Laurent Gutmann : « je suis prêt à l'aventure »

ENSATT | À peine est-il arrivé dans les murs de l'ENSATT qu'il dirigera pendant au moins cinq ans, que le metteur en scène Laurent Gutmann nous accordé le temps d'évoquer ses projets pour cette école nationale supérieure, la seule à réunir tous les métiers du théâtre.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Photo : © Danica Bijeljac


Vous êtes metteur en scène et avez dirigé des ateliers dans différentes écoles nationales de théâtre (Paris, Montpellier, Cannes, Lyon aussi). Qu'est-ce qui vous a poussé à candidater ?

Laurent Gutmann : J'ai une activité de metteur en scène depuis 24 ans qui se nourrit depuis une bonne quinzaine d'années d'une activité de pédagogue. Ça s'est fait comme ça. Je n'avais pas vraiment de projet de pédagogie et de fil en aiguille, ça a pris pas mal de place dans ma vie d'artiste et j'ai été amené il y a quelques années à diriger un CDN (centre dramatique national) en Lorraine, à Thionville. J'ai cette expérience de direction de théâtre. C'est très riche mais je n'avais pas le désir de le poursuivre à ce moment de ma vie. Je ne me suis pas dit qu'un jour j'avais envie de diriger une école de théâtre mais il se trouve que je suis intervenu à l'ENSATT (NDLR, en a résulté le spectacle Égaux avec les élèves de 3e année en 2016) ce lieu m'est apparu comme une sorte d'école idéale, de rêve de théâtre et je me suis dit que finalement je pense, qu'en tant que metteur en scène, c'est aujourd'hui plus dans une école de cette nature-là que dans un théâtre que j'ai quelque chose à apporter. Je l'espère. Je n'ai pas du tout l'impression, en prenant la direction de l'ENSATT, d'interrompre mon activité d'artiste mais plutôt de la prolonger par d'autres moyens. Bien sûr, durant ces années-là, mon activité de metteur en scène indépendant va être totalement mise entre parenthèses. Les journées n'auront que 24h. C'est dans le cadre de l'ENSATT maintenant que cette activité va se déployer, assez peu en tant que pédagogue mais surtout dans la définition de la politique pédagogique et artistique de la maison.

Vous allez quand même signer des mises en scène avec les étudiants de 2e ou 3e année ?

Pas tout de suite car je suis face à différents chantiers mais j'espère, à moyen terme, pouvoir intervenir dans différents ateliers. Il est plus important pour moi que cette école soit un foyer effervescent et que cela ne passe pas prioritairement par ma place de pédagogue mais par l'attractivité de l'école qui amènera des étudiants, je l'espère, talentueux. Je souhaite être plus un catalyseur qu'un moteur.


Quels ont été les grands axes de votre candidature ?

J'ai essayé de centrer mon projet non pas seulement autour des compétences requises chez un artiste de théâtre mais autour de ce qu'est une vie d'artiste de théâtre aujourd'hui et de ce qu'on peut imaginer qu'elle sera demain. L'ENSATT ne forme pas seulement à des compétences mais à cette vie. Et une vie d'artiste est protéiforme, elle évolue considérablement au fil des âges. Car, quand on est artiste, on travaille avec ce qu'on est et ce qu'on est évolue au fil du temps ; ce sont des métiers dans lesquels, pour la plupart, on ne sera pas cantonné à une place. Même un acteur ou une actrice ne fait que rarement ce métier tout au long de sa vie professionnelle. Un des quatre points importants de mon projet était d'essayer d'intégrer le plus possible, dans la réflexion sur la pédagogie, les évolutions à la fois artistique et organisationnelle qu'a connu le théâtre ces vingt dernières années - par exemple sur l'effacement relatif de la figure du metteur en scène, sur le fait qu'aujourd'hui, les compagnies s'organisent en collectif avec une façon d'incarner le pouvoir qui est renouvelée par rapport à ce que j'ai pu connaître quand j'ai commencé, avec l'éclatement aussi de la figure de l'auteur. Essayer d'intégrer le plus possible aux pédagogies futures de l'ENSATT les conséquences de ces évolutions artistique et organisationnelle car ça a forcément des conséquences sur la manière de monter les productions et sur le rapport au public.


Comment faire cela dans une école qui compte neuf départements et avec des spécificités bien définies ?

C'est un peu prématuré pour répondre directement à la question. Le fait que tous les métiers du théâtre soient réunis dans cette école, c'est évidemment ce qui m'a attiré là parce que ça correspond à l'état des vies professionnelles aujourd'hui. Évidemment si on est comédien, on n'est pas nécessairement aussi créateur son ni directeur technique. On a forcément des dominantes mais on sera amené à toucher différentes choses à différents endroits de sa vie professionnelle. Concrètement dans l'organisation de l'école, je ne vais pas vous dire grand chose pour l'instant car lorsque des grandes orientations seront prises, ce sera le personnel de l'école qui en aura la primeur.

L'ENSATT possède une salle de 218 places, le théâtre Terzieff. Va-t-elle s'ouvrir sur la ville et au grand public ?

Il y a deux choses. L'ouverture au grand public passe aussi par l'ouverture des concours à un public étudiant le plus diversifié possible. Une école d'art a une responsabilité particulière pour lutter contre les déterminismes sociaux. Il n'y a pas de raison que les étudiants d'une école comme l'ENSATT viennent majoritairement des classes moyennes ou classes moyennes supérieures. Il y a un vrai enjeu qui n'est pas seulement politique et social mais peut-être d'abord un enjeu esthétique. Plus les imaginaires et les personnalités seront variés, plus le théâtre qu'on va inventer pour les années ou les décennies à venir le sera et s'adressera à un large public lui-même divers.

Quant à l'ouverture des salles à un public lyonnais et au-delà, ça me paraît être un enjeu très important. On a de beaux outils qui, pour l'instant, ne sont pas forcément identifiés comme des lieux de diffusion de spectacles. J'entends faire un gros effort là-dessus à la mesure des moyens financiers de l'ENSATT (NDLR 2M€) qui n'est pas une structure de production et ne peut pas se permettre de perdre de l'argent là-dessus. Mais, fort de cette contrainte, je suis convaincu qu'on peut accueillir beaucoup plus de spectateurs dans les théâtres de l'ENSATT et que l'ENSATT devienne au fil des saison un lieu identifié par le public comme un lieu de théâtre.

Cela pourrait-il s'inscrire dans le réseau municipal des Scènes découvertes (salles dédiées à l'émergence à Lyon qui compte, en théâtre, les Clochards célestes, l'Élysée, l'Espace44 et les Marronniers) ?

J'en ai entendu parlé pour la première fois il y a deux heures. Sur les modalités de l'ouverture, je ne peux rien vous dire ; je ne peux que ré-affirmer la volonté.

Par ouverture vous entendez accueillir d'autres spectacles ou mieux faire connaître ceux des étudiants de l'ENSATT ?

Non, pas seulement. Par exemple : il y a des écoles de théâtres formidables dans l'Europe et dans le monde et, de certaines, sortent des spectacles d'étudiants qui sont programmés au théâtre de l'Odéon à Paris ou à Vidy-Lausanne (NDLR cf. Ça ne se passe jamais comme prévu avec les étudiants du théâtre national de Lisbonne mis en scène par Tiago Rodrigues et passés à Vidy-Lausanne et, cet été, dans le cadre des Nuits de Fourvière au théâtre Kantor de l'ENS). Pourquoi l'ENSATT n'accueille pas ces spectacles-là ? Je trouve que l'école aurait une vocation à être un carrefour des spectacles des écoles européennes et, croyez-moi, les spectacles-là sont des vrais spectacles !

Pour ouvrir les imaginaires comme vous le mentionniez plus haut, allez-vous ouvrir une classe préparatoire intégrée comme cela se fait par exemple à l'école de la Comédie de Saint-Étienne dans le cadre du programme Egalité des chances ?

C'est un outil parmi d'autres. J'arrive sans a priori. Je veux évaluer les différents dispositifs mis en place ailleurs, voir ce qui marche ou ne marche pas ou pourrait mieux marcher et ensuite prendre notre part dans une réflexion assez généralisée dans les différentes écoles d'art et de théâtre en particulier. Je ne suis pas du tout dogmatique sur la question. Je veux que, pas à pas, nous essayions de progresser. Il n'y a pas de solution miracle mais, à l'inverse, je ne pense pas que parce qu'une idée vient d'ailleurs, elle soit nécessairement mauvaise. Je suis prêt à l'aventure.

Chaque année il y a des parrains/marraines pour les classes de l'ENSATT – Phia Ménard pour la 79e promo, le théâtre du Peuple de Bussang pour la 80e qui commence sa formation ce mois-ci. Cela va-t-il être modifié ?

J'aime bien l'idée du parrainage. C'est tout à fait vraisemblable que ce soit quelque chose que je garde. Mais il faut peut-être travailler sur son contenu plus que son principe. Le parrain/marraine pourrait être plus engagé et actif.

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