Dans la matrice

Théâtre | S’immerger dans un spectacle... voici tout le programme du festival biennal Micro Mondes, qui permet d’approcher les œuvres pour tous les sens. Point d’orgue : le ludique et inquiétant £¥€$ (Lies).

Nadja Pobel | Mardi 19 novembre 2019

Photo : © Michiel Devijver


Bienvenue dans une salle des marchés. Dans £¥€$ (Lies), assis à une table en demi-cercle façon casino, avec six autres comparses inconnus face à un croupier, voici le spectateur devenir acteur de la folie des traders. Premier acte : confier son argent réel à sa banque. Basique ? Oui. Mais rapidement, le rythme s'accélère, le vocabulaire se fait plus nébuleux (hedge fund, subprimes…) et démonstration est faite qu'élaborer des tactiques (ou suivre le mouvement) pour tenter de sauver/enrichir/survivre provoque de l'adrénaline. Jusqu'à l'inévitable faillite, la folie du jeu l'emporte.

Implacable constat des Belges de Ontroerend Goed qui, dans un genre bien différent – pièce pour un seul spectateur – avaient déjà été à l'origine de l'audacieux A game of you, présenté à Micro Mondes 2015. Seul bémol : £¥€$ refermé, les mécanismes de la financiarisation sont toujours aussi opaques. Mais c'est probablement par une complexification retorse et intensionnelle que fonctionne ce système, au-dessus de la masse et tout contre elle.

Embeded

Plus immersif encore sera probablement La Maison, inventée par une autre Néerlandaise, Inne Goris qui invite à entrer dans une demeure divisée en quatre quarts reliés par un arbre au centre. C'est une façon d'aller à la rencontre de l'intime et de sa mère en proie à des dépressions lorsque l'artiste était enfant. Micro Mondes est aussi une manière d'effacer avec délicatesse le quatrième mur et les rapports frontaux du théâtre.

Le collectif lyonnais InVivo lâche la réalité virtuelle au cœur de 24/7 pour ouvrir, dans Céto, les fonds sous-marins avec un travail lumineux, notamment au sol, et des nappes sonores. Hors théâtre, l'immersion est toujours de mise par le travail du directeur du TNG, Joris Mathieu, invité par le Musée des Confluences à rendre palpable la notion de captivité dans Prison, au-delà des murs via l'utilisation des hologrammes notamment. Et réduire les frontières.

Micro Mondes
Au TNG-Vaise du mardi 19 novembre au dimanche 1er décembre

£¥€$
Au TNG-Vaise du vendredi 29 novembre au dimanche 1er décembre


Céto

De Sumaya Al-Attia, Elsa Belenguier et Chloé Dumas, par le collectif Invivo, dès 18 mois, 40 min
TNG-VAISE 23 rue de Bourgogne Lyon 9e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


La maison

Installation déambulatoire de Inne Goris, dès 9 ans, 50 min
TNG-VAISE 23 rue de Bourgogne Lyon 9e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Comment ça va avec la douleur ? : "Rester vivant - méthode"

Aïe ! | de Erik Lieshout (P-B, 1h10) avec Iggy Pop, Michel Houellebecq, Robert Combas…

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Comment ça va avec la douleur ? :

De la douleur surmontée naît la création poétique. Tel est le postulat de l’essai signé par Michel Houellebecq en 1991, Rester vivant, méthode. Un bréviaire dont fait ici son miel Iggy Pop, jadis réputé pour ses performances scéniques limites conjuguant scarifications et auto-mutilations diverses. En vénérable pré-punk apaisé, l’Iguane s’emploie à lire devant la caméra quelques stances de l’ouvrage, à les commenter à la lumière de son parcours ; croisant sa propre vie avec celle d’autres artistes aussi marqués par la souffrance que lui. On y découvre les écrivains écorchés Claire Bourdin et Jérôme Tessier, ainsi que le vibrionnant peintre Robert Combas, témoignant tous de leur rapport intime à la maladie — schizophrénie, dépression ou autre plaie intérieure térébrante qu’ils ont convertie en carburant créatif. Et puis il y a dans un recoin du film, à son extrémité caudale même, un certain “Vincent“, artiste reclus absorbé par un grand œuvre mystérieux. Il s’agit du seul “personnage“ fictif de ce documentaire hybride, interprété par Houellebecq en personne. Visage rongé de

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Méliès nous en met plein la vue

Ciné-concert | Charles Chaplin disait de Georges Méliès qu’il était « l’alchimiste de la lumière ». Une alchimie unique que nous n’arrêterons jamais de redécouvrir. (...)

Pierre Deroudilhe | Jeudi 22 mars 2018

Méliès nous en met plein la vue

Charles Chaplin disait de Georges Méliès qu’il était « l’alchimiste de la lumière ». Une alchimie unique que nous n’arrêterons jamais de redécouvrir. Après plus de 300 représentations en France, l’association Alcoléa amène à Lyon son ciné-concert En plein dans l’œil, une création sonore et visuelle autour de l’œuvre de ce pionnier du cinéma. La sélection de douze films propose une lecture actuelle et ludique des productions de celui qui fut l’homme de tous les superlatifs : personnalité inventive, amuseur génial. La large palette des instruments qui accompagneront la projection illustrera avec brio cette production. Indémodable Méliès. Le vendredi 23 mars au cinéma Le Comoedia

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Georges Méliès au Périscope

ECRANS | Magicien du cinéma (dont il fut l’un des fondateurs en tant qu’art), créateur prolifique, Georges Méliès ne cesse d’être redécouvert et réévalué. Les tributs et (...)

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Georges Méliès au Périscope

Magicien du cinéma (dont il fut l’un des fondateurs en tant qu’art), créateur prolifique, Georges Méliès ne cesse d’être redécouvert et réévalué. Les tributs et hommages prennent des chemins parfois insolites — n’était-il pas, après tout, le vrai héros de Hugo Cabret ? Son œuvre étant depuis des lustres tombée dans le domaine public, ses admirateurs ont ainsi davantage de facilité à la faire connaître. Tels les passionnés de pichenettes.org, qui lui consacrent ici une soirée. C’est sans doute la première fois qu’un Périscope servira au Voyage dans la lune. Georges Méliès Au Périscope le mercredi 28 juin à 20h30

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"Lumière ! L’aventure commence" : retour en salles

ECRANS | de Louis Lumière et de nombreux opérateurs (Fr, 1h26) documentaire commenté par Thierry Frémaux

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Qui a déjà assisté à une séance d’ouverture/clôture du Festival Lumière, voire à l’invitation à un(e) cinéaste ou à quelque personnalité rue du Premier-Film, a forcément entendu Thierry Frémaux s’acquitter d’un commentaire en direct de vues Lumière, dévidant force anecdotes historiques sur le mode badin — il est rompu à cet exercice depuis le Centenaire du Cinématographe, en 1995. Ces inestimables bobines des premiers temps du 7e art venant d’être restaurées numériquement, l’idée a germé d’en faire revivre une sélection sur grand écran, histoire que les yeux du XXIe siècle redécouvrent le monde du XIXe. Au bilan, 108 vues figurent dans ce programme composé suivant des chapitres thématiques plus que chronologiques ; 108 ultra courts métrages “escortés” par la voix du patron de l’Institut Lumière — son ton ici plus solennel qu’à l’accoutumée, atteste qu’il est conscient de l’éternité à laquelle il se soumet en posant son timbre sur ces enveloppes cinématographiques. Projetés dans le respect de la vitesse du tournage — donc sans ces odieux accélérés transformant le moindre plan en saynète comique

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Girl power !

Le Sonic | Si la parité gagnerait à être plus respectée dans le vaste monde du rock'n'roll, les filles rééquilibrent petit à petit la balance. La preuve avec le concert (...)

Gabriel Cnudde | Mardi 6 décembre 2016

Girl power !

Si la parité gagnerait à être plus respectée dans le vaste monde du rock'n'roll, les filles rééquilibrent petit à petit la balance. La preuve avec le concert des Kellies, le lundi 12 décembre au Sonic. Actives depuis 2005, après une rencontre fortuite lors d'un concert, Cecilia, Silvana et Manuela sont désormais les fières représentantes de la scène underground argentine, en pleine ébullition. Avec leur cinquième album (déjà!) Friends & Lovers (2016), Las Kellies continuent de sublimer leur rock indie, emprunt de rythmes latins et d'une nostalgie de la période yéyé à peine dissimulée. Les riffs de guitare sont répétitifs, les voix à la limite de la fausse note, la batterie semble parfois hors temps, bref, le tout semble bancal. Pourtant, tout fonctionne parfaitement. Le paradoxe d'une musique faussement négligée qui, comme un bad boy à son premier rencard, fait en réalité très attention à son apparence. Au final, on tape du pied, on fredonne les mélodies et c'est bien là le plus important.

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L'Angleterre en force à Nuits Sonores

MUSIQUES | ​Best of de la saison qui s'achève, la programmation de Nuits Sonores 2015 est aussi la plus cosmopolite que le festival ait connue. Mais désormais, à la fin, ce sont nos voisins d'outre-Manche qui gagnent : bouillon de la bass culture à l'aune de laquelle la house et la techno n'en finissent plus de se réinventer, l'Angleterre est, par l'entremise de sa capitale, LA grande nation électronique des années 2010. La preuve en dix ambassadeurs. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 12 mai 2015

L'Angleterre en force à Nuits Sonores

Daniel Avery / Shackleton On l'a découvert de jour l'an passé, cette fois c'est de nuit que l'on pourra prendre la mesure de la versatilité du ténébreux rouquin, qui plus est sur une scène toute entière dédiée à la résidence qu'il anime à la mythique Fabric. Depuis Drone Logic, Daniel Avery n'a rien produit. Pas grave : ce premier album, classique instantané de techno charnelle (ou de rock stockable dans le cloud ?), reste un an et demi après sa parution l'une des plus belles incarnations de ce «chant de la machine» qui, chaque printemps, exerce sur nos concitoyens la même fascination que la voix des sirènes sur les marins qui croisaient jadis en mer de Sicile. Nuit 1 – Halle 2 Á l'Ancien marché de gros, mercredi 13 mai à 3h15

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Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

ECRANS | Comme dans les années 80, la saison estivale est devenue le moment privilégié pour exposer des classiques dans les salles. La moisson 2014 est belle du côté du Comœdia, avec notamment un thriller génial de John Frankenheimer et les aventures américaines d’Agnès Varda. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Seconde(s) chance(s) : les reprises ciné de l'été

Premier événement de cet été de classiques au Comœdia : l’exhumation d’une perle rare du thriller américain, un film matrice et pionnier de John Frankenheimer, Seconds, L’Opération diabolique (à partir du 23 juillet) où un banquier âgé et déprimé par la monotonie de son existence accepte la proposition d’une mystérieuse organisation : changer de visage et démarrer ainsi une nouvelle vie. Le visage en question est celui de Rock Hudson, et voilà notre homme propulsé dans une communauté constituée uniquement d’autres «reborns» menant la vie facile, jusqu’à ce qu’il se rende compte du prix à payer pour cette opération effectivement diabolique. Dans un noir et blanc spectaculaire signé par le vétéran James Wong Howe — qui fut le directeur photo de John Ford — Frankenheimer signait un objet culte, le premier film casse-tête de l’histoire du cinéma. Tourné en 1965, c’est aussi un prototype parfait et précoce du cinéma conspirationniste et parano qui allait envahir Hollywood cinq ans plus tard. Terres étrangères Devenu invisible depuis sa sortie en 1970, Moonwalk One (à partir du 30 juillet) de Theo Tamecke r

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Deux jours en or

CONNAITRE | Une cinquantaine de dessinateurs, scénaristes et coloristes en dédicace, une exposition de planches et crayonnés de Lincoln, l'excellent western (...)

Benjamin Mialot | Dimanche 3 novembre 2013

Deux jours en or

Une cinquantaine de dessinateurs, scénaristes et coloristes en dédicace, une exposition de planches et crayonnés de Lincoln, l'excellent western métaphysico-burlesque des frères Jouvray (dont le huitième tome vient de paraître), des impromptus théâtraux, la réalisation en direct d'une fresque par les artistes de la galerie Le Bocal, une remise de prix... Ce n'est pas le programme de la prochaine édition de Lyon BD, mais celui d'un festival du neuvième art autrement plus modeste : le festival de la Bulle d'or, un doyen dans son genre, puisque c'est sa vingt-quatrième édition qui se tiendra les 9 et 10 novembre à Brignais. Au-delà des têtes connues (Kieran, Marie Jaffredo, la fratrie susmentionnée...), il est un auteur en particulier dont la présence sur place justifie le déplacement : Renaud Dillies, petit maître de l’anthropomorphisme auquel on doit au moins deux chefs-d’œuvre, le terrassant Abélard (sur un doux rêveur qui se met en tête de décrocher la Lune pour sa bien-aimée) et, plus récemment, le déroutant Saveur coco, où il raconte en de magnifiques aquarelles d'inspiration mexicain

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La lune et le magicien

ECRANS | Difficile de trouver plus judicieuse programmation que celle du Voyage dans la lune de Georges Méliès le jeudi 15 décembre à l’Institut Lumière, soit le (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 9 décembre 2011

La lune et le magicien

Difficile de trouver plus judicieuse programmation que celle du Voyage dans la lune de Georges Méliès le jeudi 15 décembre à l’Institut Lumière, soit le lendemain de la sortie d’Hugo Cabret, où Scorsese rend un vibrant hommage au cinéaste et à son œuvre la plus célèbre (cf critique). Cette version, en couleurs et sur une musique originale de Air, est celle récemment restaurée par Lobster films et son fondateur Serge Bromberg, la Fondation Groupama Gan pour le cinéma et la Fondation Technicolor. Bromberg l’a accompagnée d’un documentaire revenant à la fois sur cette "résurrection" et sur la genèse du film. Qu’est-ce qui a fait de ces seize petites minutes une date dans l’Histoire du cinéma ? D’abord le culot de Méliès qui, quelques années seulement après l’invention du cinématographe, a l’intuition que celui-ci peut devenir un art. Art forain, certes, mais art narratif aussi : le montage lui offre la possibilité de raconter une histoire ; les trucages, d’une ingéniosité folle, que son passé de magicien lui permet de créer directement sur le plateau, lui ouvrent les portes de l’imaginaire. Méliès avait compris avant tout le monde que la force du cinéma résidait d

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