menottes ou par des conventions, recroquevillés comme celui du médecin derrière une table. Pas besoin d’en venir aux mains dans Acte où tout est violence. Les échanges entre les deux personnages, les allusions constantes à la Shoah, les sévices que l’on fait subir à son propre corps (refus de s’alimenter) et ceux infligés par la captivité (la lumière qui ne s’éteint jamais dans les cellules, les dégradations causées par l’absence de soins). Même lorsque le corps demande les mains de l’autre, réclame qu’on le touche, le langage vient, par sa brutalité, rompre ce qui aurait pu ramener, ne serait-ce que quelques instants, un peu d’humanité sur le plateau. RÉEL PAR TROP RÉEL Si la pièce de Lars Norén est inspirée par l’Allemagne des années 70 et la vague de “terrorisme rouge”, l’auteur so

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Libérés de l’oubli

ARTS | Expo / Entre 1940 et 1945, plus d’un million et demi de soldats français sont détenus en Allemagne… Un phénomène de masse largement oublié sur lequel revient l’exposition, claire et bien faite, du Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD) Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 novembre 2008

Libérés de l’oubli

Au début de l’exposition du CHRD, on découvre une carte du Reich nazi littéralement recouverte de camps de prisonniers militaires de toutes nationalités : Stalags pour les soldats de troupe et Oflags pour les officiers, sans compter plusieurs camps de représailles en Pologne destinés aux troupes soviétiques et aux évadés. En France, après la défaite de 1940, 1 800 000 soldats sont faits prisonniers sur le territoire national et 1 600 000 d’entre eux sont ensuite envoyés dans des camps outre-Rhin (pendant toute la durée de la guerre pour la plupart d’entre eux). Ils ont entre 20 et 60 ans, sont issus de toutes les classes sociales et la moitié sont mariés. «Il s’agit, précise Isabelle Doré-Rivé directrice du CHRD, d’un véritable phénomène de masse. Cette exposition est un regard français sur la guerre du côté allemand». Elle est aussi et surtout un regard porté sur un phénomène historique escamoté, voire refoulé. Pourquoi ? D’abord, parce que la question des prisonniers de guerre fut pour Vichy l’un des enjeux de sa politique de collaboration avec l’Allemagne nazie (aux côtés de l’intégrité des colonies françaises, de la ligne de démarcation, de l’Alsace-Lorraine...) et un objet for

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Les écrivains et la «guerre sans nom»

CONNAITRE | Rencontres / Un colloque à l’université Lyon II et une journée de rencontres à la bibliothèque de la Part-Dieu tenteront de cerner le rapport qu’entretient la littérature française avec le douloureux épisode de la guerre d’Algérie. Un sujet passionnant autour d’invités prestigieux. Yann Nicol

Aurélien Martinez | Jeudi 18 septembre 2008

Les écrivains et la «guerre sans nom»

Une fois n’est pas coutume. L’université Lyon II organise les 25 et 26 septembre un colloque ouvert à tous les publics, dont les enjeux dépassent largement le cadre strictement universitaire en proposant de nombreuses interventions autour des «écrivains français et la guerre d’Algérie». Pendant deux jours, de nombreux spécialistes viendront ainsi interroger la manière dont la littérature s’est acquittée de cette «guerre sans nom» : la mémoire, les tabous, le témoignage, la censure, la honte, la culpabilité, le travail éditorial sont autant de thèmes qui seront abordés pendant ce colloque. Outre un regard sur des écrivains «historiques», tels Albert Camus, François Mauriac, Jean Sénac ou Danielle Collobert, on retrouvera également des analyses d’œuvres plus récentes, comme celles de Pierre Guyotat, Bernard-Marie Koltès, Hélène Cixous ou Patrick Modiano. Cette très belle initiative trouvera un écho dans la journée consacrée par la bibliothèque à ce même sujet, le samedi 27 : la matinée en présence de quatre écrivains ayant abordé la question dans

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