Stéphane Malfettes : « le lieu bénéficie d'une aura très forte »

Les Subsistances | Officiellement en poste depuis mai, Stéphane Malfettes, qui a succédé à Cathy Bouvard et Guy Walter à la tête des Subsistances, participe au renouvellement massif et inédit des nouvelles directions de lieux culturels à Lyon. Il nous détaille son projet : international et transversal.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Photo : © Didier Olivre


Guy Walter s'est occupé d'une grande partie de la programmation des Subsistances, jusqu'au Moi de la Danse fin janvier. Quel est votre apport dans les prochains mois ?
Stéphane Malfettes : Il me tenait à cœur d'ouvrir la saison avec l'une des propositions fortes de mon projet : une collaboration avec cette structure géniale qu'est L'Atelier des Artistes en Exil, à Paris. Depuis deux ans, elle accompagne l'arrivée d'artistes qui ont fui leur pays plus par absolue nécessité que par agrément. Aux Subs, nous proposerons des rendez-vous chaque saison sous forme de soirées musique / performance / clubbing avec des artistes venus des quatre coins du monde que nous accueillerons en résidence. On commence avec le performeur congolais Yannos Majestikos et le musicien syrien Wael Alkak. Ça va donner le ton !

Dans un tout autre registre, nous accompagnons le prochain spectacle de Xavier Veilhan qui se déploiera sur une patinoire installée sous notre magnifique verrière. Ce sera en décembre, au moment de la Fête des Lumières – en dehors du périmètre de la Fête, mais en projet satellite. Il collabore avec le patineur et danseur contemporain Stephen Thompson qui redonne vie à une discipline olympique aujourd'hui disparue. Tel un archéologue du mouvement, il réactive ces "figures imposées" très techniques et précises qui consistaient à graver plusieurs fois de suite dans la glace l'exacte et même forme circulaire. Une expérience totale au cœur du mouvement avec costume dans un style Bauhaus et avec un dispositif son-vidéo-lumière. Veilhan navigue entre les arts visuels, la performance et la musique (cf. ce qu'il a fait à Venise, où il avait installé une sorte de studio d'enregistrement dans son pavillon). Il incarne la manière dont j'ai envie de profiler notre ligne artistique en subvertissant les frontières entre spectacle et arts plastiques – perspective riche de promesses notamment dans nos relations avec l'école.

Quels liens allez-vous tisser avec l'ENSBA, qui change également de direction ?
Je me réjouis de l'arrivée d'Estelle Pagès ; c'est une chance pour l'ENSBA et pour les Subs ! Il y a en effet une convergence de calendrier et de désir qui nous oblige à la réussite ! Au-delà de nos différences de statut, de missions et de fonctionnement, nous partageons le même trésor : ce site architectural remarquable et des artistes qui y travaillent – qu'ils soient profs, étudiants (ils sont quand même 350 !) ou engagés par les Subs. Nos multiples collaborations pourront être rendues visibles à l'occasion d'un grand projet événementiel qui investira tout le site. Ce campus artistique et numérique pourra également fédérer nos voisins du Conservatoire, de l'ENSATT avec également des invitations internationales. C'est l'un des grands chantiers que nous souhaitons mettre en œuvre dès la saison prochaine.

Le rapport à l'international semble vous préoccuper.
Oui, c'est important que les Subs jouent leur rôle au service de la dimension internationale de Lyon. L'un de nos nouveaux projets consiste à inviter chaque année un lieu de résidence d'un autre pays – un lieu qui nous ressemble – pour présenter ensemble une scène artistique inédite en France. On va commencer avec La Termitière que dirige le chorégraphe Salia Sanou au Burkina Faso. Six jeunes femmes chorégraphes seront en résidence aux Subs à l'automne 2020 pour présenter des performances assez courtes dans plusieurs de nos espaces. Elles vont répéter et créer ici puis nous les feront tourner en France et en Europe. Ce programme de spectacles sera agrémenté de soirées musicales avec la scène électro de Ouaga, de bals, de rencontres et débats mais aussi d'ateliers de pratique amateur. Bref, un jumelage artistique en mode Subsistances !

La transformation des Subs en lieu de vie au quotidien est au cœur de mon projet. L'enjeu est de s'ouvrir davantage sur la ville et sur le monde.

Avec son esplanade et sa verrière, les Subs constituent un site de création à ciel ouvert unique en son genre. Nous allons lancer une saison estivale, de mai à octobre, avec des infrastructures de bar, restauration et des scénographies originales pour y créer des spectacles et concerts dans des environnements surprenants.

Il n'y avait pas d'exposition aux Subsistances. Vous en avez fait plusieurs (Fans Attitudes, Les costumes de la pop, Paris-Londres. Music Migrations). Va-t-on en voir ici ?
L'idée est plutôt d'explorer les interactions entre les formes et les registres avec des scénographies qui s'activent, des expositions performatives, des spectacles qui bousculent notre petit confort de spectateur. Nous allons ainsi inviter en avril 2020 Clédat & Petitpierre, un duo français de plasticiens et performers jamais venu à Lyon qui créera un nouveau spectacle au hangar des Subs en avril, Les Merveilles. Leur démarche brave toutes les frontières entre vivant et inanimé, animal et végétal, humain et extra-terrestre avec des références facétieuses à l'histoire de l'art. Grâce à l'enthousiasme de plusieurs partenaires, nous promènerons également leurs œuvres en dehors des Subs avec notamment une parade sur la Presqu'île, des performances au Musée des Beaux-Arts, une exposition au Musée des Tissus. On a intitulé ce programme "Stupeur & Merveillement" : tout un programme, non ?

Lancement de saison, Party en exil – Lyon #1
Aux Subsistances le jeudi 26 septembre à 19h


Party en exil Lyon #1 - Tala lelo

Lancement de saison des Subsistances Performance de Yannos Majestikos + concert électro-chaâbi de Wael Alkak
Les Subs 8 bis quai Saint-Vincent Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Les théâtres ouverts, mais en trompe l’œil

Rentrée Culturelle | Lyon, en zone rouge : les théâtres rouvrent de façon trompeuse avec des jauges réduites à 60%. Heureux de revoir le public, les directeurs des grande salles font le point sur ce moment fragile. Et sans date de fin.

Nadja Pobel | Jeudi 24 septembre 2020

Les théâtres ouverts, mais en trompe l’œil

Il y a les mesures visibles (les masques obligatoires, l’espacement d’un fauteuil entre différents groupes). Et ce que l'on voit moins. Tout va bien ? Pas tant que ça : « on n’avait pas envie de faire comme si rien ne s’était passé » dit Stéphane Malfettes. D’où ces « premières nécessités » que le directeur des Subs a imaginées cet été : des concerts allongés (Christina Vantzou, un membre des divins Ez3kiel…), des balades avec les Femmes de Crobatie. Gratuites ou peu chères, ces propositions sont à la portée de toutes les bourses — sous conditions de réserver fissa. Peu seront servis et « on n’a pas envie de faire toute la saison comme ça ». Tout n’est pas reporté sur cette même saison, car l’hiver est peu sûr : « c’est un cauchemar pour les artistes, surtout avec des créations » dit-il. Exit Clédat & PetitPierre et Nina Santes : « en deuxième partie de son spectacle, les gens devaient venir sur scène, on ne peut plus le faire. Elle est la première à être soulagée de ce décalage d’un an. » La crainte est grande chez les directeurs de voir la rentrée prochaine totalement encombrée. Et mêm

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Stéphane Malfettes, nouveau directeur des Subsistances

Nomination | On connaît le successeur de Cathy Bouvard, partie en janvier dernier aux Ateliers Médicis à Clichy-sous-Bois, et de Guy Walter, qui prendra (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 20 février 2019

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On connaît le successeur de Cathy Bouvard, partie en janvier dernier aux Ateliers Médicis à Clichy-sous-Bois, et de Guy Walter, qui prendra sa retraite en juin prochain : il s'agit de Stéphane Malfettes, qui devient donc directeur des Subsistances. Il prendra ses fonctions dès ce mois d'avril. Selon le communiqué de la Ville de Lyon, « âgé de 43 ans, Stéphane Malfettes est diplômé en littérature et direction de projets culturels. Il débute sa carrière au Théâtre des Amandiers à Nanterre, collabore avec l’Opéra de Lille et la Maison de la Culture de Grenoble avant de devenir programmateur pour le spectacle vivant au Musée du Louvre en 2007 ; il invite notamment Patrice Chéreau (2010), Robert Wilson (2013), JR (2016). En 2016, il prend en charge la coordination et la programmation culturelle du Palais de la Porte Dorée, qui abrite notamment le Musée National de l’Histoire de l’Immigration. Parallèlement, il dévelo

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Ça vous plaît ? C'est eux qui l'ont fait !

Ateliers | À chaque vacances scolaires, la problématique reste la même : comment occuper les enfants ? Surtout à l'occasion de vacances qui n'en sont pas vraiment. Suivez le guide.

Antoine Allègre | Mardi 19 décembre 2017

Ça vous plaît ? C'est eux qui l'ont fait !

La facilité "parents indignes" de les laisser scotcher devant la tablette n'étant pas (totalement) recevable, la meilleure solution est de leur ouvrir les portes vers le monde merveilleux des arts plastiques, des pratiques circassiennes ou d'un musée hautement fréquentable pour des ateliers. Pour ce qui est de la patouille tip top, la Galerie Vaubecour se trouve être l'écrin idéal pour sensibiliser l'enfant à la matière – et cela dès cinq ans. Déjà parce que l'endroit est magnifique et que la programmation jeune public est impeccable. Jugez plutôt : le 26 décembre, ils pourront sculpter et peindre la comète de Noël ; le lendemain, à partir de matériaux recyclés, ils imagineront un périple spatial. Le 28, ils empoigneront ciseaux, colle et tubes de peinture pour fabriquer leur propre planète terre (pour ensuite complèter le système solaire au grand complet le mardi 2 janvier). Le 3 janvier, ils se pencheront sur l'expédition Apollo 13 en direction de la Lune, grâce à des photomontages réalisés par leurs petites fourches caudines (et fabriqueront l'astre et ses prochaines voisines étoilées le 5 janvier). Le jeudi 4 janvier, ils in

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Nadja Pobel | Vendredi 18 septembre 2015

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Nadja Pobel | Mardi 15 septembre 2015

Passer les codes du théâtre à la moulinette ? Sophie Perez, Xavier Boussiron et leur compagnie du Zerep s’en sont fait une spécialité qui ne manque ni de panache ni de pertinence. Les applaudissements n’interviennent d'ordinaire qu’en fin de pièce ? Qu’à cela ne tienne : en voilà qui scandent le début de Biopigs de façon mécanique – et ce pourrait être drôle si ce n'était pas qu'un exercice. Plus tard, après que les comédiens, survitaminés, ont moqué des artistes comme Peggy Guggenheim ou Sammy Davis Jr., des scènes plus ou moins cultes du théâtre sont détournées sous le regard laconique d'une grosse tête gluante aux yeux globuleux (pour en montrer la vacuité ? La force ? La question reste ouverte). C’est ainsi que l’on retrouve avec plaisir les notes de Massive Attack sur lesquelles ont dansé Pascal Gréggory et Patrice Chéreau dans Dans la solitude des champs de coton ou des ersatz de Stanislas Nordey et Audrey Bonnet rejouer, sans les cris et la douleur, Clôture de l’amour de Pascal Rambert. Mais à qui s’adresse ce spectacle ? De toute évidence, à ceux qui fréqu

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Nadja Pobel | Mardi 25 mars 2014

Au bonheur des arts

«Comment ça va sur la terre ? / - ça va, ça va, ça va bien. / Les petits chiens sont-ils prospères ? / - Mon Dieu oui, merci bien». Et si cette strophe de Jean Tardieu que les écoliers connaissent par cœur était un raccourci de ces dix années de Subsistances ? Car ce lieu atypique se porte bien. Les chiffres en attestent : 70 compagnies accueillies - dont 20 internationales -, environ 35 créations et 35 000 spectateurs par an. Cathy Bouvard, co-directrice du lieu avec Guy Walter (par ailleurs directeur de la Villa-Gillet), se dit elle-même heureuse du chemin parcouru (à toute allure), et d’y avoir fait découvrir – entre autres ! - ces Chiens auxquels elle n’accole même plus le nom "de Navarre" tant elle a connu tôt cette troupe, la programmant à plusieurs reprises bien avant que des lieux beaucoup plus institutionnalisés ne les réclament - comme le très médiatique Rond-Point parisien,  où ils ont fait l'événement en février. Les Chiens de Navarre donc, mais aussi le metteur en scène David Bobee, le comédien Gilles Pastor, les performeurs Steven Cohen et Phia Ménard… Une histoire de compagnonnage qui n’a jamais été pré-établie et s’est installée au fil du temps.

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