En route vers la mégalomanie et le despotisme

TNP | Poursuivant son exploration de la langue d'Aimé Césaire, Christian Schiaretti livre avec La Tragédie du roi Christophe un spectacle choral instructif mais étonnement figé.

Nadja Pobel | Mardi 31 janvier 2017

Photo : © Michel Cavalca


Comment se traduit au quotidien un régime démocratique ? Au travers des écrits de Césaire, Christian Schiaretti visite avec appétence cette question fondamentale qui agite continuellement le monde, notre riche Occident de plus en plus fragilisé par l'accroissement des inégalités n'étant pas en reste. Avec Une saison au Congo, il parvenait à matérialiser l'injuste chute de Lumumba et à rendre perceptibles les manigances hors-sols de l'ex-colonisateur belge. Le metteur en scène poursuit ce travail consistant à expliquer l'immense difficulté de rendre le peuple libre.

En Haïti, sur les cendres de Saint-Domingue, Césaire saisit la première démocratie noire au monde, proclamée en 1804, avec en entame un combat symbolique de coqs entre Pétion qui règne sur le Sud de l'île et Henri-Christophe sur le Nord. Ce dernier l'emporte et va peu à peu faire marcher ses administrés aux pas militaires de son ambition, déviant vers la mégalomanie comme en témoigne la construction de la pharaonique citadelle pour laquelle même femmes et enfants sont réquisitionnés.

« Pauvre Afrique, pauvre Haïti »

Au rythme d'un groupe de musiciens, isolé en fond de scène, le collectif burkinabé du Béneeré retrouve le plateau du TNP, trois ans après Congo et donne corps massivement à ce peuple lors de différents tableaux simplement annoncés pour mieux les situer. Des éléments de décor font écho à de précédents travaux de Schiaretti comme ce sol qui absorbe en un clignement d'œil la terre et rappelle celui de Coriolan, la prononciation très rigoureuse des mots avec scansion est aussi une de ses caractéristiques comme cette capacité à diriger une telle foule.

Mais in fine, cela finit par peser sur le rythme : de la fête d'intronisation comme plus tard lors de la manifestation des habitants contre le despotisme de Christophe, tout est calme ; alors que pourrait naître sur scène une ferveur incroyable ou une colère noire de ceux qui meurent de faim.

Dommage que cette pièce demeure assez statique, avec des adresses constantes des comédiens face public, dénaturant un rapport qui s'il avait été plus spontané entre eux sur scène, nous serait parvenu avec plus de vigueur. Avant que, dans la deuxième partie, Christophe ne se fasse plus lyrique.

La Tragédie du roi Christophe
Au TNP jusqu'au 12 février


La Tragédie du roi Christophe

De Aimé Césaire, ms Christian Schiaretti
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Désertions et convoitises à la tête des théâtres

Rentrée Théâtre | Étrange rentrée que celle-ci dans le domaine du théâtre. Les spectacles sont multiples, mais rien ne semble immanquable a priori, et des directeurs ou directrices quittent la Ville abruptement... Débroussaillage.

Nadja Pobel | Mardi 8 janvier 2019

Désertions et convoitises à la tête des théâtres

« Cette ville est formidable, je l'adore, mais elle n'est pas dynamisante » déclarait Cathy Bouvard à nos confrères de Lyon Capitale en novembre dernier. La directrice des Subsistances quitte précipitamment mais pas tout à fait par hasard ce navire-phare qu'elle a dirigé avec rigueur et curiosité durant quinze ans et rejoint les Ateliers-Médicis à Clichy-sous-Bois. Lyon n'a pas su garder non plus Marc Lesage, qui, à la co-direction des Célestins a fait de ce théâtre le plus audacieux des mastodontes locaux. Il a désormais les rênes du théâtre (privé) de l'Atelier à Paris. Pierre-Yves Lenoir, co-créateur du Rond-Point avec Jean-Michel Ribes administrateur de l’Odéon aux côtés d’Olivier Py, Luc Bondy et Stéphane Braunschweig le remplace. Il arrive tout droit de la toute nouvelle La Scala (ouverte en septembre dernier) où il était directeur exécutif. . Plus problémat

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L'Echange à sec de Christian Schiaretti

Théâtre | Dans une proposition plus aride que jamais, Christian Schiaretti semble avoir trouvé avec L’Échange de Claudel la matière à un ascétisme qui repose entièrement sur le texte et les acteurs.

Nadja Pobel | Mardi 11 décembre 2018

L'Echange à sec de Christian Schiaretti

Il a beaucoup pratiqué les tréteaux avec ses Molière, avait placé Coriolan sur un plateau dénudé en pentes très douces où tout convergeait dans une petite bouche d’égout ; même lors de la réouverture du TNP rénové en 2011, les azuleros bleus de son Ruy Blas ne semblaient guère l'intéresser et faisaient plus figure de décorum que de décor. Désormais, Christian Schiaretti a pu faire, en cette maison qu'il dirige depuis 2002 et jusqu'à fin 2019, de la place au texte, rien qu'au texte et ses transmetteurs que sont les acteurs. De son propre aveu, ce sont là « des vacances scénographiques ! ». Fanny Gamet a simplement posé un sol bleu entaché de larges traces de plus en plus rougeoyantes au fil du spectacle entamé par une chute de sable en p

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Jeanne, retour de flamme au TNP

Théâtre | Ce n'est pas un spectacle neuf, loin de là. Pourtant, dans le flot de ce qui se joue en ce mois de mai, cela reste une proposition majeure. Christian (...)

Nadja Pobel | Lundi 30 avril 2018

Jeanne, retour de flamme au TNP

Ce n'est pas un spectacle neuf, loin de là. Pourtant, dans le flot de ce qui se joue en ce mois de mai, cela reste une proposition majeure. Christian Schiaretti, sur adaptation de son acolyte et directeur artistique au TNP Jean-Pierre Jourdain, fait entendre la langue d'un auteur qui lui est cher : Joseph Delteil. Créé à Reims en 1995, ce spectacle, avec Juliette Rizoud sur scène depuis 2010, perdure. La comédienne, au casting de nombreuses pièces de Schiaretti et metteuse en scène semi-convaincante d'un Roméo et Juliette version forain, est ici à son meilleur. Elle nous confiait au début de sa prise de rôle à quel point c'est « un summum de spectacle vivant ». En effet, le propos est constamment matière à jeu, avec les éléments du bord, à la manière des enfants jouant avec des cailloux. La volonté de raconter cette histoire par une na

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Marx bouge encore

Colloque | Karl Marx à toutes les sauces. Honni, déifié, ou simplement figure du quotidien comme à Berlin qui lui accorde encore une rue grouillante de vie (à l'Ouest) ou (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 février 2018

Marx bouge encore

Karl Marx à toutes les sauces. Honni, déifié, ou simplement figure du quotidien comme à Berlin qui lui accorde encore une rue grouillante de vie (à l'Ouest) ou une avenue stalinienne (à l'Est). Et "Les théâtres de Marx". C'est ce que vont s'attacher à étudier des universitaires et des artistes durant un colloque international de quatre jours à l'ENS, à l'initiative du professeur et formidable transmetteur qu'est Olivier Neveux. Ouvertes à tous et toutes, entièrement gratuites, ces journées de réflexion sont l'occasion d'entendre le metteur en scène Jean-Pierre Vincent raconter (jeudi 1er à 11h30) ce qu'a été son spectacle Le Karl Marx Théâtre Inédit créé aux Amandiers-Nanterre en 1997 ou encore Bernard Sobel et Maguy Marin réunis ce même jour à 17h pour une table ronde sur ce sujet. Seront aussi présents Guy Alloucherie, et Bruno Meyssat, auteur d'un puissant spectacle pourtant peu diffusé, mais politiquement et poétiquement imparable sur la Grèce moderne :

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Aimé Césaire dans l’œil du cyclone

Théâtre National Populaire | Début ce 2 décembre d'une période de deux mois consacrée à Aimé Césaire au TNP. Avant la création de La Tragédie du roi Christophe mi-janvier, place à deux reprises de haut vol.

Nadja Pobel | Mardi 29 novembre 2016

Aimé Césaire dans l’œil du cyclone

C'est peut-être sa plus belle réalisation ici dans ce TNP qu'il pilote depuis 2002. Christian Schiaretti qui a tant travaillé sur un mode choral (Opéra de quat'sous, Par-dessus bord, Coriolan, Mai juin juillet et encore récemment un Bettencourt boulevard trop morcellé) a trouvé en Aimé Césaire un auteur dont la portée politique essentielle, alliée à une langue précise, littéraire sans être fantasmagorique, lui a permis de livrer un spectacle fort et homogène, donné sur un plateau recentré où l'action s'en trouve intensifiée. Une saison au Congo (1966), créée en mai 2013, sera donc reprise après être passé cet automne par l'Afrique. Le collectif burkinabé Béneeré est au cœur de ce travail associé

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Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

De Stavisky à Lacornerie | Inchangés depuis des lustres pour la plupart, les directeurs des grandes scènes de Lyon creusent scrupuleusement leur sillon, en montant des textes attendus.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

Incroyable ! Christian Schiaretti aura l'honneur d'imaginer le centenaire du TNP en 2020 : en poste depuis 2002, il a été reconduit à la tête de l'établissement jusqu'à fin 2019 ; son contrat arrivait à échéance en décembre. En cette rentrée, il revient, après un Bettencourt Boulevard bancal, à l'auteur qu'il a le mieux transposé à la scène depuis son arrivée : Aimé Césaire. Il reprend Une saison au Congo (du 2 au 10 décembre), créé en 2013 puis signera La Tragédie du roi Christophe (du 19 janvier au 12 février). Dans la première, il avait su organiser clairement la conquête de l'indépendance de ce pays et la chute de son héros pacifiste Lumumba grâce à une alchimie entre sa troupe habituelle du TNP et des comédiens du collectif burkinab

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Christian Schiaretti : objectif 2019

SCENES | Le directeur du TNP, en place depuis 2002, a vu sa demande de prolongation acceptée par le ministère de la Culture. Le 9 mai dernier, Audrey Azoulay a (...)

Nadja Pobel | Vendredi 13 mai 2016

Christian Schiaretti : objectif 2019

Le directeur du TNP, en place depuis 2002, a vu sa demande de prolongation acceptée par le ministère de la Culture. Le 9 mai dernier, Audrey Azoulay a stipulé par courrier que Christian Schiaretti dirigerait le TNP jusqu’au 31 décembre 2019 alors que son mandat arrivait à échéance à la fin de cette année. Ce sera son dernier contrat. Il aura en charge d’organiser la célébration, en 2020, du centenaire de ce théâtre. Metteur en scène de Bettencourt Boulevard et Ubu (presque ) roi cette saison, il créera prochainement La Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire.

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Ubu déchaîné

Théâtre | Et pourquoi pas remonter encore Ubu, ce despote plus attachant que bien d’autres plus réels ? Problème : la mise en scène est aussi fourre-tout que la scénographie. Et Stéphane Bernard s’expose bien seul aux vents contraires.

Nadja Pobel | Mardi 19 avril 2016

Ubu déchaîné

Gigantesque dépotoir, le décor de cet Ubu est très loin de la sobriété presque classieuse de la mise en scène d’Antoine Vitez (1985) mais elle a le mérite, même si elle pique les yeux, de faire évoluer les personnages dans cette merdre clamée d’entrée de jeu. De la terre, des détritus en tous genres, une flaque de facto boueuse jonchent le plateau au loin surmonté d’une colline qui semble faite de papier mâché. C’est ici que le Père Ubu se fait harponner par la Mère Ubu, véritable poissonnière qui porte la culotte et le pousse à attraper le pouvoir avant de s’offusquer que cette ambition n’ait plus de limites. Mêlant diverses versions de la pièce-étendard de Jarry (Ubu roi donc, Ubu sur la butte, Ubu cocu), Christian Schiaretti qui étrangement ne signe pas ici la mise en scène mais assure la "direction" du spectacle choisit l’option potacherie, ou plus exactement fatrasie (pièces satiriques du Moyen-Âge) comme annoncé. Mais à quoi cela rime-t-il sur scène ? À une course échevelée sans queue ni tête avec des clins d’œil lourds à l’époque actuelle : le trésor est « offshore », les Polonais miment des migrants fraîchement débar

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Au TNP, l'affaire Bettencourt n'est pas dans le sac pour Christian Schiaretti

SCENES | Si rares dans le théâtre français, les affaires politiques émaillent le nouveau texte de Michel Vinaver, "Bettencourt Boulevard". Malgré une scénographie d’une beauté plastique irréprochable, la pièce qu'en a tiré Christian Schiaretti manque malheureusement de rythme, entravée par une écriture qui se révèle, in fine, difficilement adaptable à la scène.

Nadja Pobel | Mardi 24 novembre 2015

Au TNP, l'affaire Bettencourt n'est pas dans le sac pour Christian Schiaretti

Construite en trente morceaux comme autant de portions d’une saga familiale se mêlant vertigineusement aux affaires publiques, Bettencourt Boulevard a été imaginée par Michel Vinaver avec ce qui lui est resté de tout ce qu’il a lu dans la presse de cette affaire mise au jour par Médiapart en 2010. Pour ne pas trop se disperser, il a supprimé les personnages liés aux milieux judiciaire, policier ou médical et y a ajouté le fantôme du père de Liliane, militant de la droite extrême et fondateur de L’Oréal, en dialogue avec le rabbin Robert Meyers, le père du mari de Françoise, la fille de Liliane, qui fut déporté à Auschwitz – soit deux visions de l’humanité glacialement opposées qui, en fin de partie, donnent du volume à la pièce. Au cœur du sujet, la milliardaire et François-Marie Banier papillonnent d’un interlocuteur à l’autre et cristallisent les ressentiments de leur entourage mais, avec sa forme éclatée, sans véritable scène où les personnages ont le temps d’instaurer une communication, la pièce s’avère très compliquée à tenir au plateau alors qu’à la lecture, cette choralité se digérait assez aisément. Bord cadre Dans un dé

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Une saison théâtrale sous le signe du politique

SCENES | Souvent taxé d’art vieillissant, le théâtre ne cesse pourtant, à l’instar des sociologues ou historiens, d’ausculter le monde contemporain. Cette saison, plusieurs auteurs décryptant la trivialité des rapports sociaux seront portés au plateau. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Une saison théâtrale sous le signe du politique

Christine Angot le déclarait fin août au Monde : «il n’y a pas de vérité hors de la littérature». Théâtre inclus. Le festival international Sens Interdits, en prise directe avec les maux du Rwanda, des réfugiés ou de la Russie, en sera une déflagrante preuve en octobre. Plus près de nous, avec la vivacité d’un jeune homme, Michel Vinaver (88 ans) a repris la plume pour signer Bettencourt boulevard ou une histoire de France, une pièce en trente épisodes mettant au jour les rouages de la fameuse affaire. Ne surtout pas chercher dans ce texte monté par Christian Schiaretti au TNP (du 19 novembre au 19 décembre) des règlements de comptes entre un chef d’État, une milliardaire et un photographe-abuseur, des comptes-rendus judicaires ou de grands discours. Vinaver fait de ses célèbres protagonistes les personnages d’une tragédie grecque contemporaine, remontant à leurs origines et évoquant leur rapport à la judéité, montrant ainsi, loin des polémiques, comment une vieille dame absolument sénile se laisse courtiser par un bellâtre peu scrupuleux. Ce simple jeu d’influence

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La saison 2015/2016 du TNP

ACTUS | 22 spectacles dont 9 émanant de sa direction ou de ses acteurs permanents : la saison prochaine, le Théâtre National Populaire fera la part belle aux talents maison, à commencer par la création très attendue de "Bettencourt Boulevard" par Christian Schiaretti. Autre temps fort : "Ça ira", fable plus que jamais politique du maître Joël Pommerat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 mai 2015

La saison 2015/2016 du TNP

L’an dernier à la même époque, Christian Schiaretti pouvait encore rêver de devenir patron de la Comédie Française, tandis que l’État et le Département supprimaient respectivement 100 000€ et 150 000€ de dotation à ce Centre National Dramatique majeur (sur un budget de presque 10M€). Depuis, le Ministère comme le Rhône ont rendu ce qu’ils avaient pris, le TNP peut rouler sur des rails paisibles. Quoique : la troupe permanente de 12 comédiens a été réduite à 6. Le coût de la vie augmentant, il faut bien faire des économies et puisqu’il n’est pas possible de baisser les frais de fonctionnement de cet énorme paquebot, ce sont les artistes qui trinquent. Mais de cette contrainte nait de l’inventivité. Le TNP proposera ainsi neuf spectacles dans lesquels des comédiens de la mini-troupe se feront metteur en scène, tout le monde travaillant de fait à flux constant. Julien Tiphaine portera à la scène La Chanson de Roland, Clément Carabédian et Clément Morinière s’attèleront au Roman de Renart, Damien Gouy au Franc-Archer de Bagnolet d’un anonyme du XVe siècle et Juliette Rizoud

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Diète à la maison

SCENES | Qu’ont cuisiné les directeurs des grandes salles pour cette saison ? En marge des spectacles qu’ils accueillent, ils mitonnent d'ordinaire leurs plats en arrière-salle mais cette saison, hormis à la Croix-Rousse, c’est régime. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Diète à la maison

C’est ce qui s’appelle un été pourri : non seulement Météo France a enregistré, sur la période juillet-août, le plus fort cumul de précipitations dans l’Hexagone depuis 1959, mais comme si cela ne suffisait pas, Christian Schiaretti, directeur du TNP, a dû en plus affronter des vents contraires. Pour son retour au festival d’Avignon après des années de disette sous l’ère Archambault-Baudrillier, son didactique quoique passionnant Mai, juin, juillet s’est en effet pris une volée de bois vert de la part de la presse nationale, en même temps que le poste d’administrateur général de la Comédie Française lui échappait. Son dossier ayant mystérieusement disparu entre la rue de Valois et le palais de l’Elysée, il n’a jamais été remis au chef de l’Etat qui a choisi Éric Ruf, aux dépens également du candidat dépêché en dernière minute (Stéphane Braunschweig ) par l’ex-ministre de la culture Aurélie Filippetti. Les camouflets sont une denrée bien partagée. Toujours est-il qu’au TNP, dont il reste directeur au moins jusqu’en 2016, il n’avait de toute façon pas prévu de création en 2014-2015, notamment à cause de la diminution de son budget, amputé de 250 000€ (sur un total

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«Un rêve commun»

SCENES | Six jours après la première du "Roi Lear", le metteur en scène Christian Schiaretti revient sur la genèse de ce qui pourrait être son dernier grand spectacle au TNP. Propos recueillis par Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 3 février 2014

«Un rêve commun»

Comment Serge Merlin a-t-il intégré ce projet ? Christian Schiaretti : Je le connaissais depuis longtemps. Nous nous croisions lors d’errances nocturnes vers la Closerie des Lilas, pas loin de chez lui, et avons tissé une relation très marquée par la poésie. J’ai étéle voir à propos de Ruy Blas pour être Don Saluste. Sa réponse fut drôle : «mais pourquoi je joue pas Ruy Blas ?». Il considérait qu’il ne devait ou ne pouvait jouer que les rôles éponymes. Il m’a donc proposé Lear.Ce n’est pas moi qui cherchait un roi Lear, vous montez Le Roi Lear quand vous l’avez. Dans la dévotion que Serge peut avoir vis-à-vis d’un texte (il vit à l’hôtel de façon monacale), j’avais là un roi Lear absolument possible, donc j’ai accepté. Il y avait dans mon souhait et ma motivation un autre larron important : Yves Bonnefoy. C’est Merlin qui a fait ce choix, mais je n’en aurais pas fait un autre. Sa traduction date de 1964, mais elle est totalement contemporaine et n’a pas besoin de faire des allusions lourdingues à la réalité pour que l’on comprenne bien que l’on croit vivre dans un monde d’avenir alo

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L'ire du roi

SCENES | Grand maître des épopées théâtrales au long cours, Christian Schiaretti revient à Shakespeare avec "Le Roi Lear", huit ans après "Coriolan", à l’initiative de son acteur-titre, le fascinant Serge Merlin. Retour sur cet impressionnant travail et rencontre avec le metteur en scène et directeur du TNP. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 16 janvier 2014

L'ire du roi

L’Opéra de quat’sous, Coriolan, Par-dessus bord, Ruy Blas, Mai, juin, juillet, Une saison au Congo : que ce soit avec des textes classiques (Shakespeare, Hugo) ou contemporains (Brecht, Vinaver, Césaire), voire dans le cadre commandes (à Daniel Guénoun), Christian Schiaretti s'est imposé, au fil des saisons, entre les séries qu'il monte par ailleurs avec sa troupe permanente du TNP (sept comédies de Molière, un triptyque du Siècle d’or espagn

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

SCENES | Sélection réalisée par Nadja Pobel, Benjamin Mialot et Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

Regards Née avec une malformation au visage, Séverine Fontaine a dû composer avec pendant toute son enfance. La jeune femme devenue comédienne a décidé de se nourrir de cette expérience pour livrer ce solo présenté comme «un manifeste pour la différence». Dans une scénographie convoquant une série de lampes, elle joue habilement avec le regard du spectateur. Un spectacle sincère et fort.Au Centre Albert Camus, Bron, du 1er au 4 octobre Le Président C’est grinçant et marquant comme… du Thomas Bernhard. Michel Raskine a su adapter cet immense dramaturge autrichien avec le

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Livraison à domicile

SCENES | Les prochaines créations des directeurs-artistes des grandes maisons. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 6 septembre 2013

Livraison à domicile

TNP Christian Schiaretti monte Le Roi Lear de Shakespeare (du 10 janvier au 15 février) à la demande de (et avec) l’acteur rocailleux et monumental Serge Merlin. Le comédien avait déjà interprété ce rôle sous la direction de Matthias Langhoff avec une grosse machinerie dont il souhaite se débarrasser ici. Ca tombe bien, Schiaretti n’a pas son pareil pour mettre en avant le texte, ici traduit par Yves Bonnefoy. Célestins Déjà joué 44 fois cet été dans la cour du château de Madame de Sévigné à Grignan, Chatte sur un toit brûlant, mis en scène par Claudia Stavisky, ouvrira durant un mois (du 19 septembre au 20 octobre) la saison des Célestins. Théâtre de la Croix-Rousse Bells are ringing, c’est la création dont Jean Lacornerie rêve depuis longtemps. Triomphe à Broadway dès sa création en 1956 avant d’être porté à l’écran par Vincente Minelli, ce spectacle n’a jamais encore été joué en France. Ce

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Congo vivant !

SCENES | Décidément excellent quand il s’attelle à une fresque historique, Christian Schiaretti porte à la scène le poignant texte d’Aimé Césaire, "Une saison au Congo", avec une troupe unie de trente-sept interprètes. Un hommage à la liberté des peuples autant qu’à l’outil même de théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 17 mai 2013

Congo vivant !

C’est peut-être son cercle de craie caucasien à lui, sa version africaine de Brecht. Christian Schiaretti a tracé un grand trait circulaire blanc au sol, au centre duquel se déroule un événement majeur : rien moins que l'acquisition d'indépendance d’un des pays les plus riches du continent africain, le Congo. Ce décor est alternativement le lieu d’une action située à Leopoldville (future Kinshasa) ou en Belgique, voire à l’ONU et, pourvu d'une scène musicale juste à l'arrière, il constitue surtout la première très bonne intuition de ce spectacle. Pas de grand barnum écrasant ni d’espace nu voire vide, encore moins de plateau démesuré dans lequel les acteurs se noieraient. Recentrée sur le devant de la scène, la troupe, quasi entièrement composée d’acteurs et figurants africains ou d’origine africaine, fait preuve d’une solidarité et d’une force collective qui éclaboussent sans cesse le spectacle et servent pertinemment son propos. 30 juin 1960, l’indépendance du Congo est proclamée par le roi des belges, Baudouin, au son du cha cha cha. La fête précède des instants plus solennels – comme le discours de Lumumba – pui

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Théâtre-crochet

SCENES | Plaçant le verbe au cœur de tous ses spectacles, qu’ils soient des grosses productions (Coriolan, Ruy Blas , Mai, juin, juillet) ou de plus petites (...)

Nadja Pobel | Jeudi 20 décembre 2012

Théâtre-crochet

Plaçant le verbe au cœur de tous ses spectacles, qu’ils soient des grosses productions (Coriolan, Ruy Blas , Mai, juin, juillet) ou de plus petites formes (Le Laboureur de Bohème, les comédies de Molière, La Jeanne), Christian Schiaretti ne perd pas de vue ce principe avec Don Quichotte. Créée en décembre 2010, lors de la saison où il a mis en scène le triptyque du Siècle d’Or (avec le merveilleux texte de La Célestine et Don Juan), la pièce revient pour encore quelques jours au Théâtre National Pop

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Epopée collective

SCENES | Cinquante personnes sur scène pour raconter les mois de mai, juin et juillet 68 vus sous le prisme du théâtre. C’est la grande épopée à laquelle nous convie Christian Schiaretti sur un des lieux même où s’est déroulée l’action de ces mois agités et fondateurs, le TNP. Reportage dans les coulisses de cette fresque comme on n’en fait plus. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Dimanche 21 octobre 2012

Epopée collective

«Si on manque de spectateurs, on pourra assurer de remplir une demi-salle avec vous !» dit en plaisantant le metteur en scène Christian Schiaretti à ses nombreux comédiens et figurants qui occupent les premiers rangs du théâtre en cette après-midi de répétitions, à J-9 de la première représentation. Et d’annoncer ensuite que la comédienne Isabelle Sadoyan (fondatrice du théâtre de la Comédie devenu le Théâtre de la Cité de Villeurbanne, ayant fait ses premiers pas avec Roger Planchon au théâtre des Marronniers et jouant encore sur la scène du TNP notamment cette magnifique Conversations avec ma mère dans la salle qui porte le nom de son défunt conjoint, Jean Bouise) se verra remettre les insignes de chevalier de la légion d’honneur des mains d’Aurélie Filippetti le 8 novembre. Il en va ainsi du théâtre au TNP : jamais le passé ne s’efface. Il donne sans cesse un sens à ce qui s’y trame. Mai, juin, juillet est un spectacle de transmission, résultat d’une commande passée par Christian Schiaretti à l’écrivain-philosophe Denis Guénoun. Le texte va bien au-delà d’u

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Juliette au pays des merveilles

SCENES | Époustouflante Jeanne d’Arc dans la version de Delteil (reprise au Théâtre national Populaire de Villeurbanne du 22 au 26 mai), Juliette Rizoud, est, du haut de ses 28 ans, une comédienne déjà expérimentée, notamment auprès de Christian Schiaretti. Rencontre avec une jeune fille au parcours sans faute et à l’appétit de théâtre insatiable. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 9 mai 2012

Juliette au pays des merveilles

Elle dit avoir eu très jeune un sentiment répulsif au théâtre, «il m’enlevait mes parents et les pots de première étaient interminables». À l’époque, Juliette Rizoud n’a pas cinq ans. Ses parents, comédiens et membres permanents de la Comédie de Saint-Étienne, viennent de s’installer à Toulouse, où Juliette restera jusqu’à ses 18 ans. Mais au collège, à l’issue de la 3e, elle s’avoue à elle-même qu’elle ne peut pas aller contre son désir de théâtre. «Je m’amusais depuis des années déjà à lire des textes à haute voix, à me déguiser». Ce sera donc option "lourde" théâtre dans un lycée de la ville rose pour décrocher un bac littéraire en 2002. Choisir cette voie du théâtre fera plus peur à ses parents qu’à elle-même, dit-elle. «Je savais où je mettais les pieds, je n’étais pas dans le fantasme du star système et j’avais la chance d’être entourée, d’avoir des guides». Elle patiente en dilettante à la fac (avec des cours de danse et de chant à haute dose en parallèle) et attend d’atteindre ses 18 ans pour se présenter aux concours. Elle sait ce qu’elle veut : l’ENSATT, une école qu’elle connait car son père est passé par la rue Blanche (ancien no

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Journées de la femme

SCENES | Christian Schiaretti met en scène deux pièces d’August Strindberg au Théâtre national populaire, «Mademoiselle Julie» et «Créanciers». Et fait coup double. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 5 mars 2012

Journées de la femme

Mademoiselle Julie et Créanciers, deux textes écrits par Strindberg en 1888. Deux pièces que le metteur en scène Christian Schiaretti choisit de présenter en diptyque, dans un décor unique – sol vert, fils rouge sang tendus aux extrémités du plateau – où seuls quelques meubles différencient la cuisine où se joue le drame de Mademoiselle Julie du salon où se règlent les comptes des Créanciers. Un plateau sobre et glaçant où vont se dérouler deux meurtres parfaits, sur fond de guerre des sexes et de lutte des classes. Dans les deux pièces, les nouvelles traductions françaises de Terje Sinding sont confiées à un trio d’acteurs dont on ne manquera pas de saluer la justesse : Clara Simpson (au service d’une cuisinière drapée dans sa dignité dans Mademoiselle Julie et d’une couguar légère dans Créanciers), Clémentine Verdier (superbe Mademoiselle Julie) et Wladimir Yordanoff (le bras armé dans les deux pièces, au jeu plein de nuances). L’homme qui n’aimait pas les femmes Dans les deu

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Molière ou l’éternelle jeunesse

SCENES | Déjà quatre ans que Christian Schiaretti présente des "petits" Molière. Soit il s’agit de pièces en un acte, soit de pièces méconnues. Pas de grand classique à ce (...)

Nadja Pobel | Vendredi 16 décembre 2011

Molière ou l’éternelle jeunesse

Déjà quatre ans que Christian Schiaretti présente des "petits" Molière. Soit il s’agit de pièces en un acte, soit de pièces méconnues. Pas de grand classique à ce répertoire du TNP qui désormais comprend sept œuvres si ce n’est Les Précieuses Ridules reprise en ce moment avant de faire place à L’Etourdi ou les contretemps. Quand il crée L’Etourdi en 1654, Molière considère qu’il signe sa première pièce (alors que La Jalousie du barbouillé ou Le Médecin volant, vraisemblablement écrites avant, et que Schiaretti a aussi monté, ne comptent pas à ses yeux). Il est alors sur les routes depuis presque dix ans avec sa troupe de l’Illustre théâtre et a quitté un Paris hostile où il a fait faillite. Installé à Lyon, il joue notamment pour l’Aumône des pauvres de l'Hostel-Dieu ou dans un jeu de paume du quartier Saint-Paul. C’est cet esprit de troupe et de théâtre itinérant que Christian Schiaretti a réinventé avec son équipe permanente. Mascarille, éternel valet, plus malin que son maître dans L’Etourdi et demi-idiot se faisant passer, avec un certain crédit, pour un lettré dans Les Précieuses ridicules est le pivot de ces de

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Buffet froid

SCENES | Réouvert en grande pompe et avec une certaine émotion le 11 novembre dernier, le TNP donne la parole à Ruy Blas de Victor Hugo, qui comme tous les grands (...)

Nadja Pobel | Vendredi 18 novembre 2011

Buffet froid

Réouvert en grande pompe et avec une certaine émotion le 11 novembre dernier, le TNP donne la parole à Ruy Blas de Victor Hugo, qui comme tous les grands textes est d’une actualité jamais démentie, quelles que soient les époques. Le pouvoir est au cœur de cette tragédie dans laquelle le roi d’Espagne Don Salluste tombe pour affaire de mœurs (toute ressemblance avec un fait existant ne serait que pure coïncidence) et monte un stratagème pour se venger de sa femme qui l’a condamné à l’exil. Il la propulse dans les bras de son valet Ruy Blas déguisé en son cousin, le vaurien Don César de Bazan ; un mensonge qui conduira au carnage. À nouveau, Christian Schiaretti traite du Siècle d’or espagnol (tout se passe dans l’imposant Escurial madrilène) auquel il a consacré une enthousiasmante trilogie l’an dernier. À nouveau, il signe une fresque avec une vingtaine de comédiens en scène qu’il chorégraphie habilement. Mais malgré un décor sobre et splendide à la fois — surtout dans la première partie, des costumes impeccables, des comédiens obéissants (Robin Renucci en Don Salluste et l’incroyable Juliette Rizou, bouleversante dans La Jeanne de Delteil, plus effacée ici), i

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L’art populaire du théâtre

ACTUS | Story / Ce n’est pas une superstition qui se cache derrière le 11.11.11, date de réouverture du TNP de Villeurbanne, mais un hommage à son passé : le lieu a été inauguré le 11 novembre 1920 au Trocadéro, à Paris. Depuis 1972, l’un des plus importants théâtres français est implanté à Villeurbanne. Récit de ce «défi en province». Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 4 novembre 2011

L’art populaire du théâtre

Il y a plusieurs histoires du Théâtre National Populaire. Celle de cette appellation-même née à Paris au Trocadéro et confiée à Firmin Gémier, acteur et metteur en scène. Au sortir de la guerre, après bien des changements de noms, le TNP est aussi l’histoire de Jean Vilar, qui en prend la direction de 1951 à 1963, toujours à Chaillot, puis de Bob Wilson. Parallèlement, à Lyon, un jeune metteur en scène-acteur-auteur crée le théâtre de la Comédie en 1952 (aujourd'hui théâtre des Marronniers). Rapidement à l’étroit dans cette salle de cent places, il veut plus grand mais Lyon ne lui offre rien (Pradel est moins accommodant qu’Herriot) et c’est chez le voisin villeurbannais qu’il trouve hospitalité. Le maire Étienne Gagnaire lui permet de diriger (à 26 ans !) le Théâtre municipal de la Cité. Contrairement à ses missions, Roger Planchon ne poursuit pas la programmation d’opérettes, mais continue à faire ses spectacles dans un lieu de mille places au cœur du Palais du travail. En quinze ans, après avoir monté des classiques, des contemporains (Vinaver dès son premier texte, Aujourd’hui ou les coréens), après des anicroches avec le maire SFIO qui prend Planchon pour un «g

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La Célestine étoilée

SCENES | Théâtre / Sur un plateau nu, dans un dispositif bi-frontal, Christian Schiaretti exhume au TNP "La Célestine", un classique de la littérature espagnole du XVIIe siècle méconnu en France. Une tragi-comédie fleuve et convaincante. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 14 janvier 2011

La Célestine étoilée

En plongeant dans le siècle d'or espagnol (période florissante de la culture entre la fin de la Reconquista en 1492 et la fin de la guerre de Trente Ans en 1648), Christian Schiaretti a trouvé une pépite. Outre les incontournables "Don Juan" (à venir) et "Don Quichotte" (créé en décembre dernier), figure au programme du TNP "La Célestine". Ce texte de Fernando de Rojas, rédigé comme un roman dialogué, et publié en 1499, annonce ce XVIIe siècle foisonnant de créations artistiques. Il préfigure une série d'ouvrages qui malmèneront le catholicisme et le pouvoir. Chez Rojas, «les maîtres d'aujourd'hui [sont] comme les sangsues qui sucent le sang», les femmes d'éternelles insatisfaites et la seule religion des personnages est celle qu'ils s'inventent. Calixte, jeune amoureux survolté, se définit comme «mélibéen» en lieu et place de chrétien. Il aime follement Mélibée, mais ne sait comment lui dire. L'intrigue se noue alors autour de la Célestine, vieille prostituée reconvertie en sorcière mais surtout manipulatrice, motivée par l'appétit de l'argent qui lui permettrait de porter autre chose que des guenilles trop grandes pour elle. Elle se présente donc à Mélibée comme «vendeuse de subl

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À ses pieds

SCENES | Critique / Philoctète est un vieil homme, abandonné par les Grecs sur une île déserte à cause d’une plaie abominable et fétide au pied. Un homme plein de rancœur (...)

Dorotée Aznar | Lundi 23 novembre 2009

À ses pieds

Critique / Philoctète est un vieil homme, abandonné par les Grecs sur une île déserte à cause d’une plaie abominable et fétide au pied. Un homme plein de rancœur et en proie à une souffrance infinie mais qui a en sa possession l’arc d’Héraclès et ses flèches, le rendant invincible. L’oracle a parlé. Ceux qui l’ont trahi, il y a dix ans, ont aujourd’hui besoin de ses armes qui prendre Troie. Ulysse doit ainsi trouver un moyen pour persuader Philoctète de coopérer, dut-il employer la ruse et plonger Néoptolème, le jeune fils d’Achille, dans la honte. Dans cette «variation» à partir du texte de Sophocle, Jean-Pierre Siméon a gardé intacte l’intrigue (jusqu’au final homoérotique et kitsch à souhait). Dans ce long poème, Laurent Terzieff est Philoctète. Laurent Terzieff ne joue pas, il irradie. Inspiré, haletant, murmurant, vieil entêté ou enfant rebelle, il donne une leçon de jeu magistrale. Le metteur en scène, Christian Schiaretti, choisit de donner la pièce rideau fermé. Un imposant mur métallique s’entrouvre à de rares reprises et laisse deviner la caverne où le vieil homme se terre comme un animal. Des déplacements réduits au minimum, un costume moderne et unique pour tous les com

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La route de Siméon

SCENES | Auteur / En quittant la Comédie de Reims pour rejoindre le Théâtre National Populaire, Christian Schiaretti a emporté dans ses valises Jean-Pierre Siméon, poète (...)

Dorotée Aznar | Lundi 23 novembre 2009

La route de Siméon

Auteur / En quittant la Comédie de Reims pour rejoindre le Théâtre National Populaire, Christian Schiaretti a emporté dans ses valises Jean-Pierre Siméon, poète associé au Centre Dramatique National de Reims pendant six ans (de 1996 à 2001) et occupant aujourd’hui les mêmes fonctions à Villeurbanne. Poète reconnu et multi primé, Jean-Pierre Siméon est également connu pour ses critiques (publiées dans l’Humanité), son œuvre théâtrale, romanesque ou à destination du jeune public. Fondateur des Langagières (avec Christian Schiaretti, encore lui) et directeur artistique du Printemps des poètes depuis plus de dix ans, Jean-Pierre Siméon propose avec ‘Philoctète’ (d’après Sophocle) une œuvre poétique en vers libres, tragique et drôle et réussit à moderniser le texte de Sophocle en échappant à tous les écueils du genre. Pas d’actualisation excessive dans ‘Philoctète’ ni de bouleversements de l’intrigue. Siméon reste fidèle à la pièce de Sophocle, préserve l’essence de la tragédie mais donne aux mots une force nouvelle. Les héros de la tragédie n’ont jamais été aussi présents, aussi «contemporains», perdus entre leur honneur, leur devoir ou leur rancœur, jouets entre les mains de forces qu

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L’Acteur

SCENES | Entretien / Laurent Terzieff est à l’affiche du Théâtre National Populaire de Villeurbanne. Il apparaît sous les traits de Philoctète, vieil homme blessé et abandonné par les siens sur une île, dans une mise en scène de Christian Schiaretti. Rencontre avec un acteur magistral. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Samedi 21 novembre 2009

L’Acteur

Petit Bulletin : Cette pièce de Jean-Pierre Siméon a, semble-t-il, été écrite pour vous….Laurent Terzieff : Oui, enfin pas exactement. C’est très mauvais signe quand un auteur dit écrire pour moi ou penser à moi quand il écrit. Souvent, les gens ont de moi une vision fantasmatique ! En fait, Jean-Pierre m’a fait un petit chantage affectif amical. Cette pièce lui a été commandée par Christian Schiaretti et il m’a dit qu’en l’écrivant, il avait pensé à moi. Jean-Pierre est un ami depuis quinze ans, et c’est surtout un très grand poète. Mais j’ai également accepté de jouer dans cette pièce car Schiaretti est, selon moi, un metteur en scène formidable. Tout était donc réuni pour que j’accepte. Vous connaissiez personnellement Christian Schiaretti ? Non, je le connaissais par son travail que je suis depuis une dizaine d’années. J’ai été ébloui à chaque fois par ce qu’il faisait. Son ‘Opéra de quat'sous’ extraordinaire, ‘Père’ de Strindberg rarement aussi bien monté en France, ‘Par-dessus bord’ ou encore l’apothéose de ‘Coriolan’ C’est la première fois que Christian Schiaretti propose une mise en scène aussi épurée, laissant autant de «place» à un acteur

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Le nouveau-né du TNP

SCENES | Lundi 12 octobre, Christian Schiaretti, directeur du Théâtre National Populaire de Villeurbanne, a inauguré le petit théâtre Jean Bouise, en attendant la fin des travaux de la grande salle en 2011. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2009

Le nouveau-né du TNP

À la mi-temps des travaux, le Théâtre National Populaire renaît déjà avec l'ouverture d'une salle flambant neuve, rue Louis Becker, au dos de la grande salle encore éventrée. Sous terre, un espace de présentation pouvant accueillir jusqu'à 250 spectateurs a été aménagé et servira de lieu de jeu dès ce jeudi pour la création de ‘La Fable du fils substitué’ mis en scène par Nada Strancar. Dans les étages, plusieurs salles de répétitions et de formations ont été conçues pour que les artistes puissent résider sur de longues périodes au TNP. Les représentants de la Région, du département, de la Ville de Villeurbanne et l'État, via le directeur de la DRAC Rhône-Alpes, étaient tous présents à cette inauguration rappelant leurs souvenirs et anecdotes de spectateurs au théâtre de la Cité puis du TNP. Ces quatre contributeurs publics ont financé les 7, 2 millions d'euros de coûts de cet ouvrage et subventionnent aussi les 17, 3 millions d'euros de la refonte de la grande salle qui devrait être livrée en janvier 2011. Pour cette remise des clés symbolique à Christian Schiaretti, Isabelle Sadoyan et Didier Bezace se sont livrés à l'exercice de la lecture d'une pièce qu'ils ont joué 150 fois :

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Trois Molières pour un Shakespeare

SCENES | Retour / Les Molières, édition 2009

Dorotée Aznar | Lundi 27 avril 2009

Trois Molières pour un Shakespeare

Qui a dit que seules les pièces parisiennes étaient susceptibles de remporter un Molière ? Dimanche 26 avril, c’est "Coriolan" qui a raflé tous les honneurs. La pièce de Shakespeare, mise en scène par Christian Schiaretti, directeur du Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne a obtenu trois trophées. Le Molière du théâtre public, celui du metteur en scène pour Christian Schiaretti et celui du second rôle pour le comédien Roland Bertin. Retrouvez une critique de "Coriolan" parue dans "Le Petit Bulletin" du 26 novembre 2006 : Le goût amer de la vengeanceQuand le directeur du TNP, Christian Schiaretti, s'attaque à "Coriolan", son premier Shakespeare, il ne lésine pas sur les moyens. Le résultat, magistral, est à la hauteur de ses ambitions.Dorotée Aznar "Coriolan" est une pièce étonnante. Shakespeare n'y montre rien de moins que l'échec de la démocratie et dessine le portrait d'un tyran qui n'a rien à envier à une populace grasse et inculte, une «racaille» manipulable à merci et versatile à souhait. Dans un monde où chaque individu est mu par son ambition et ses intérêts personnels, Caius Martius Coriolan, le valeureux guerrier romain et le tyr

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Exercice de style

SCENES | Théâtre / Christian Schiaretti n'a une fois de plus pas fait dans l'économie. Il monte pour les élèves de l'ENSATT deux pièces de Robert Garnier pour plus de trois heures de théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 15 avril 2009

Exercice de style

Christian Schiaretti, directeur du TNP et par ailleurs professeur à l'ENSATT est vorace et exigeant. Assisté par Mohamed Brikat, ce n'est pas une pièce mais deux qu'il met en bouche de la 68e promotion de comédiens afin qu'ils apprivoisent l'art de la rhétorique et soient capables de tout jouer ensuite. Pour appliquer cet exercice, il trouve sa matière dans les textes du méconnu Robert Garnier. Dans un XVIe siècle en proie aux guerres de religion, l'auteur choisit de faire écho à cette période via les tragédies grecques et la Guerre de Troie. Il s'inspire notamment du Phèdre de Sénèque, un siècle avant que Racine n'en écrive la version qui fera date. La pièce est en vers, en rimes et truffée de vocables baroques. Tout est donc en place pour compliquer la tâche de ces jeunes acteurs qui travaillent le discours bien plus que le déplacement scénique. Le propos n'est pas là. Ce sera peut-être le cas en juin prochain dans leur dernière création sous la houlette d'Alain Françon. Pour l'heure, un plancher légèrement incliné : voilà leur terrain de jeu avec les panneaux de peinture, baroque là aussi, à jardin et à cour pour leur créer des portes de coulisse. Reste donc le texte, à écouter

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Les coureurs de fond

SCENES | Théâtre / Et de sept ! En créant Le Dépit amoureux et L'Étourdi ou les contretemps, Christian Schiaretti ajoute cette saison deux autres farces de Molière à son (...)

Nadja Pobel | Jeudi 26 février 2009

Les coureurs de fond

Théâtre / Et de sept ! En créant Le Dépit amoureux et L'Étourdi ou les contretemps, Christian Schiaretti ajoute cette saison deux autres farces de Molière à son ouvrage entamé en 2007. Comme précédemment dans Coriolan ou Par-dessus bord, la même troupe de jeunes comédiens entame un nouveau marathon pour servir ces textes en vers délicieux d'intelligence et de vocabulaire désuet (connaissiez-vous ce doux verbe «désatrister» ?). Les intrigues ne se démarquent pas par leur originalité, puisque les quiproquos entre amoureux promis et tromperies vont bon train ; ce qui impressionne ici, c'est la qualité de l'écriture et l'extraordinaire matière à jeu qu'elle constitue pour les acteurs. Molière est un grand joueur, il se régale à construire une mécanique extrêmement fluide de la diction qui permet de jouer en staccato — les syllabes se détachent — et en même temps à grande vitesse, presque trop parfois ; gare au moment d'inattention dont pourrait faire preuve un spectateur ! Le décor de tréteaux, inspiré de celui que Molière trimballait sur les routes de France avant d'être adoubé par Louis XIV, est aussi totalement au service des acteurs. Les portes sont creuses, tous les comédiens sont

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Shakespeare sous toutes ses coutures

SCENES | Théâtre / Comment faire entendre Shakespeare aujourd'hui ? À Lyon, Pascal Mengelle et Christian Schiaretti font raisonner le maître anglais avec la création de Macbeth et la reprise de Coriolan en faisant confiance à des traductions bien différentes. Nadja Pobel (avec AM)

Nadja Pobel | Jeudi 22 janvier 2009

Shakespeare sous toutes ses coutures

Alors que l'Angleterre contemporaine regorge de plumes décapantes et possède une scène théâtrale parmi les plus vivifiantes en Europe, la statue shakespearienne continue de truster les levers de rideaux. Pascal Mengelle, de la compagnie grenobloise La Saillie, et Christian Schiaretti, metteur en scène qui n'a plus à faire ses preuves à la tête d'un TNP actuellement en rénovation, se confrontent au maître pour la première fois. La création de Macbeth par le premier et la reprise de Coriolan, monté en 2006 par le second, proposent des manières bien différentes d'aborder l'œuvre de Shakespeare et de la rendre encore audible aujourd'hui, que ce soit par le choix du traducteur ou le parti pris de la mise en scène (le réalisme face à l'onirisme). Dans les deux cas, il s'agit de mettre en images et en mouvement un homme qui perd la raison au contact du pouvoir, un sujet qui ne cesse d'avoir du sens. Une traduction impossible ?Comment rester au plus près du texte, de son sens, mais aussi de sa construction littéraire et grammaticale en traduisant ces décasyllabes shakespeariens ? André Marcowicz, traducteur rendu célèbre par son travail sur l'œuvre intégrale de Dostoïevski, s'e

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Dans les annales

SCENES | Théâtre / Par-dessus bord de Michel Vinaver est monté au Théâtre National Populaire de Villeurbanne dans son intégralité et pour la première fois en France. Retour sur une œuvre hors de toute mesure. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Jeudi 20 mars 2008

Dans les annales

Une trentaine de comédiens sur le plateau, des musiciens en direct, près de six heures de spectacle, Christian Schiaretti a décidé de créer l'événement avant la fermeture du Théâtre National Populaire pour travaux. En mars 1973, Roger Planchon avait créé Par-dessus bord au TNP, dans une version courte. Trente-cinq ans plus tard, l'actuel directeur du théâtre monte la pièce dans sa version intégrale, pour la première fois en France. L'œuvre est colossale, le projet démesuré, la réussite totale. Christian Schiaretti livre une copie parfaite, une plongée délurée et magistralement interprétée dans l'univers de Vinaver, l'un des plus grands auteurs de théâtre français vivants. Un monde de douceurDébut de la pièce. Nous sommes à la fin des années 60. Rivoire et Dehaze est une entreprise familiale d'une cinquantaine d'employés, leader français sur le marché du papier toilette. Bientôt, l'arrivée d'un concurrent américain bouleverse la donne. À la mort du directeur, deux modèles économiques et idéologiques s'affrontent. La continuité prônée par Olivier, le fils légitime du défunt directeur et le changement, porté par Benoît, le fils illégitime. La victoire de Benoît signe le dé

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Pater noster et arrière-garde

SCENES | Théâtre / Un bien joli texte et une mise en scène bien peu révolutionnaire, Père est une tragédie tout ce qu'il y a de plus propre. En dépit d'une excellente distribution, la pièce manque d'ampleur, transsformant Père en petit drame aux longueurs désarmantes. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 16 mars 2005

Pater noster et arrière-garde

Oublions un instant que le Théâtre National Populaire se couche dans le lit du drame bourgeois et que l'acte créateur ne se donne plus pour objectif d'être novateur. Cessons de vouloir être surpris et entrons dans le texte d'Auguste Strindberg. Père est un petit bijou. Un capitaine et son épouse, Laura, ne parviennent pas à se mettre d'accord au sujet de l'éducation de Bertha, leur fille. Le capitaine, qui a délaissé Dieu pour la science, veut lui donner une éducation laïque et l'envoyer en ville pour qu'elle devienne institutrice, tandis que Laura veut l'élever selon ses propres convictions et lui faire étudier la peinture. L'homme ayant pleins droits sur sa progéniture, Laura va devoir entrer dans un rapport de force qui tournera bientôt à son avantage. Elle va faire douter son mari de sa paternité, le faire passer pour fou aux yeux de tous et réclamer son internement. Une horreur conjugale, chronique d'une haine ordinaire imposée par la société, recherchée par ses victimes comme l'unique salut. Entre pouvoir et dépendance, la procréation apparaît comme un remède à la finitude et la progéniture comme seul accès à l'éternité. L'œuvre interroge l'au-delà pour en souligner la cruell

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Le goût amer de la vengeance

SCENES | Théâtre / Quand le directeur du TNP, Christian Schiaretti, s'attaque à Coriolan, son premier Shakespeare, il ne lésine pas sur les moyens. Le résultat, magistral, est à la hauteur de ses ambitions. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 6 décembre 2006

Le goût amer de la vengeance

Coriolan est une pièce étonnante. Shakespeare n'y montre rien de moins que l'échec de la démocratie et dessine le portrait d'un tyran qui n'a rien à envier à une populace grasse et inculte, une «racaille» manipulable à merci et versatile à souhait. Dans un monde où chaque individu est mu par son ambition et ses intérêts personnels, Caius Martius Coriolan, le valeureux guerrier romain et le tyran en puissance est aussi celui qui agit pour le plus grand nombre. Au moment d'accéder à la charge de Consul, le peuple de Rome ne pardonne pourtant pas à l'homme refusant de se soumettre au plus grand nombre, et chasse celuiqui a refusé la séduction, la démagogie et les paroles caressantes. Coriolan rejoint alors le camp ennemi, celui des Volsques, où il est accueilli comme un héros, avec la ferme intention de détruire le pays qui l'a rejeté. Sous la pression de sa mère, le carnage s'arrêtera aux portes du Capitole, mais personne n'en sortira indemne. Pour mettre en scène ce texte épique, pas moins de trente comédiens déboulent sur le plateau, se rencontrent et s'affrontent, figurant la lutte entre nations et la lutte des classes. Richesse dépouilléeSi l'on excepte le nombre de c

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