Ces corps politiques

Festival Sens Dessus Dessous | En dépit des apparences et des idées reçues, le corps et la danse ont des liens assez directs et forts avec le politique et la vie de la cité. Le 6e Festival Sens Dessus Dessous réunit plusieurs chorégraphes sensibles à ces questions.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 février 2017

Photo : © DR


Si vous êtes un lecteur du philosophe Michel Foucault, de l'anthropologue Marcel Mauss, du géographe Michel Lussault, ou tout simplement du Petit Bulletin (notre récent entretien avec Boris Charmatz), les liens entre danse, corps et politique n'ont pour vous plus rien d'étonnant ni de paradoxal.

Rappelons les mots très simples que le chorégraphe Boris Charmatz employait dans nos colonnes pour en donner un exemple à la fois emblématique et actuel : « La danse peut rassembler beaucoup de gens dans le but de se questionner, de se remettre en mouvement, d'essayer des choses et de changer des postures. À l'heure où notre société est figée par le terrorisme, le chômage, la sécurité, la privatisation, la danse donne des possibilités d'assouplissement. »

Le politique, au sens large, est aussi question de gestes, de distribution des places dans l'espace social, de postures permises ou interdites, de distance, possible ou taboue, entre les uns et les autres... Une grande partie de l'exposition bien nommée Corps rebelles au Musée des Confluences (jusqu'au 5 mars) explore ces questions qui traversent tout le 20e siècle, jusqu'à aujourd'hui...

Cette violence qui nous fonde

La 6e édition du festival Sens Dessus Dessous (consacré aux chorégraphes émergents internationaux) sera largement traversée par des questionnements politiques. Parmi les sept artistes invités, le Biélorusse Arkadi Zaides présentera une étape de travail d'un spectacle interrogeant la notion de frontière (l'espace Schengen notamment), la Rwandaise Dorothée Munyaneza reviendra sur le génocide qui a traumatisé son enfance, et le Franco-Algérien Heddy Maalem nous fera redécouvrir le krump, cette danse urbaine aux allures brutales née à Los Angeles au milieu des années 90, dans un contexte de guerre des gangs et d'émeutes raciales. « Cette danse est une chance car elle est un partage de la violence qui nous fonde et un moyen de la comprendre en se délivrant du discours. » déclare le chorégraphe dans le dossier de presse.

Le festival sera l'occasion de découvrir deux autres créations à forte teneur politique encore : le Belgo-Burkinabè Serge Aimé Coulibaly présentera Kalakuta Republic, pièce pour sept danseurs inspirée par la musique et la biographie de l'activiste et célèbre musicien Fela Kuti, « l'exemple même de l'artiste qui a un rôle social important à jouer, de l'artiste qui est en phase avec sa société et qui la fait avancer » selon le chorégraphe.

L'artiste grecque Patricia Apergi créera quant à elle Cementary, ville imaginaire pour six danseurs relatant la vie des migrants et des sans-abris à Athènes...

Sens Dessus Dessous
À la Maison de la Danse et au Toboggan du 5 au 18 mars

Corps rebelles
Au Musée des Confluences jusqu'au 5 mars


Corps rebelles

La danse contemporaine comme langage universel
Musée des Confluences 86 Quai Perrache Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Papaioannou, dresseur d'émotions au festival Sens Dessus Dessous

Danse | Dédié à la jeune création et aux rencontres entre la danse et d'autres disciplines, le 7e festival Sens Dessus Dessous débute cette semaine avec un spectacle prometteur : The Great Tamer de Dimitris Papaioannou !

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 26 février 2019

Papaioannou, dresseur d'émotions au festival Sens Dessus Dessous

Ancien étudiant aux Beaux-Arts né en 1964, metteur en scène des cérémonies des JO d'Athènes de 2004, auteur de 25 spectacles, le chorégraphe Dimitris Papaioannou est loin d'être un inconnu. Mieux : sa pièce pour onze interprètes, The Great Tamer (mot à mot : le grand dresseur), a fait un tabac au Festival d'Avignon en 2017. Une scène incurvée et instable, recouverte de plusieurs strates de grandes plaques grises, y fait office tout à la fois de champ de fouille archéologique, de cimetière et de sol anthropologique. « The Great Tamer explore une thématique archéologique : il s’agit de creuser et d’enterrer, puis de révéler des actions métaphoriques pour parler de l’identité, du passé, de l’héritage et de l’intériorité subconsciente. » indique Dimitris Papaioannou dans le dossier de presse. Enfouir et déterrer, perdre et retrouver, disparaître et ressurgir sont les couples rythmiques et thématiques de cette pièce tout à la fois légère et tragique. Distortions Nourri d'histoire de l'art, de tragédie grecque, d’histoire de la danse et du cirque,

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Dominique Hervieu : « tant mieux si la danse s’empare des sujets actuels »

Sens Dessus Dessous | La Maison de la Danse se la joue Sens Dessus Dessous comme chaque début de printemps et s’offre un pas de côté régénérant pour voir de la danse autrement. Dominique Hervieu (sa directrice et programmatrice) invite à la curiosité pour (re)découvrir des artistes, souvent radicaux et jusqu’au-boutistes, qui expérimentent autour du mouvement vers de nouveaux territoires artistiques.

Anne Huguet | Mardi 20 février 2018

Dominique Hervieu : « tant mieux si la danse s’empare des sujets actuels »

Comment concevez-vous la programmation de Sens Dessus Dessous ? Dominique Hervieu : Ce qui m’importe ici, c’est de montrer d’autres aspects de la danse. Des œuvres moins fédératrices, à voir sur des jauges réduites (de 300 à 400 places). Ma programmation est bien sûr liée à l’actualité de la création. C’est aussi fonction des artistes que je souhaite accompagner. Je pense à Oona Doherty ou Jann Gallois (artistes associées dans le cadre du Pôle Européen de Création). S’ajoutent à cela les vrais coups de cœur. Comme Nacera Belaza. Elle viendra au Musée des Confluences faire vivre aux visiteurs une expérience assez unique. Il y a dans sa démarche un rapport vraiment contemporain associé à une dimension répétitive, spirituelle et même ethnographique. Les femmes, au cœur de votre programmation ? J’ai souhaité mettre en avant cette nouvelle génération de jeunes femmes chorégraphes (Jann Gallois, Oona Doherty) qui incarne un vrai renouveau féminin dans la création artistique internationale. Souvent issues du mouvement hip-hop, elles s’en éloignent et s’en émanci

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Le rythme dans le moi-peau

Le Moi de la Danse | Les Subsistances présentent la deuxième édition du passionnant rendez-vous Le Moi de la Danse : un festival de soli, où le moi se fait dansant, vibrant, changeant.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 janvier 2017

Le rythme dans le moi-peau

Et si, plutôt que de nous figer dans nos peurs et nous réfugier dans l'immobilité, nous inventions un "moi" dansant, plus souple dans son rapport à lui-même et aux autres ? Le chorégraphe Boris Charmatz nous y invite comme, plus largement, ce festival des Subsistances où il est invité : Le Moi de la Danse. Ce festival rassemble des artistes émergents (comme Fouad Nafili) et d'autres plus renommés (Carolyn Carlson) autour de ces questions de l'identité, singulière et plurielle à la fois. Depuis, au moins, l'écrit de l'anthropologue Marcel Mauss, Les techniques du corps, l'on sait les constructions historiques et relatives de nos postures corporelles et de nos façons de nous mouvoir. L'on sait aussi la possibilité

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Se remettre en mouvement avec Boris Charmatz

Le Moi de la Danse | Boris Charmatz est de retour aux Subsistances, pour un grand entretien et la reprise d'un solo de Tino Sehgal. Le chorégraphe revient sur son parcours, sa perception de la danse et son univers, trop rapidement qualifié de danse conceptuelle.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 janvier 2017

Se remettre en mouvement avec Boris Charmatz

On vous attribue souvent l'étiquette "danse conceptuelle". Est-ce qu'elle vous correspond vraiment ? Boris Charmatz : Au-delà de toutes les étiquettes (danse conceptuelle, non-danse...) je suis, et je me ressens avant tout, comme un danseur. J'ai commencé à douze ans, j'ai quitté ma famille pour aller danser, j'ai été formé au Ballet de l'Opéra de Paris et au Conservatoire de Lyon, je suis devenu professionnel à dix-sept ans... Aujourd'hui encore, je danse pour d'autres chorégraphes comme Anne Teresa De Keersmaeker ou Tino Sehgal. C'est à partir de la danse que j'ai pu écrire, lire, penser, faire des choses variées. Celle-ci est pour moi un endroit de pensée et pas seulement de pratique physique. J'adore transpirer dans un studio de répétition, j'aime aussi parallèlement interroger la place du corps et du danseur. Et vous aimez aussi bousculer les règles du spectacle, briser les frontières artistiques ? J'aime l'art tout terrain.

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Moi de la Danse, deuxième

SCENES | Explorant la pluralité des identités à travers le mouvement, le festival Le Moi de la Danse, lancé par les Subsistances, invite (du 26 janvier au 12 février) (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 décembre 2016

Moi de la Danse, deuxième

Explorant la pluralité des identités à travers le mouvement, le festival Le Moi de la Danse, lancé par les Subsistances, invite (du 26 janvier au 12 février) plusieurs chorégraphes à présenter des pièces, des conférences, des workshops... Avec cette année, la grande dame de la danse Carolyn Carlson, le suisse Thomas Hauert, le trublion Boris Charmatz et une création de Maud Le Pladec. Les Subsistances organisent aussi un "lancer de festival" autour d'un apéritif et des cours de danse-minute le jeudi 12 janvier à 19h (entrée libre sur réservation).

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Peeping Tom : la danse des âmes fêlées

SCENES | Vader de l'étonnante compagnie Peeping Tom ouvre la nouvelle édition du Festival Sens Dessus Dessous, consacré aux formes chorégraphiques singulières et aux chorégraphes émergents.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 mars 2016

Peeping Tom : la danse des âmes fêlées

Quand l'âme humaine est malade ou fêlée, pour en faire le diagnostic comme pour tenter de la soigner, il est bon de la laisser s'exprimer à travers tous ses modes d'expression possibles, semble nous dire la compagnie franco-belge Peeping Tom. Concomitamment, ou successivement : par l'image (théâtrale, cinématographique ou encore surréaliste), par la parole dramatique, le chant et la musique, le mouvement et la danse. Vader (premier volet d'une trilogie sur la famille : Père-Mère-Enfants) nous plonge dans la grande salle des pas perdus d'une maison de retraite. Un espace à priori peu glamour que Peeping Tom met en scène comme une sorte de purgatoire, de limbes Lynchiennes, entre la vie et la mort, la fête et le désespoir. Un fils y traîne littéralement, en début de spectacle, son vieux père qui deviendra dans ces lieux une figure de "patriarche" : tour à tour mythique, moqué, divin, ridicule... Entre rêve et réalité Est-il un être d'exception ou un être délirant ? « La pièce joue sur ce fossé grandissant entre la perception et la réalité dans le corps en déclin et le cerveau sénile. Le temps semble rale

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Un sacré printemps de danse

SCENES | C'est pour le moins un sacré début de printemps qui s'annonce à Lyon dans le domaine de la danse avec, notamment, la reprise de May B, chef-d’œuvre de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 mars 2015

Un sacré printemps de danse

C'est pour le moins un sacré début de printemps qui s'annonce à Lyon dans le domaine de la danse avec, notamment, la reprise de May B, chef-d’œuvre de Maguy Marin, au Ramdam (du 7 au 11 avril) et la transmission de Drumming Live, pièce majeure d'Anne Teresa de Keersmaeker, au Ballet de l'opéra (du 7 au 11 avril). Auparavant, deux festivals regroupés sous l'intitulé "Printemps de la création" permettront aux amateurs de découvrir une multitude de chorégraphes émergents ou d'artistes proches de la danse. Á la Maison de la danse et hors ses murs, Sens dessus dessous nous fera voyager de l’œuvre choc de Christian Rizzo inspirée du folklore turc à la mémoire de l'Afrique du Sud chorégraphiée par Gregory Maqoma en passant par le plus local mais toujours drôle et truculent Denis Plassard. Le Lyonnais reprend Chalet d'après un texte d'André Baillon, œuvre dépeignant avec humour le quotidien d'un hôpital. Aux confins de la danse, le duo Your Majesties met lui en mouvements le discours de Barack Obama pour la réception du Prix Nobel de la paix en 2009, tandis que le trublion Antoine Defoort se lancera dans une désopilante conférence

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Aux bords de la folie

SCENES | L'art, la danse et l'écriture qui aspirent à la transe, au mouvement des identités et des images, courent aussi le danger de l'informe, du trou noir d'un (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 25 mars 2014

Aux bords de la folie

L'art, la danse et l'écriture qui aspirent à la transe, au mouvement des identités et des images, courent aussi le danger de l'informe, du trou noir d'un miroir sans reflet. Le fondateur des Ballets C. de la B. (entité trans-disciplinaire par excellence, entre danse et théâtre), Alain Platel, s'est souvent confronté aux bizarreries de l'hystérie et de la déraison. Vsprs par exemple, en 2006, en reprenait les gestes singuliers aux secousses spasmodiques. Platel se veut plus largement le défenseur d'une «danse bâtarde», demandant à ses danseurs de puiser leurs mouvements au moment où ils se «blottissent dans ce coin de cerveau encore préservé de toute civilisation». Sa nouvelle pièce, Tauberbach, part à nouveau sur les traces de la folie, avec l'histoire d'Estamira, schizophrène brésilienne ayant développé son propre mode de communication et survivant au milieu d'une décharge à Rio de Janeiro. «Tauberbach est l'histoire d'une femme qui est épluchée. Une femme qui mène sa vie à l'intérieur de sa tête mais qui, au fur et à mesure, découvre son corps» précise ainsi Koen Tachelet, dramaturge de la pièce. Si Alain Plate

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Douces transes

SCENES | Quand il n'est plus d'imitation, l'art de la danse met en mouvement et en transformation certitudes, représentations et identités. Sur le modèle de la transe, l'artiste multimédia Ulf Langheinrich, invité du festival Sens dessus dessous, et la chorégraphe Vânia Vaneau, programmée par Chaos danse, nous proposent, chacun à leur manière, un accès à la métamorphose. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 25 mars 2014

Douces transes

L'époque, vous l'aurez noté, est au "trans" : transculturalité, transnationalité, transdisciplinarité, transgenre, transidentité... L'étymologie latine indique qu'il s'agit d'une attirance pour «l'autre côté», anciennement celui des dieux et du surnaturel avec le chamanisme et les rites de possession, aujourd'hui celui de l'autre culture (métissage), de l'autre sexe, de l'autre à l'intérieur de soi (le «Je est un autre» de Rimbaud), de l'autre du réel (le virtuel, le simulacre numérique cher à Jean Baudrillard). Quand, dans son livre fracassant Les Renards pâles (Gallimard, 2013), Yannick Haenel imagine une insurrection politique, celle-ci prend la figure d'une grande marche tribale et masquée, proche de la transe, dont l'un des buts est d'échapper à la réduction à l'identique, au "même côté" : « Nous nous mêlions ainsi les uns aux autres, dans une confusion tranquille, sans chercher aucune unité. La communauté, si elle existe, déjoue la clôture ; et c'est ce qui avait lieu : l'absence d'identité absorbait l'espace ».   Le philosophe Michel Fouc

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La danse s’éclate

SCENES | Après le passé (le Boom des années 80), la Maison de la danse se tourne vers l’avenir avec le festival Sens dessus dessous. Et invite cinq compagnies «qui (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 16 mai 2013

La danse s’éclate

Après le passé (le Boom des années 80), la Maison de la danse se tourne vers l’avenir avec le festival Sens dessus dessous. Et invite cinq compagnies «qui questionnent les formes scéniques, qui s’interrogent sur la fonction de l’art aujourd’hui et jouent avec les frontières des disciplines». On passera ainsi allégrement du nouveau one woman show (chant, danse, humour) d’Eugénie Rebetez, toute en rondeurs et truculences, aux manipulations mentales du magicien Thierry Collet ou à la "nature morte" dansée par le Nigérian Qudus Onikeku… Pour mieux brouiller les frontières encore, la compagnie belge Fabuleus reprendra son spectacle We Dance to Forget, fête déjantée nourrie pêle-mêle d'électro dancefloor, de rock et des grands classiques de la danse ! Au-delà de la révolte des chorégraphes de la non-danse des années 1990 (Alain Buffard, Boris Charmatz…), éclot une nouvelle génération d’artistes ouverts à bien des influences, bourrés d’énergie et n’hésitant pas à renouer avec l’expressionnisme, la narration, la "danse qui danse". On sera particulièrement attentif à la venue du Québécois Frédéri

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