Les événements : à fleuret moucheté

Théâtre | Retour sur la vie d'un tueur fou dans Les Événements, pièce du dramaturge contemporain écossais David Greig. Si Romane Bohringer s'y épanouit, le spectacle manque de fluidité.

Nadja Pobel | Mardi 23 mai 2017

Photo : © Eric Didym


À 48 ans, David Greig est un auteur reconnu par ses pairs, passé par la Royal Shakespeare Company ou le Royal Court de Londres. Avec Lune jaune, la ballade de Leila et Lee, il racontait avec onirisme la réalité crue de deux ados paumés, profondément touchants, laissés sur le bas-côté par une société britannique trop sèche pour entourer ses enfants. Baptiste Guitton, au TNP en 2014, en avait fait une adaptation stylisée et déjà en musique. Car David Greig aime adjoindre à son travail des chansons (comme les dix chanteurs de gospel de sa version des Bacchantes).

Avec Les Événements, son dernier texte en date (créé dans le cadre du festival RING de Nancy il y a tout juste un an par Ramin Gray) il donne même la moitié du temps de jeu ou presque à une chorale qui, chaque soir, change. Romane Bohringer est pasteur, chef de chœur, rescapée d'une tuerie perpétrée par l'un de ses élèves. Lointainement inspirée de l'acte terroriste d'Anders Behring Breivik en Norvège, cette pièce progresse par saccades. Si l'actrice ne joue qu'un seul rôle, son partenaire (le fantastique Matthieu Sampeur, déjà impeccable dans La Mouette d'Ostermeier) endosse les costumes de l'assassin mais aussi de son père - un homme politique d'extrême-droite, de la petite amie de Claire, d'un animal même, le temps de quelques secondes. Et la chorale d'être partie prenante de ce déroulement...

Désaccordé

Si cette idée de mixer le jeu et le chant est pertinente dans son énoncé, sur le plateau, c'est une autre histoire. Car, avec un texte haché menu, bien plus suggestif que concret, difficile de se permettre une telle différence de jeu. Briefés seulement deux heures avant leur entrée en scène, les membres de la chorale n'interviennent pas seulement en chantant mais aussi en donnant la réplique aux comédiens. Et la générosité, même mêlée à de solides répétitions des chansons, ne peut pas tout.

Ce fonctionnement induit des ruptures de rythme ou pire, parfois, des "tunnels" qui entravent la narration et la force d'un propos qui n'en manque pourtant pas. Dans les derniers instants, Romane Bohringer (Claire) fait face à ce meurtrier qu'elle tente de percer à jour. « Pourquoi ? » lui demande-t-elle. Mais ce supposé acmé n'a pas la force dramatique escomptée.

Et de nous remémorer une autre pièce sur un fait divers tragique, 20-Novembre de Lars Noren, dans une mise en scène - et une scénographie - sobres mais implacables de Simon Delétang.

Les Événements
Aux Célestins jusqu'au 27 mai


Les Evènements

De David Greig, ms Ramin Gray. L'existence de Claire, une prêtre bienveillante, vacille lorsqu'elle rencontre un jeune homme qui tire sur ceux qu'il considère comme n'étant pas d'ici
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Auto-psy d’un couple : "L'Amour flou"

Ex tape | de et avec Romane Bohringer & Philippe Rebbot (Fr, 1h37) avec également Rose et Raoul Rebbot-Bohringer…

Vincent Raymond | Lundi 8 octobre 2018

Auto-psy d’un couple :

Il se sont aimés, ont eu beaucoup enfants (enfin… deux), et puis le quotidien a passé l’amour à la machine. Alors, avant de se détester trop, Romane et Philippe envisagent une séparation de corps mais pas de logis : un appartement chacun, réuni par la chambre des enfants. Une utopie ? L’histoire quasi vraie d’une famille attachante, racontée presque en direct par les intéressés, dans leur ton brouillon d’adulescents artistes, inventant un modèle “désamoureux“ hors normes. Ce qui pourrait ressembler à une soirée diapos prend tout de suite un peu de relief quand les protagonistes sont connus, et que la majorité de leurs parents et amis le sont aussi. Alors, si L’Amour flou tient de la succession de sketches plutôt gentils et tendres, sans auto-complaisance ; il est parfois indiscret, mais pas impudique. Fidèle, sans doute, à ce que dégagent ces deux parents bobos (bourgeois-bohème) et foufous (fouillis-foutraque). Toutefois, on relève (en la regrettant) une faute de goût dans ce film somme toute sympathique : la participation dans son propre rôle de

Continuer à lire

Pôle les mains ! : "Vaurien"

Huis clos | de et avec Mehdi Senoussi (Fr, 1h30) avec Romane Bohringer, Carlo Brandt, Lizzie Brocheré…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Pôle les mains ! :

Lassé d’être discriminé à l’embauche, un chômeur diplômé d’origine arabe prend en otage l’agence Pôle Emploi de Vénissieux. Pendant les quelques heures que dure son acte désespéré, il tente de faire passer son message en direct sur une radio locale, puis de négocier une rançon… Comédien et déjà auteur de plusieurs courts (ainsi que d’un long-métrage), le Lyonnais Mehdi Senoussi ne s’est pas ménagé pour diriger et interpréter ce film, dont on suppose la haute résonance symbolique personnelle : le propos, clairement social et politique, est intégré dans une intrigue de polar. Malheureusement, sa sincérité évidente n’occulte pas les incertitudes d’une réalisation peinant à transcender le huis clos, l’intrigue eût en effet davantage convenu à un format court. Son délayage tristounet est certes un peu racheté par le twist final. Et l’on reconnaît à Senoussi une obstination certaine et le talent d’avoir su en fédérer d’autres autour de lui comme Romane Bohringer, Carlo Brandt ou Pascal Elbé.

Continuer à lire

Les Rois du monde

ECRANS | De Laurent Laffargue (Fr., 1h40) avec Sergi López, Céline Sallette, Éric Cantona, Romane Bohringer…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2015

Les Rois du monde

Jeannot Sanchez est du genre sanguin : il a passé du temps en prison pour avoir tranché à la hache les doigts d’un type qui s’étaient égarés sur l’épaule de sa compagne Chantal. Mais comme pendant son incarcération, Chantal s’est mise en ménage avec Jacky, le boucher du coin, Jeannot s’emploie à la reconquérir. À sa manière taurine et anisée… Derrière sa bonhomie coutumière, on avait presque oublié le Sergi López inquiétant de Harry, un ami qui vous veut du bien (2000), capable d’une animalité furieuse et ravageuse. Avec Les Rois du monde, Laurent Laffargue se fait fort de nous rafraîchir la mémoire dans ce film étrange qui, s’il se nourrit volontiers d’un pittoresque local (Casteljaloux, dans le Sud-Ouest de la France), ne saurait se réduire à de la "gasconnerie" folklorique. Car c’est tout un climat qu’il suscite et ressuscite, rappelant ce cinéma des années quatre-vingt en travaillant la pesanteur atmosphérique rurale comme un personnage (L’Été meurtrier, 37°2 le matin ou L’Été en pente douce). Quant aux "rois" de ce monde, ce sont en réalité de petits seigneurs dérisoir

Continuer à lire

Crime et sentiments

SCENES | L’an dernier, Valérie Marinese avait ficelé avec Bouh un très émouvant spectacle. Drôle mais sous-tendu par une trame politique très dure, à la manière d'un film de (...)

Nadja Pobel | Mardi 9 décembre 2014

Crime et sentiments

L’an dernier, Valérie Marinese avait ficelé avec Bouh un très émouvant spectacle. Drôle mais sous-tendu par une trame politique très dure, à la manière d'un film de Ken Loach, il nous faisait découvrir au passage un auteur britannique contemporain passionnant, Mike Kenny. D’une certaine manière, Baptiste Guiton s'est livré à ce même travail de défrichage au TNP il y a dix mois, en adaptant avec sa jeune et bien-nommée compagnie du Théâtre Exalté le texte d'un autre dramaturge anglo-saxon actuel : Lune jaune, la ballade de Leila et Lee, fable sociale mi-réaliste et mi-onirique – et parfois alourdi par une utilisation abusive de la troisième personne du singulier – de l’Ecossais David Greig. Soit une jeune fille silencieuse et solitaire qui tombe dans les bras d’un ado renfrogné et bien décidé à retrouver le père qui les a abandonnés lui et sa mère quand il était gamin. Soundain, ce qui pourrait n'être qu'une chronique se mue en un véritable récit quand ces gosses bringuebalés par l’existence se retrouvent pris dans un fait divers. Il faut alors in

Continuer à lire

Labiche deux fois

SCENES | Critique / Pierre Pradinas met en scène deux courtes pièces d’Eugène Labiche au Théâtre de la Croix-Rousse, 29 degrés à l'ombre et Embrassons-nous Folleville. Deux pièces radicalement différentes pour un voyage d’1h40 dans l’univers de l’auteur. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 15 mars 2010

Labiche deux fois

Tout commence dans le jardin d’une propriété cossue, un dimanche où l’on s’ennuie ferme chez Monsieur de Pomadour, comme on s’ennuie ferme tous les dimanches chez Monsieur de Pomadour. Effet de la chaleur excessive (29 degrés à l’ombre) sans doute, les débordements ne se font pas attendre. Un invité qui ne l’était pas coutissé la maîtresse de maison tandis que son lâche époux tente par tous les moyens de ne pas sauver son honneur. La tension entre les personnages s’exacerbe, et puis, et puis rien ! À peine un regard pas si innocent en direction du jardinier et chacun reprend le cours de sa morne existence. Pierre Pradinas propose une version «moderne» de cette courte pièce de 30 minutes (des acteurs en costumes de ville, une pelouse qui peut évoquer n’importe quel jardin) et créé un décalage d’autant plus grand avec la pièce qui suit immédiatement 29 degrés à l’ombre. Danse de coupleLe temps d’un changement de costumes et de décors écalir et les acteurs réapparaissent sur scène. Autres lieux, autres temps, Embrassons-nous Folleville nous transporte chez le marquis de Manicamp qui s’est mis en tête de marier son impétueuse fille Berthe au pauvre Folleville qui en aime un

Continuer à lire

«Ne pas devenir des vieux acteurs tout pourris»

SCENES | Propos / Romane Bohringer, comédienne, interprète deux rôles deux femmes aux antipodes dans les deux Labiche mis en scène par Pierre Pradinas. Propos recueillis par DA

Dorotée Aznar | Samedi 13 mars 2010

«Ne pas devenir des vieux acteurs tout pourris»

Pierre PradinasPierre est un metteur en scène que j’aime et avec lequel j’adore travailler. J’aime ses imperfections, sa folie. Le théâtre qu’il propose est extrêmement vivant et spontané. C’est avec lui que j’ai découvert Labiche, je n’avais jamais vu, ni jamais lu une pièce de Labiche. Pour Pradinas, il ne faut pas chercher à être drôle, la drôlerie vient de la justesse. C’est Labiche qui est drôle, les acteurs doivent simplement servir le texte. Pierre ne veut pas imprimer sa patte, il veut juste raconter la pièce, c’est pourquoi la scénographie est très simple et le jeu est très simple également. Pierre ne fait rien «par-dessus» l’auteur. Deux femmesLes deux pièces présentées sont vraiment très différentes : il y a une pièce «contemporaine» et une pièce en costumes. Une pièce un peu folle, très courte et dans laquelle il ne se passe finalement rien et une autre qui répond aux critères du vaudeville. Dans la première, «29 degré à l'ombre», je suis Madame de Pomadour, une sorte de Madame Bovary qui s’ennuie dans sa petite vie bourgeoise. Dans «Embrassons-nous Folleville !», j’interprète le rôle de Berthe, une rebelle, que j’imagine un peu comme une adolesce

Continuer à lire

Il revient (il paraît)

MUSIQUES | Théâtre / Fans de Grosquick, collectionneurs d'autocollants Panini ou lecteurs des multiples épisodes du Club Des 5 (uniquement en Bibliothèque rose, bien (...)

| Mercredi 20 décembre 2006

Il revient (il paraît)

Théâtre / Fans de Grosquick, collectionneurs d'autocollants Panini ou lecteurs des multiples épisodes du Club Des 5 (uniquement en Bibliothèque rose, bien sûr) ; bref tous ceux qui n'ont pas encore réussi à dire adieu aux héros du passé devraient en avoir les larmes aux yeux. Presque un siècle après sa naissance, Fantômas revient. Et en musique, s'il vous plait. Gabor Rassov s'est en effet attelé à une vaste entreprise de résurrection du superhéros superméchant, caméléon malfaisant aux multiples visages en un feuilleton théâtral épique et chanté en seize tableaux. Enfant illégitime de la série noire (bien que B) et de la comédie musicale cheap, ce nouvel épisode de Fantômas s'annonce un poil kitchoune, mais assurément décalé. Le génie du mal n'a pas changé de tailleur et revient avec le costard et la cape, pour devenir le père de l'humanité. Dans ce but, il va tenter d'exterminer tous les êtres humains à l'exception de sa fille Hélène, clonée en millions d'exemplaires. Et la fifille du monstre n'est autre que la douce Romane Bohringer, désormais habituée des planches du théâtre de la Croix-Rousse. Relativement novice quant il s'agit de pousser la chansonnette, elle sera accompagnée

Continuer à lire