Le réel déminé

Théâtre de la Croix-Rousse | S’inspirant d’un fait divers américain des années 70 (l’enlèvement de Patricia Hearst), la jeune autrice Myriam Boudenia trace le parcours d’une adulte d’aujourd’hui naissant à elle-même dans la contestation de l’ordre établi. Parfois fragile, souvent très affirmé.

Nadja Pobel | Mardi 12 novembre 2019

Photo : © Vincent Arbelet


C'est une meute qui vient attaquer une jeune fille en fleur. En deux trois mouvements, la voilà pliée dans une cage. « Toute ressemblance avec le réel n'est absolument pas fortuite » est-il écrit sur des panneaux. La trame est claire. Cette Patricia Hearst – que l'écrivaine Lola Lafon avait décrit récemment dans le très alambiqué Mercy Mary Patty – est ici Héloïse. Elle a 19 ans également. Son père est un très riche magnat de la presse mais les ravisseurs ne demandent aucune rançon. Si cela évacue une des questions intéressantes qui minera la vraie Patricia (à combien son père estime-t-il sa libération et donc son existence ?), cela ouvre d'autres perspectives plus retorses mais passionnantes : quel est l'idéal de société que dessinent ces révolutionnaires ? Où et comment agissent les mécanismes de domination et de soumission ?

RAID

Parfois trop bavard (avec des références explicites à la présidence Macron, au syndrome de Stockholm ou des descriptions trop détaillées de l'entreprise du père, de la négligence dont est victime Héloïse…), cette pièce s'affirme avec force quand la langue se fait plus concise (« — Qu'est-ce que vous me voulez ? — On ne veut rien, on te veux toi — C'est la première fois que quelqu'un me choisit ») et quand elle laisse place à l'action, subtilement rythmée par la création musicale que Jeanne Garraud interprète au piano. Ainsi cette rage se fait jour sans que l'héroïne ne s'en aperçoive. Elle apparait dans un miroir, à l'image des personnages de Marivaux qui découvrent l'altérité dans le reflet du ruisseau (La Dispute). En s'appuyant sur l'allégorie des loups et de la steppe proposés par Myriam Boudenia, la metteuse en scène Pauline Laidet livre un travail de plateau souvent très collectif, où les sept comédiens sont souvent en présence ensemble. Elle parvient ainsi à rendre très incarné ce qui bouscule, permet ou freine l'émancipation d'un individu.

Héloïse ou la rage du réel
Au Théâtre de la Croix-Rousse du mercredi 13 au samedi 16 octobre


Héloïse ou la rage du réel

Texte de Myriam Boudenia, ms Pauline Laidet
Théâtre de la Croix-Rousse Place Joannès Ambre Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

La Maîtrise de l'enfer à la Renaissance

Théâtre | D'une dureté sans nom, la vie de gamins sur l'île du Levant à la fin du XIXe siècle est magnifiquement restituée par la Maîtrise de l'Opéra. Travail haut de gamme mené par la metteuse en scène Pauline Laidet.

Nadja Pobel | Mardi 9 avril 2019

La Maîtrise de l'enfer à la Renaissance

Aujourd'hui surface dédiée au naturisme au large de Hyères dans la France varoise, l'île du Levant fut au tournant du XIXe siècle une terre brutale pour des gamins touts petits jusqu'à vingt ans, délinquants ou orphelins, malmenés par la vie. Là-bas, au grand air et au soleil, le comte de Pourtalès a voulu que son île soit un refuge, « une colonie agricole ». Mais alors que Napoléon a autorisé en 1850 l'ouverture des bagnes pour mineurs, un directeur (Olivier Borle, fidèle de la troupe du TNP) sans foi ni loi s'occupe de faire marcher droit. Les prévenances de l'infirmière désemparée devant tant de maltraitance n'y pourront rien. Composée d'une centaine d'enfants, la Maîtrise de l'Opéra de Lyon se déploie avec trente minots sur le plateau, à raison de deux castings différents en alternance. De toute évidence, leurs compétences individuelles, et surtout le degré de travail collectif entre eux, est très haut. Constamment en scène, éclipsant les adultes, ils portent ces 80 minutes de spectacle avec l'orchestre et le chœur dirigé par Karine Locatelli, qui leur est familière puisqu'elle les a préparés sur des productions

Continuer à lire

Fleisch au Théâtre de la Croix-Rousse

Danse | S'inspirant des marathons de danse de couple aux États-Unis dans les années 1930 (et qui furent l'objet d'un roman et du film : On achève bien les (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 4 mai 2016

Fleisch au Théâtre de la Croix-Rousse

S'inspirant des marathons de danse de couple aux États-Unis dans les années 1930 (et qui furent l'objet d'un roman et du film : On achève bien les chevaux), la chorégraphe et metteur en scène Pauline Laidet présente au Théâtre de la Croix-Rousse (du 10 au 12 mai) Fleisch, pièce pour cinq interprètes et vingt danseurs amateurs. Elle y transpose ce phénomène historique dans la société d'aujourd'hui, dénonçant les dérives de la télé-réalité et ses propensions à la commercialisation de la misère et de la performance absurde.

Continuer à lire