Le souffle des chevaux de Bartabas

Nuits de Fourvière | C’est sa dernière tournée de ce genre. Depuis trente ans, Bartabas mène la compagnie Zingaro d’Aubervilliers vers différents continents avec chapiteau, écuries et une quarantaine d’animaux. Cet été, il s’arrête six semaines à Lyon où il a présenté chacun de ses spectacles. Cette fidélité est aussi celle qu’il voue à des animaux, seuls mis en avant dans cette fascinante contemplation qu’est "Ex Anima".

Nadja Pobel | Mardi 18 juin 2019

Photo : © DR


Pourquoi est-il donc intéressant d'aller voir de quoi retourne l'art équestre de Bartabas ? Certains – nombreux ! - d'entre vous le savent déjà, qui le suivez depuis trois décennies dans des pérégrinations ultra enjouées et techniques telles Battuta ou Calacas. Parfois plus crépusculaires avec l'avant-dernier né, On achève bien les anges - Élégies, post attentat contre Charlie Hebdo.

Pourquoi se rendre sous cette toile de 1300 places où s'ébrouent des animaux ? Le temps de la voltige est finie. Les cavaliers pourtant, selon leur dire, ne sont pas frustrés. Au sol, encadrant dans l'ombre ces animaux avec lesquels ils ont grandit et qui eux aussi finissent leur carrière, ils terminent leur récit commun. Il s'agit tout à la fois d'une histoire d'humains, d'animaux mais aussi d'époque. Ces épopées commencées dans les années 80 (voire précédemment comme pour Ariane Mnouchkine et son Théâtre du Soleil) quand l'argent coulait à flots est révolu. Pas de tournée internationale pour Ex Anima, créé à l'automne 2017 et qui aura fait un joli parcours hexagonal s'achevant à Toulon en décembre prochain.

Élégies, par son thème mortifère, signait la fin du faste malgré une scénographie exigeante. Bartabas y a perdu un ami – Cabu - et semble-t-il, comme tant d'autres, des illusions. Alors voici qu'est venu Ex Anima, le souffle de l'âme selon la traduction latine. « Dans ce spectacle on écoute les chevaux. On ne les oblige pas à faire quelque chose. On les voit penser. Ils jouent » dit-il. Ainsi se succèdent des tableaux de quelques minutes où les équidés reproduisent une partition qui leur ressemble. Bien avant Ex Anima, Bartabas a refusé d'imposer quelque chose à son troupeau : « si je n'avais pas eu vingt chevaux noirs à tête blanche, je n'aurais pas eu l'idée de Calacas. Je n'aurais pas cherché cela (ce thème du Mexique et de la célébration joyeuse des morts) » confiait-il en janvier dernier. Dans Ex Anima, les chevaux sont assemblés ensemble, par caractère, parce que l'équipe les connaît très bien. Et ainsi tour à tour, ils interprètent des scènes de la vie quotidienne de ce que l'humain leur a assigné durant des siècles (avant de les délaisser au XXIe) : scène de guerre, de travail, de transport, de copulation, de jeu, de force, de labourage, etc.

Immersion

Autre constante chez Bartabas : l'importance de la musique. « Les chevaux ne travaillent pas avec la musique mais peuvent restituer ce qu'ils savent sur de la musique ». Dans Ex Anima, quatre musiciens-compositeurs livrent une partition intégralement pour flûtes avec des musiques de Chine, du Japon, des terres celtiques. L'idée ? Retranscrire des sons émanant de la nature : la pluie, le vent… le fameux souffle du titre. Sur la piste, cela permet d'accompagner les chevaux, dans le calme presque envoûtant de certaines scènes tout comme le tournoiement d'autres.

Mais surtout, il est bien question, dans le travail de Bartabas, et avant toute considération, de sensibilité. Non, il n'est pas question bêtement de défendre l'animal façon Bardot disjonctée ou parti animaliste plus désespérant que désespéré. Bartabas confiait à Joëlle Gayot dans À voix nue sur France Culture en janvier 2008 que « la seule chose qui différencie l'Homme de l'animal, c'est d'être conscient qu'il n'est qu'une particule dans l'univers. C'est pour ça que le premier a inventé l'art, Dieu… » disait-il. « Mon rapport aux chevaux passe par le corps, et non par la vue, la parole. »

En chorégraphe, il se déleste donc du verbe pour mettre à nue la pensée. Dans Ex Anima, cela apparaît par transparence. Comme si le cheval nous était montré dans sa plus simple et directe composition. Lui qui se destinait à être entraîneur de chevaux de courses mais a changé d'avis quand il s'est aperçu « qu'il fallait plus entraîner le propriétaire que le cheval » soigne ses bêtes. Il n'en fait pas ses "choses". Au Fort d'Aubervilliers, leur QG depuis 1989, il a constitué une troupe d'une quarantaine de chevaux. Tous – 39 – sont venus à Bron faire le déplacement, y compris les trois qui n'ont pas de rôle dans Ex Anima. Photographié façon Harcourt (par Marion Tubiana), chacun a sa page, sa biographie plus ou moins vraie à l'image des vedettes d'un autre temps. Parfois, il leur est offert une vie plus conforme à ce qu'ils sont : ainsi Tsigane a-t-il été acheté à la police de Lille car il chargeait n'importe quand contre les manifestants. Il trouve ici un emploi à sa mesure (imposante) : traînant une poutre, il incarne le travail de forçat. Plus tard quelques loups rôderont sur la piste. Et renverront chacun de nous à notre fragilité. Ce n'est pas la moindre des qualités de ce spectacle si particulier qui achève le cycle d'une fidélité peu commune entre artiste, programmateur et public dans ce champ du spectacle vivant. En attendant une suite, autrement !

Ex Anima
Au parc de Parilly (Bron) dans le cadre des Nuits de Fourvière jusqu'au 24 juillet


Ex Anima

Conception et ms Bartabas, 1h30
Parc de Parilly Bron
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Bartabas et Lorraine de Sagazan, plébiscite et nouveauté

Nuits de Fourvière | Entre fidélité aux artistes confirmés et confiance à ceux qui esquissent le théâtre de demain, le festival des Nuits de Fourvière présente deux artistes aimés : Bartabas et Lorraine de Sagazan, hors des théâtres gallo-romains, amènent leur regard si singulier sur le monde.

Nadja Pobel | Mardi 11 juin 2019

Bartabas et Lorraine de Sagazan, plébiscite et nouveauté

Bartabas Il l’a considéré comme son ultime spectacle lorsqu’il l’a crée chez lui, dans ses écuries d’Aubervilliers au pied des tours d’immeubles. À l’automne 2017, Ex Anima devait être sa dernière œuvre. Rien n’est moins sûr, mais là n’est pas la question car ce spectacle est bien dans la continuité de ce que Bartabas esquisse depuis plus de trente ans : mettre le cheval au cœur de son dispositif et lui laisser peu à peu toute la place au point qu’ici les humains s’effacent avec un hommage pour tant de services (en situation de guerre, de travail des champs…) rendus. « Le cheval n’est obligé à rien » comme il nous le confiait au printemps. Dans des tableaux qui laissent le spectateur en suspension, il est question de souffle, celui de l’âme selon la traduction latine de Ex Anima. Il s’agit de « regarder un cheval raconter l’Homme » car « le cheval est perçu comme un acteur ». Si Bartabas fait ce parallèle, c’est qu’il y a la même intensité à voir l’animal s’avancer sur une poutre qu’un comédien à saisir un verre d’eau sur une table sur scène. Le spectateur est dans la même positi

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Bartabas de retour à Fourvière

Nuits de Fourvière | Du 14 juin au 24 juillet, durant trente représentations, Bartabas sera de retour aux Nuits de Fourvière, sous chapiteau au parc de Parilly pour (...)

Nadja Pobel | Mardi 29 janvier 2019

Bartabas de retour à Fourvière

Du 14 juin au 24 juillet, durant trente représentations, Bartabas sera de retour aux Nuits de Fourvière, sous chapiteau au parc de Parilly pour présenter sa création de l'automne 2017, Ex Anima. Crépusculaire et sidérante, cette proposition est vierge de présence humaine ! Les chevaux (et quelques loups et volatiles) livrent la partition seuls. La billetterie ouvre le 29 janvier à 14h (places de 24€ à 53€).

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Bartabas : le cheval à corps et à vie

Cabaret équestre | Délestés des humains (ou presque), les chevaux de Bartabas présentent leurs tableaux comme des grands. Moins immédiatement séduisant que ses précédentes créations, cet Ex anima est une expérience unique et sidérante qui s'installe en Savoie pour un mois.

Nadja Pobel | Mardi 17 avril 2018

Bartabas : le cheval à corps et à vie

C'est son expérience ultime, la dernière d'une série de dix-sept entamée en 1984 avec son premier Cabaret équestre. Échappé du cirque Aligre, l'écuyer mène un parcours clairvoyant et cohérent qui séduit un public d'une hétérogénéité complète. Comment sinon, afficher complet des mois durant à Aubervilliers ou lors des vingt représentations au Bourget-du-Lac (1300 places sous chapiteau !), seule une vingtaine de tickets restant à vendre chaque soir. Longtemps passé par les Nuits de Fourvière, Bartabas se décale un peu géographiquement avec ce spectacle radical et empreint d'une humanité déconcertante. S'il est question de sensibilité à l'approche d'Ex Anima, celui-ci nécessite, plus que les autres, d'être pensé en le regardant. Car quoi ? Des chevaux entrent en piste, font un numéro et repartent ? Oui, mais ce que l'on voit ne peut suffire à décrire ce qui se passe sur la piste. Bartabas a poussé si loin son compagnonnage avec ces animaux - qu'il n'a pas la bêtise de mesurer à l'humain - qu'il leur rend entièrement leur singularité. Il travaille avec certains d'entre eux depuis des dizaines d'années, il lui faut cinq à six ans p

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Bartabas : « le cheval, cet acteur... »

Entretien | Il nous reçoit dans sa caravane accolé au chapiteau et aux écuries dans cet antre étrange et lunaire : un haras à la sortie de la ligne 7 du métro Fort d'Aubervilliers. Généreux, passionné, Bartabas revient sur cette création qu'il annonce comme ultime. Rencontre au soir de la 28e représentation : c'était le 27 novembre 2017.

Nadja Pobel | Mardi 17 avril 2018

Bartabas : « le cheval, cet acteur... »

D’où vient cette idée de ne mettre que vos chevaux sur le plateau ? Bartabas : Zingaro est une compagnie moitié homme moitié chevaux. Les chevaux nous servent avec générosité depuis trente ans. Comme je le dis souvent, les humains ont choisi de travailler ici ; les chevaux, on a choisi pour eux, donc j’ai eu l’idée de leur rendre hommage et, par extension, de célébrer les chevaux en général. Le spectacle vient de l’observation de ces chevaux qui a présidé à pas mal de tableaux, dont certains disent ce qu'ils ont apporté à l’humanité. Modestement, car on ne peut pas traiter ça en deux minutes. Il y a des tableaux sur ce qu'a payé comme tribut le cheval à l'humain : le cheval de guerre, le cheval de travail, de traie… Quelle est la part de risque ? Là, les chevaux ont compris que c'était un jeu et qu'ils vont jouer tous les soirs à faire ça. Je ne sais pas comment ça va se passer dans deux ans et demi. Ça va évoluer peut-être. C'est ça la part de risque du spectacle, comment on va gérer sur le temps. C'est intéressant, car c'est une notion de jeu comme chez les humains qui jouent la comédie. Vous en êtes

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Les Nuits de Fourvière – Jusqu'au 31 juillet à Lyon (69)

SCENES | Après une édition 2014 riche en prises de risques, le festival phare de l'été lyonnais est revenu à ses fondamentaux bankable. On peut le déplorer. On peut, plus prosaïquement, se satisfaire de l'aubaine que constitue la venue d'artistes de haute stature dans un cadre aussi magistral que celui dessiné par les théâtres romains de Fourvière. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Les Nuits de Fourvière – Jusqu'au 31 juillet à Lyon (69)

Timorée la programmation des Nuits de Fourvière 2015 ? Assurément. Mais ce ne serait un problème que si la perspective de revivre cet instant magique où les coussins à l'effigie du festival, propulsés en signe d'acclamation par les 4500 spectateurs du grand théâtre qui l'accueille chaque été depuis 70 ans, éclipsent les étoiles et les lumières de la ville en contrebas, ne valait pas blanc-seing. Qu'importe en effet, s'il honore son vœu de pluridisciplinarité jusqu'au non sens, en accueillant six représentations de Florence Foresti et s'il nous refait pour la énième fois le coup des phénomènes de foire médiatique (Lily Wood & the Prick, Christine & the Queens), de la variété propre sur elle (Charlie Winston, Calogero) et du rock'n'roll fossilisé (Iggy Pop, Patti Smith, Robert Plant). Là-haut, tout est forcément plus beau. Surtout ce qui l'est déjà à la base, évidemment : l'électro-pop givrée de Björk, les miniatures avant-gardistes de Pascale Comelade, l'indie rock patraque de

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Mathias Lyon : «Un travail participatif»

SCENES | Mathias Lyon, 21 ans, est l'un des dix cavaliers de "On achève bien les anges". Il revient pour nous sur la méthode de travail de Bartabas et son rapport à l'équitation. Propos recueillis par Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 23 juin 2015

Mathias Lyon : «Un travail participatif»

Comment avez-vous intégré Zingaro ? Je suis arrivé à 17 ans pour Calacas en tant que danseur de hip-hop et cavalier. C’est Étienne Regnier, présent à Zingaro depuis environ vingt ans et que je connaissais qui m’a dit que Bartabas cherchait des danseurs hip-hop ; je suis passé voir une répétition, je suis un peu monté à cheval (j’en faisais depuis l'enfance), j’ai un peu dansé et ça c’est fait comme ça, j’étais engagé à la fin de la journée. Je n’avais pas encore mon bac, je l’ai eu à Zingaro ! Que saviez-vous d’Élégies avant de commencer les répétitions ? Bartabas a commencé par nous parler de Tom Waits. La musique est souvent la base de ses créations. Et le processus est assez participatif. Par exemple moi, comme je dessine, j’ai dessiné des anges, proposé des images… Bartabas attendait de nous qu’on se documente, qu’on montre notre interprétation. Après, c’est lui qui décide, qui sélectionne ce qu’il aime. Quand le projet débute, on ne sait pas du tout ce que ça va être. Il n’écrit pas seul pendant six mois quelque chose que l’on répèterait ensemble. Ça s’est construit tous les jours pendant six mois a

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Tom à l'écurie

MUSIQUES | Grand fan de Tom Waits, Bartabas a fait du plus buriné du crooner l'ombre sonore de ses "Élégies". Un choix judicieux.

Stéphane Duchêne | Mardi 23 juin 2015

Tom à l'écurie

D'une de ses grandes idoles musicales, Bartabas dit qu'il est une sorte de Kurt Weill de son époque. Et c'est vrai : on retrouve chez Tom Waits le roulis brinquebalant de certaines des compositions de Weill, également à l'affiche sonore d'On achève bien les Anges (Mandalay Song, La Ballade du souteneur, le classique des classiques Alabama Song et ses déambulations d'un whiskey bar à l'autre immortalisées par les Doors et David Bowie, grand fan de Weill). Pour On achève bien les anges, Bartabas a ainsi puisé dans l'œuvre pléthorique et circassienne de Waits certaines de ses plus belles comptines déglinguées, comme ce A Sight for Sore Eyes («pour le plaisir des yeux», mise en abîme de l'effet produit par les spectacles de Zingaro) qui démarre sur les douces notes déchirantes d'Auld Lang Syne, un traditionnel écossais connu en France sous le titre Ce n'est qu'un au revoir, sur les jours passés et les vieilles amitiés – on note d'ailleurs que le chef de Zingaro est également allé chercher le nostalgique Dirty Old Town d'Ewan McColl (1949), satellisé bien plus tard par les Pog

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Le spleen idéal de Bartabas

SCENES | Bartabas ne rigole plus. Conçu en début d’année dans une France secouée par les attentats, "On achève bien les anges" est un spectacle dont la mélancolie n'a d'égale que la rigueur et la virtuosité. Retour sur la création, aux Nuits de Fourvière, de cette oraison funèbre équestre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 23 juin 2015

Le spleen idéal de Bartabas

Sous le grand chapiteau de l’hippodrome de Parilly (1300 places), aucun muret ne sépare les artistes du public qui, installé en surplomb, les regarde évoluer sur une vaste piste sableuse semblant les aspirer. Cette sobriété mâtinée de modestie est une première indication des desseins de Bartabas : dans un monde où l’homme est plus que jamais un loup pour l’homme, seule la cavale des chevaux insuffle encore un peu de vie. Pas question de les parquer. En janvier dernier, Bartabas a perdu un ami proche, Cabu. Et si On achève bien les anges (sous-titrée Élégies, par fidélité aux mots de sept lettres : Éclipse, Battuta, Calacas…) n’a pas de lien direct avec les attentats de Charlie Hebdo, il est emprunt de cette mélancolie sourde qui a violemment drapé la France à l’entame de 2015. La musique, elle aussi, en dit long sur la tristesse qui irrigue cette création : funèbre, nappée d'orgues et hantée par la voix «fumée au fût de chêne» de Tom Waits, ainsi que la qualifie le maître équestre, qui danse avec ses différe

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Bartabas en création mondiale aux Nuits de Fourvière

SCENES | Toutes les créations de Bartabas, depuis près de 30 ans qu'il porte à leur quintessence les rapports homme/animal, sont passées par ici. Lyon est même la seule (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 18 février 2015

Bartabas en création mondiale aux Nuits de Fourvière

Toutes les créations de Bartabas, depuis près de 30 ans qu'il porte à leur quintessence les rapports homme/animal, sont passées par ici. Lyon est même la seule ville de France, avec Paris, dans laquelle ses treize spectacles auront été présentés. C’est donc logiquement que les Nuits de Fourvière accueilleront la première mondiale de son nouvel opus, On achève bien les anges - Elégies. En plein travail dans son théâtre équestre au Fort d’Aubervilliers, Bartabas a donc encore quatre mois de travail devant lui pour mener à bien cette création, avant de la présenter sous chapiteau au parc de Parilly, où il avait déjà, en 2012, montré le fabuleux Calacas,  inspiré des (joyeux) rites mortuaires mexicains. Ce sera aussi pour lui l’occasion de retrouver un espace de jeu qu’il avait abandonné depuis quelques années. 26 chevaux, 9 cavaliers et 6 musiciens seront sur la piste. Ces derniers feront entendre du Prokofiev, du Bach et du Messiaen, mais aussi et surtout du Tom Waits, que le cavalier a depuis longtemps en tête. «C’est un Jacques Brel américain» dit-il pour lui rendre hommage. Waits ne sera évidemment pas

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Debout les morts

SCENES | C’est peu dire que la mort est en pleine forme dans la dernière création de Bartabas, Calacas. Au-dessus de nos têtes, dans notre dos, devant nos yeux, les morts sont partout et triomphent dans un ballet équestre ébouriffant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 28 juin 2012

Debout les morts

Au Mexique, le mort fait partie du décor, il se trouve au premier rang des peintures de familles comme dans Rêve d’un dimanche après-midi au parc de l’Alameda de Diego Rivera. Et il rit eux éclats. Dents en avant posées sur son corps réduit au squelette (un "calacas" comme on dit en langage familier à Mexico), le mort est à la fête. Bartabas l’a bien compris et s’empare de cette figure pour la marier aux chevaux avec qui il a construit sa carrière et son théâtre, Zingaro, depuis 1985. Tantôt sous forme de marionnettes, tantôt en apparence humaine (les écuyers revêtent une combinaison ou un masque de squelette), la mort cavale et nous cerne. Car – c’est la grande innovation technique de ce spectacle – Bartabas a construit sa scénographie sur deux niveaux : la traditionnelle piste centrale comme au cirque, et une galerie qui encercle les spectateurs sans cesse pris par surprise dans ce bal en mouvement continu. L’impression de se trouver au cœur d’un zootrope (invention cylindrique à travers les fentes desquelles une succession d’images se mettent en action) est saisissante, comme si ces vieilles images précédant l’invention du cinématographe prenaient du relief.

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Et rond, et rond, petits canassons…

SCENES | Théâtre équestre / Avec un entêtement proche de la mule, Les Nuits de Fourvière prolongent cette année encore leur fidélité à certains artistes. Mais pour corser le (...)

Christophe Chabert | Mardi 27 mai 2008

Et rond, et rond, petits canassons…

Théâtre équestre / Avec un entêtement proche de la mule, Les Nuits de Fourvière prolongent cette année encore leur fidélité à certains artistes. Mais pour corser le cocktail et éviter la redite, les voilà qui se plaisent à mélanger leurs dadas et à produire de nouvelles formules artistiques. Ainsi de Bartabas, venu au festival il y a deux ans pour un Récital équestre où chevaux et cavaliers de son Académie de Versailles galopaient autour du piano d’Alexandre Tharaud, et de Philip Glass, présent en 2004, 2005, 2006 et 2007 ; les voilà réunis pour des Partitions équestres où les mêmes équidés tournoient autour de la musique de Glass (interprétée par un quatuor de saxophonistes, l’ensemble Ossia). À moins que ce ne soit, hypothèse poétique, l’inverse ! Car aux fondements des compositions du musicien new-yorkais, il y a le cercle, ces spirales mélodiques qui s’enroulent les unes sur les autres et produisent une sensation de vertige et d’hypnose. La rime était presque naturelle avec la circularité de la piste sur laquelle Bartabas met en scène ses chevaux, rime qu’il ne se prive pas de décliner dans ce spectacle prometteur. Ainsi, aux tourbillons sonores de Glass répondront l

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