Soi-disant libres et égaux

Théâtre | Avec sa valise, Anne de Boissy trimbale ce spectacle modeste et important qui inverse le rapport à la migration. Accueillie par Pôle en scène, c'est au lycée Jean-Paul Sartre de Bron à la mi-journée qu'elle vous attend un vendredi. Allez-y !

Nadja Pobel | Mardi 5 mars 2019

Photo : © Lise Dua


« S'il y avait la guerre aujourd'hui en France, où iriez-vous ? » Janne Teller, quinquagénaire aujourd'hui, pose ainsi à un Français de quatorze ans, la question qu'elle a dans un premier temps énoncée à son pays, le Danemark. Partout où désormais ce spectacle est joué et traduit, c'est la nation hôte qui reçoit de pleine face cette interrogation. Imaginons, nous dit-elle encore, que notre pays bascule dans le totalitarisme et qu'il veuille prendre le contrôle d'une Union Européenne en échec. Il faut faire alors faire une demande d'asile au monde arabe, « le seul qui offre une possibilité d'avenir », et débarquer dans un camp en Égypte. Il n'y a rien à faire et déjà des tensions se font jour entre ressortissants européens. Il va falloir déjouer une langue inconnue, s'habituer à la pauvreté et vendre des gâteaux dans les rues quand ses parents (ministre et profs) l'ont habitué à une vie plus huppée.

Il y a quelque chose de pourri...

Anne de Boissy, compagnonne de longue date du NTH8 notamment, s'empare avec sa rigueur habituelle et une profonde empathie de ce texte clair, nécessaire dans une époque si trouble où toute parole se vaut. Assise à un bureau, elle parle en son nom, celui d'une fille de réfugiés austro-allemands. Didactique, cette proposition de 45 minutes pour ados du metteur en scène Nicolas Ramond l'est et c'est toute sa force. À l'aide de quelques documents (articles de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, carte des flux de population...), le personnage renverse notre vision de l'accueil et la détresse des migrants. Cet objet-là n'est pas seulement artistique – quoique portés par des artistes dont le talent n'est plus à démontrer – il est un maillon de la connaissance et de la prise de conscience à l'égard de cette question majeure. Sur les places publiques, dans les établissements scolaires, les bibliothèques, Guerre... se promène. Il faut aller à sa rencontre.

Guerre et si ça nous arrivait ?
Au lycée Jean-Paul Sartre de Bron le vendredi 8 mars à 12h30

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Genèse d'un spectacle en langue des signes

Livre | Quelle belle expression de l'autrice Fabienne Swiatly que Un enfant assorti à ma robe, pour désigner ces mères upper-class qui peuvent se permettre de (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

Genèse d'un spectacle en langue des signes

Quelle belle expression de l'autrice Fabienne Swiatly que Un enfant assorti à ma robe, pour désigner ces mères upper-class qui peuvent se permettre de magnifier la photo de famille ! Ce texte a été écrit pour être la matière d'un spectacle bilingue français / langue des signes (LSF) créé au NTH8 en 2014 par Anne de Boissy et Géraldine Berger. Voici désormais le livre, sous-titré Déshabillage, présenté au même endroit, jeudi 12 décembre à 18h30 via une performance bilingue de trente minutes contenant des extraits du spectacle et des évocations de ce travail d'édition qui reprend la genèse du spectacle, de nombreuses photos et des croquis de costumes de Mô de Lanfé. L'écrivaine y décrit la journée d'une mère, heure par heure, tâche par tâche, et sa fatigue de plus en plus lourde. À chaque séquence, figure dans cet ouvrage (éd. Color Gang) les notes de travail proposées par le comédien malentendant et directeur de la compagnie ON OFF, Anthony Guyon, qui a permis que le résultat

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Parle avec elles

SCENES | La metteur en scène Sylvie Mongin-Algan et la comédienne Anne de Boissy unissent leurs forces pour donner tout son relief à "Une chambre à soi", conférence de Virginia Woolf sur la condition de la femme de lettres. Un délicat spectacle qui ne vire jamais au manifeste. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 5 décembre 2013

Parle avec elles

Née dans une famille recomposée de la haute société intellectuelle londonienne dans la deuxième moitié du XIXe siècle, Virginia Woolf n’était a priori pas la femme la moins bien lotie pour écrire. Pour autant, elle n’aura de cesse de s’interroger sur les inégalités entre hommes et femmes de lettres. Quand Rousseau et d’autres ont livré leurs états d’âme et tourments dans des confessions, lettres très prisées, «ils ont pu montrer à quel point écrire une œuvre géniale était d’une prodigieuse difficulté» constate Virginia Woolf. Et c’est bien pour cela qu’elle met en évidence, comme on ferait une découverte archéologique, sans juger ou opposer deux camps, les différences de traitements entre les deux sexes. Dans une (vraie) conférence donnée à l’université (fictive) d'Oxbridge, elle rappelle que les étudiantes ne pouvaient aller à la bibliothèque qu’accompagnée d’un professeur, qu’elles ne pouvaient s’arrêter sur le gazon mais seulement fouler les allées de gravier. A ces difficultés matérielles s’ajoutaient celles, plus graves encore, immatérielles : «mais pourquoi diable écrivez-vous ?» leur demandait-on, les poussant au découragement et au r

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Petite Poucette

SCENES | Lorsque nous découvrons des fragments d’Annette, il y a déjà deux ans de gestation et de travail en amont. Et lors de ces ultimes répétitions, à J-9 de la (...)

Nadja Pobel | Jeudi 10 janvier 2013

Petite Poucette

Lorsque nous découvrons des fragments d’Annette, il y a déjà deux ans de gestation et de travail en amont. Et lors de ces ultimes répétitions, à J-9 de la première, ce sont d’abord les mots qui nous happent. Ceux d'Annette, qui donne son prénom à cette pièce, inspirée de la vie de la sœur du metteur en scène Nicolas Ramond, décédée jeune adulte des suites d'un syndrome de West qui a fini par l’étouffer. Annette était dépourvue de parole mais au théâtre on l’entend dire «je m’envase, je cherche des mots dans la boue de ma bouche». Parfois c’est son frère qui s’agace : «tu m'énerves à faire l'handicapée. Les handicapés, ce n'est jamais de leur faute. Ils ont une excuse pour toujours». Avec une vitalité et une véracité comparables à celles maniées par Jean-Louis Fournier dans le drôlissime et glaçant Où on va, papa ?, l’écrivain Fabienne Swiatly a su, en étant toujours attentive à son personnage et à bonne distance du drame, trouver le ton juste entre gravité et humour. Pour l’occasion, Nicolas Ramond s’est délesté du travail vidéo qui ponctuait ses précédentes créations et cherche le rythme en accolant, sans ordre chronologique, diverses séquenc

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Tribune libre

SCENES | Idée saugrenue mais intrigante, la rencontre en 1987 entre Marguerite Duras et Michel Platini avait donné lieu à une interview parue dans "Libération". C’est désormais une pièce de théâtre dont l’excès de formalisme ne gâche pas le plaisir de parler intelligemment de foot sur une scène. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 18 octobre 2012

Tribune libre

Pensait-elle qu’elle serait un des personnages de théâtre récurrents des pièces contemporaines (Marguerite et François par Gilles Pastor, La Musica deuxième par les Nöjd…), elle qui obtint le Goncourt avec L’Amant l’année même où elle interviewa Michel Platini ? Marguerite Duras, éternellement engoncée dans son col roulé blanc, forcément moins caricaturale qu’elle se caricaturait elle-même, est plus vraie que nature sous les traits d’Anne de Boissy (vue et revue dans l'inaltérable Lambeaux). Elle fait face à un héros du sport français pour une improbable rencontre avec ce jeune loup de 32 ans, maillot de la Juve sur le dos, qui vit sa "ménopause" d’athlète selon les mots du chroniqueur cycliste Antoine Blondin pour nommer la retraite sportive. Plus difficilement incarné par Stéphane Naigeon (dont l’âge est trop en décalage avec celui de son personnage), Platini n’en est pas moins impressionnant dans sa vision du jeu, simple et juste ; il a cette faus

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Lambeaux

SCENES | Ce n'est pas la première fois que Le Petit Bulletin vous dit le plus grand bien de ce spectacle où Anne de Boissy est seule en scène pendant une heure, le (...)

Nadja Pobel | Lundi 8 novembre 2010

Lambeaux

Ce n'est pas la première fois que Le Petit Bulletin vous dit le plus grand bien de ce spectacle où Anne de Boissy est seule en scène pendant une heure, le temps d'incarner de manière sidérante la mère de Charles Juliet. Dans "Lambeaux", en 1995, l'écrivain écrit sur sa mère biologique qu'il n'a pas connue, ou si peu, puis sur celle qui l'a élevé. Sylvie Mongin-Algan a choisi de mettre en scène la première partie de ce puissant ouvrage. Dans un décor de maisonnée miniature, aux fenêtres illuminées dans le clair obscur de la nuit tombante, Anne de Boissy est cette mère incomprise qui, faute d'assouvir sa soif de liberté, d'apprendre, sera internée en asile psychiatrique. Elle y mourra de faim. "Lambeaux" a été créé en 2005 et est repris pour une dernière série de représentations au studio du théâtre de la Croix-Rousse du 16 novembre au 4 décembre. NP

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