Fantasmes au Lavoir

Only Porn | Tour d'horizon du festival qui permet d'ausculter les cultures pornographiques sous toutes leurs formes et convie Brigitte Lahaie en guest star au Lavoir Public : Only Porn.

Sébastien Broquet | Mardi 11 décembre 2018

Photo : © DR


Au Lavoir Public, rien ne se passe comme ailleurs dans la ville. En ce petit lieu brut de décoffrage des pentes de la Croix-Rousse, Olivier Rey continue d'expérimenter, alternant théâtre épatant, clubbing exigeant et donc, festival de culture pornographique. Only Porn, cette année, est concocté en compagnie de Cédric Duroux - ancien de la Villa Gillet - et Aleks Von Ürban, du festival Burning Man : c'est peu dire que la rencontre est explosive.

Voici donc une édition placée sous l'égide de l'icône du porno frenchy, madame Brigitte Lahaie elle-même, celle qui fit les grandes heures du film de fesse en 35mm avant de faire frémir une génération d'adolescents le samedi soir à minuit sur Canal Plus. Et enfin, de se faire confidente intime des auditeurs sur RMC puis Sud Radio.

Brigitte

La star de Parties de chasse en Sologne (1979) sera donc l'invitée d'honneur, présentant dans un premier temps Caligula, péplum mêlant gore et érotisme réalisé en 1979 par Tinto Brass, avec Malcolm McDowell dans le rôle titre et Peter O'Toole, dans celui de Tibère. Un film au parcours trouble : entre le scénario de Gore Vidal et les différentes versions remontées, enrichies après-coup de scènes X tournées ultérieurement par le producteur (et fondateur de Penthouse) Bob Guccione - fâché avec son réalisateur, il y a comme un écart... qui en fait un film aussi bizarre, bancal qu'intriguant, et finalement culte de par son extravagance.

Dans une second temps, Brigitte Lahaie sera sur la scène du Lavoir Public dans une reconstitution live de son émission de radio : légère mise en scène, présentation par Ivan Gouillon et interactivité réelle, puisque le public posera ses questions intimes en amont.

Orgasme

Autre temps fort (jeudi 13) : la traditionnelle soirée d'ouverture propose une relecture en live de la performance vidéo Hysterical Literature, baptisée Le dessous des textes – lectures orgasmiques. Soit sur scène, un lecteur ou une lectrice, lisant un texte écrit spécialement pour la soirée par Nicolas Barry, Wendy Delorme, Octavie Delvaux, Cédric Duroux et Nina Léger. Sous la table, camouflé, un ou une comparse intervient par différentes caresses ou autres vibrations pour tenter de pousser le lecteur suscité à l'orgasme... Côté lecture, on retrouvera Stan Briche, Abigael Jacquier, Clémence Longy, Khaled Rahmouni, Noémie Rimbert.

Putain

Mais avant ceci, la mise en bouche aura été radicale : le mercredi soir étant largement consacré aux performances, en particulier celle attendue de Divine Putain, présenté par Olivier Rey comme étant « le fils caché de Pierre Molinier et de Divine ». Explorant les sexualités par le body art et la suspension, alternant les personnages jusqu'à l'animal, Divine Putain mixe bondage et théâtre en version extrême. Une passion pour le shibari partagée avec Mino et Lello Li, artistes venus du cirque ayant intégré les cordes pour une performance tout aussi kinky. En clôture, retour de Divine Putain cette fois en version "cinéphile", le voici acteur de Dans la cuisine, le nouveau film de Carmina pour Le Tag Parfait : c'est là encore à déconseiller aux âmes sensibles.

Numbers

Enfin, le samedi. Illustration parfaite d'un programme désormais éclaté côté disciplines mais resserré niveau géographique, puisque là encore tout se passera au Lavoir. Se succédéront une lecture par Renaud Bertin du roman emblématique de John Réchy, Numbers, tout juste traduit aux éditions Laurence Viallet, mais paru en 1967 aux États-Unis : une plongée magistrale dans le milieu gay du Los Angeles d'alors. Lecture qui sera précédée d'une performance de RerQ, collectif d'autrices X et queer, dont font partie Wendy Delorme et Élodie Petit. Le tout se terminera bien entendu sur le dancefloor avec une partie pleine de surprises, ambiancée par la house forcément très sexe de Nikky. Largement de quoi se réchauffer...

Only Porn
Au Lavoir Public du mercredi 12 au dimanche 16 décembre

Brigitte Lahaie, Moi la scandaleuse (réédition La Musardine)

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Tu vas fondre, bébé

Only Porn | Le festival Only Porn est devenu l'incontourable rendez-vous pour causer cul, mater original et penser le sexe d'aujourd'hui : effeuillage d'une programmation toute en dentelle.

Sébastien Broquet | Mardi 10 décembre 2019

Tu vas fondre, bébé

Jeudi Bien entendu, la place de choix en ouverture de cette huitième édition de Only Porn est réservée à Ilona Staller, alias La Cicciolina, icône du X, de la libération des mœurs et ex-femme d'un symbole des dérives de l'art contemporain, Jeff Koons. Mais ce n'est pas tout ce que le Lavoir Public et Olivier Rey nous ont concocté, car comme chaque année les collisions seront multiples entre figures du passé et questionnements actuels. Vendredi Ainsi, après que l'ancienne députée italienne ait parlé de son passé d'actrice X, de sa carrière politique, peut-être même chanté si nous sommes gentils et assurément pris beaucoup de selfies (c'est semble-t-il une passion pour elle), la semaine se poursuivra vendredi avec le festival Snap ! (Sex Workers Narratives, Arts & Politics), en présence de Carmina, rédactrice en chef du site Le Tag Parfait, pour une projection et discussion suivie de deux performances.

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La Cicciolina : « il faudrait d’abord faire l’amour avec sa tête »

Only Porn | Femme libre et engagée, Ilona Staller a été et demeure une personnalité à part dans la société italienne : artiste insoumise, modèle, actrice pornographique, députée… La Cicciolina revendique une libération des mœurs aujourd’hui menacée. Sans cesser le combat.

Vincent Raymond | Mardi 10 décembre 2019

La Cicciolina : « il faudrait d’abord faire l’amour avec sa tête »

Est-ce facile d’être une icône ? Ilona Staller, alias la Cicciolina : Sans aucun doute je suis une icône de l’art contemporain et de la liberté sexuelle. Pas seulement, à mon avis, mais surtout dans l’opinion des experts du secteur. C’est un honneur de pouvoir être considérée comme telle, je ne le nie pas ; au contraire je suis fière de recevoir ce titre que je prends comme un prix. Être une icône, c’est ce qui caractérise les multiples facettes de ma carrière, de mannequin à actrice, jusqu’à muse de grands artistes de renommée mondiale. Ilona, supportez-vous toujours bien votre alter ego, La Cicciolina ? Y a-t-il quelque chose dans ce qu’elle est, comme une sorte de mystère, qui vous impressionne et qui vous échappe ? Dans ma vie je n’ai jamais aimé me mettre en compétition avec qui que soit ; j’aime juste ce que je fais et chaque fois, ça se révèle nouveau et différent. J’aime mon travail, j’aime être la Cicciolina, muse ainsi qu’artiste de mes propres œuvres d’art contemporain. Ce n’est pas facile d’être une icône, toutefois je trouve très simple d

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Only Porn fête ses cinq ans

Festival | « Un focus sur des artistes dont le corps et la sexualité constituent le thème principal de recherche » : telle est la baseline du festival Only (...)

Sébastien Broquet | Mardi 29 novembre 2016

Only Porn fête ses cinq ans

« Un focus sur des artistes dont le corps et la sexualité constituent le thème principal de recherche » : telle est la baseline du festival Only Porn, qui fête ses cinq ans du jeudi 15 au dimanche 18 décembre avec un programme... alléchant. Lukas Zpira, chantre des corps modifiés et du body art, en est l'invité d'honneur ; nous l'avons interviewé. Le shibari, cet art japonais des cordes, sera le... fil rouge de toute l'édition ; outre la performance de Flozif, empreintE, le vendredi 16, il sera possible de s'initier en sirotant un bourgogne aligoté/à ligoter lors de la Nuit des Vins Nus, lancée à Paris par Antonin Iommi-A

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Lukas Zpira : s'engager par le corps

body hacktivisme | Fondateur et maître à penser du body hacktivisme, Lukas Zpira revient en quelques questions sur les fondements de son mouvement. Des influences d'hier aux questions de demain, notamment celles posées par le transhumanisme, il évoque son art sous toutes ses coutures.

Gabriel Cnudde | Mardi 29 novembre 2016

Lukas Zpira : s'engager par le corps

Comment, sous l'impulsion de Riyochi Maeda *, en êtes-vous venu à créer le body hacktivisme ? Lukas Zpira : Jusqu'au début des années 2000, les pratiques de modifications corporelles étaient mal définies, mal comprises. Peu de personnes percevaient vraiment l'importance des questions que ces pratiques soulevaient — aussi bien au niveau du rapport social au corps (de par l'aspect transgressif) que du point de vue prospectif de ces pratiques (de par la démystification de ce corps). Nous étions simplement jugés avant d'être compris, presque personne ne se posant les bonnes questions. Je passais de plateaux télé en interviews, devant me justifier et répondre à des attaques absurdes par rapport à ma démarche avant même de pouvoir l'expliquer... Ou bien, on essayait de faire de moi le freak de service. Je n'étais pas le seul à subir ceci. J'ai donc arrêté de parler à la presse et j'ai commencé à poser mon propos sous la forme de manifestes. Beaucoup de personnes qui ne pratiquaient pas les modifications corporelles avançaient sur des réflexions parallèles aux nôtres. Il est devenu important de sortir du g

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L’art de s’accorder et de s’encorder

Shibari | Souvent considérée comme du fétichisme ou du BDSM, cette discipline qui consiste à attacher une personne à l’aide d’une corde avant de la suspendre est en réalité un art ancestral japonais empli de sensualité.

Julie Hainaut | Mardi 29 novembre 2016

L’art de s’accorder et de s’encorder

« C’est une discipline, mais également un art. Il n’y a rien de mystique ni de sale dans le shibari. Il n’y a que des gens mystiques ou sales. C’est l’individu qui fait la corde, pas l’inverse » explique Hwajae Yong, alias Dragon, qui a créé Lyon Shibari en 2013 : la première structure associative en France entièrement consacrée à cet art. FloZif, performeuse et organisatrice d’ateliers autour des cordes, complète : « La pratique des cordes se démocratise depuis quelques années, elle devient moins taboue, mais les préjugés persistent car cette discipline est souvent assimilée au sexe, à la soumission et à la douleur. » Historiquement, quatre pôles ont influencé la pratique du shibari : la torture pendant l’époque Sengoku (la corde servait notamment à écarteler les individus), la justice lors de la période Edo (la corde était un moyen de punir), les arts martiaux (la technique hojõjutsu permettait d’immobiliser un prisonnier) et la sexualité (la corde servait aux viols conjugaux). « L’unique point commun entre ces quatre pôles est le fait que la corde n’était pas du tout consensuel

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Only Porn, c'est le pied

CONNAITRE | Only Porn, le «festival des cultures pornographiques» du Lavoir Public, remet le couvert pour la quatrième fois. Insolite et nécessaire.

Benjamin Mialot | Mardi 8 décembre 2015

Only Porn, c'est le pied

Et soudain, tout fut à refaire. James Deen et Stoya étaient un peu les Brad Pitt et Angelina Jolie de l'industrie pornographique : de beaux gens jeunes gens cultivés et successful dont les débats oxymoriques (physiques next door/pratiques hardcore, caresses/gifles, sourires/plaintes) et, de fait, "réalistes", chauffaient les bas ventres des diggers de tubes pour adultes comme ceux des transgresseurs hip à la petite semaine – magazines genrés, presse lifestyle et autres news culturels en tête. Las, c'était avant qu'elle n'accuse récemment son partenaire (à la ville comme à la scène) de viol et que d'autres actrices n'en profient pour faire état d'abus similaires, dénonçant au passage un milieu qui, profitant de l'essor d'une génération de performers inhabituellement représentatifs de leurs contemporains (d 'abord incarnée à elle seule par Sasha Grey) pour se faire une respectabilité, demeure pour l'essentiel une phallocratie régie par la loi du silence. Pour Only Porn, une telle actualité a a priori tout d'une mauvaise publicité. En vérité, c'est une aubaine, ce festival pluridisc

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Stephen Sayadian : porno, morale et mise en scène

CONNAITRE | Événement au festival Only porn du Lavoir public : une soirée en hommage à Stephen Sayadian, un des rares auteurs du cinéma pornographique, dont les films ont tous cherché à mettre le porno en abyme dans une démarche pop et subversive. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 décembre 2014

Stephen Sayadian : porno, morale et mise en scène

Quelle place pour le cinéma porno dans l’histoire du cinéma ? Du point de vue de la qualité, mineure, mais pas inexistante. Les cinéastes X dignes de son nom ne sont pas nombreux, et peu peuvent s’enorgueillir d’avoir construit une "œuvre". Stephen Sayadian fait donc figure d’exception, et les trois films qui ont assuré sa gloire culte — Night Dreams, Café Flesh et Dr Caligari — démontrent une approche du genre résolument personnelle. Sayadian, qui officiait sous le pseudonyme de F. X. Pope, ne se cache pas derrière son petit doigt : dans ses films, les actes sexuels ne sont pas simulés — mais, trente-cinq ans plus tard, les canons du hard ont bien évolué, et les toisons pubiennes très drues sont clairement moins à la mode. En revanche, ils sont toujours mis en abyme par la mise en scène : dans Night Dreams, une jeune femme est soumise à une expérience médicale novatrice : elle est droguée pour pouvoir enregistrer ses rêves érotiques ; le film avance donc par une suite de scènes qui tiennent autant de l’hallucination psychédélique que de la représentation fantasmatique. Dans le café du sexe perdu Chez Sayadian, le spe

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Du cul

CONNAITRE | Pourquoi s’embarrasser de convenances ? Quand on baptise un festival Only porn, on a beau y mettre tous les vernis possibles et appeler ça des «cultures (...)

Christophe Chabert | Mercredi 4 décembre 2013

Du cul

Pourquoi s’embarrasser de convenances ? Quand on baptise un festival Only porn, on a beau y mettre tous les vernis possibles et appeler ça des «cultures pornographiques», c’est bien de cul dont il est question. Du côté du Lavoir public — où l’on lave donc son linge à la main — du 12 au 15 décembre, l’affaire se déclinera sur tous les modes : ludique (un Gango Bingo annoncé très chaud), spectaculaires (un cabaret et la reprise de La Sortie se trouve à l’intérieur, la performance de Laure Giappiconi), docte (une conférence avec l’ami Didier Roth-Bettoni et Fred Pailler, qui étudie à l’EHESS les nouvelles pratiques pornos sur internet), festif (du clubbing avec Le Bruit rose) et enfin cinématographique. Ainsi, un double programme permettra de voir le recueil des courts tournés par Anthony Hickling (en sa présence) et, petit événement, la projection unique à Lyon d’Interior. Leather Bar. Poursuivant sa productivité délirante et ses recherches arty, James Franco s’associe au vidéaste Travis Matthews pour reconstituer les mythiques scènes coupées de

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