Dominique Hervieu : « tant mieux si la danse s'empare des sujets actuels »

Sens Dessus Dessous | La Maison de la Danse se la joue Sens Dessus Dessous comme chaque début de printemps et s’offre un pas de côté régénérant pour voir de la danse autrement. Dominique Hervieu (sa directrice et programmatrice) invite à la curiosité pour (re)découvrir des artistes, souvent radicaux et jusqu’au-boutistes, qui expérimentent autour du mouvement vers de nouveaux territoires artistiques.

Anne Huguet | Mardi 20 février 2018

Photo : © David Mambouch


Comment concevez-vous la programmation de Sens Dessus Dessous ?
Dominique Hervieu : Ce qui m'importe ici, c'est de montrer d'autres aspects de la danse. Des œuvres moins fédératrices, à voir sur des jauges réduites (de 300 à 400 places). Ma programmation est bien sûr liée à l'actualité de la création. C'est aussi fonction des artistes que je souhaite accompagner. Je pense à Oona Doherty ou Jann Gallois (artistes associées dans le cadre du Pôle Européen de Création). S'ajoutent à cela les vrais coups de cœur. Comme Nacera Belaza. Elle viendra au Musée des Confluences faire vivre aux visiteurs une expérience assez unique. Il y a dans sa démarche un rapport vraiment contemporain associé à une dimension répétitive, spirituelle et même ethnographique.

Les femmes, au cœur de votre programmation ?
J'ai souhaité mettre en avant cette nouvelle génération de jeunes femmes chorégraphes (Jann Gallois, Oona Doherty) qui incarne un vrai renouveau féminin dans la création artistique internationale. Souvent issues du mouvement hip-hop, elles s'en éloignent et s'en émancipent, mais elles sont fortes et on ne peut pas passer à côté d'elles. En même temps, je voulais programmer cette pièce And so you see… (jamais vue à Lyon) de Robyn Orlin avec un performer transgenre hallucinant. Oui, il s'agit de regards de femmes avec une vraie dimension politique. Et tous leurs partis-pris et positions très affirmés m'intéressent.

Une édition particulièrement sérieuse?
C'est l'actualité de la création qui veut cela. Ces jeunes artistes trentenaires sont des produits de la société actuelle. Elles ont été confrontées aux crises financières, aux nouvelles façons de produire des œuvres. Elles sont sur des engagements citoyens très forts. Alors cela se ressent dans leurs œuvres. Avec sans doute des pièces qui vont faire débat à la clé. Je pense à Maguy Marin avec son Deux mille dix-sept. Extrêmement engagé et frontal. Tant mieux si la danse s'empare de façon aussi directe des sujets actuels.

Un festival qui pose le principe d'une « danse comme lieu de réflexion politique » ?
Oui, même si certaines sont moins directes que d'autres. Jann Gallois exprime esthétiquement un sujet très politique (le vivre ensemble, la capacité des êtres humains à créer du commun), mais elle le résout en cherchant du mouvement. Car c'est une chercheuse de mouvement. Son point de départ est sous forme de contrainte ou d'une image (être lié les uns aux autres) et de là, à partir d'improvisations extrêmement rigoureuses, elle déploie une syntaxe et un langage. Alors que chez Maguy Marin c'est direct, frontal et totalement assumé. Robyn Orlin, quant à elle, aborde cette dimension politique par l'humour et le portrait ; elle réussit à questionner des sujets forts (l'homophobie, la discrimination en Afrique du Sud).

Une suggestion pour faire le grand écart dans la programmation ?
Je dirai Robyn Orlin et Jann Gallois. Deux générations, un vrai grand écart. La pièce de Robyn, plus proche de la performance que de la danse, est plutôt théâtrale car ce qui importe c'est le message. A contrario Jann crée du mouvement, elle est dans la filiation de la danse post-moderne.

Festival Sens Dessus Dessous : Women !
À la Maison de la Danse, Pôle En Scènes et Musée des Confluences du 22 février au 5 mars


Les chemins de traverse du Festival Sens Dessus Dessous

Dominique Hervieu et la Maison de la Danse annoncent la couleur : l'édition 2018 sera féminine (Jann Gallois, Oona Doherty), militante et politique avec des œuvres engagées qui risquent de faire débat. Tel le Deux mille dix-sept de Maguy Marin qui pourrait être aussi intense physiquement pour les danseurs que mentalement pour le public. Tout aussi décoiffant le solo ambiance queer d'Albert Ibokwe Khoza (danseur, acteur et guérisseur) ou le travail prometteur - entre danse et techno, film et performance - du jeune collectif (La) Horde. Pour esprits libres et curieux.


And so you see...

Our honourable blue sky and ever enduring sun... can only be consumed slice by slice, chor Robyn Orlin
Maison de la Danse 8 avenue Jean Mermoz Lyon 8e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Deux mille dix sept

Par la Cie Maguy Marin
Maison de la Danse 8 avenue Jean Mermoz Lyon 8e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Hope Hunt & The Ascension into Lazarus

Chor Oona Doherty
Maison de la Danse 8 avenue Jean Mermoz Lyon 8e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Lyon : les Ateliers de la Danse seront adossés au groupe scolaire Kennedy

Danse | L'opposition a grincé après l'annonce de l'abandon du projet d'Ateliers de le Danse dans l'ancien Musée Guimet. Ateliers qui seront relocalisés dans le 8e, sur le site du groupe scolaire Kennedy, tout proche de la Maison de la Danse. Une décision qui impacte par ricochet l'avenir du Musée Guimet mais aussi de l'ancienne ENSBA.

Sébastien Broquet | Mardi 20 octobre 2020

Lyon : les Ateliers de la Danse seront adossés au groupe scolaire Kennedy

L'annonce a bousculé et montré que les Verts et leurs alliés n'hésiteraient pas à aller à l'encontre des habitudes prises sous le règne Collomb et que les caciques de la culture lyonnaise devraient remettre leur trône en jeu : ainsi Dominique Hervieu, directrice de la Maison de la Danse, maîtresse de cérémonie de la Biennale de la Danse, l'incontournable pivot de tout ce qui touche à l'art chorégraphique dans la cité — et ce, avec un talent indéniable. Mais la voici challengée, de nouveau : son projet de Maison de la Danse à Confluence avait déjà été retoqué — non pas par les politiques locaux emmenés alors par Georges Képénékian et Gérard Collomb, qui défendaient le projet, puisque c'est le Ministère de la Culture qui avait refusé de suivre financièrement comme nous l'avait expliqué en juin dernier Georges Képénékian pendant la campagne élector

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Les Ateliers de la Danse n'iront pas à Guimet

Danse | Grégory Doucet et Nathalie Perrin-Gilbert retoquent le projet d'installer des Ateliers de la Danse dans l'ancien musée Guimet — trop coûteux — sans pour autant remettre en question le concept de Dominique Hervieu en lui-même, qui sera installé (probablement) dans le 8e arrondissement.

Sébastien Broquet | Mardi 6 octobre 2020

Les Ateliers de la Danse n'iront pas à Guimet

C'était l'un des projets phares lancés par la précédente mandature sous Gérard Collomb, et ce chantier ne verra jamais le jour dans sa forme initiale : les Ateliers de la Danse, imaginés par la directrice de la Maison de la Danse Dominique Hervieu au sein de l'ancien Musée Guimet (Lyon 6e), fermé depuis 2007, ont été retoqués par la nouvelle municipalité. En cause : le coût, principalement. Qui ne correspond pas aux chiffres annoncés en conseil municipal. Si le montant initial était envisagé autour de 5M€ en 2015, il a vite grimpé à 31M€ en 2020. Et Nathalie Perrin-Gilbert, la nouvelle adjointe à la Culture, a découvert à son arrivée en poste que ces Ateliers de la Danse coûteraient en réalité 40M€ à la collectivité. Pour un projet que certains dans les couloirs de la mairi

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Papaioannou, dresseur d'émotions au festival Sens Dessus Dessous

Danse | Dédié à la jeune création et aux rencontres entre la danse et d'autres disciplines, le 7e festival Sens Dessus Dessous débute cette semaine avec un spectacle prometteur : The Great Tamer de Dimitris Papaioannou !

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 26 février 2019

Papaioannou, dresseur d'émotions au festival Sens Dessus Dessous

Ancien étudiant aux Beaux-Arts né en 1964, metteur en scène des cérémonies des JO d'Athènes de 2004, auteur de 25 spectacles, le chorégraphe Dimitris Papaioannou est loin d'être un inconnu. Mieux : sa pièce pour onze interprètes, The Great Tamer (mot à mot : le grand dresseur), a fait un tabac au Festival d'Avignon en 2017. Une scène incurvée et instable, recouverte de plusieurs strates de grandes plaques grises, y fait office tout à la fois de champ de fouille archéologique, de cimetière et de sol anthropologique. « The Great Tamer explore une thématique archéologique : il s’agit de creuser et d’enterrer, puis de révéler des actions métaphoriques pour parler de l’identité, du passé, de l’héritage et de l’intériorité subconsciente. » indique Dimitris Papaioannou dans le dossier de presse. Enfouir et déterrer, perdre et retrouver, disparaître et ressurgir sont les couples rythmiques et thématiques de cette pièce tout à la fois légère et tragique. Distortions Nourri d'histoire de l'art, de tragédie grecque, d’histoire de la danse et du cirque,

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La fièvre chorégraphique lyonnaise

Biennale de la Danse | Festival international reconnu, la Biennale de la Danse s’inscrit aussi dans un dispositif lyonnais voué à la danse contemporaine en pleine ébullition. Retour sur ce contexte stimulant, et sur les grands axes de l’édition 2018.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 10 septembre 2018

La fièvre chorégraphique lyonnaise

Derrière la (trop ?) haute toque de la gastronomie, Lyon serait-elle en passe de devenir l'une des capitales internationales de la danse, voire La capitale de la danse ? Qu'importe les emblèmes et les titres de gloire direz-vous, mais force est de constater, à chaque Biennale notamment, l'engouement particulier des Lyonnais pour la danse : qu'elle soit populaire avec le défilé qui reprendra cette année son circuit sur la Presqu'île, ou un peu plus "cultivée" dans les salles de spectacle. Bientôt, en 2021, un élément majeur viendra s'ajouter à l'édifice chorégraphique local : les Ateliers de la Danse, dans l'ancien Musée Guimet, qui accueillera des artistes en création sur des temps longs de résidence. C'est donc une véritable (et joyeuse) hydre à plusieurs têtes que dirigera alors Dominique Hervieu : la Maison de la Danse, les Ateliers, la Biennale, le Défilé... sans compter encore la Triennale de Yokohama au Japon (dont elle est directrice artistique, appliquant là-bas le modèle lyonnais) et l'exportation de la Biennale à Saint-Étienne et à Clermont-Ferrand cette année. Ou encore, petite biennale dans la Bie

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Dominique Hervieu : « mon cheval de bataille, c'est la création »

Biennale de la Danse | Directrice de la Maison de la Danse et de la Biennale de Lyon depuis 2011, Dominique Hervieu nous livre sa conception de la danse, de la programmation d'une Biennale, des relations entre les corps et les nouvelles technologies... Et quelques confidences plus personnelles.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 12 septembre 2018

Dominique Hervieu : « mon cheval de bataille, c'est la création »

En tant que spectatrice, quel a été votre premier grand choc chorégraphique ? Dominique Hervieu : C'était la série de performances de Jan Fabre créée dans les années 1980, C'était du théâtre comme c'était à prévoir, présentée au Petit Théâtre de Bastille à Paris. Plus qu'un choc, ce fut même une révolution, pour moi danseuse classique à l'époque. Cette pièce m'a ouverte à la création contemporaine, et j'y ai été sensible aux glissements entre danse et théâtre, danse et arts plastiques. Il y avait dans cette œuvre de Jan Fabre une grande sensibilité, un engagement parfois au bord de l'hystérie, un mélange si singulier entre hyper sobriété et hyper théâtralité. Et le dernier en date ? Il y en a deux. D'abord un solo de Oona Doherty (Lazarus & the Birds of Paradise) où la jeune chorégraphe parvient à nouer ensemble les questions du sens, du corps et du mouvement. Il n'y a pas chez elle de messag

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Ces corps politiques

Festival Sens Dessus Dessous | En dépit des apparences et des idées reçues, le corps et la danse ont des liens assez directs et forts avec le politique et la vie de la cité. Le 6e Festival Sens Dessus Dessous réunit plusieurs chorégraphes sensibles à ces questions.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 février 2017

Ces corps politiques

Si vous êtes un lecteur du philosophe Michel Foucault, de l'anthropologue Marcel Mauss, du géographe Michel Lussault, ou tout simplement du Petit Bulletin (notre récent entretien avec Boris Charmatz), les liens entre danse, corps et politique n'ont pour vous plus rien d'étonnant ni de paradoxal. Rappelons les mots très simples que le chorégraphe Boris Charmatz employait dans nos colonnes pour en donner un exemple à la fois emblématique et actuel : « La danse peut rassembler beaucoup de gens dans le but de se questionner, de se remettre en mouvement, d'essayer des choses et de changer des postures. À l'heure où notre société est figée par le terrorisme, le chômage, la sécurité, la privatisation, la danse donne des possibilités d'assouplissement. »

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Peeping Tom : la danse des âmes fêlées

SCENES | Vader de l'étonnante compagnie Peeping Tom ouvre la nouvelle édition du Festival Sens Dessus Dessous, consacré aux formes chorégraphiques singulières et aux chorégraphes émergents.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 mars 2016

Peeping Tom : la danse des âmes fêlées

Quand l'âme humaine est malade ou fêlée, pour en faire le diagnostic comme pour tenter de la soigner, il est bon de la laisser s'exprimer à travers tous ses modes d'expression possibles, semble nous dire la compagnie franco-belge Peeping Tom. Concomitamment, ou successivement : par l'image (théâtrale, cinématographique ou encore surréaliste), par la parole dramatique, le chant et la musique, le mouvement et la danse. Vader (premier volet d'une trilogie sur la famille : Père-Mère-Enfants) nous plonge dans la grande salle des pas perdus d'une maison de retraite. Un espace à priori peu glamour que Peeping Tom met en scène comme une sorte de purgatoire, de limbes Lynchiennes, entre la vie et la mort, la fête et le désespoir. Un fils y traîne littéralement, en début de spectacle, son vieux père qui deviendra dans ces lieux une figure de "patriarche" : tour à tour mythique, moqué, divin, ridicule... Entre rêve et réalité Est-il un être d'exception ou un être délirant ? « La pièce joue sur ce fossé grandissant entre la perception et la réalité dans le corps en déclin et le cerveau sénile. Le temps semble rale

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Babel heureuse

SCENES | Á l'initiative de la Maison de la Danse, Babel 8.3 invite des habitants des 8e et 3e arrondissements à se familiariser avec les univers d'une dizaine de chorégraphes. Coup de projecteur sur un projet innovant qui cultive à la fois proximité et excellence. Valentine Martin

Valentine Martin | Mardi 26 mai 2015

Babel heureuse

Dans la mythologie biblique, la tour de Babel était une construction des hommes dont le sommet devait atteindre les cieux. Un projet jugé trop vaniteux par Dieu, qui décida alors de les punir en attribuant à chacun d'entre eux des langages différents. Ainsi les hommes se brouillèrent, avant de se disperser dans le monde. Aujourd'hui, la Maison de la danse tente une réunification, sous la forme d'un grand spectacle orchestré par sa directrice Dominique Hervieu, Babel 8.3, qui a vu 17 groupes d'habitants des 8e et 3e arrondissements apprendre un nouveau langage commun : celui du corps. Cet événement est né d'un désir : celui de mener un travail de proximité avec les habitants de quartiers dit sensibles. Des gens qui, pour certains, n'ont jamais mis les pieds dans cette institution du geste et sont en grande partie des amateurs. En tout, ce sont près de 250 volontaires qui se sont lancés dans cette aventure de longue haleine – débutée en septembre 2014, elle débouche cette semaine sur trois représentations – qui entend concilier haut niveau technique et respect de la diversité des cultures et individualités de chacun.

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Un sacré printemps de danse

SCENES | C'est pour le moins un sacré début de printemps qui s'annonce à Lyon dans le domaine de la danse avec, notamment, la reprise de May B, chef-d’œuvre de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 mars 2015

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C'est pour le moins un sacré début de printemps qui s'annonce à Lyon dans le domaine de la danse avec, notamment, la reprise de May B, chef-d’œuvre de Maguy Marin, au Ramdam (du 7 au 11 avril) et la transmission de Drumming Live, pièce majeure d'Anne Teresa de Keersmaeker, au Ballet de l'opéra (du 7 au 11 avril). Auparavant, deux festivals regroupés sous l'intitulé "Printemps de la création" permettront aux amateurs de découvrir une multitude de chorégraphes émergents ou d'artistes proches de la danse. Á la Maison de la danse et hors ses murs, Sens dessus dessous nous fera voyager de l’œuvre choc de Christian Rizzo inspirée du folklore turc à la mémoire de l'Afrique du Sud chorégraphiée par Gregory Maqoma en passant par le plus local mais toujours drôle et truculent Denis Plassard. Le Lyonnais reprend Chalet d'après un texte d'André Baillon, œuvre dépeignant avec humour le quotidien d'un hôpital. Aux confins de la danse, le duo Your Majesties met lui en mouvements le discours de Barack Obama pour la réception du Prix Nobel de la paix en 2009, tandis que le trublion Antoine Defoort se lancera dans une désopilante conférence

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Aux bords de la folie

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 25 mars 2014

Aux bords de la folie

L'art, la danse et l'écriture qui aspirent à la transe, au mouvement des identités et des images, courent aussi le danger de l'informe, du trou noir d'un miroir sans reflet. Le fondateur des Ballets C. de la B. (entité trans-disciplinaire par excellence, entre danse et théâtre), Alain Platel, s'est souvent confronté aux bizarreries de l'hystérie et de la déraison. Vsprs par exemple, en 2006, en reprenait les gestes singuliers aux secousses spasmodiques. Platel se veut plus largement le défenseur d'une «danse bâtarde», demandant à ses danseurs de puiser leurs mouvements au moment où ils se «blottissent dans ce coin de cerveau encore préservé de toute civilisation». Sa nouvelle pièce, Tauberbach, part à nouveau sur les traces de la folie, avec l'histoire d'Estamira, schizophrène brésilienne ayant développé son propre mode de communication et survivant au milieu d'une décharge à Rio de Janeiro. «Tauberbach est l'histoire d'une femme qui est épluchée. Une femme qui mène sa vie à l'intérieur de sa tête mais qui, au fur et à mesure, découvre son corps» précise ainsi Koen Tachelet, dramaturge de la pièce. Si Alain Plate

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Douces transes

SCENES | Quand il n'est plus d'imitation, l'art de la danse met en mouvement et en transformation certitudes, représentations et identités. Sur le modèle de la transe, l'artiste multimédia Ulf Langheinrich, invité du festival Sens dessus dessous, et la chorégraphe Vânia Vaneau, programmée par Chaos danse, nous proposent, chacun à leur manière, un accès à la métamorphose. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 25 mars 2014

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L'époque, vous l'aurez noté, est au "trans" : transculturalité, transnationalité, transdisciplinarité, transgenre, transidentité... L'étymologie latine indique qu'il s'agit d'une attirance pour «l'autre côté», anciennement celui des dieux et du surnaturel avec le chamanisme et les rites de possession, aujourd'hui celui de l'autre culture (métissage), de l'autre sexe, de l'autre à l'intérieur de soi (le «Je est un autre» de Rimbaud), de l'autre du réel (le virtuel, le simulacre numérique cher à Jean Baudrillard). Quand, dans son livre fracassant Les Renards pâles (Gallimard, 2013), Yannick Haenel imagine une insurrection politique, celle-ci prend la figure d'une grande marche tribale et masquée, proche de la transe, dont l'un des buts est d'échapper à la réduction à l'identique, au "même côté" : « Nous nous mêlions ainsi les uns aux autres, dans une confusion tranquille, sans chercher aucune unité. La communauté, si elle existe, déjoue la clôture ; et c'est ce qui avait lieu : l'absence d'identité absorbait l'espace ».   Le philosophe Michel Fouc

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La danse s’éclate

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Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 16 mai 2013

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Après le passé (le Boom des années 80), la Maison de la danse se tourne vers l’avenir avec le festival Sens dessus dessous. Et invite cinq compagnies «qui questionnent les formes scéniques, qui s’interrogent sur la fonction de l’art aujourd’hui et jouent avec les frontières des disciplines». On passera ainsi allégrement du nouveau one woman show (chant, danse, humour) d’Eugénie Rebetez, toute en rondeurs et truculences, aux manipulations mentales du magicien Thierry Collet ou à la "nature morte" dansée par le Nigérian Qudus Onikeku… Pour mieux brouiller les frontières encore, la compagnie belge Fabuleus reprendra son spectacle We Dance to Forget, fête déjantée nourrie pêle-mêle d'électro dancefloor, de rock et des grands classiques de la danse ! Au-delà de la révolte des chorégraphes de la non-danse des années 1990 (Alain Buffard, Boris Charmatz…), éclot une nouvelle génération d’artistes ouverts à bien des influences, bourrés d’énergie et n’hésitant pas à renouer avec l’expressionnisme, la narration, la "danse qui danse". On sera particulièrement attentif à la venue du Québécois Frédéri

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Une Biennale de la danse 2012 très ouverte

SCENES | 15e Biennale de la danse et première biennale sans Guy Darmet, son fondateur, mais sous la houlette de Dominique Hervieu. Pour son premier opus très attendu, la chorégraphe a mis l'accent sur la création (une vingtaine environ) et poursuit par ailleurs l'esprit d'ouverture défini par son prédécesseur. Jean-Emmanuel Denave

Christophe Chabert | Mardi 10 avril 2012

Une Biennale de la danse 2012 très ouverte

En septembre, sur une période plus resserrée, la 15e Biennale de la danse proposera un panel large de «toutes» les danses : du hip-hop de la Cie Käfig ou de Mortal Combat au néoclassicisme de Jiri Kylian (reprise de One of a kind par le Ballet de l'Opéra), en passant par le buto japonais (Ushio Amagatsu de la célèbre Cie Sankai Juku créera une nouvelle pièce à l'Opéra), les danses balinaises de la Troupe des artistes de Sebatu s'inspirant d'Antonin Artaud, les chorégraphies très plasticiennes de Rachid Ouramdane, la danse engagée et survitaminée de la sud-africaine Robyn Orlin, le flamenco puissant et radical du génial Israel Galvan, un spectacle du Ballet Preljocaj s'inspirant d'un écrit de Laurent Mauvignier, un solo concocté par le sulfureux Jan Fabre ou l'imagerie baroque de Philippe Decouflé... Comme à l'accoutumée et pour

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Coup de théâtre à la Maison de la Danse

CONNAITRE | Politiques culturelles / Tous les candidats peuvent remballer leurs dossiers et aller se rhabiller, c’est finalement la chorégraphe Dominique Hervieu qui remplacera Guy Darmet à la tête de la Maison de la Danse et de la Biennale de la Danse à partir du premier janvier 2012.

Dorotée Aznar | Lundi 8 mars 2010

Coup de théâtre à la Maison de la Danse

La nomination de Dominique Hervieu, actuellement Directrice du Théâtre National de Chaillot, annoncée officiellement vendredi 5 mars, a de quoi surprendre, sachant que la chorégraphe ne s’était pas portée candidate à l’appel d’offre international lancé par la Maison de la Danse pour la succession à Guy Darmet. Le nom de la chorégraphe, également membre du Conseil de la création artistique institué et présidé par Nicolas Sarkozy, a en fait en effet été proposé par «la Ville de Lyon et le Grand Lyon, après concertation avec les collectivités territoriales concernées et avec Monsieur Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication», selon le communiqué officiel. Guy Darmet, qui a créé la Maison de la Danse il y a trente ans, s’est félicité du choix de cette chorégraphe qui saura garder un «esprit d’ouverture» et «rassembler le plus large public». En attendant l’arrivée de son successeur, l’actuel directeur restera en fonction, jusqu’au 31 décembre 2011. Dorotée Aznar

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