Au Guignol de Lyon, des marionnettes en prise avec le réel

Marionnettes | Hasard du calendrier : alors que rouvre le Musée des Arts de la Marionnette à Gadagne, la compagnie M.A., présente dans l'exposition, livre "Krach", une création sans Guignol mais aussi féroce que le célèbre Lyonnais pour raviver la lutte des classes.

Nadja Pobel | Mardi 27 novembre 2018

Photo : © DR


« Vous êtes prêtes ? » Ainsi s'adresse le metteur en scène Nicolas Ramond à son équipe en cette matinée de répétitions, à J-8 de la première. Parmi eux : trois hommes et une femme. Son choix de féminiser ainsi la langue phallocrate française indique clairement le ton de ce spectacle politique. Le contestataire Guignol est remisé au placard le temps que ses contemporains prennent sa relève. Un couple de pauvres va croiser des riches. Les seconds vont commencer par se demander comment nommer les premiers, sans vraiment trouver. Simon Grangeat, auteur prolixe de théâtre engagé ne surfe pas sur une dichotomie qui verrait s'opposer les bons et les méchants. L'objet transitionnel qu'est la marionnette autorise de toute façon « une grande liberté et même cruauté » selon Nicolas Ramond.

« Les pauvres sont aussi bêtes que les nantis dans cette pièce car, avec la monnaie glanée dans la rue, ils vont s'acheter un ticket de "gratto-gratte" et ne pas le jouer car il serait potentiellement gagnant ; ils préfèrent le faire spéculer » raconte Emma Utgès, comédienne et marionnettiste qui, avec sa compagnie M.A., a repris en janvier 2018 la direction de ce théâtre Guignol de Lyon, soutenu par la Ville. Déjà en février 2017, au moment où elle assurait la transition avec les Zonzons, elle avait invité un spectacle non-Guignol mais c'est à chaque fois un pari.

« Faire fortune ! »

Chiry-Gambettes et Loulou Belle-Gueule, faits d'une petite tête et d'un corps de sac de papier, vont donc alterner leurs séquences avec celles dédiées aux bourgeois dont les figurines mobiles sont encastrées dans d'élégants tableaux peints. Sur une planche en pente, tous les personnages vont s'animer et être dialogués par les deux acteurs en même temps qu'à jardin Patrick Guillot fera le liant entre les scènes en parole, bruitage et musique, avec son accordéon.

Tout ce qui est dit dans cette création est tirée du réel, aussi ubuesque que soit la parole des riches déplorant de se serrer la ceinture à l'instar d'une ministre LREM découvrant son salaire au gouvernement, inférieur à celui qu'elle touchait dans le domaine privé. Seules les séances avec des personnalités politiques fictives sont plus fantasmagoriques, comme cette ministre des studettes étudiantes choisissant de résoudre la question du manque de logement étudiant en plafonnant le nombre de ces derniers au nombre de studettes disponibles !

Krach
Au Guignol de Lyon ​du 28 novembre au 1er décembre


Krach

Ms Nicolas Ramond, par la Cie M.A. La compagnie aborde une nouvelle thématique : le système économique mondial... Une chape de plomb. Dès 12 ans, 1h
Guignol de Lyon (Carrand) 2 rue Louis Carrand Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Le Théâtre Guignol de Lyon confié pour trois ans à la compagnie M.A.

Théâtre Guignol de Lyon | Amorcé depuis l'an dernier avec la réouverture d'une partie du Musée des Arts de la Marionnette à Gadagne, un "réseau" dédié à cet objet bien vivant se met en place à Lyon. La compagnie M.A. vient d'être mandatée pour diriger durant trois ans le Théâtre de Guignol. Et il y a fort à parier que c'est par le prisme de ce patrimoine que la subversion est la plus prégnante.

Nadja Pobel | Mercredi 17 janvier 2018

Le Théâtre Guignol de Lyon confié pour trois ans à la compagnie M.A.

Guignol, Gnafron et le bâton. Si ce triptyque est à la base de l'enfance de tout gone depuis deux siècles, il n'est pas enfermé dans la naphtaline. En confiant, après la réception de neuf candidatures, la gestion du Théâtre de Guignol de Lyon à la compagnie M.A., Loïc Graber, adjoint à la culture de Képénékian, dit à la fois vouloir « respecter le patrimoine et la tradition lyonnaise » et ouvrir la marionnette « à la création contemporaine et l'expérimentation de nouvelles formes ». Ainsi, dans un palais de Bondy fraîchement rénové, c'est la troupe qui a assuré l'intérim avec la compagnie des Zonzons qui s'installe durant trois années. Emma Utgès, à la tête de cette aventure collective, est venue à cet art en 2003 en rencontrant précisément les Zonzons et a acquis depuis des formations à la technique et à l'esprit de Guig

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La Compagnie M.A., nouvelle tête de Guignol

Marionnette | C'était un secret de polichinelle officialisé par la Ville de Lyon en ce début d'année : la compagnie M.A. reprend la gestion du Théâtre de Guignol de (...)

Nadja Pobel | Mardi 9 janvier 2018

La Compagnie M.A., nouvelle tête de Guignol

C'était un secret de polichinelle officialisé par la Ville de Lyon en ce début d'année : la compagnie M.A. reprend la gestion du Théâtre de Guignol de Lyon qui vient de réintégrer son emplacement dans un palais de Bondy rénové. À sa tête : Emma Utgès, comédienne, acolyte d'Emmanuel Meirieu dans les années 2000 et tournée vers la marionnette depuis 2003. Membre de l'ancienne troupe directrice, les Zonzons, elle s'installe dans ses nouvelles fonctions et appartiendra à un "réseau marionnette" avec le TNG et les musées Gadagne qui depuis avril dernier ont réouvert partiellement et transformé l'espace dédié à cet art dans la partie "Musée des arts de la marionnette".

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Décès d'une enfant de Guignol

Disparition | Le 17 août, c'est un pan de l'histoire de Guignol qui s'est éteint avec la disparition d'Yvonne Moritz, directrice du Véritable théâtre Guignol du parc de la Tête d'Or.

Nadja Pobel | Mardi 22 août 2017

Décès d'une enfant de Guignol

Parmi les quelques théâtres Guignols de Lyon, il en est un, celui de la Tête d'Or, qui remonte aux calendes de Laurent Mourguet lui-même. Ou presque. Joseph Moritz (1886-1954) l'a installé là, puis son fils Antoine Moritz (1912-1980) et enfin la veuve de celui-ci, Yvonne Moritz, l'ont fait fonctionner. À 92 ans, elle était encore récemment à la tête de cet établissement adossé au parc aux daims. Son époux, dans les années 40, avait décidé de s'implanter dans le parc fétiche des gones. Ce fut chose faite en 1948, quand fut abolie la loi votée durant la guerre qui interdisait les rassemblements. Longtemps à ciel ouvert, le théâtre s'est peu à peu amélioré avec notamment l'installation de la sonorisation, de bancs fixes extérieurs, de barrières et du toit en 1985. Dans ces murs de bois, c'est le véritable répertoire de Guignol qui est joué chaque jour où l'école fait relâche. Yvonne était encore présente cet été auprès des jeunes spectateurs. Ce sont ses petits-enfants, Florence et Rémy Vallin qui assureront la continuité de ce lieu. Le maire de Lyon, Georges Képénékian, a tenu a souli

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La marionnette sur tous les fronts

Marionnettes | À Gadagne, au TNG, au Théâtre de Guignol, la marionnette est partout à Lyon. Revue de détail avec des projets aboutis ou en cours.

Nadja Pobel | Mardi 14 mars 2017

La marionnette sur tous les fronts

Depuis que la compagnie des Zonzons avait annoncé son départ du théâtre de Guignol, faute de proposition suffisamment solide de leur point de vue en provenance de la mairie, le devenir de cette salle était en suspens. Et surtout Georges Képénékian, 1er adjoint du maire de Lyon, en charge de la culture, se devait de faire contre-feu. C'est fait depuis ce mardi 14 mars où il a souhaité donner « un second souffle » à la marionnette. Rien de bien nouveau in fine sinon la réaffirmation que le TNG (qui présente beaucoup de spectacles avec des marionnettes "modernes") et le musée Gadagne allaient travailler en bonne intelligence, sans moyens supplémentaires dédiés. Ainsi, le musée Gadagne soigne ses collections. Outre le fait qu'il expose l'histoire de la ville de Lyon, il accueille ce qui fut de 1950 jusqu'aux travaux de 1999-2009 le Musée international de la marionnette, devenu le Musée des marionnettes du monde il y a huit ans et qui, dès l

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À l'Opéra, des airs connus

Classique | Passage en revue des festivités prévues du côté de l'Opéra où l'on rejoue ses classiques, et de l'Auditorium qui fait tout un cirque de son réveillon.

Pascale Clavel | Mardi 13 décembre 2016

À l'Opéra, des airs connus

À l’Opéra, c’est le jeune, fougueux et futur chef permanent, Daniele Rustioni, qui officie : une soirée faite de joyeux pots-pourris, une enfilade de tubes à fredonner plus ou moins discrètement. Des extraits d’œuvres classiques et romantiques, tricotés comme un gros patchwork bien doux. Le public en aura trop et c’est bien cela qu’il cherche : le trop d’émotions, l’envie constante de bulles de champagne. Au menu, des valses de Tchaïkovski tirées pour l’une de la Belle au bois dormant, pour l’autre de la Symphonie n°5 ; des moments choisis des Noces de Figaro de Mozart et même des airs de Rossini à se pâmer. L’orchestre de l’Opéra de Lyon, sous la baguette très attendue de Rustioni, va offrir un moment tout en paillettes, tout en émotions rares et nous sortirons de là le cœur léger, le sourire aux lèvres et l’envie que le monde soit beau. L’Auditorium fait son numéro Avec ses rêves de cirque, le spectacle du Nouvel An risque de plaire aux petits, aux grands, tous confondus dans la même émotion. La salle de l'Auditorium se transforme en un immense

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Guignol et les Zonzons : l'âge de l'émancipation

Théâtre de Guignol | Après 18 ans de bons et loyaux services, la compagnie des Zonzons quitte la direction du Théâtre de Guignol, faute de réponse claire de la mairie quant à son avenir, mais avec des souvenirs et des projets plein les poches.

Nadja Pobel | Mardi 22 novembre 2016

Guignol et les Zonzons : l'âge de l'émancipation

Elle a bon dos la petite marionnette de bois : adulée quand il faut en vendre à la pelle dans les boutiques touristiques, oubliée quand il s'agit de perpétuer son destin derrière un castelet, Gérard Collomb lui-même y étant allergique – élu maire, il fit supprimer les panneaux aux entrées de la ville mentionnant Guignol. Si différents lieux de Lyon en débitent des spectacles au kilomètre, c'est bien le Guignol de Lyon, rue Louis Carrand dans le 5e, qui délivrait son essence même : caustique et fondamentalement ironique, amusant les enfants comme les parents avec différents niveaux de compréhension. Ce travail a été mené à bien par la compagnie des Zonzons depuis 1998, quand elle a été appelée par Denis Trouxe, alors adjoint à la culture de Raymond Barre, pour succéder à Christian Capezzone qui venait de créer un trou d'un million de francs dans le budget. Autre temps ; autres mœurs. "C'est encore très actuel : c'est l'histoire d'un mec qui n'a plus de boulot." Cette équipe venue du théâtre (scénographe, comédien...) s'empare alors de ce mythe lo

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Guignol monte au front des tranchées de 14-18

ARTS | Guignol, un simple divertissement ? Oui, mais en temps de guerre s’amuser prend un sens primordial. C’est ce que démontre la nouvelle exposition de Gadagne, au croisement idéal des deux objets de ce double musée dédié à la fois à l’histoire de Lyon et aux marionnettes.

Nadja Pobel | Mardi 17 novembre 2015

Guignol monte au front des tranchées de 14-18

Avancer de ligne en ligne au front, puis se reposer en zone de cantonnement. Le rythme des soldats est cyclique et ennuyeux, d’autant que la Première Guerre mondial n’en finit pas. Et s’ils passent 30% de leur temps à l’avant, il faut bien les occuper à l’arrière. Rapidement, Guignol, alors emblème de l’Expo internationale urbaine qui se tient à Lyon dès mai 1914 et figure lyonnaise connue dans tout le pays, est reproduit sur des cartes postales analysées numériquement dans ce parcours. Il sert de catalyseur à un patriotisme que diffuse massivement les autorités pour fédérer les combattants. Mais il est aussi, via notamment le journal satirique Guignol dont plusieurs Unes sont présentées au musée, un poil à gratter dont se délectent plus encore les Poilus. Stigmatisant les profiteurs de la guerre ou les pacifistes sans solutions, la marionnette s’adresse désormais aux adultes. Des castelets de bois sont montés à l’arrière et même dans les camps de prisonniers en Allemagne, grâce notamment aux prêts des théâtres lyonnais. Celui du qu

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Le kid de Compton

MUSIQUES | Le top dog du hip hop ricain contemporain, le voici : Kendrick Lamar, 25 ans, bon chrétien, gentille bobine de neveu caché de Michael Jackson. C'est notre (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 16 janvier 2013

Le kid de Compton

Le top dog du hip hop ricain contemporain, le voici : Kendrick Lamar, 25 ans, bon chrétien, gentille bobine de neveu caché de Michael Jackson. C'est notre avis. Et l'avis de The Source, mensuel de référence des musiques dites urbaines, qui l'a sacré rappeur de l'année 2012. C'est également celui de Snoop Dogg, le nonchalant fumeur à la chaîne de Long Beach – quatre-vingt un joints par jour selon ses dires - voyant en lui «le nouveau roi de la Côte Ouest», ou encore du superproducteur Pharell Williams, qui entre deux piges derrière la console pour la sœur de Beyoncé l'a carrément comparé à «un Bob Dylan noir

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Petite Poucette

SCENES | Lorsque nous découvrons des fragments d’Annette, il y a déjà deux ans de gestation et de travail en amont. Et lors de ces ultimes répétitions, à J-9 de la (...)

Nadja Pobel | Jeudi 10 janvier 2013

Petite Poucette

Lorsque nous découvrons des fragments d’Annette, il y a déjà deux ans de gestation et de travail en amont. Et lors de ces ultimes répétitions, à J-9 de la première, ce sont d’abord les mots qui nous happent. Ceux d'Annette, qui donne son prénom à cette pièce, inspirée de la vie de la sœur du metteur en scène Nicolas Ramond, décédée jeune adulte des suites d'un syndrome de West qui a fini par l’étouffer. Annette était dépourvue de parole mais au théâtre on l’entend dire «je m’envase, je cherche des mots dans la boue de ma bouche». Parfois c’est son frère qui s’agace : «tu m'énerves à faire l'handicapée. Les handicapés, ce n'est jamais de leur faute. Ils ont une excuse pour toujours». Avec une vitalité et une véracité comparables à celles maniées par Jean-Louis Fournier dans le drôlissime et glaçant Où on va, papa ?, l’écrivain Fabienne Swiatly a su, en étant toujours attentive à son personnage et à bonne distance du drame, trouver le ton juste entre gravité et humour. Pour l’occasion, Nicolas Ramond s’est délesté du travail vidéo qui ponctuait ses précédentes créations et cherche le rythme en accolant, sans ordre chronologique, diverses séquenc

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Guignol fête Noël

SCENES | Comme tous les enfants du monde (occidental) la nuit de Noël, Louison attend impatiemment de recevoir le cadeau de ses rêves et décide de camper au pied du (...)

Nadja Pobel | Mardi 18 décembre 2012

Guignol fête Noël

Comme tous les enfants du monde (occidental) la nuit de Noël, Louison attend impatiemment de recevoir le cadeau de ses rêves et décide de camper au pied du sapin avec son chien pour garde. Si le vieil homme en rouge et blanc le lui amène bien volontiers, son sous-fifre de lutin le subtilise, trop frustré de distribuer le bonheur aux autres et de ne recevoir que peu de récompenses en retour. C’est là que surgit Guignol et son éternel bâton devant un public conquis, qu'il s'agisse des enfants (dès 3 ans) ou, mieux encore, des parents qui reprennent à tue-tête les gimmicks de la célébrissime marionnette. Bien sûr l’issue de l’histoire est cousue de fil blanc, quelques manipulations sont hasardeuses dans la précipitation mais rien ne brise la dynamique d’un spectacle qui fonctionne en interaction avec le public et dans lequel tous les Pères Noël trouvent leur place (celui de Tino Rossi comme celui de... Mylène Farmer !) Nadja Pobel Guignol et le jouet merveilleux du Père Noëlau Théâtre Guignol de Lyon jusqu’au 13 janvier

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Guignol d’abord

SCENES | Si les discours des hommes politiques s’adressent aux adultes, leurs idées méritent parfois d’être transmises aux enfants. Avec "Crasse paperasse", les Zonzons poussent Guignol à aider des sans-papiers avec — réellement — humanité et cœur dans un spectacle toujours divertissant que ne renierait pas Jean-Luc Mélenchon. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 7 novembre 2012

Guignol d’abord

Lorsqu’en 1996, Jean-Louis Debré, ministre de l’Intérieur, décide de faire évacuer par mille policiers (!) l’église Saint-Bernard où avaient trouvé refuge 300 sans-papiers, il affirme – sans rire - que ça se passe avec «humanité et cœur». Quinze ans plus tard, la situation n’a guère changé, les sans-papiers sont indésirables partout et la phrase du ministre pourrait être reprise au premier degré par la troupe des Zonzons. Depuis 1998 en effet, ce collectif s’ingénie à réveiller Guignol, tendre avec les enfants mais toujours aussi indocile avec l’autorité. C’est donc presque naturellement que l’idole des gones se glisse dans ce nouveau récit aux multiples sous-couches dans lequel un couple de Roms est sommé de repartir dans un pays qui ne veut pas de lui et où un enfant est retrouvé abandonné. Luttant contre l’administration trop rigide et des policiers stupides, Guignol tente de redonner place à l’humanité. Retour à l’envoyeur Dans ce spectacle, la dialectique ne serait rien sans un décor soigné et riche de petits accessoires, sans ces marionnettes rendues presque vivantes et sans l’utilisation de la vidéo pour une étourdissante montée des vira

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Krach, boom, hue !

SCENES | Il en est des crises comme des saisons : c’est cyclique. Et il est toujours vertigineux d’entendre des témoignages de l’Amérique post 1929 tant ils sont (...)

Nadja Pobel | Vendredi 13 janvier 2012

Krach, boom, hue !

Il en est des crises comme des saisons : c’est cyclique. Et il est toujours vertigineux d’entendre des témoignages de l’Amérique post 1929 tant ils sont semblables à ceux que l’on lit aujourd’hui à longueur d’articles et de reportages. Après le Jeudi noir, il est question de «réunion d’indignation», de reloger les expulsés dans des immeubles vides, de faire la queue à la soupe populaire. Laura Desprein a ainsi puisé dans les récits rapportés par le journaliste Louis Studs Terkel et consignés dans Conversation with America. Dans Krach Blues (au Théâtre des Marronniers jusqu’au 30 janvier), elle se fait actrice et, avec plus de conviction, chanteuse. Elle interprète avec ses acolytes pianiste et contrebassiste des mélodies blues qui rendent habilement l’atmosphère des Raisins de la colère de Steinbeck, illustrant la Grande dépression. Ce spectacle est un habile rappel illustré à l’histoire. Nadja Pobel

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Inusable Guignol

SCENES | Jeune public / Parmi le flot de nouveautés et d'inventions en tous genres pour divertir ces chères têtes blondes (brunes, rousses...), Guignol fait de la (...)

Nadja Pobel | Jeudi 23 juin 2011

Inusable Guignol

Jeune public / Parmi le flot de nouveautés et d'inventions en tous genres pour divertir ces chères têtes blondes (brunes, rousses...), Guignol fait de la résistance. Simple marionnette à gaine, Guignol fait mouche. Dans Guignol ou les créanciers de Pifambosse, l'éternel compagnon de Gnafron, croyant bien faire, chasse les créanciers venus chez son maître mais, pris par sa fougue habituelle, il assomme aussi les futurs beaux-parents de celui-ci. Traditionnellement, Guignol a le coup de bâton facile (rires de l'assistance assurés) et n'hésite pas à enchaîner les situations qui se répètent de façon à ce que les gones (tels qu'il les nomme dans un langage lyonnais incontournable) puissent s'immerger dans le spectacle. Régulièrement interpellés par Guignol, les enfants et leurs parents (en très grande majorité des mamans...) font partie intégrante de ce joyeux spectacle qui entretient avec conviction l'héritage de Laurent Mourguet.Nadja Pobel Guignol est les créanciers de Pifambosse (dès trois ans)À la Maison de GuignolJusqu'au dimanche 4 septembre

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Les fruits de Guignol

CONNAITRE | À partir du 10 avril, le festival Moisson d’Avril propose au public lyonnais des rencontres avec ce théâtre «qui parle avec le cœur et pense avec les mains».

Dorotée Aznar | Mardi 1 avril 2008

Les fruits de Guignol

Depuis 1999, Moisson d'Avril, biennale internationale, a pour objectif de valoriser l’art de la marionnette par la diffusion d’œuvres originales et diversifiées. Cette année, leur manifestation prend plus d’ampleur puisque Lyon fête le bicentenaire d’un de ses fils les plus célèbres : Guignol. Retracer brièvement l’histoire de cette marionnette emblématique devient pertinent pour replacer ce festival dans un contexte actuel, pour essayer de comprendre comment se tisse le lien entre tradition et modernité.Le créateur de Guignol, Laurent Mourguet, Canut au chômage après la Révolution, se reconvertit en marchand forain, puis en arracheur de dents. La légende raconte que pour attirer la clientèle mais, surtout pour couvrir les cris de ses patients, il amusait la foule avec ses marionnettes. Au-delà de l’anecdote, ce qui reste important est que le premier Guignol (qui devient ensuite, et qui reste jusqu’aujourd’hui, un spectacle pour enfants), interpelle le public en parlant avec humour des injustices que subissent ses contemporains. Avec ce festival, les organisateurs veulent sortir la marionnette des a priori qui pèsent sur elle, surtout de celui qui la veut destinée uniq

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