"Ligne de Crête" : la colère étouffante de Maguy Marin

Biennale de la Danse | Bam ! Maguy Marin nous donne une grosse claque au TNP. Mais pour nous réveiller ou pour nous assommer ?

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 13 septembre 2018

Photo : © Cie Maguy Marin


Imaginez un remake contemporain des Temps modernes de Chaplin tourné par Michael Haneke, et vous obtiendrez, peu ou prou, la nouvelle création de Maguy Marin présentée à la Biennale de la Danse. Soit (comme chez Haneke) un véritable piège à spectateur où, sous les coups de butoir du son très amplifié d'une photocopieuse, six interprètes cheminent mécaniquement sur un plateau représentant un open space.

Chacun vient, en entrées et sorties de scène répétitives, déposer dans son propre bureau quelques objets. Des objets d'abord raccords avec la situation (des stylos, un encas pour la pause déjeuner, une lampe...), puis des objets de plus en plus incongrus (vêtements, paire de skis, puzzle, perruques...). Et cela continue ainsi, pendant une heure, jusqu'à saturation et au syndrome de Diogène (maladie de l'entassement), sans interruption ni changement, si ce n'est quelques bugs furtifs des danseurs sur leurs trajets, ou quelques spasmes préfigurant un burn out.

Leçon de choses

La leçon de choses est claire : la société de consommation et la réification des relations humaines est parvenue aujourd'hui à son comble, et touche jusqu'à l'intimité des sujets, c'est-à-dire jusqu'à leur corps et leur affectivité. Comme chez Haneke toujours, la situation dans laquelle Maguy Marin nous immerge est insupportable. Volontairement insupportable.

Et, pour la première fois de notre longue carrière de fan absolu de la chorégraphe, nous avons eu envie de quitter la salle au bout de quinze minutes. Non pas que, soudain, nous aurions pris conscience de notre propre mode de vie écœurant et/ou de celui des autres : non, c'est insupportable parce que pour la première fois Maguy Marin ne propose pas le moindre point de fuite ou levier de résistance aux corps de ses interprètes, et qu'on ressent seulement, dans sa pièce, une colère démonstrative, lourde, étouffante. Une colère facile aussi et, au fond, franchement ancienne : il suffit de penser à Pasolini, Marcuse, Debord, et tant d'autres...

On nous dira que leur diagnostic est toujours valable, voire n'a jamais été autant valable qu'aujourd'hui. Nous sommes d'accord, mais nous sommes aussi suffisamment sûrs du talent créatif de Maguy Marin pour ne pas se limiter à nous plaquer péniblement un diagnostic, mais capable d'esquisser quelques pistes thérapeutiques ! Ou alors si c'est vraiment foutu, alors arrêtons tout, arrêtons même d'aller "mécaniquement" voir de la danse après le boulot.

Maguy Marin, Ligne de crête
Au TNP jusqu'au 15 septembre
Puis en tournée en France, dates en cliquant ici


Ligne de crête

Chor Maguy Marin, 1h
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Un livre sur Guy Darmet, catalyseur de la danse à Lyon

Danse | Un ouvrage signé de la journaliste Marie-Christine Vernay et consacré à Guy Darmet retrace une certaine histoire de la danse : Danse la vie, danse la ville.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 9 septembre 2021

Un livre sur Guy Darmet, catalyseur de la danse à Lyon

D’abord journaliste à Lyon, Marie-Christine Vernay a ensuite rejoint Paris et le quotidien Libération pour lequel elle a été critique de danse. A travers la figure de Guy Darmet (né à Lyon en 1947), son livre Danse la vie, danse la ville, tente, sous forme de petits récits éclatés et kaléidoscopiques, de retracer plus de trente ans d’histoire de la danse à Lyon (et au-delà). « Ce livre est constitué d’une multitudes d’histoires courtes où l’on croise beaucoup de danseurs et de chorégraphes, une équipe de choc autour de Guy, le solitaire, l’exigeant et parfois le colérique » annonce-t-elle dans la préface. Ancien journaliste culturel lui-même, Guy Darmet a pris la direction artistique de la Maison de la Danse à la Croix-Rousse en 1980, avant que celle-ci ne déménage dans le 8e arrondissement en 1992. Il fut aussi à l’initiative de la Biennale de la Danse (première

Continuer à lire

Maguy Marin, remontages et reprises

Danse Contemporaine | Le philosophe Walter Benjamin pensait que l’Histoire ne se lit pas une seule fois de manière chronologique, mais qu’elle est chaque fois le fruit d’un (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 9 septembre 2021

Maguy Marin, remontages et reprises

Le philosophe Walter Benjamin pensait que l’Histoire ne se lit pas une seule fois de manière chronologique, mais qu’elle est chaque fois le fruit d’un montage ou d’un remontage entre deux événements, deux citations, deux images… C’est en suivant cette idée que la chorégraphe Maguy Marin s’est plongée récemment dans la Guerre du Péloponnèse pour sa dernière création au Festival d’Avignon 2021, Y aller voir de plus près. On est impatients que cette pièce passe à Lyon et, en attendant, la chorégraphe reprendra à la Maison de la Danse l’une de ses pièces les plus puissantes et bouleversantes, Umwelt datant de 2004. Sous un souffle d’air continu et le flux d’une guitare électrique, les danseurs viennent exécuter de courtes actions (manger, crier, s’aimer, se battre…) au milieu de rangées de souples miroirs… Soit une représentation mi-comique, mi-tragique, de la vie quotidienne avec ce qu’elle peut avoir de plus beau et de plus laid. Par ailleurs, David Mambouch (fils de

Continuer à lire

Biennale de la Danse : Olivier Dubois, montée de sève

Danse | Après Tragédie et Auguri, Olivier Dubois revient à la Biennale de la Danse avec une création intitulée Itmahrag. Un cri, des voix et des corps de la jeunesse, venus d’Égypte.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 19 mai 2021

Biennale de la Danse : Olivier Dubois, montée de sève

En 2012, le chorégraphe Olivier Dubois marque les esprits au Festival d'Avignon puis à Lyon, avec Tragédie. Dix-huit danseurs y marchent nus dans la pénombre, selon des règles précises, formant peu à peu un chœur hypnotique tragiquement humain. Pièce radicale, Tragédie s’inscrit aussi dans ce retour aux sources récurrent que le chorégraphe opère vers les origines de la danse : le rite, le chœur, le rythme, le corps, la transe… Quatre ans plus tard, les courses circulaires des vingt-quatre danseurs d’Auguri (présenté pour la première fois en France à la Biennale de Lyon en 2016) poursuivaient dans cette veine, battant au rythme des fondamentaux de la danse et du mouvement. Il y aura ensuite De l’origine, le solo autobiographique Pour sortir du jour et Tropismes… Mais creuser et retravailler les racines de la danse n’a j

Continuer à lire

La Biennale de la Danse reportée à 2021

Danse | La prochaine Biennale, prévue du 11 septembre au 2 octobre prochain, devrait se dérouler exceptionnellement au printemps 2021.

Sébastien Broquet | Mercredi 6 mai 2020

La Biennale de la Danse reportée à 2021

Septembre aussi sera morne : la Biennale de la Danse vient d'annoncer son report intégral. Le flou entourant le déconfinement, particulièrement prononcé pour les domaines de la culture, a incité la directrice Dominique Hervieu et ses équipes à la sagesse : la prochaine Biennale devrait donc se dérouler au printemps, entre mai et juin 2021, dates auxquelles le défilé Africa avait déjà été reporté comme toute la saison Africa 2020 dans laquelle il s'inscrivait : « des échanges entre la Métropole de Lyon, la Région Auvergne-Rhône-Alpes et la DRAC se poursuivent pour maintenir une 19e édition de la Biennale de la Danse à la fois exigeante et populaire » est-il ainsi écrit dans le communiqué envoyé ce mercredi matin à la presse. Parmi les problèmes ayant entraîné ce report, l'équipe de la Biennale pointe : « ces risques économiques sont liés à de nombreuses incertitudes (concernant les jauges et

Continuer à lire

Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Danse | Festivals installés comme Sens Dessus Dessous ou le Moi de la Danse, chorégraphes stars tels Christian Rizzo ou Merce Cunningham, découvertes potentielles : voici les dix dates que les amateurs de danse se doivent de cocher de suite sur leur agenda.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 septembre 2019

Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Spirituelle La grande chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker tisse toujours des liens singulièrement étroits entre la musique et ses chorégraphies : qu'il s'agisse de musique classique (Beethoven, Mahler...) ou plus contemporaine (Joan Baez, Steve Reich...). Créée en 2005 avec Salva Sanchis, sa pièce A Love Supreme explore l'album éponyme de John Coltrane, album mythique du Free Jazz. Chaque danseur est associé à un instrument du quatuor de Coltrane, et l'écriture précise de De Keersmaeker s'octroie ici une part de liberté et d'improvisation (à l'instar du jazz). Douze ans après, en 2017, la pièce est recréée avec quatre nouveaux interprètes et leurs nouvelles sensibilités. A Love Supreme À la Maison de la Danse du 1er au 3 octobre Technique Les pièces de Merce Cunningham sont d'une difficulté technique rare, et le Ballet de l'Opéra en compte déjà plusieurs à son répertoire. Cet automne, le Ballet présentera deux pièces du maître new-yorkais, créées à vingt ans d'intervalle : Exchange (1978) et Scenario

Continuer à lire

Salut la compagnie ! : "Maguy Marin : l'urgence d'agir"

Documentaire | De David Mambouch (Fr, 1h48) avec Maguy Marin…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Salut la compagnie ! :

Prenant l’emblématique pièce May B. comme fil rouge, David Mambouch retrace le parcours de Maguy Marin en sa compagnie et celle des membres… de sa compagnie. Un regard intime et familial embrassant près d’un demi-siècle d’une aventure chorégraphique particulière… Cela fait près de quarante ans que David Mambouch suit au plus près le travail de la chorégraphe Maguy Marin, dans les coulisses et en bord, voire sur scène. Et pour cause : il est son fils. C’est donc de l’intérieur qu’il peut témoigner de la progressive construction d’une œuvre, dans sa cohérence et son intégrité morale (en résonance avec des enjeux sociaux et des problématiques historiques, économiques ou humanistes), mais aussi de ses nécessaires évolutions artistiques — comme l’introduction de la parole, le glissement vers la “non-danse“, rendant plus intelligible encore le propos ou le message politique sous-tendant chacune de ses créations. Portrait collectif d’une femme de troupe indissociable de ses compagnons de route, mettant en avant un goût viscéral pour la transmi

Continuer à lire

Coup de balai

Danse | Une danseuse de Ballet (de l'Opéra de Lyon) qui passe le balai (à l'Opéra), et c'est toute une métaphore ironique que met en scène la chorégraphe Maguy Marin dans (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 octobre 2018

Coup de balai

Une danseuse de Ballet (de l'Opéra de Lyon) qui passe le balai (à l'Opéra), et c'est toute une métaphore ironique que met en scène la chorégraphe Maguy Marin dans Cendrillon. Ici, les rêveries de princesse et de prince, sur fond musical de Prokofiev, reviennent littéralement aux cendres de l'enfance : et c'est très logiquement que Maguy Marin revisite Cendrillon en installant sa chorégraphie dans un décor de magasin de jouets un peu poussiéreux, peuplé de "soldats de bois" (le prince par exemple), de poupées, de pantins, tous aussi maladroits qu'un enfant sans formation se lançant dans un pas de deux. Cette pièce créée en 1985 (et fruit d'une commande de l'Opéra de Lyon), bourrée de grotesque grinçant et d'une critique à peine voilée de la société de consommation, est paradoxalement devenue un tube de la danse contemporaine ! Et ne cesse, de saison en saison, d'être reprise au programme du Ballet de l'Opéra... au grand dam sans doute de ses danseurs étriqués et étouffés dans de pesants costumes. Pour celles et ceux qui ne l'aura

Continuer à lire

La fièvre chorégraphique lyonnaise

Biennale de la Danse | Festival international reconnu, la Biennale de la Danse s’inscrit aussi dans un dispositif lyonnais voué à la danse contemporaine en pleine ébullition. Retour sur ce contexte stimulant, et sur les grands axes de l’édition 2018.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 10 septembre 2018

La fièvre chorégraphique lyonnaise

Derrière la (trop ?) haute toque de la gastronomie, Lyon serait-elle en passe de devenir l'une des capitales internationales de la danse, voire La capitale de la danse ? Qu'importe les emblèmes et les titres de gloire direz-vous, mais force est de constater, à chaque Biennale notamment, l'engouement particulier des Lyonnais pour la danse : qu'elle soit populaire avec le défilé qui reprendra cette année son circuit sur la Presqu'île, ou un peu plus "cultivée" dans les salles de spectacle. Bientôt, en 2021, un élément majeur viendra s'ajouter à l'édifice chorégraphique local : les Ateliers de la Danse, dans l'ancien Musée Guimet, qui accueillera des artistes en création sur des temps longs de résidence. C'est donc une véritable (et joyeuse) hydre à plusieurs têtes que dirigera alors Dominique Hervieu : la Maison de la Danse, les Ateliers, la Biennale, le Défilé... sans compter encore la Triennale de Yokohama au Japon (dont elle est directrice artistique, appliquant là-bas le modèle lyonnais) et l'exportation de la Biennale à Saint-Étienne et à Clermont-Ferrand cette année. Ou encore, petite biennale dans la Bie

Continuer à lire

Peeping Tom et Maguy Marin ouvrent la Biennale

Biennale de la Danse | La Biennale de la Danse débute, mardi prochain, avec deux chocs chorégraphiques : Maguy Marin et Peeping Tom.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 3 septembre 2018

Peeping Tom et Maguy Marin ouvrent la Biennale

« La danse, et par conséquent le théâtre, n'ont pas encore commencé à exister » écrivait en 1948 Antonin Artaud dans le Théâtre de la cruauté. Cette phrase pourrait nous servir de grigri avant de se lancer dans une nouvelle Biennale de la Danse, avec l'espoir, à chaque édition, d'y être bouleversé, chamboulé dans ses repères artistiques, désorienté... Le cru 2018 s'annonce sous les meilleurs auspices, et, surtout, commence fortissimo avec une nouvelle création de Maguy Marin (Ligne de crête), et la venue à Lyon du collectif bruxellois Peeping Tom pour transmettre au Ballet de l'Opéra l'une de ses pièces phares, 32 rue Vanderbranken (rebaptisée 31 rue Vanderbranken pour l'occasion). On connaissait les affinités de Peeping Tom avec le cinéma en général, et celui de David Lynch en particulier, mais cette pièce-ci est inspirée de Kurosawa et de La Ballade de Narayama, où une vieille dame est contrainte de s'isoler dans une montagne. L'exploration de l'intime (par dix-neuf interp

Continuer à lire

Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

Biennale de la Danse | La programmation de la prochaine Biennale de la Danse a été dévoilée cette semaine, et réunit, a priori, tous les ingrédients d'une édition réussie : risquée, créative, pluridisciplinaire.

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 10 juin 2018

Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

À deux exceptions japonaises près, la Biennale de la Danse 2018 est une Biennale européenne. Elle s'annonce donc moins exotique qu'à l'accoutumée, mais plus exigeante artistiquement, et plus aventureuse dans ses formes d'expression... L'un des fils rouges de cette édition est celui des liens entre la danse et les images, images issues des nouvelles technologies notamment. Ce fil rouge ira, par exemple, de l'utilisation par Merce Cunningham (1919-2009) du logiciel informatique DanceForms (mouvements et enchaînements générés par ordinateur) pour sa pièce Biped, à des créations s'étayant sur la réalité virtuelle par le chorégraphe suisse Gilles Jobin ou par le poète circassien Yoann Bourgeois (artiste très présent dans cette Biennale avec trois spectacles). 27 créations et premières Parmi les 42 spectacles programmés en salles, on compte 27 créations et premières françaises qui constituent le cœur de cette Biennale et, bien souvent, celui de nos attentes... Maguy Marin cré

Continuer à lire

La force politique de la danse de Maguy Marin

Sens Dessus Dessous | Immense danseuse et chorégraphe multi-primée, cette enfant d’exilés du franquisme n'a de cesse de mettre son art au service de la résistance à la violence du monde. Via sa dernière création Deux mille dix sept et la transmission d'une de ses œuvres phare à de jeunes artistes, May B, Maguy Marin est très présente dans les prochaines semaines. Et c'est une chance.

Nadja Pobel | Mardi 20 février 2018

La force politique de la danse de Maguy Marin

Qu'est-ce qui vous pousse à vous remettre au travail et faire une nouvelle création comme Deux mille dix sept, dont la première a eu lieu en octobre à Vandœuvre-les-Nancy ? Maguy Marin : L'état social est assez catastrophique, de plus en plus de gens tentent de survivre, prennent des bateaux pour vivre. Cette situation n'arrête pas de cogner. Et quand je me suis remise au travail, je me suis dit qu'il fallait essayer de se donner du courage. Mon principal objectif est de renvoyer cette violence puisque on a l'impression qu'on est comme abasourdi, assez impuissants devant ce qui se passe, il n'y a pas de mobilisation suffisante. Des gens se battent bien sûr par groupes, associations, il y a parfois des manifs mais au fond on devrait tous se lever et agir. La danse, c'est votre façon de vous lever ? Oui mais c'est bien insuffisant. C'est mon territoire de travail disons ; c'est l'axe que je suis donc c'est à partir de là que j'essaye d'agir. Vous avez beaucoup lu pour créer ce spectacle, le travail a été long, depuis décembre 2016. Vous avez

Continuer à lire

Nous sommes des rigolos

Ramdam | En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 février 2017

Nous sommes des rigolos

En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de musiciens, sept danseurs assis et vêtus de costumes idoines entonnaient des partitions ininterrompues de blagues pourries, de mots d'humour stéréotypé, entrecoupés de grands éclats de rire... À proximité, dans l'obscurité et la plus grande indifférence, des mannequins de spectateurs à l'échelle 1 s'effondraient à intervalles réguliers. Dix ans plus tard, la chorégraphe reprend cette pièce en se concentrant sur le dispositif des danseurs et en le plaçant face au public, tel un oratorio représentant une soirée entre amis, un repas trop arrosé, un lâchage dans l'intimité de l'entre-nous... Et par là, Maguy Marin fait entendre dans les mots, comme dans la prosodie et le souffle des voix, dans les corps convulsés et secoués de rires, ce que Michel Foucault a appelé : « l'ordre du discours ». Soit tout cet impensé (cette pensée « toute faite

Continuer à lire

Grandes fugues : un trio pour un quatuor

Opéra de Lyon | Superbe affiche pour le Ballet de l'Opéra de Lyon qui interprète les trois Grandes Fugues de Maguy Marin, d'Anne Teresa de Keersmaeker et de Lucinda Childs. Cette dernière étant venue tout spécialement à Lyon pour y créer sa pièce.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 novembre 2016

Grandes fugues : un trio pour un quatuor

Maguy Marin, Anne Teresa de Keersmaeker, et maintenant Lucinda Childs... que de succès féminins pour Ludwig Beethoven et sa Grande Fugue, l'une de ses dernières pièces musicales, composée entre 1824 et 1825 ! Les trois grandes dames de la danse ont, chacune dans leurs univers dissemblables, été fascinées par ce quatuor à cordes, controversé à l'époque de sa création et aujourd'hui considéré comme le sommet de l’œuvre de Beethoven. Il y entremêle la puissance d'expression dramatique qu'on lui connaît à une forme de composition des plus complexes : une savante combinaison de sonate, de fugue et de variation, ainsi qu'une structure contrapuntique. Inventant sa danse au plus proche des partitions musicales qu'elle entreprend de travailler, on imagine alors la jubilation d'Anne Teresa de Keersmaeker devant un t

Continuer à lire

Chronique d'une Biennale : Tabernacle !

Biennale de la Danse | Encore bien des déceptions pendant cette dernière semaine de Biennale de la Danse. Mais une belle surprise nous a permis de rapidement les oublier : Catherine Gaudet et sa danse viscérale venue du Canada.

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 30 septembre 2016

Chronique d'une Biennale : Tabernacle !

Lancé par Christian Rizzo et Rachid Ouramdane, le courant que nous avons choisi de nommer la "Danse creuse" a fait cette semaine encore des émules : Cécilia Bengolea & François Chaignaud présentant une sorte d'étape de travail sans consistance, et, surtout, l'américain Jonah Bokaer aux pièces hiératiques dénuées de tout soupçon de chorégraphie ou d'intensité physique... De l'intensité et du corps, il a fallu en chercher au Québec avec l'étonnante pièce de Catherine Gaudet, Au sein de nos plus raides vertus (2014)... Pas besoin d'être grand linguiste pour deviner dans le titre même du spectacle quelques traits d'ironie libidineuse. Et c'est là, justement, tout le propos et tout l'intérêt du quatuor de Catherine Gaudet : comment dans un même corps, comment dans un même groupe (deux hommes et deux femmes confinés dans un espace scénique restreint et bien délimité), faire vivre, tressaillir

Continuer à lire

À la Biennale, "Auguri" : ça tourne !

Biennale de la Danse | Olivier Dubois a secoué la Biennale de la Danse avec sa nouvelle création : une pièce aussi puissante qu'asphyxiante.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 septembre 2016

À la Biennale,

Lundi, nous avons découvert le film d'Alain Guiraudie, Rester vertical. Jeudi, la nouvelle création du chorégraphe Olivier Dubois, Auguri (entre-temps, Christian Rizzo et Rachid Ouramdane avaient lancé à la Biennale un nouveau courant chorégraphico-dentaire : celui de la "danse creuse"). Lundi, nous nous sommes un peu ennuyés, jeudi pas une seconde. Pourtant, nous défendrions plus facilement le film de Guiraudie que la pièce, toute en surplomb, de Dubois... Les deux œuvres jouent sur des trajectoires circulaires, sur des éternels retours qui tentent de relancer, à chaque "tour", un nouveau désir ou un nouveau pan de condition humaine. Sur une bande son techno dramatique, Olivier Dubois fait courir, en cercle et à toute allure, ses vingt-quatre danseurs, avec des entrées et des sorties réglées au cordeau, des rythmiques effrénées impressionnantes, et un sens de la scénog

Continuer à lire

Let's dance !

Biennale de la Danse | La Biennale démarre sur les chapeaux de roue cette semaine, avec certains des spectacles que nous vous avons conseillé dans notre dernier numéro. Parmi eux, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 septembre 2016

Let's dance !

La Biennale démarre sur les chapeaux de roue cette semaine, avec certains des spectacles que nous vous avons conseillé dans notre dernier numéro. Parmi eux, s'il n'y en avait qu'un à voir, insistons encore sur cet incroyable "danseur des solitudes" qu'est Israel Galvan, explosant les codes du flamenco pour des solos existentialistes entre grotesque et tragique, sur des musiques improbables. Cette semaine sera riche d'événements parallèles à la Biennale : avec l'ouverture de la passionnante exposition Corps rebelles au musée des Confluences et le remix d'Hervé Robbe de la fameuse pièce de Maurice Béjart, Messe pour le temps présent sur la musique de

Continuer à lire

Biennale de la danse 2016 : Ce qu'il faut voir

Biennale de la Danse | La 17e Biennale de la Danse garde la tête haute et le tour de bras généreux, malgré un budget au rabais, embrassant une fois encore tous les styles de danse contemporaine actuels. Parmi les trente-sept spectacles proposés, en voici huit à ne pas manquer.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 septembre 2016

Biennale de la danse 2016 : Ce qu'il faut voir

Israel Galvan, Flacomen Le « danseur des solitudes » comme l'appelle le critique et historien d'art Georges Didi-Huberman fait son retour sur les scènes lyonnaises, avec un solo datant de 2014, accompagné de musiciens free jazz et flamenco. On sait, et on n'arrête pas d'admirer, la capacité du chorégraphe-danseur à tordre en tous sens les codes du flamenco et à en extraire la pulpe fondamentalement tragique. Galvan hisse ce tragique à la condition de tout individu, montrant, avec humour ou pas, ces forces qui nous traversent et se heurtent à l'intérieur de soi. Ces forces antagonistes qui sont aussi au cœur dialectique de tout geste, de tout mouvement dansé. À la Maison de la Danse du 14 au 16 septembre Yuval Pick, Are Friends Electric ? À l'instar de Galvan, le Lyonnais

Continuer à lire

Au Comœdia aussi, faut que ça danse !

Biennale de la Danse | En préambule de la 17e Biennale de la Danse qui s’ouvre le 14 septembre, le Comœdia accueille le lundi 5 septembre à 20h l’avant-première du documentaire (...)

Vincent Raymond | Jeudi 25 août 2016

Au Comœdia aussi, faut que ça danse !

En préambule de la 17e Biennale de la Danse qui s’ouvre le 14 septembre, le Comœdia accueille le lundi 5 septembre à 20h l’avant-première du documentaire Relève : histoire d’une création, où les réalisateurs Thierry Demaiziere et Alban Teurlai suivent les coulisses de la première création de Benjamin Millepied à l’Opéra de Paris en 2015. Si les deux auteurs seront présents pour échanger avec le public, l’on annonce la venue sous réserve du danseur et chorégraphe. Voilà qui devrait donner un contrepoint intéressant à ce film et un débat forcément enlevé… Lundi 5 septembre à 20h au Comœdia, Lyon.

Continuer à lire

Le défilé de la Biennale déplacé au stade de Gerland

Biennale de la Danse | Le défilé de la Biennale de la Danse aura bien lieu le 18 septembre, mais dans l'enceinte du stade de Gerland et sur réservation préalable. La Fête des Lumières en décembre est également maintenue, même si sa forme pourrait évoluer pour les mêmes raisons liées à la sécurité.

Sébastien Broquet | Mercredi 24 août 2016

Le défilé de la Biennale déplacé au stade de Gerland

Les impératifs de sécurité auront finalement eu raison des festivités en liberté : le défilé de la Biennale de la Danse, rendez-vous populaire très attendu, aura bien lieu, mais en version "cloisonné" dans l'enceinte du stade de Gerland, le 18 septembre prochain à 16h. Et uniquement sur inscription (gratuite) au préalable : il faudra, à partir du 7 septembre, se rendre sur le site de la Biennale pour réserver sa place. 38 000 spectateurs maximum pourront assister au défilé dans l'enceinte, les autres devant se contenter de leur écran de télévision, nos confrères de France 3 diffusant l'événement en direct. Si l'esprit de la parade dans la ville s'éteint avec ce dispositif, c'était nécessaire selon le maire, Gérard Collomb, qui déclare dans un communiqué paru ce mercredi matin : « Il n’était pas question que les événements récents puissent avoir raison d’un rendez-vous aussi important et symbolique que

Continuer à lire

Le programme du défilé de la Biennale

biennale de la danse | Depuis 1996, le défilé de la Biennale de la danse est le sommet chatoyant et festif d'un "iceberg" d'un an de travail dans plusieurs quartiers du (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 16 juin 2016

Le programme du défilé de la Biennale

Depuis 1996, le défilé de la Biennale de la danse est le sommet chatoyant et festif d'un "iceberg" d'un an de travail dans plusieurs quartiers du Grand Lyon (et même au-delà). L'événement, inventé par Guy Darmet lors d'une biennale consacrée au Brésil, s'inspire des écoles de samba pour le Carnaval de Rio. Cette année, ce seront douze groupes emmenés chacun par un chorégraphe professionnel (Mourad Merzouki, Fred Bedongué, Farid Azzout...) et 5000 participants qui défileront le dimanche 18 septembre, des Terreaux à la place Bellecour, sur le thème "Ensemble". « Les participants et les spectateurs vivront un rituel où s'éprouve et se vivifie un nouveau lien entre les artistes et la population. L'art dans l'espace public, à l'usage de tous, soutient notre engagement pour la démocratisation culturelle » écrit Dominique Hervieu, directrice de la Biennale. Place Bellecour, pour la clôture du défilé, plusieurs événements auront lieu : un concert de rumba avec la pa

Continuer à lire

Une Biennale postmoderne

Biennale de la Danse | Toute Biennale de la Danse est constituée d'un mélange des genres, avec, cette année encore, du néoclassique (Thierry Malandain), du nouveau cirque (Collectif (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 juin 2016

Une Biennale postmoderne

Toute Biennale de la Danse est constituée d'un mélange des genres, avec, cette année encore, du néoclassique (Thierry Malandain), du nouveau cirque (Collectif Petit Travers), du moderne (une journée consacrée au Sacre du printemps), du people (Gallotta mettant en scène Olivia Ruiz), du foutraque (Bengolea et Chaignaud) et beaucoup de contemporain... Mais cette 17e édition (du 14 au 30 septembre) met l'accent aussi sur une ligne postmoderne où le contemporain se nourrit de la tradition, où la culture populaire s'hybride avec la culture savante. Yan Duyvendak, par exemple, propose une comédie musicale sur fond de crise économique et sociale contemporaine.

Continuer à lire

Un Lion d'or pour Maguy Marin

SCENES | La Biennale de Venise (structure qui regroupe tout à la fois les biennales d'art contemporain, d'architecture, de cinéma, de danse, de musique) a (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 29 avril 2016

Un Lion d'or pour Maguy Marin

La Biennale de Venise (structure qui regroupe tout à la fois les biennales d'art contemporain, d'architecture, de cinéma, de danse, de musique) a décerné un Lion d'or à la chorégraphe lyonnaise Maguy Marin pour « ses recherches sur le corps et l'espace » révélant « la complexité de l'homme contemporain. » À ses côtés, a été aussi récompensé le compositeur de musique italien Salvatore Sciarrino. Deux très très grands artistes !

Continuer à lire

À Dijon, c'est Théâtre en Mai

SCENES | À l’honneur chez nous (Maison de la Danse, Ramdam), Maguy Marin sera aussi la marraine de la manifestation Théâtre en Mai qui se tiendra à (...)

Nadja Pobel | Mercredi 24 février 2016

À Dijon, c'est Théâtre en Mai

À l’honneur chez nous (Maison de la Danse, Ramdam), Maguy Marin sera aussi la marraine de la manifestation Théâtre en Mai qui se tiendra à Dijon du 20 au 29 mai et permettra de découvrir de nouveaux talents comme Mathieu Cruciani, Maëlle Poésy et Julie Duclos. La chorégraphe partagera son expérience avec cette jeune garde prometteuse.

Continuer à lire

Maguy Marin : L'archéologue du présent

SCENES | Lignes tendues de nappes de guitare en continu, souffle lourd faisant onduler sur scène une cinquantaine de miroirs qui reflètent l'image du public, entrées (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 2 février 2016

Maguy Marin : L'archéologue du présent

Lignes tendues de nappes de guitare en continu, souffle lourd faisant onduler sur scène une cinquantaine de miroirs qui reflètent l'image du public, entrées et sorties incessantes de neuf interprètes venus un bref instant exécuter un geste de la vie quotidienne... Marcher, se vêtir, s'embrasser, fumer une clope, s'engueuler avec sa moitié, manger une pomme, déplacer une plante d'appartement, jeter un détritus... En archéologue des temps présents, la chorégraphe Maguy Marin fouille le sol de nos vies triviales pour en extraire le suc à la fois banal, poignant et répétitif. Elle enveloppe le tout d'une tension d'une intensité folle, dans une mise en scène millimétrée au timing cut époustouflant. « Dans cette pièce, déclarait-elle au moment de la création, il est question tout simplement de savoir comment un corps affecte ou est affecté par d'autres corps. Et de décliner les variations possibles à partir du corps et de ses capacités, communes à tous ». Créée en 2004, Umwelt signifie en allemand "monde environnant" et le titre de la pièce est emprunté aux écrits de l'éthologue Jacob von Uexküll. Ici, il est donc bien question d

Continuer à lire

Rentrée danse 2016 : on the beat

SCENES | Après un bel automne, la saison danse accélère encore le rythme en 2016 et s'ouvre avec le nouveau festival des Subsistances, Le Moi de la Danse, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée danse 2016 : on the beat

Après un bel automne, la saison danse accélère encore le rythme en 2016 et s'ouvre avec le nouveau festival des Subsistances, Le Moi de la Danse, du 14 janvier au 7 février. L'événement questionnera la notion d'identité à travers les œuvres de jeunes chorégraphes : le Lyonnais Alexandre Roccoli, le Portugais Marco Da Silva Ferreira, les inclassables Cecilia Bengolea & François Chaignaud... Maguy Marin viendra aussi y donner une conférence avant de reprendre à Lyon plusieurs de ses pièces : son chef-d'oeuvre May B autour de l'univers de Beckett (du 29 février au 2 mars à la Maison de la Danse), Umwelt (du 3 au 6 février à Ramdam), l'intrigant Singspiele (au TNP du 16 au 24 mars) et sa dernière grande création Bit (au Toboggan les 4 et 5 mars). Du côté des festivals "habituels", on retrouvera Sens Dessus Dessous à la Maison de la Danse du 15 au 19 mars avec une multitude de chorégraphes émergents et une compagnie phare (les Franco-Belges de Peeping Tom qui, avec Vader, nous plongent dans l'ambiance mi-réelle mi-onirique d'une maison de retraite) ; Chaos Danse, consacré à la je

Continuer à lire

Saison danse 2015/2016 : morceaux choisis

SCENES | Roland Petit, Merce Cunningham, Saburo Teshigawara, Maguy Marin, Alain Platel... La nouvelle saison danse s'annonce riche en têtes d'affiche. elle réserve aussi bien des projets singuliers et enthousiasmants, comme celui, collectif et ambitieux, de Florence Girardon sur "La Passion selon Saint-Matthieu" de Bach...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 septembre 2015

Saison danse 2015/2016 : morceaux choisis

Landscape / Coup Fatal Le Japonais Saburo Teshigawara danse autant avec la musique qu'avec la lumière, développant une gestuelle singulière, tour à tour poétique ou tranchante et précise comme une lame. Il revient cette saison à Lyon avec une pièce récente, Landscape (2014), un duo sous forme de quasi-improvisation avec la danseuse Rihoko Sato, sur des musiques de Bach (Variations Goldberg) et de John Cage (In a Landscape) interpré- tées sur scène au piano par le touche-à-tout Francesco Tristano – il s'est notamment produit aux côtés du pionnier techno Carl Craig et de l'Orchestre des Siècles à la Villette. Les 22 et 23 septembre à la Maison de la danse Qu'il nous déçoive ou qu'il nous enthousiasme, Alain Platel présente depuis plusieurs décennies des pièces sombres, souvent aux bords de la folie. Coup fatal, crée en 2014 pour le Festival d'Avignon, est un étonnant volte-face du chorégraphe belge qui, sur des musiques baroques se mêlant à des rythmes africains (jouées live par un orchestre d'une quinzaine de musiciens) et avec le concours d'énergiques danseurs congola

Continuer à lire

La saison 2015/2016 de la Maison de la danse

ACTUS | De New York à Séoul, du conte philosophique à la relecture de ghetto movie, de la rumba au baroque : à la rentrée, la volonté de Dominique Hervieu de présenter la danse sous ses formes les plus variées ne faiblira pas. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Lundi 27 avril 2015

La saison 2015/2016 de la Maison de la danse

Heureux soient ceux qui ont manqué l'arrivée de Maguy Marin à Ramdam, elle sera à l'honneur du prochain "Archipel" de la Maison de la danse. Succédant à Découflé, elle reprendra son chef-d’œuvre May B et Bit, sa création pour la Biennale 2014 (fin février début mars), ainsi que Singspiele, dernier spectacle co-écrit avec David Mambouch qu'elle présente justement à Ramdam cette semaine (mi-mars, au TNP). La saison 2015/2016 de la Maison de la danse sera marquée par trois autres temps forts. D'abord, un mois (novembre) de festivités autour de New York. Jean Lacornerie et les Percussions Claviers de Lyon y reprendront leur remarquable version de la comédie musicale téléphonique Bells Are Ringing, tandis que le CNDC Angers dansera, notamment, un Event (un patchwork de fragments de chorégraphies) du maître post-moderniste Merce Cunningham. Surtout, on y retrouvera Bill T. Jones le temps d'un pur exercice formel autour du Quatuor de Ravel et de La Jeune fille et la mort de Schubert, et le très en vue Kyle Abr

Continuer à lire

Maguy Marin refait du Ramdam

SCENES | La compagnie Maguy Marin, le lieu expérimental Ramdam : deux aventures artistiques qui n'en finissent pas de se réinventer et qui, aujourd'hui, s'allient l'une et l'autre pour un nouveau projet atypique nommé "Ramdam, un centre d'art". La reprise du chef-d’œuvre de Maguy Marin "May B" en sera le premier temps fort. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 avril 2015

Maguy Marin refait du Ramdam

La pièce de Samuel Beckett Fin de Partie s'ouvre paradoxalement sur ces mots : «Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir.» La fin, chez l'écrivain irlandais, s'avère être toujours incertaine, improbable ou inatteignable, ouverte en tout cas à d'autres horizons, d'autres fins (au sens de buts) possibles. Ces mots émanent parfois des visages crayeux des danseurs de May B. Ils sont articulés entre deux murmures, entre deux gloussements, entre deux déplacements boiteux, poussifs, cabossés... Créée en 1981, la pièce de Maguy Marin embrasse en une heure et demi l'univers de Beckett. Elle est aussi un condensé de la condition humaine, à travers dix individus largués dans le vide, la poussière et une désespérance teintée d'humour. Dix membres d'un groupe incertain qui tour à tour se referme sur lui-même, tangue, se disloque, puis se rabiboche «tant mal que pis encore.» Depuis plus de trente ans, les gestes infimes, intimes et heurtés de ces dix personnages en quête d'eux-mêmes et d'autrui, bouleversent les spectateurs du monde entier, de tournée en tournée. Imagination morte, imaginez Symboliqueme

Continuer à lire

Chronique d'une Biennale 3/3

SCENES | Cette troisième et dernière semaine de Biennale, deux grands chorégraphes n'ont été que l'ombre d'eux-mêmes. Si Maguy Marin, avec "Bit", parvient encore à surprendre, William Forsythe, lui, se regarde danser lors d'une aussi virtuose qu'ennuyeuse "répétition". Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 28 septembre 2014

Chronique d'une Biennale 3/3

Pour résister aux cadences infernales imposées par la société, les artistes de cirque de Mathurin Bolze prenaient la "tangente", traçaient des lignes de fuite inédites. La chorégraphe Maguy Marin, elle, oppose aux scansions techno très entraînantes de Charlie Aubry (qui signe une impressionnante bande son) une farandole volontairement un peu gauche et désuète exécutée, bon an mal an, par six danseurs. Presque une sorte de frise, qui craque parfois, est reprise ailleurs, s'immisce parmi les interstices d'un décor constitué de six grands modules en pente. Plongés dans la pénombre, secoués d'électro ou bien baignés de nappes musicales inquiétantes, les danseurs suivent un fil, celui de leur rythme propre, jusqu'à l'hébétude, la chute, le raté, le choc avec l'autre... Dans Bit (le plus mauvais titre de la carrière de Maguy Marin, qui compte aujourd'hui 49 pièces), danse et musique sont en constant déphasage, mais surtout les danseurs déçoivent les attentes du public, résistent à l'unisson souhaitée. Il y a discordance, disjonction : «Car le réflexe c'est toujours de se mettre au diapason des autres : être discordant demande du courage... La t

Continuer à lire

Le défilé de la Biennale fête ses dix ans

ACTUS | La manifestation la plus populaire de la Biennale de la danse aura lieu ce dimanche 14 septembre à partir de 14h, et déambulera entre la place des Terreaux et celle de Bellecour. Benjamin Mialot et Nadja Pobel

Benjamin Mialot | Samedi 13 septembre 2014

Le défilé de la Biennale fête ses dix ans

Initié par Guy Darmet en 1996, le défilé réunira cette année 4500 amateurs dans les rues de Lyon, soit 12 groupes venus de toute la région et encadrés par autant de compagnies professionnelles. Cette véritable parade chorégraphique – la plus grande d’Europe – a été conçue comme un retour aux sources d’inspiration du premier défilé : le carnaval de Rio, avec sa samba et ses chars colorés. Une fois n’est pas coutume, de grands noms de la danse contemporaine se mêleront à la fête. Ainsi de Denis Plassard, pour un projet impliquant 400 Turinois, autant de Lyonnais et des centaines de marionnettes crées avec la papesse du genre en France, Emilie Valantin, mais aussi de l’incontournable Mourad Merzouki (qui présentera à l’Amphi 3000 les 20 et 21 septembre Récital à 40, une relecture démultipliée de son premier spectacle, avec lequel il donna ses lettres de noblesse à la danse hip hop), des circassiens de la compagnie Virevolt (Aurélie et Martin Cuvelier) et de Bouba Landrille Tchouga. Cerise sur le gâteau, la chorégraphe sud-africaine Dada Masilo,

Continuer à lire

A voir et à revoir

SCENES | Secret d'une fin saison triomphale, le nouveau cirque est aussi cette année celui d'une rentrée haute en couleurs, Biennale oblige. Deux artistes (...)

Benjamin Mialot | Mardi 9 septembre 2014

A voir et à revoir

Secret d'une fin saison triomphale, le nouveau cirque est aussi cette année celui d'une rentrée haute en couleurs, Biennale oblige. Deux artistes devraient comme à leur habitue s'y jouer des frontières entre danse et contorsion. D'un côté le démiurge James Thierrée qui, quatre ans après l'insulaire Raoul, compose avec Tabac rouge (du 10 au 22 septembre au TNP) un conte baroque plein de peine et de fureur : celles d'un peuple opprimé par un roi crapoteux régnant sur un fatras de miroirs rouillés, d’échafaudages de guingois et de meubles poussiéreux. De l'autre Yoann Bourgeois, qui poursuit avec Celui qui tombe (les 20 et 21 septembre à l'Opéra), pièce pour six interprètes sur un sol mobile, ses délicates études du corps en déséquilibre. Également au programme de la grand-messe de la chorégraphie, la compagnie XY, qui avec Il n'est pas encore minuit... (aux Célestins du 12 au 18 septembre puis à Villefranche en mai), une création pour pas moins de vingt-deux acrobates, démultiplie son art du porté jusqu'au vertige, et l'ex-athlète

Continuer à lire

Biennale : faire le point, reprendre le pas

SCENES | En se donnant comme fil rouge la notion de performance, la 16e Biennale de la danse revisite le passé et interroge l'avenir. Un questionnement qui ne réduit pas la danse à son histoire, mais lui redonne son caractère toujours renaissant et intempestif. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 septembre 2014

Biennale : faire le point, reprendre le pas

Qu'est-ce qui, davantage qu'au théâtre bavard et au cirque virtuose, émeut donc toujours avec la danse ? Sa fragilité, sa fulgurance sans doute. Et, surtout, sa façon d'évoluer, d'éclore dans le pré-symbolique, le pré-verbal, sa façon de renaître toujours à nouveau, de recommencer comme si rien n'avait été réellement fait ni gagné... Chaque danse est, potentiellement, une naissance. « La danse n'entre pas dans le passé. Elle appartient toute entière au jadis. Elle sort. Elle est sortie de jadis n'arrivant nulle part. Elle ne veut ni passé ni visage ni mère ni langue ni société. Elle reste dans l'effroi, elle persiste dans le pur changement d'état. Elle n'avance pas : elle sort» écrit Pascal Quignard dans L'Origine de la danse. Son spectateur idéal ne doit donc s'attendre ni à ce qu'elle lui raconte une "histoire", ni à ce qu'elle ressemble à une autre danse. Ni même, parfois, à de la danse ! Pour renaître de ses propres cendres empesées, la danse, à plusieurs reprises, s'est rapprochée des arts plastiques et de son esprit performatif (c'est-à-dire contestataire, proche de l'improvisation, libéré des contraintes techniques et

Continuer à lire

Une Biennale sous perfs

SCENES | La seizième Biennale de la danse, toujours aussi prolifique et hétéroclite, se place cette année sous le signe de la performance et de ses avatars contemporains. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 juin 2014

Une Biennale sous perfs

Pour sa deuxième Biennale, Dominique Hervieu enfonce le clou de ses convictions et de sa sensibilité. Si sa programmation, comme celle de son prédécesseur Guy Darmet, s'ouvre à tous les styles de danse contemporaine (du hip hop avec l'incontournable Mourad Merzouki au néoclassique en passant par le flamenco avec Rocío Molina et quelques chorégraphes inclassables), elle s'enrichit d'un nombre de créations plus important (comme cette Carmen selon Dada Masilo) et, surtout, se teinte de deux ensembles thématiques : le cirque contemporain et la performance. Si le premier, notamment représenté par James Thierée et la Compagnie XY, est aujourd'hui une quasi porte enfoncée, la réflexion annoncée sur l'actualité de la seconde promet d'être beaucoup plus stimulante ! Le fil rouge tissé par Dominique Hervieu

Continuer à lire

Cendrillon

SCENES | Pour Cendrillon, sa première création en 1985 avec le ballet de Lyon, Maguy Marin ne ménage ni ses interprètes ni les fondements de la danse classique. La (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 20 décembre 2012

Cendrillon

Pour Cendrillon, sa première création en 1985 avec le ballet de Lyon, Maguy Marin ne ménage ni ses interprètes ni les fondements de la danse classique. La célèbre pièce de répertoire est transposée ici dans un univers de jouets, de pantins maladroits, de pantomime où le féerique et la naïveté le disputent à la cruauté et aux angoisses infantiles. Cendrillon est un peu godiche en esquissant ses entrechats et en se raccrochant à son balai ; son prince est un peu fade et fat dans ses mouvements aux raideurs de soldat de plomb. Maguy Marin a distillé tellement d'obstacles et de difficultés dans sa pièce que celle-ci exige paradoxalement une technique ultra-maîtrisée. Sa critique discrète de la société de consommation (ici représentée par un grand décor de magasin de jouets) et ses moqueries humoristiques vis-à-vis des mythes classiques n'ont jamais empêché le spectacle d’enthousiasmer le public, petits et grands ensemble. La musique de Prokofiev, jouée par l'orchestre de l'Opéra en direct, y est certainement aussi pour quelque chose. Jean-Emmanuel Denave Cendrillonà l'Opéra jusqu'au mardi 1er

Continuer à lire

Tournez manège !

SCENES | Malgré de beaux moments dans le "Sacre du Printemps" de Thierry Thieû Niang, la dernière semaine de la Biennale de la danse nous laisse à nouveau sur notre faim d’inédit et de créativité. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 30 septembre 2012

Tournez manège !

Au TNP la semaine dernière, il y eut une sorte de précipité (comme on dit en chimie) de l’histoire de la danse et du théâtre modernes : Patrice Chéreau, pieds nus, lisant le journal de Nijinski où celui-ci pourfend le théâtre et défend le «sentiment», peste contre Serge de Diaghilev et Igor Stravinski, ces personnages selon lui ennuyeux, prône la vie, le mouvement, l’écriture et la masturbation contre l’esprit de sérieux, la scène guindée… On aurait cru entendre Artaud dans son Théâtre de la cruauté, et on assistait alors à de singuliers courts-circuits entre les histoires du TNP, de la danse, de Chéreau, du Sacre du Printemps (dont on fêtera l’an prochain les 100 ans), de ce qui fît scandale en 1913 mais ne le fait plus, de ce qui fît modernité mais ne le peut plus… Épuisement. C’est dans la neige que se termine le récit de Nijinski et que démarre alors la musique du Sacre de Stravinski et s’ébranle le "tournez manège" de vingt-quatre danseurs amateurs âgés. Une belle spirale sans fin plutôt émouvante, un mouvement en hélices multiples non sans charme, des corps fatigués mais fiers, précis et poignants…

Continuer à lire

Pour le meilleur et pour le pire

SCENES | La deuxième semaine de la Biennale de la danse peut se résumer à ces quelques mots : une immense déception, un ovni sur-vitaminé et… Galvan ! Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 24 septembre 2012

Pour le meilleur et pour le pire

C’est peu dire que nous avons été déçus par la nouvelle création de Maguy Marin. Une vraie gueule de bois. Une artiste méconnaissable. Ses Nocturnes pour six danseurs reprennent la scénographie de ses deux dernières chorégraphies, Salves et Faces : une alternance d’instants éclairés et de fondus au noir, une succession d’images-corps arrachées à l’obscurité. Mais ici nulle tension, nulle résistance, nul affect, nulle élaboration dramaturgique, seulement des images éparses et fades, évoquant ici et là l’actualité internationale ou le passé et les racines de Maguy Marin. Voire des images d’Epinal : une sorte de berger méditerranéen mangeant une grappe de raisin sur une pierre, une prostituée hélant le client en allemand et forcément issue de Hambourg, deux jeunes filles minaudant dans le cadre d’une soirée pyjama, une ballade insipide à la guitare pour nuit au coin du feu… Pire, la chorégraphe s’englue dans des coups de gueule faciles ou même douteux sur l’Europe avec les méchants Allemands et les gentils Grecs par exemple. Sur le devant de scène, elle a placé deux tourne-disques avec des 33 tours rayés, tout un symbole ! Galvan

Continuer à lire

Images à vendre

SCENES | La Biennale de la danse démarre lentement voire laborieusement avec deux spectacles surfaits : du butô frelaté signé Sankaï Juku, et un solo de Jan Fabre en manque d’inspiration… Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 15 septembre 2012

Images à vendre

La première semaine de Biennale a été marquée du sceau du rituel… Rituels butô, rituels traditionnels balinais (pas vus), rituel funéraire à la sauce Jan Fabre… Comme nous le redoutions, le choc Sankai Juku (célèbre compagnie butô japonaise) a bien eu lieu à l’Opéra et sonnait aussi creux sur scène qu’un supplément d’âme frelaté pour public occidental crédule. Dans des décors et des lumières certes superbes, la création Umusuna nous proposait rien moins que de remonter aux origines mystérieuses de la vie. Avec Sankai Juku, même les larves (des danseurs poudrés de blanc se tortillant au sol sur une sorte de musique new-age bidon, tendance Ushuaïa) sont jolies et fréquentables ! Tournicoti tournicoto, gesticulations vers le ciel par ci par là, cris étouffés à la Munch accompagnés parfois de claquements de mâchoires pour mieux gober d’invisibles mouches, les rituels de pacotille d’Ushio Amagatsu sont de jolies images à vendre (et bien vendues du reste) sans qu’il n’en émane la moindre émotion ni le moindre trouble. Jan Fabre sans caféine Le Flamand Jan Fabre présentait quant à lui sa dernière conquête féminine (la danseuse Annabelle Chamb

Continuer à lire

Biennale de la danse, mode tri sélectif

SCENES | Une grande dame «Je travaille toujours sur les mêmes choses : la mémoire, le vivre ensemble, la question de l’Histoire aussi, de ce qu’on nous a (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 7 septembre 2012

Biennale de la danse, mode tri sélectif

Une grande dame «Je travaille toujours sur les mêmes choses : la mémoire, le vivre ensemble, la question de l’Histoire aussi, de ce qu’on nous a transmis, de ce qu’on va nous transmettre», déclare Maguy Marin en préliminaire de sa prochaine pièce au contenu, comme d’habitude, soigneusement tenu secret. Soyons francs : tous les deux ans, pour nous, il y a à Lyon deux événements : la Biennale de la danse ET la nouvelle création de la chorégraphe. Umwelt, Turba, Salves sont les trois dernières gifles artistiques reçues faisant encore circuler notre sang critique et notre goût des corps, des mots (il y a souvent des bribes de textes chez Maguy Marin) et de la musique (signée par le fidèle et talentueux Denis Mariotte) servis sur un plateau par une mise en scène aussi tendue que précise. En plus de sa création présentée au TNP du 19 au 25 septembre, Maguy Marin connaît une actualité richissime : la sortie ce mois-ci d’un ouvrage de Sabine Prokhoris sur son travail (Le Fil d’Ulysse – Retour sur Maguy marin, éditions Les Presses du réel), une journée-rencontre autour de ce livre au Café Danse le samedi 15 septembre

Continuer à lire

Le baptême de Dominique Hervieu

SCENES | 34 compagnies internationales, 38 spectacles, 147 représentations… Pendant 18 jours, la 15e Biennale de la danse déploiera sa programmation riche, variée, efficace. Et pour sa première édition, la chorégraphe Dominique Hervieu conserve la ligne artistique de son prédécesseur Guy Darmet. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 7 septembre 2012

Le baptême de Dominique Hervieu

Tous les deux ans pour la Biennale de la danse, nous pourrions écrire à peu près le même article. En résumé : un événement de grande qualité, s’adressant à des publics divers à travers des propositions artistiques tout aussi variées. Cette année : du hip-hop de Mourad Merzouki aux claquettes irlandaises de Colin Dunne, des spectacles traditionnels de Bali à la danse-image chiadée et drôle de Philippe Decouflé, du néo-clacissisme de Jiří Kylián aux danses basques, et même jusqu’au théâtre ado de David Bobée ou aux tours de magie de la Cie 14:20. Avec le passage de témoin de Guy Darmet (parti à la retraite) à Dominique Hervieu, on s’attendait à de petites variantes… À tort : on ne change ni une équipe qui gagne, ni une programmation qui attire moult spectateurs et met tout le monde d’accord… Ne soyons pas bégueule ni tatillon et profitons, donc, de ce grand shoot chorégraphique bariolé. L’Éternel retour a du bon notait Nietzsche, l’un des rares philosophes à se préoccuper de chorégraphie et à ne pouvoir croire qu’en un dieu qui sache danser. Ô mon dieu !

Continuer à lire

Dimanche, c’est défilé

SCENES | Petit changement cette année : le défilé aura lieu quelques jours avant le début de la Biennale de la danse (qui commence le 13 septembre), et sera chorégraphié (...)

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 27 août 2012

Dimanche, c’est défilé

Petit changement cette année : le défilé aura lieu quelques jours avant le début de la Biennale de la danse (qui commence le 13 septembre), et sera chorégraphié par Dominique Hervieu et Mourad Merzouki. Entre la place des Terreaux et la place Bellecour, dimanche 9 septembre à 14h30, 4 500 participants amateurs danseront sur le thème «Entre ciel et terre». Le tout se terminera avec un extrait d’un spectacle de Mourad Merzouki et une invitation à entamer une tarentelle collective ! JED

Continuer à lire

Une Biennale de la danse 2012 très ouverte

SCENES | 15e Biennale de la danse et première biennale sans Guy Darmet, son fondateur, mais sous la houlette de Dominique Hervieu. Pour son premier opus très attendu, la chorégraphe a mis l'accent sur la création (une vingtaine environ) et poursuit par ailleurs l'esprit d'ouverture défini par son prédécesseur. Jean-Emmanuel Denave

Christophe Chabert | Mardi 10 avril 2012

Une Biennale de la danse 2012 très ouverte

En septembre, sur une période plus resserrée, la 15e Biennale de la danse proposera un panel large de «toutes» les danses : du hip-hop de la Cie Käfig ou de Mortal Combat au néoclassicisme de Jiri Kylian (reprise de One of a kind par le Ballet de l'Opéra), en passant par le buto japonais (Ushio Amagatsu de la célèbre Cie Sankai Juku créera une nouvelle pièce à l'Opéra), les danses balinaises de la Troupe des artistes de Sebatu s'inspirant d'Antonin Artaud, les chorégraphies très plasticiennes de Rachid Ouramdane, la danse engagée et survitaminée de la sud-africaine Robyn Orlin, le flamenco puissant et radical du génial Israel Galvan, un spectacle du Ballet Preljocaj s'inspirant d'un écrit de Laurent Mauvignier, un solo concocté par le sulfureux Jan Fabre ou l'imagerie baroque de Philippe Decouflé... Comme à l'accoutumée et pour

Continuer à lire

Danse ou dense

SCENES | Cette semaine, les amateurs de danse ont le choix (non exclusif) entre de la belle danse néo-classique et un spectacle choc et génial, où le mouvement (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 29 mars 2012

Danse ou dense

Cette semaine, les amateurs de danse ont le choix (non exclusif) entre de la belle danse néo-classique et un spectacle choc et génial, où le mouvement formel est abandonné au profit de l'exploration des capacités de résistance des corps. Soit concrètement, le programme du Ballet de l'Opéra de Lyon (jusqu'au samedi 7 avril à l'Opéra) proposant le Second Detail de William Forsythe, deux pièces de Jiri Kylian et le très esthétique Boléro de Meryl Tankard tout en projections d'ombres chinoises... Et, d'autre part, Salves (au Toboggan jusqu'au jeudi 5 avril), la dernière pièce de Maguy Marin créée avec sa compagnie en 2010. Plus le temps passe et plus cette œuvre paraît importante en elle-même et au regard des réalisations chorégraphiques contemporaines. Avec un sens de la mise en scène (brouillant les frontières entre théâtre, danse, performance) d'une précision folle, Maguy Marin s'y montre capable d'évoquer les problèmes politiques contemporains les plus fondamentaux et d'inventer une forme scénique inouïe, aux sensations aussi fortes que sèches et virulentes. Avec pour point d'orgue une scè

Continuer à lire

La danse, de Lyon à Cuba

SCENES | Commençons notre tour d'horizon dansé par un chorégraphe lyonnais, Denis Plassard dont nous avions redécouvert il y a deux ans la superbe adaptation du (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 21 décembre 2011

La danse, de Lyon à Cuba

Commençons notre tour d'horizon dansé par un chorégraphe lyonnais, Denis Plassard dont nous avions redécouvert il y a deux ans la superbe adaptation du Terrier de Kafka. Sa prochaine création, Encore quelques illusions (les 26 et 27 janvier au Théâtre de Vénissieux, le 15 mars au Théâtre Astrée dans le cadre du festival Chaos Danse), jouera avec les codes, les techniques et l'esthétique des spectacles de magie. Autre Lyonnais à suivre : le tout nouveau directeur du CCN de Rillieux-la-Pape, Yuval Pick, s'essaiera (ainsi que les chorégraphes Maud Le Pladec et Andros Zins-Browne) à une création sur l'une des œuvres du compositeur américain contemporain David Lang (Aire de jeu aux Subsistances du 2 au 7 février). Maguy Marin quant à elle reprend sa pièce fulgurante et plongée quasi continuellement dans l'obscurité, Salves, du 3 au 5 avril au Toboggan. Du côté de la Maison de la danse, on notera la première venue à Lyon de deux grandes compagnies contemporaines d'outre Atlantique : le Cedar Lake Contemporary Ballet de New York (du 31 janvier au 5 février) avec une pièce du turbulent Hofesh Schechter et une autre de Crystal Pite, et le Danza Contemp

Continuer à lire

Maguy Marin, Création avec le ballet

SCENES | Maguy Marin n’avait pas travaillé avec le ballet de l’opéra depuis 1993 et Coppélia. Sa nouvelle création, composée avec le musicien Denis Mariotte, ne comporte (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 31 août 2011

Maguy Marin, Création avec le ballet

Maguy Marin n’avait pas travaillé avec le ballet de l’opéra depuis 1993 et Coppélia. Sa nouvelle création, composée avec le musicien Denis Mariotte, ne comporte pas encore de titre et reste un secret bien gardé. La chorégraphe n’en confie que les grandes lignes : une pièce chorale interprétée par la totalité des danseurs du ballet (une trentaine), inspirée de lectures de philosophes (Michel Foucault, Elias Canetti, Bernard Stiegler…), articulée autour des possibilités de liberté et d’autonomie de l’individu inclus dans une «masse». Une pièce choc sans doute encore, à l’instar de son dernier opus fracassant, Salves, repris au Toboggan du 3 au 5 avril. Du 14 au 18 septembre à l’Opéra.

Continuer à lire

L'éclair me dure

SCENES | Pour sa dernière création à la tête du CCN de Rillieux-la-Pape, Maguy Marin a frappé un grand coup avec "Salves". Une œuvre brisée pour un monde qui ne l'est pas moins, avec un fond d'espérances... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 4 février 2011

L'éclair me dure

Depuis Umwelt et, surtout, Turba en 2007, Maguy Marin compose des «tableaux», des «images» (visuelles, tactiles, kinésthésiques, auditives...) proches du théâtre de François Tanguy. «Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu avant de renvoyer les images», disait Cocteau, et, si la chorégraphe se veut ostensiblement un miroir de notre société en crise et en grande difficulté, ses images s'avèrent particulièrement réfléchies : réfléchies dans leur précision scénique époustouflante, réfléchies quant aux enjeux et aux questions politiques et existentiels qu'elles soulèvent. Salves, sa dernière création présentée lors de la Biennale de la Danse 2010, est une suite d'images jusqu'au boutiste, une suite de flashs arrachés à l'obscurité, une pellicule cinématographique criblée, brûlée. «Une pièce de lueurs, d'échos, de flammes brèves, qui surgissent et disparaissent, qui se transmettent à travers des gestes que l'on dirait clandestins, comme si toujours quelque chose pouvait renaître de l'obscurité, révélant une perception du réel, parfois drôle jusqu'à l'absurde ou au grotesque», écrit Maguy Marin. La situation est tell

Continuer à lire

Chronique d'une biennale 4/4

SCENES | Danse / William Forsythe et les sœurs Sagna ont conclu avec force la Biennale 2010. Mêlée aux techniques néoclassiques ou au théâtre, la danse poursuit ici son œuvre de trouble, d'inquiétude, de dérèglement du sens et des figures du corps... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 3 octobre 2010

Chronique d'une biennale 4/4

Après la grande débauche de spectacles bien ficelés et aseptisés de la semaine passée, William Forsythe est arrivé à point nommé. Pour remettre les pendules à l'heure, débarrasser la danse de son clinquant et lui rendre sa puissance d'émotion et de représentation des fragilités humaines. Le chorégraphe a transmis deux de ses pièces au talentueux ballet de l'Opéra de Lyon, qui en comptait déjà huit à son répertoire. Sur des duos pour violons de Luciano Berio, souvent secs et râpeux, "Workwithinwork" (1998) enchaîne des variations de mouvements et de configurations (duos, trios, etc.) sur une base technique néoclassique. Avec ces grands «cassés» à la Forsythe, cette façon aussi de fendre l'air comme avec des membres de métal, et cette énergie qui explose soudain du centre des corps comme des décharges électriques. L'écriture chorégraphique est complexe, abstraite, saisissante. Beaucoup plus expressive et mélancolique, "Quintett" (1993) est une pièce-lettre d'adieu de Forsythe à son épouse mourante. La voix éraillée de Tom Waits répète en boucle «Jesus'blood never failed me yet», cinq danseurs sortent et rentrent dans une fosse, leurs mouvements urgents butant toujours contre quelque

Continuer à lire

L'uppercut !

SCENES | Danse / Pour sa nouvelle création, Mourad Merzouki revient à ses premières amours : les arts de combat qu’il mêle au cirque en n’oubliant pas le hip-hop. Avec "Boxe Boxe", il ne renie rien de son parcours et l’enrichit aussi de la présence sur scène du détonnant Quatuor Debussy. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 27 septembre 2010

L'uppercut !

Baignée de noir, la scène s’illumine doucement pour laisser poindre quelques étoiles. Des hululements sont les premiers sons de la nouvelle création de Mourad Merzouki avant que ne se fasse entendre Schubert par le quatuor Debussy (deux violons, un violoncelle, un alto). Nous sommes loin de la folle énergie qui se dégageait de l’incroyable spectacle "Agwa" ou de son jumeau dansé par des Brésiliens, "Correria". "Boxe Boxe" est une pièce de cordes, celles du ring, et celles travaillées par les musiciens sur leur instrument. C’est une partition qui ramène le chorégraphe de Käfig au sens premier de la signification du nom de la compagnie en allemand et en arabe : la cage. Au commencement, les corps des danseurs sont prisonniers, condensés dans une cage-ring. Seuls des gants de boxe tendus au bout de leurs bras en dépassent et entament une chorégraphie, comme des marionnettes. Suivent des duos clownesques où Merzouki délaisse le travail physique intense au profit d’un découpage des gestes, comme un film muet au ralenti. De cinéma, il est d’ailleurs question tout au long du spectacle qui utilise l’impressionnante ouverture et profondeur de scène de la Maison de la danse. Les musiciens év

Continuer à lire

Chronique d'une biennale 3/4

SCENES | Danse / Après un début éclatant, la Biennale déçoit et patine sur des spectacles superficiels. Avec une danse qui gesticule et parade, sans propos, enjeu, ni même recherche purement formelle... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 24 septembre 2010

Chronique d'une biennale 3/4

Alors que Catherine Diverrès, Pina Bausch et Maguy Marin ont mis en doute, renversé, fragmenté, pour ne pas dire fracassé, l'espace scénique en début de biennale, d'autres continuent à occuper les plateaux comme si rien ne s'était passé dans la petite histoire de la danse comme dans la grande du monde contemporain. Comme si aucun fil ne s'était rompu. Comme si une scène restait un terrain de jeu pour grands enfants, en vue d'un divertissement «classe» ou «cool». Scène où l'on se raconte de petites anecdotes entre soi, échange de belles images, et où l'on fait briller les chromes des scénographies. Le pompon revient à Bill T. Jones qui a livré un hommage au président Abraham Lincoln (1809-1865) sous forme d'une comédie musicale bien huilée (danseurs et musiciens de haut vol, effets vidéo parfaits), mais aux propos courus d'avance (la démocratie, l'abolition de l'esclavage, la guerre...), et dénuée du moindre enjeu sensoriel ou intellectuel. Un «show» aussi lisse et aseptisé que celui d'Olivier Dubois, incarnant la figure de Frank Sinatra en compagnie d'une danseuse. Les chansons sont belles, les danseurs virevoltent admirablement bien, le spectateur s'assoupit avec un petit sourire

Continuer à lire

Chronique d'une Biennale (1/4)

SCENES | Danse / La Biennale de la danse a débuté fortissimo avec une création âpre et puissante de Catherine Diverrès et la présence revigorante et toujours inventive de Trisha Brown au Musée d'art contemporain... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 13 septembre 2010

Chronique d'une Biennale (1/4)

Alors que la communication visuelle de la Biennale affiche un rose optimiste et que son défilé se déroulait sous la bannière de «La vie en rose» de Piaf, la première création attendue de cette édition nous a semblé particulièrement sombre. Elle est signée Catherine Diverrès, chorégraphe née en 1959 et formée auprès de Maurice Béjart, Dominique Bagouet et Kazuo Ohno, l'un des fondateurs du butô au Japon. "Encor" (titre calqué sur celui de la Biennale) se compose (et se décompose) d'une multitude de fragments ou tableaux, cheminant en tous sens parmi l'histoire de la danse. Comme une suite de Bach. Cinq interprètes impressionnants incarnent aussi bien des danseurs en tutu échappés d'un "Lac des Cygnes", des figures baroques ou classiques, que des «primitifs» dénudés ou des citadins entamant un madison. Catherine Diverrès, avec une précision et un art du «montage» magistraux, entrelace des univers disparates, des émotions opposées, des musiques hétérogènes (de la variété au classique en passant par la voix de Godard)... Et juxtapose des personnages aux présences fantomatiques avec l'énergie pure et effrénée d'autres danseurs déboulant comme des tornades sur scène. C'est un combat non

Continuer à lire

Biennale de la danse 2010

SCENES | Pendant un mois, Lyon va vivre au rythme de la danse. Passage en revue des grands axes de la Biennale 2010 et des invités de marque qui émaillent sa programmation...Jean-Emmanuel Denave

Dorotée Aznar | Mercredi 8 septembre 2010

Biennale de la danse 2010

Une biennale en corpsPendant un mois, Lyon va vivre au rythme de la danse. Passage en revue des grands axes de la Biennale 2010 et des invités de marque qui émaillent sa programmation...Jean-Emmanuel DenaveCôté chiffres, la 14e Biennale de la danse reste incontestablement un événement imposant avec plus de 7 millions d'euros de budget, 57 pièces présentées, 40 compagnies invitées, 34 lieux de représentation et plus de 80 000 spectateurs attendus (84 000 en 2008, même s'il s'agit là du nombre d'entrées et non d'individus différents). On notera aussi le nombre élevé de créations, dix-sept au total, faisant de l'édition 2010 une édition pleine d'inconnues. Côté artistique, Guy Darmet persiste et signe, pour sa dernière Biennale, une programmation hétéroclite, ne défendant aucune chapelle particulière, et passant allègrement du hip-hop au flamenco, de la danse contemporaine la plus âpre aux ballets les plus fleuris, de grandes figures historiques internationales aux chorégraphes locaux moins connus. Dominique Hervieu, qui lui

Continuer à lire