Klaus Michael Grüber, vivant !

Opéra | Parfois, très rarement, dans cet art si éphémère qu'est le théâtre et a fortiori l'opéra, ressurgissent de grands metteurs en scène. Neuf ans après sa mort, Klaus Michael Grüber revit avec la reprise de son Couronnement de Poppée. Esquisse de ce que fut ce maître des scènes européennes.

Nadja Pobel | Mardi 14 mars 2017

Photo : © Ruth Walz


Il y a d'abord une aura, celle que convoque son nom. Klaus Michael Grüber dont les cendres ont été réparties sur Belle-Île-en-Mer un jour de juin 2008, juste après sa mort des suites d'un cancer, est un pan du théâtre. Celui d'une exigence et d'une intemporalité qui permet notamment aujourd'hui à son assistante Ellen Hammer, aux commandes de la reprise du Couronnement de Poppée de ne pas craindre une « entreprise muséale ». Sans jamais adapter ou contemporanéiser les textes qu'il a pu monter, il a su leur donner une nouvelle lecture comme cette Bérénice qui a entendu bien des fauteuils claquer avant de devenir un classique à son tour.

En 1984, invité à la Comédie Française, il avait donné à l'héroïne racinienne une allure presque métallique en confiant cette indication à la protagoniste principale Ludmila Mikaël : « la parole froide, le cœur brûlant ». Né en 1941 au bord du Neckar (Bade Würtemberg) dans une Allemagne aux mains des nazis, Grüber, apprenti-acteur au Conservatoire de Stuttgart, est rapidement parti en Italie où il devient l'assistant de Giogio Strehler, alors directeur du lieu-phare du théâtre continental : le Piccolo Teatro de Milan. Il travaillera notamment sur L'Enlèvement au sérail de Mozart, ce qui lui sera précieux lorsqu'en fin de carrière il ne consacrera quasiment plus qu'exclusivement à l'art lyrique.

L'enfance nue

Ses phrases sibyllines prononcées lors de répétitions très cadrées (costumes définitifs sur le dos des comédiens placés dans le décor déjà en place, pas de prolongation de discussions au-delà des créneaux horaire prédéfinis) ont fait sa légende mais surtout sa force. Évitant toute psychologisation, il a pu confier à Otto Sander, son comédien dans Les Légendes de la forêt viennoise d'Horvath, Les Bacchantes d'Euripide ou Amphitryon de Kleist, soucieux de savoir comment faire abstraction du public : « imagine que tu es en Sardaigne face aux champs de blés avec un soleil rougeoyant se couchant ».

Et si les mots sont pour lui des armes, le corps ne l'est pas moins, faisant parfois marcher pendant des heures sa troupe en répétition, une forme de mise à nue extrême, celle de l'enfance. En Allemagne, il s'installe en 1972 à la Schaubühne dont il fait avec son complice Peter Stein un lieu de modernité totale (dont a "hérité" bien plus tard Thomas Ostermeier).

Habitué du Festival d'automne parisien, il emmène aussi le théâtre hors de ses murs comme dans l'OlympiaStadion de Berlin, en 1977. Dans cette arène construite en 36 pour la propagande hitlérienne des Jeux olympiques, avec Voyage d'hiver (d'après Hypérion), il fait résonner les mots d'Höldelin, récupéré en son temps par les nationalistes-socialistes et le rend ainsi à ses compatriotes. La re-création de cet opéra datant de 1999, né à Aix, est une occasion unique de renouer avec l'esthétique et l'univers de ce metteur en scène majeur.

Le Couronnement de Poppée
Au TNP dans le cadre du festival Mémoires du 16 au 19 mars


Le Couronnement de Poppée

De Claudio Monteverdi, dir mus Sébastien d'Hérin, ms Klaus Michael Grüber
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Voyage dans la mémoire de l'opéra

Opéra de Lyon | Mettez trois œuvres mythiques dans un même espace temps, ajoutez trois metteurs en scène encore plus mythiques, laissez passer quelques décennies et faites les revivre dans un Festival Mémoires.

Pascale Clavel | Mardi 28 février 2017

Voyage dans la mémoire de l'opéra

C'est un incroyable triptyque que propose Serge Dorny à l’Opéra de Lyon : on connaissait le goût du directeur pour les festivals exotiques et décalés, mais cette fois le pari semble plus audacieux. Il suppose que l’on ne nous serve pas du réchauffé, du déjà vu, de la chose artistique fanée et cela suppose aussi que nous soyons encore surpris. Que peut-on faire pour sauvegarder la mémoire d’un spectacle ? Qu'en garde-t-on ? Qu’oublie-t-on ? Les trois grands metteurs en scène d’origine sont morts : comment préserver la mémoire de leur spectacle ? Comment reconstruire sans refaire à l’identique ? La re-création est un risque : de figer le spectacle une fois pour toute, d'en perdre la vitalité. Il faut imaginer ces reprises comme des reconstructions de mises en scène mythiques, qui vont être réanimées par les collaborateurs des artistes d’origine. Le chemin est tout tracé mais il faut savoir l’agrémenter, le réactualiser pour que les spectacles parlent aux spectateurs d’aujourd’hui, jouer d’un côté sur la mémoire, mais aussi sur le neuf : les interprètes étant eux-mêmes nouveaux. Mémoire vive L’Opéra de Lyon réunit-là trois

Continuer à lire

Opéra de Lyon : cinq coups de cœur pour la prochaine saison

Opéra | La programmation lyrique de la prochaine saison de l’Opéra de Lyon est révélée : parmi les neuf productions proposées, cinq d'entre elles ont particulièrement éveillé notre intérêt.

Yannick Mur | Mardi 26 avril 2016

Opéra de Lyon : cinq coups de cœur pour la prochaine saison

L’Ange de Feu Par Sergueï Prokofiev. L’auteur de Pierre et le Loup ou encore de Roméo et Juliette possède un sens de l'orchestration, du rythme et de la mélodie qui lui confère un style personnel et unique. La partition elle-même est une histoire : composée entre 1918 et 1927, elle ne verra le jour qu'en 1954, un an après la mort du compositeur. C'est une œuvre bouleversante qui oscille entre passion hystérique, possession diabolique et élans mystiques. Pour interpréter le personnage de Renata, rôle très exigeant sur le plan vocal, c'est Ausrine Stundyte qui sera sur scène. Elle nous avait impressionné dans Lady Macbeth de Mzensk en janvier dernier, nul doute qu’elle saura camper une Renata avec autant d'engagement. Du 11 au 23 octobre 2016 Tristan et Isolde Le chef-d’œuvre de Richard Wagner dont on ne se lasse pas. Du somptueux prélude (utilisé par Lars Von Trier dans Melancholia), jusqu’au Liebestod final d'Isolde, qui est l'un des sommets de l'histoire de l'art lyrique, le maître de Bayreuth tisse une musique envoû

Continuer à lire