La danse décentrée de Cunningham

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 novembre 2018

Photo : Summerspace © Jaime Roque de la Cruz


Il y a quelque chose de fascinant chez Merce Cunningham (1919-2009) et qui découle d'un apparent paradoxe. Chantre du hasard et de la liberté, le chorégraphe était aussi d'une exigence inouïe, voire draconienne, quant à la précision des mouvements. Chez lui, il est possible à la fois de tirer des séquences et des mouvements à coups de dés, et de défier les capacités techniques et virtuoses des danseurs ! C'est le cas par exemple avec sa pièce emblématique pour six interprètes, Summerspace, créée en 1958, où l'ordre des mouvements est tiré au sort, et où la chorégraphie de Cunningham, le décor et les costumes du célèbre plasticien Robert Rauschenberg, et la musique de Morton Feldman ont été conçues indépendamment. Le tout est une ode au déplacement et à la traversée, qui refuse aussi toute centralité de l'action. Chaque danseur est un "centre" potentiel de la pièce. « L'univers est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part » disait en substance Pascal.

Summerspace était entrée au répertoire du Ballet en 2012, et et la soirée sera complétée par une nouvelle transmission, avec Exchange que Cunningham créa en 1978 avec le compositeur David Tudor et l'artiste Jasper Johns. Une pièce en trois parties à l'atmosphère urbaine, jouant sur la répétition et la variation de points de vue sur une même séquence de mouvements.

Summerspace + Exchange
À l'Opéra de Lyon du 9 au 11 novembre


Soirée Merce Cunningham

"Summerspace" et "Exchange" par le Ballet de l'Opéra de Lyon, 1h30
Opéra de Lyon Place de la Comédie Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Ballet : un Pock et deux Cunni

Danse | En l'espace de quinze jours, le Ballet nous emmène du hip-hop vitaminé des Pockemon Crew à la classe moderniste du grand Merce Cunningham. Vertiges de la danse !

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 octobre 2019

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Les danseurs du Ballet de l'Opéra de Lyon doivent avoir la tête qui tourne. En exécutant des pirouettes évidemment. Mais aussi en passant, en seulement quelques jours, d'un univers chorégraphique à un autre. Ces jours-ci, du hip-hop pêchu et joyeux des Pockemon Crew à l'univers hyper-complexe du pape de la modernité chorégraphique, Merce Cunningham (1919-2009). Pour fêter les vingt ans de la compagnie, les Pockemon présentent à l'opéra Millésime, une nouvelle création qui entremêle la fougue généreuse des quinze membres du Crew à la technique plus classique de six danseurs du Ballet. Ensuite, le Ballet restera dans le domaine large des danses urbaines (si l'on veut !), avec Exchange de Merce Cunningham, pièce de 1978 dont les costumes et les décors (signés par l'artiste américain Jasper Johns) se veulent l'évocation directe d'un environnement urbain aux « tons pollués ». Récurrence-renaissance Comme souvent chez Cunningham,

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Danse | Festivals installés comme Sens Dessus Dessous ou le Moi de la Danse, chorégraphes stars tels Christian Rizzo ou Merce Cunningham, découvertes potentielles : voici les dix dates que les amateurs de danse se doivent de cocher de suite sur leur agenda.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 septembre 2019

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Spirituelle La grande chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker tisse toujours des liens singulièrement étroits entre la musique et ses chorégraphies : qu'il s'agisse de musique classique (Beethoven, Mahler...) ou plus contemporaine (Joan Baez, Steve Reich...). Créée en 2005 avec Salva Sanchis, sa pièce A Love Supreme explore l'album éponyme de John Coltrane, album mythique du Free Jazz. Chaque danseur est associé à un instrument du quatuor de Coltrane, et l'écriture précise de De Keersmaeker s'octroie ici une part de liberté et d'improvisation (à l'instar du jazz). Douze ans après, en 2017, la pièce est recréée avec quatre nouveaux interprètes et leurs nouvelles sensibilités. A Love Supreme À la Maison de la Danse du 1er au 3 octobre Technique Les pièces de Merce Cunningham sont d'une difficulté technique rare, et le Ballet de l'Opéra en compte déjà plusieurs à son répertoire. Cet automne, le Ballet présentera deux pièces du maître new-yorkais, créées à vingt ans d'intervalle : Exchange (1978) et Scenario

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Art Contemporain | Si ce n'est en fanfare, c'est en tout cas en musique qu'Isabelle Bertolotti débute sa nouvelle programmation au Musée d'Art Contemporain, avec un ensemble d'expositions consacré aux liens entre sons et arts plastiques.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 12 mars 2019

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« Sans la musique, la vie serait une erreur » disait Nietzsche. Prendre la musique, et plus largement le son, comme thématique pour ses premières expositions à la tête du MAC, est une idée plutôt revigorante de la part d'Isabelle Bertolotti. Ça bruisse, ça tinte, ça "drone", ça chante, ça pianote à tous les étages du musée, et toute cette rumeur donne une vitalité et une énergie de bon aloi pour le nouveau virage pris par le musée... Au premier étage, c'est l’œuvre de David Tudor (1926-1996) Rainforest V (Variation 2), récemment acquise, qui est mise en avant. En 1965, ce compositeur américain proche de John Cage tente d'attribuer une voix aux... objets ! Après plusieurs tentatives décevantes, c'est auprès de l'armée américaine qu'il trouve le matériel adéquat pour sonoriser divers objets et utiliser le tout pour la pièce chorégraphique de Merce Cunningham, Rainforest. Ce projet, David Tudor l'a retravaillé toute sa vie ou

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Musée d'Art Contemporain | Récemment nommée à la tête du Musée d'Art Contemporain et de la Biennale d'Art Contemporain, Isabelle Bertolotti nous fait part de ses projets et de ses grandes lignes directrices. Où l'on apprend que les anciennes usines Fagor-Brandt pourraient accueillir des expositions après la Biennale et que Nuits sonores va investir le MAC pour un concert.

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Début mars, le musée inaugurera un ensemble d'expositions et d'événements autour de la thématique du son. C'est votre premier acte de programmation en tant que directrice du MAC. Quels en sont les enjeux ? Isabelle Bertolotti : Je souhaite que les expositions du musée soient regroupées de manière simple et lisible pour le public autour d'une thématique. Cela permet de montrer nos collections sous un certain angle (en mars avec des œuvres de David Tudor, Terry Riley, Le Monte Young...) et d'inviter de jeunes artistes, tout en ouvrant un champ interdisciplinaire (arts plastiques, musique, performance, concerts, conférences...). Avec cette thématique du son, on peut cheminer de la méditation minimaliste expérimentale de La Monte Young à la communauté de relaxation ASMR qui se développe de manière exponentielle aujourd'hui sur le Web. Des liens se tissent entre l'art, des faits de société, de nouveaux m

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 novembre 2018

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Plutôt que rouler sur la bonne voie, aller dans le décor ! Si la métaphore peut avoir un aspect automobile risqué, elle est chez Vincent Weber (qui vient de publier Dans le décor, chez Trente-trois morceaux) à connotation beaucoup plus théâtrale. Ici, aller dans le décor (par le regard, par l'écriture, par l'attitude existentielle...) c'est se diriger ailleurs que vers le centre de la scène, le cœur de l'action, le devant du drame. La tentative de Weber n'est, certes, pas nouvelle et s'inscrit au sein d'un long héritage culturel : la flânerie poétique de Baudelaire, la saisie « d'instants non décisifs » de photographes comme Robert Frank ou Raymond Depardon, l'éclatement chorégraphique de toute centralité chez Merce Cunningham, l'informe chez Georges Bataille, l'écoute du silence et des creux de la parole chez Freud... Mais dans son petit livre, Weber réussit à insuffler une atmosphère très singulière (avec beaucoup d'ouvertures et de pistes lancées), dans une écriture à la couture fine, en n'hésitant pas pour autant à éclater ses quatre chapitres dans le te

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Regardez la danse et le mouvement se déployer en eux-mêmes, nous demandait le révolutionnaire Merce Cunningham. Regardez-les à l'état pur ou presque, sans chercher à savoir ce qu'ils pourraient bien représenter, signifier ou exprimer ; à la manière dont un John Cage demandait d'écouter un son, ou certains artistes modernes de regarder une surface peinte. En 1964, sa pièce pour six danseurs Winterbranch fait scandale avec ses lumières éclatées et ses deux sons en continu créés par La Monte Young. Il ne s'agit pourtant pour Cunningham ((1919-2009) que d'explorer sous tous les aspects possibles les notions de chute et de redressement. Quinze ans plus tard, Lucinda Childs crée Dance en collaboration avec le compositeur répétitif Philip Glass. La pièce est une suite ininterrompue de phrases dansées quasi identiques, simples et légères, ponctuées de quelques solos. En devant de scène, sur un grand écran translucide, sont projetées de manière discontinue les images démesurées des danseurs en mouvement. La danse se dédouble entre réalité et présences fantomatiques, se répète à l'infini en une sorte de ronde hypnotique ; un pur déploiement de corps e

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 novembre 2015

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Dans le champ de la danse, Merce Cunningham (1919-2009) a provoqué une véritable révolution : évacuer toute forme de hiérarchie dans les mouvements et sur la scène, faire table rase de la subjectivité de l'artiste et de l'expressivité. «S'il y a un désir d'expression personnelle, la psychanalyse est le domaine qui convient» déclarait-il. Dans les années 1960, nombre de créateurs se sont en effet lassés de l'expressionnisme et de l'ego de l'artiste pour tenter de capter des formes et des forces qui les dépassent, que ce soit parmi un groupe, la vie quotidienne, les automatismes du corps... Ce sont par exemple les minimalistes pour les arts plastiques et le comparse de Cunningham John Cage pour la musique. Il s'agit alors de s'immerger dans la grande "musique" du monde comme l'avait initié l'écrivain James Joyce dans Ulysse. Cunningham se concentrera, lui, sur le hasard et des procédures aléatoires organisant les éléments de ses chorégraphies (parties du corps en mouvement, directions, déplacements, durées...). Plus tard, il utilisera même l'ordinateur pour concevoir ses mouvements. D'où cette impression, dans les pièces de Cunngham, d'interpr

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SCENES | Quelques petites déceptions encore cette semaine, mais le chef-d’œuvre "Sounddance" de Merce Cunningham et "Ply", la création âpre et singulière de Yuval Pick, nous ont restitué notre enthousiasme pour la danse. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 22 septembre 2014

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Mélange des genres et mélange des époques au programme du Ballet de Lorraine, avec cette question sous-jacente : qui des anciens (Picabia et Satie en 1924), des modernes (Merce Cunningham en 1975) ou des contemporains (le jeune Noé Soulier en 2014) a produit la pièce la plus "barrée", la plus osée ? On aurait volontiers parié a priori sur le Dadaïste Picabia mais Relâche, qui fut certainement provocateur et rafraîchissant à l'époque (avec des danseurs dans la salle, une infirmière à barbe...) s'avère aujourd'hui assez ennuyeux et "muséal". Seul le film foldingue de René Clair (Entr'acte, projeté en plein milieu de la pièce) sauve les meubles et nous embarque dans une blague surréaliste aux effets de montage et de mouvements de caméra aujourd'hui encore surprenants ! Le montage, le démontage et le remontage, c'est aussi le "truc" de Noé Soulier, qui s'empare des codes de la danse classique pour les déstructurer, les cogner les uns aux autres, les accélérer ou les ralentir. Sa création Corps de ballet contient bien des idées mais ici encore à l'état de friche, de recherche inaboutie... La pièce la plus folle, et même

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SCENES | Béjart, Cunningham, deux possibilités de réviser ses «classiques» et, surtout, de se rendre compte avec joie que les œuvres de ces chorégraphes n’ont pas pris une ride, voire surprennent toujours. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 25 mai 2012

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Une Biennale 2008 consacrée à la relecture d’œuvres chorégraphiques historiques, la multiplication des transmissions ou les nombreuses reprises par certains chorégraphes de pièces anciennes, l’édition récente de DVD consacrés à Pina Bausch, Dominique Bagouet et Anne Teresa de Keersmaeker, la numérisation de vidéos de danse disponibles aujourd’hui sur la plateforme Numeridanse, un temps fort de la prochaine saison de la Maison de la danse dédié aux fertiles années 1980… Depuis plusieurs années, la danse contemporaine se penche sur son passé et la conservation de sa mémoire. À Lyon, coup sur coup, on pourra ainsi voir ou revoir quatre pièces emblématiques du parcours de Maurice Béjart par le Béjart Ballet Lausanne, et deux autres de Merce Cunningham interprétées par le Ballet de l’Opéra de Lyon. Deux grands chorégraphes qui, si bien des choses les différencient sur le plan stylistique, ont en commun une œuvre importante (en quantité et en qualité), influente pour beaucoup de leurs «descendants» ou élèves (Maguy Marin et Anne Teresa de Keersmaeker formées à l’École Mudra de Béjart, Trisha Brown et Lucinda Child dans la Cie de Cunningham) et irriguée par le meilleur des musi

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Dorotée Aznar | Mercredi 2 septembre 2009

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Danse / Le grand chorégraphe américain Merce Cunningham est décédé le 26 juillet 2009 à l'âge de 90 ans. Mais ses nombreuses pièces sont toujours bel et bien vivantes. Le Ballet de l'opéra ouvre la saison danse avec l'une d'entre elles, Beach Birds (1991), sur une musique de John Cage. Le programme du ballet (à l'Opéra du 15 au 20 septembre) inclut aussi une création de Ralph Lemon et la reprise de "Set and Reset / Reset" de Trisha Brown.

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