On se lâche dans les théâtres

Théâtre | Comme chaque année, preuve est faite que le passage à la nouvelle année se fait loin des théâtres, or quelques irréductibles : les Célestins, l'Iris, l'Acte 2, le Fou et la Comédie Odéon.

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2019

Photo : © DR


Appartenant à la série de ses pièces en un acte, La Demande en mariage de Tchekhov, écrite tout de même dix ans après ses débuts avec le tonitruant Platonov, est présentée sous forme de cabaret au Théâtre de l'Iris avec alternance de scènes courtes, chansons et adresses au public. Renommé Mariage(s), ce spectacle est interprété par cette comédienne qui a brillé dans le travail de Nino d'Introna, Corinne Méric, ici dirigée par Bernard Rozet, familier de l'alliance théâtre et musique. Du côté de l'Acte 2 théâtre, l'on joue pleinement la carte du cabaret avec quatre (!) représentations consécutives d'Elixir par la compagnie Légérie qui promet « l'essence » de ce genre « des années 20 à aujourd'hui ».

Absurdie

Puisque la période semble propice à sortir le théâtre de ses rails, les Célestins présentent (dès le 17 décembre) Home, un spectacle américain burlesque sans parole dans une maison en duplex où six comédiens s'affairent et emploient la danse et l'illusion, accompagnés d'une musique jouée en live. Aux commandes, Geoff Sobelle qui tourne sa création dans le monde entier depuis sa première en 2017 et convie des spectateurs à participer à cette farandole d'une heure trente : « je voulais former un groupe vraiment nombreux, d'environ trente-cinq personnes, afin d'obtenir une vision d'ensemble sur les gens et leur façon de vivre à domicile, comme si vous regardiez une fourmilière. Quelque chose de zoologique. Mais aussi des temporalités différentes : tous les résidents d'une même adresse à travers le temps, mais tous là au même moment. J'entretiens une passion obsessionnelle pour le travail spontané avec un public non préparé. Si très souvent cela peut être difficile, je pense qu'il existe un moyen, au détour d'une grande douceur et de beaucoup de respect, que cela donne lieu à quelque chose de très beau » dit-il à propos de sa démarche. Au Fou, avec Ce jour là, j'ai eu envie de crier, Suzanne et Simone se penche sur la transmission entre femmes à partir de témoignages.

À l'Espace 44, fête sera faite aux petits avant l'heure ultime puisque le Hansel et Gretel de Nelly Gabriel, issue d'Art en scène, sera donné à 14h30. Et pour s'offrir un grand chelem de théâtre, c'est à la Comédie Odéon qu'il faut se rendre car pas moins de cinq spectacles sont au programme. Pour les enfants d'abord puis le fameux et effréné Porteur d'Histoire d'Alexis Michalik à 19h suivi des comédies La Maîtresse en maillot de bain à 21h et Love phone à 23h.


Mariage(s)

D'après Anton Tchekhov, ms Bernard Rozet
Théâtre de l'Iris 331 rue Francis de Pressensé Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Home

De Geoff Sobelle, ms Lee Sunday Evans, 1h45. Spectacle sans parole
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Hänsel et Gretel

D'après le conte des Frères Grimm, ms Nelly Gabriel, par la Cie Les Ptites Dames, dès 5 ans, 55 min
Espace 44 44 rue Burdeau Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Le Porteur d'histoire

D'Alexis Michalik, 1h35
Comédie Odéon 6 rue Grolée Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


La Maîtresse en maillot de bain

De Fabienne Galula, ms Jean-Philippe Azéma
Comédie Odéon 6 rue Grolée Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Dom Juan, bloqué dans l’ascenseur social

Théâtre | Mais qui est-il, ce Dom Juan ? Le colérique et survitaminé Nicolas Bouchaud chez Sivadier ? Le rationaliste de Vilar, le jouisseur en proie au doute (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2020

Dom Juan, bloqué dans l’ascenseur social

Mais qui est-il, ce Dom Juan ? Le colérique et survitaminé Nicolas Bouchaud chez Sivadier ? Le rationaliste de Vilar, le jouisseur en proie au doute de Lassalle... ou encore l'agnostique qu’Olivier Maurin a récemment présenté au TNP ? Pour Laurent Brethome et Philippe Sire, directeurs des conservatoires de La Roche-sur-Yon et de Lyon, il est un déclassé social, vivant sans le sou comme un étudiant dépendant des alloc', malgré un paternel blindé, rêvant de paillettes et de son quart d’heure de célébrité. Alors, il ne va cesser de s’imaginer plus beau et grand qu’il n’est ; comme le révèlera le quatrième acte, dans un container de fortune qui lui sert de logement au sein duquel il se cogne à tous les angles. Au premier abord, ce n’est pas cela qu’incarne Laurent Brethome, mais un Dom Juan volontairement agaçant, p’tit gars qui roule les mécaniques dans un décor presque vernis sur lequel rien n’adhère ; il dragouil

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Stephan Eicher : sans toit ni loi

Chanson | Attendu depuis sept ans, l'Eicher nouveau est arrivé, collection de chansons trop longtemps restées sans abri, que le Suisse vient présenter sur scène accompagné d'un ensemble à cordes.

Stéphane Duchêne | Mardi 26 novembre 2019

Stephan Eicher : sans toit ni loi

C'est un art que de savoir cultiver l'absence. Ces sept dernières années sans disque, Stephan Eicher les a comblées en faisant offrande de sa personne en une sorte de geste contre-voulzyenne. Rendu à l'impossibilité de donner un successeur à L'Envolée (2012), par quelque imbroglio avec sa maison de disques ayant viré à la querelle d'apothicaires, le Suisse a occupé le terrain de l'absence en vagabondant de scène en scène, tentant d'y d'épuiser les possibilités de revisite live de ses chansons : ici une formule à automates, là un orchestre balkanique et une beatboxeuse (expérience qui verra quand même naître un album d'auto-reprises fanfare-onnes baptisé Hüh). Rangé des querelles contractuelles, voici enfin que le barde bernois réussit le prodige de reparaître sans donc jamais avoir disparu. Le single Si tu v

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Gavissime : "Le Mariage de Verida"

Drame | de Michela Occhipinti (It, 1h34) avec Sidi Mohamed Chinghaly, Verida Beitta Ahmed Deiche, Aichetou Abdallahi Najim…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Gavissime :

Mauritanie, de nos jours. L’existence de Verida tourne autour du salon de beauté de sa grand-mère et de ses deux amies. Ses parents ayant décidé de la marier, elle entame non sans renâcler un rite prénuptial destiné à la faire grossir : le gavage. Une coutume entre torture et hypocrisie… Il n’est pas rare de voir des fictions à destination quasi exclusive du public des pays occidentaux vitupérer telle ou telle survivance d’une coutume archaïque, affirmant généralement la mainmise du patriarcat sur la population féminine : excision, obligation de se couvrir dès l’adolescence, mariages forcés, etc. Misant beaucoup sur leur valeur documentaire, elles reproduisent en général la forme du film-dossier en respectant des standards cinématographiques schématiques. Cette catégorie de films pointe évidemment l’odieuse différence de traitements entre hommes et femmes, mais aussi les petits arrangements avec la tradition ou la religion permettant d’accomplir toutes les entorses aux règles que l’on désire… tant qu’elles demeurent à l’abri des regards. Ici, les femmes ont souffert de leur “régime“, mais le perpétuent sur leurs filles sans fin, se

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Elle l’a à la bonne : "Monsieur"

Drame | De Rohena Gera (Ind-Fr, 1h39) avec Tillotama Shome, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Elle l’a à la bonne :

Jeune entrepreneur issu d’une bonne famille de Mumbai, Ashwin vit en célibataire posé et mélancolique, son intendance assurée par la très efficace Ratna, la non moins jeune villageoise dévouée à son service. Séparés par leur naissance, pourraient-ils se rapprocher ? Non, il ne s’agit pas d’une banale réactualisation de Cendrillon translatée en Asie, mais d’une chronique de l’Inde d’aujourd’hui, pays complexe et composite où les verrous sociaux sont encore nombreux, dans le regard des uns ou la tête des autres… Heureusement, certains rompent dans ce conte d’émancipation : le village de Ratna n’est ainsi jamais montré comme zone de régression, pas plus que la ville n’est idéalisée en lieu d'affranchissement. Et le progressisme d’une nouvelle génération masculine doit battre en brèche plusieurs siècles d’immobilisme pour faire changer les mentalités. Sans doute que ce film donne une vision idyllique, ou très optimiste, d'un pays encore patriarcal, où subsistent des règles de dot, les mariages arrangés et d’où parviennent encore d’a

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Cellule familiale : "Mobile Homes"

Home/road movie | de Vladimir de Fontenay (Can-Fr, 1h41) avec Imogen Poots, Callum Turner, Callum Keith Rennie…

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Cellule familiale :

Ali partage avec Evan une vie nomade faite de petits trafics, se servant au besoin de Bone son garçonnet. Après un ultime plan foireux, Ali et Bone se réfugient dans un mobile home qui justement est déplacé par Bob, son constructeur. L’espoir pour eux de refaire leur vie ailleurs… En s’attardant sur les coulisses des combines d’Evan (combats de coqs, vente de poudre, effractions, etc…) et en insistant sur la déréliction de Bone, ce premier film prend un peu trop de temps à en venir au fait : l’espoir d’une reconstruction pour la mère et le fils dans un environnement sécurisant et stable — quel paradoxe pour un village de mobile homes. On suppose que Vladimir de Fontenay, qui développe ici la trame d’un de ses courts-métrages, a eu du mal à sacrifier l’ambiance canaille du début : la violence interlope et nocturne s’avère toujours séduisante à l’écran. Mais le cocon blanc des mobile homes, havre en chantier ne manque pas non plus d’atouts. D’autant plus qu’il constitue un apaisant contrepoint visuel. Mention spéciale pour finir

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Annemarie Jacir : « Dans Wajib, le mariage et la mort s’allient »

Wajib - L'invitation au mariage | Poétesse, commissaire d’exposition, Annemarie Jacir œuvre dans le cinéma indépendant depuis vingt ans. Wajib - L’Invitation au mariage est son troisième long-métrage.

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Annemarie Jacir : « Dans Wajib, le mariage et la mort s’allient »

Quel a été le point de départ de Wajib ? Annemarie Jacir : Je voulais faire un film sur cette contradiction d’être un Palestinien en Israël. Aujourd’hui, Nazareth est la plus grande ville palestinienne en Israël ; une ville très tendue avec beaucoup de contradictions politiques et économiques, où les gens ont beaucoup d’humour — ils l’utilisent comme mode de survie. Quant à la tradition très ancienne des faire-parts de mariage, elle n’est plus beaucoup pratiquée en Palestine aujourd’hui ; seulement par les Palestiniens en Israël comme signe d’affirmation de leur identité. Vous parlez de contradiction ; justement, votre film parlant d’un mariage s’ouvre sur une litanie de noms décédés, se termine par une mort. Sans parler des spectres qui le hantent… Je suis heureuse que vous souligniez ce point, car le mariage et la mort s’allient ici. Le père Abu Shadi est obsédé par la mort. Et les enfants s’inquiètent pour leurs parents : le fils Shadi réalise qu’il va perdre son père. Abu Shadi a travaillé toute sa vie pour construire une famille, mais au final, sa femme

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Noce en Galilée : "Wajib - L'invitation au mariage"

Huis clos en voiture | de Annemarie Jacir (Pal, 1h36) avec Mohammad Bakri, Saleh Bakri, Maria Zreik…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Noce en Galilée :

Shadi rentre à Nazareth pour aider aux préparatifs du mariage de sa sœur. Selon la tradition, il accompagne son père afin de remettre les invitations à la noce en mains propres. Entre deux arrêts et moult discordes politiques ou privées, les deux hommes se cherchent… et se retrouvent. C’est un très singulier road movie auquel Annemarie Jacir nous convie. D’ordinaire, ce genre de film vise l’évasion, l’élargissement des horizons, la libération ; ici, un père et son fils prodigue s’embarquent dans une voiture qui va sillonner Nazareth la tortueuse, et son dédale de ruelles déjetées aussi encombrées que le sont leurs relations personnelles. Enfermés dans un habitacle réduit pour parcourir un territoire lui même enclavé, ils sont ainsi forcés d’affronter les mensonges (ou les choses tues) les empêchant l’un et l’autre d’être en paix avec leur passé. Paradoxalement, ce huis clos familial a parfois des airs de Woody Allen, où la mère juive serait remplacée par le père palestinien cherchant à caser son fils en vantant exagérément ses mérites, et arrangeant sa p

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Ménagerie et ménages : "Gaspard va au mariage"

Comédie baroque | de Antony Cordier (Fr, 1h43) avec Marina Foïs, Félix Moati, Guillaume Gouix…

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Ménagerie et ménages :

En route pour le mariage de son père, Gaspard offre à l’excentrique Laura rencontrée dans le train de jouer à la compagne-alibi, contre rémunération mais en tout bien tout honneur. Proposition étrange, à la mesure de la famille du jeune homme, qui tient un zoo baroque en déroute… Intéressé depuis toujours par des figures de “transgressions douces” — libertinage adolescent dans Douches froides puis entre adultes dans Happy Few —, Antony Cordier voit plus grand avec cette parentèle gentiment branque, au sein d’un film dont la tonalité (ainsi que le chapitrage) évoquent la folie tendre de Wes Anderson, époque Famille Tenenbaum. Un autre tenant de la comédie contemporaine américaine arty décalée bénéficie au passage d’un hommage explicite : Noah Baumbach, le réalisateur de Margot va au mariage (2007). Mais à l’absurdité romantique des situations dans un zoo artisanal, au gothique des ambiances truffées d’apparitions animales ; au saugrenu

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Margot aux Célestins

Théâtre | Elle « avance vers nous depuis sa nuit » et Laurent Brethome lui rend la lumière. Margot, adapté de Marlowe, est la pièce avec laquelle le metteur en scène synthétise tout ce qu'il a approché jusque-là : un goût assumé du spectacle au profit d'un texte coriace.

Nadja Pobel | Lundi 22 janvier 2018

Margot aux Célestins

On pourrait lui en faire le reproche mais, à bien réfléchir, il n'y a rien là d'incohérent. Dans le Margot de Laurent Brethome, il y a un peu de l'air du temps théâtral : une pincée de Thomas Jolly (pour une esthétique noire-rouge-blanche et les breloques pas forcément nécessaires en accompagnement de costumes très justes : contemporains et a-temporels), du Julien Gosselin (personnages déclamatoires micro en main – en très courtes séquences il faut le reconnaître), parfois même du Joël Pommerat (ah, la séduisante scène de fiesta post couronnement d'Henri III qui rappelle les images de Ma Chambre froide ! ). Mais il y a, in fine, entièrement Laurent Brethome. En mettant en scène, dans une version délicatement décalée de Dorothée Zumstein, Le Massacre à Paris de Christopher Marlowe qui avait ouvert le TNP villeurbannais en 1972 sous la direction de Chéreau et dans les décors du grand Peduzzi, le Vendéen n'est jamais poseur et d'une fidélité épatante à ce qu'il fut : les corps

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Dans les pas de Margot

Théâtre | C'est sa pièce totale. Seize comédiens pour environ soixante rôles. Laurent Brethome a créé Margot en novembre, après l'avoir déjà esquissé en 2014 avec les (...)

Nadja Pobel | Mardi 9 janvier 2018

Dans les pas de Margot

C'est sa pièce totale. Seize comédiens pour environ soixante rôles. Laurent Brethome a créé Margot en novembre, après l'avoir déjà esquissé en 2014 avec les élèves du Conservatoire de Lyon. Sans moyen, il revisitait déjà la pièce de Marlowe de façon forte et efficace, une montagne de chaussures exprimant la nuit de la Saint-Barthélémy. Là, en 2h35, et avec notamment la dernière des pépites du Cons', Savannah Rol, il donne la pleine mesure de son savoir-faire. Pièce emblématique du TNP (c'est avec l’adaptation de Chéreau que le théâtre ouvrait ainsi ses portes à Villeurbanne en 1972), Margot sera cette fois-ci aux Célestins, du 17 au 23 janvier.

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Triplettes musicales à l'Auditorium

Ciné-Concert | Au cinéma, c’est un fait, les injustices ne manquent pas. Prenez le film d’animation Les Triplettes de Belleville (2002). S’il a valu à son réalisateur (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Triplettes musicales à l'Auditorium

Au cinéma, c’est un fait, les injustices ne manquent pas. Prenez le film d’animation Les Triplettes de Belleville (2002). S’il a valu à son réalisateur Sylvain Chomet d’être découvert et, à juste titre, apprécié, d’aucuns ont déploré que cette gloire ait insuffisamment rejailli sur un illustrateur dont le trait semble avoir été d’une inspiration déterminante : Nicolas de Crécy. Il en va de même pour la bande originale de ce film, aux accents jazzy. Bien que récompensé par un César, l’auteur de la musique demeure injustement occulté par la notoriété de l'interprète du hit-titre, Matthieu Chedid. Il est grand temps de remettre le Québécois Benoît Charest en lumière et c’est justement ce que propose l’Auditorium dans un de ces ciné-concerts dont il a le mélodieux secret. Le compositeur et instrumentiste (il est guitariste) viendra en personne, accompagné d’une formation trépidante, agrémenter la projection de ce film. On mesurera ainsi l’importance des phrases musicales dans la construction du récit, lequel se raconte avec un minimum de mots :

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Flamand rosse : "Home" de Fien Troch

Drame | de Fien Troch (Bel, 1h43) avec Sebastian Van Dun, Mistral Guidotti, Loïc Bellemans…

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

Flamand rosse :

Bon garçon, Kevin a le sang chaud et des problèmes de violence lui ayant déjà valu un séjour en prison. En réinsertion chez sa tante, il sort avec les amis de son cousin. Dont un victime d’une mère abusive. Un soir, un drame survient, auquel Kevin et son cousin assistent… Mettant en jeu des tensions morales extrêmes, et confrontant chacun·e à ses petites lâchetés du quotidien (la non-assistance à personne en danger finit par se payer d’une manière ou d’une autre), cette histoire aurait pu inspirer le Haneke des “bons” jours, dans tout ce qu’elle a d’implacable. Fien Troch lui emprunte sa crudité glaçante, brossant les contours de ses personnages en peu de traits. Mais ils se révèlent d’une acuité stupéfiante pour cerner les caractères. On perçoit ainsi dès le début les réticences de la tante, sa bienveillance forcée et cette barrière sociale qu’elle pose entre sa famille et les autres, impatiente qu’elle est d’oublier son extraction. Sans complaisance, ni rien appuyer, Fien Troch disperse les mirages de sa “douce maison” : derrière l’avenante façade, tout n’est

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Du théâtre pour panser

L'essentiel de la saison | Au vu des programmations hétéroclites (trop) touffues et qui confèrent aux différents théâtres des identités de plus en plus floues, émerge une vague de trentenaires qui, au travers de faits historiques, ou simplement d’histoires d’aujourd’hui, livrent un travail précis, exigeant pour panser nos plaies intimes ou universelles.

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

Du théâtre pour panser

Laïka. Avec l’évocation de cette petite chienne jamais revenue de l’espace et de la guerre froide spatiale russo-US, c’est tout un pan d’un monde bien amoché que déploie David Murgia, celui de maintenant, en relatant la vie d'un clochard, de vieilles dames ou d'une prostituée. Il retrouvera le Théâtre de la Croix-Rousse (du 17 au 21 octobre) où il est passé récemment seul (Discours à la nation) ou en collectif avec ses amis du Raoul (Le Signal du promeneur et Rumeurs et petit jour). À nouveau, il travaille en binôme avec Ascanio Celestini et donne à ce texte puissant une fulgurante densité, ajoutant à la pertinence du propos une véritable performance de comédien. Et pour s’intéresser aux gens de peu, que Macron, dans son propos le plus détestable depuis son élection, a qualifié de « ceux qui ne sont rien » en opposition

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Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 30 mai 2017

Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

02.06.17 > PARC DE GERLAND ETHNOTEK La traditionnelle soirée épicée et métissée du festival 6e Continent prend place en ce vendredi au cœur du parc de Gerland, pour un line-up alignant des valeurs sûres de l'électro-dub (Kanka), un DJ adepte du dancefloor mondialisé (Click) et surtout l'immense Imhotep, architecte sonore de la galaxie IAM, toujours efficace derrière les platines. Pluriel. 03.06.17 > TRANSBORDEUR DUB ECHO #14 Encore une belle programmation pour la soirée sound-system la plus suivie de la ville, avec le maître du stepper, Iration Steppas, fer de lance de ce dub très fortement infusé de sons électroniques depuis 1990. L'OBF sound-system est aussi annoncé avec Shanti D & Junior Roy au micro, la petite salle étant laissée aux bons soins de Bside Crew. Heavy. 04.06.17 > BELLONA LE MARIAGE Le dimanche, c'est jour de mariage à Bellona ! Célébrons celui de Tracy Gareth et Pump Up The Jam, éloge du queer et de l'amour sous l'égide de la

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"Go Home" : maison, dure maison

ECRANS | de Jihane Chouaib (Fr-Sui-Bel-Lib, 1h38) avec Golshifteh Farahani, Maximilien Seweryn, François Nour…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Longtemps après avoir dû quitter la maison familiale, une Libanaise exilée en Europe est de retour pour exhumer des souvenirs et élucider un mystère datant de son enfance… malgré l’indifférence — voire l’hostilité du village. Creuser le passé comme on déblaye un sol jonché de détritus ; réinvestir sa maison pour se réapproprier son histoire… La métaphore choisie par la réalisatrice est plutôt transparente dans ce film à certains égards austère : silences, obscurité, intériorité, permanence d’un deuil, tension continue et surtout machisme latent. Dans ce village où règne la tradition du patriarcat, Nada l’héroïne est ignorée, tandis que son frère est considéré comme un Messie — guère surprenant, mais toujours consternant. Jihane Chouaib dépeint l’inconscient d’un pays marqué par la guerre, où le refoulé a encore de beaux jours devant lui grâce à l’omerta. Comédienne caméléon pour toutes les productions moyen-orientales, Golshifteh Farahani constitue davantage qu’une colonne vertébrale à ce film, hanté à chaque plan ou presque par sa beauté douloureuse ; elle en est quasiment la raison d’être.

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La Sociologue et l’Ourson

ECRANS | de Étienne Chaillou & Mathias Théry (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

La Sociologue et l’Ourson

On avait à peu près tout vu et entendu au moment de la présentation du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes du même sexe (dite du “mariage pour tous”). Beaucoup de passion et d’écume, empêchant toute réflexion sereine ou toute parole structurée en faveur de la loi d’être relayée dans le calme. Chaillou et Théry font de cette chienlit table rase, en proposant de suivre le parcours de l’une des expertes sollicitées le temps de l’examen du projet, la sociologue Irène Théry (la mère de l’un des documentaristes). À la fois conviviale et didactique, l’approche ne manque pas d’originalité : les auteurs ont pris le parti de remplacer la plupart des intervenants dans les images d’archives par des jouets animés qui dédramatisant le sujet sans le ridiculiser. Et de rendre la sociologie vivante en illustrant de manière plaisante les exemples concrets choisis par la spécialiste dans son histoire familiale, à l’occasion des entretiens qu’elle accorde à son rejeton. Ce documentaire dispose enfin d’un autre grand mérite : il inscrit le texte dans le temps républicain, en abrasant (autant que faire se peut) la surmédiatisation délirante dont ont bénéficié

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Back Home

ECRANS | De Joachim Trier (Nor/Dan/Fr, 1h49) avec Isabelle Huppert, Gabriel Byrne, Jesse Eisenberg…

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2015

Back Home

Après la réussite de son Oslo 31 août, Joachim Trier s’offre une petite tranche d’europudding avec un portrait en creux d'une photographe de guerre défunte. Et surtout celui de son veuf, de ses enfants face au deuil impossible. C’est beau, c’est froid, c’est austère. C’est arty, aussi, avec plein de résonances drôlement bien pensées. Mais c’est surtout très attendu, dans les intentions, les développements et la construction.

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Avec "Riquet", Laurent Brethome a tout d'un grand

SCENES | Tendre et cruel, fourmillant d’inventions, le "Riquet" version Laurent Brethome est un conte pour petits et grands bouleversant de sincérité et de foi en la force naïve et sublime de l’art théâtral. Après avoir ouvert le In d’Avignon, le voici au Toboggan. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 27 octobre 2015

Avec

Il était une fois… rien du tout, en fait. Déjà chez Charles Perrault, rien ne se passait comme prévu. La fable enfantine avait du plomb dans l’aile, même si elle était empreinte d’un amour courtois et phallocrate, fatalement phallocrate. Le prince moche avait le choix d’épouser une princesse laide et intelligente ou sa sœur, belle et bête. Laurent Brethome, alors gosse vendéen suractif, en lutte contre tout et d’abord lui-même et ses tics nerveux (des "mouvements" comme disent alors joliment les médecins), y avait trouvé un miroir de son monde, pas bien sous tous rapports et dans lequel l’enfance, puisqu'elle déraille, n'a rien de sanctuarisé. Devenu trentenaire et adoubé par la critique, les programmateurs et les spectateurs (un prix Impatience du public pour Les Souffrances de Job, une longue tournée des Fourberies de Scapin qui passera d’ailleurs par Saint-Priest en décembre), Brethome n’a pas oublié sa rencontre avec cette histoire-là et a confié à son complice Antoine Herniotte le soin d’une réécriture qui s’avère piquante, drôle, directe, crue et empreinte d’une constante tendresse. Car quoi ? Quelle est donc l’histoire dans l

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Les reprises de 2015/2016

SCENES | Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Les reprises de 2015/2016

Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans paroles sur l’ultra moderne solitude. Au même endroit Jean Lacornerie reprend ce qui est (avec Roméo et Juliette) sa comédie musicale la plus aboutie, Mesdames de la Halle (11 au 28 décembre). De son côté, au milieu d’une saison presque entièrement dédiée au langage, le TNP fait place aux délicats balbutiements de En courant, dormez par Olivier Maurin (6 au 15 avril), alors que la Renaissance reprend la foutraque Visite de la vieille dame (23 au 2

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Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

SCENES | Des spectacles à venir, "Riquet" (délesté de sa houppe) est sans conteste le plus émouvant et le plus abouti. Retour sur ce travail de Laurent Brethome qui passera par le Toboggan et tour d’horizon des propositions jeune public de la saison. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 9 septembre 2015

Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

C’est quoi être différent ? Comment faire avec ce qui manque ? La beauté pour cette fille laide mais intelligente, la jugeote pour sa ravissante sœur, que leur père fatigué de porter la couronne veut marier à un prince repoussant ? De toutes ces aspérités handicapantes, il émane une humanité qu’Antoine Herniotte a su magnifiquement retranscrire dans son adaptation de Riquet et que Laurent Brethome a transposé sur le plateau en éléments très concrets. Les robes de princesse sont en papier froissé, le château se dessine en direct, les baguettes magiques sont des brosses à WC... À cette apparente économie de moyens correspond une débauche de créativité et, surtout, un goût pour une forme artisanale de théâtre qui ramène à des émotions très enfantines. Invité à ouvrir rien moins que le In d’Avignon cet été, Brethome a une nouvelle fois livré un spectacle très organique (la peinture dans Les Souffrances de Job, l'eau dans

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Laurent Brethome mène Scapin à bon port

SCENES | On l’avait laissé ce printemps avec un épatant travail avec les élèves du Conservatoire de Lyon ("Massacre à Paris"), revoici Laurent Brethome qui rend aux "Fourberies de Scapin" leur noirceur, nous entraînant dans les bas-fonds portuaires armé d’une solide équipe de comédiens. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 7 octobre 2014

Laurent Brethome mène Scapin à bon port

Mille fois joué, vu, lu, Molière est inaltérable. Sa langue et son sens de l’intrigue subjuguent encore, en particulier dans cette comédie entre fils de bonne famille. Laurent Brethome, qui n’en est pas à sa première adaptation d'un classique (Bérénice, On purge bébé), a su en saisir la noirceur sans pour autant condamner – bien au contraire – la farce. Nous voici donc au cœur des docks (à l'origine, l'action se déroule à Naples), entre des cubes métalliques, un brouillard comme émanant d’une mer proche qu’on imagine sans peine. Un décor aux abords duquel Calais et ses camps de migrants ne dépareilleraient pas. Octave voudrait épouser Hyacinthe, mais est promis par son père à une autre. Léandre, lui aussi est empêché par son paternel de se marier à la soi-disant gitane Zerbinette. Au milieu Scapin œuvre pour la paix des ménages en maniant la batte de baseball. Surgit de leurs dialogues non pas une pantalonnade, mais bien le côté obscur de ces pères tout puissants, fussent-ils habillés comme les bandits modernes de la finance (Argante) ou, plus négligemment, comme des dandys ratés (Géronte), leur avarice et leurs petits arrangements avec la justice, corr

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Classe sup’

SCENES | Pétaradante, précise et inventive, la nouvelle promotion du Conservatoire présente le très casse-gueule et ambitieux "Massacre à Paris", mis en scène par un Laurent Brethome plus convaincant que jamais. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 12 mars 2014

Classe sup’

Au commencement était le COP-spé, acronyme barbare désignant le Cycle d’Orientation Professionnelle spécialisée du Conservatoire de Lyon, une classe unique en son genre. Le comédien Philippe Sire l’a imaginée il y a de cela huit ans pour des élèves qui envisagent un avenir professionnel dans le spectacle vivant. Les précédentes promotions ont accouché de La Meute, du collectif Bis – deux des toutes meilleures compagnies actuelles en Rhône-Alpes – et d’un groupe adoubé et embauché par Gwenael Morin dans son Théâtre du Point du jour. C’est dire la pression qui repose sur les épaules des douze étudiants actuels à l’heure de faire leurs premières preuves. Pari réussi haut la main cette semaine au Théâtre de l’Elysée. Non contents d’être attendus au tournant, ils devaient en plus recevoir en héritage un texte marqué à tout jamais du sceau de Patrice Chéreau qui, tout jeune, l'a mis en scène pour l'ouverture du TNP à Villeurbanne au printemps 1972 - les images de la scénographie expressionniste et démesurée de Richard Peduzzi ornent encore les murs du théâtre. Potentiellement encombrante, l’ombre du maître n’a pas effrayé la juvénile équipe, les élèves endossant avec fluidité,

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La relève

SCENES | C’est une date qui compte dans l’histoire du théâtre : en mai 1972, en montant Massacre à Paris, texte de Christopher Marlowe ancré dans la nuit de la (...)

Nadja Pobel | Mardi 11 mars 2014

La relève

C’est une date qui compte dans l’histoire du théâtre : en mai 1972, en montant Massacre à Paris, texte de Christopher Marlowe ancré dans la nuit de la Saint-Barthélémy, Patrice Chéreau ouvrait le bal de l’aventure du TNP, tout juste transféré de Chaillot dans les murs du Théâtre de la Cité à Villeurbanne, que Planchon dirigeait alors. Une pièce que la plupart d'entre nous sont trop jeunes pour avoir vue mais dont la scénographie, signée Richard Peduzzi et immortalisée en photo, imprime fortement les rétines. Cette semaine et jusqu’au samedi 15 mars, au Théâtre de l’Elysée, Laurent Brethome tisse, en reprenant ce texte, un lien filial fort entre le metteur en scène récemment disparu et la jeune promotion du cycle d’orientation professionnelle spécialisée du Conservatoire de Lyon. Des élèves passionnés, issus de formations et zones géographiques éclatées, qui personnalisent la vitalité à nulle autre pareille de cet établissement en prise directe avec le plateau : deux d’entre eux ont monté un lieu d’expérimentation dans le 8e, Le Plongeoir, tandis que La Meute et le Collectif Bis, soit ce qui se fait de plus vif en ce moment dans le jeune théâtre lyonna

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Mariage à l’anglaise

ECRANS | De Dan Mazer (Ang-Fr, 1h37) avec Rose Byrne, Rafe Spall, Anna Faris…

Christophe Chabert | Dimanche 7 avril 2013

Mariage à l’anglaise

Dépositaire historique du genre, le studio Working Title signe sans doute ici le crépuscule de la comédie romantique anglaise, en la faisant s’acoquiner dangereusement avec le trash à l’américaine, ici prétexte à une série de sketchs interminables de vulgarité. L’embarras se fait sentir très vite face à ce catalogue peu ragoûtant de clichés sur la vie d’un couple mal assorti dont l’union semble vouée à l’échec dès le départ. Aussi rance et démago que les pièces de café-théâtre avec les mots «hommes», «femmes», «couple» et «sexe» dans leur titre, Mariage à l’anglaise ne fait que rire de ses personnages, jamais avec eux, chargeant la mule du stéréotype, notamment quand il s’agit de se gausser des prolos et des pauvres, qui bien entendu finiront ensemble, les riches se retrouvant autour de leurs valeurs communes. Au milieu de cette tambouille antipathique, seule la lumineuse Anna Faris affiche une distance bienvenue, loin des rôles de ravissante idiote qui l’ont faite connaître. Christophe Chabert

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Jusqu'ici tout va bien

SCENES | «Le plus dur, ce n'est pas la chute, c'est l'atterrissage». Les paroles de La Haine pourraient être l'incipit de TAC, texte que le prolixe auteur (...)

Nadja Pobel | Lundi 18 mars 2013

Jusqu'ici tout va bien

«Le plus dur, ce n'est pas la chute, c'est l'atterrissage». Les paroles de La Haine pourraient être l'incipit de TAC, texte que le prolixe auteur Philippe Minyana a tiré de la relecture de son propre texte Pièces, vieux de douze ans, à la demande du jeune metteur en scène Laurent Brethome. Pour la première fois, celui qui s'est attaqué avec folie et drôlerie à Feydeau (On purge bébé), avec une grave intelligence à Hanoch Levin (Les Souffrances de Job) et un peu moins d'inspiration à Racine (Bérénice), ose se confronter au récit d'un auteur vivant. Et il en profite pour interroger sans détour la pauvreté et la question plus que jamais fondamentale du logement. La figure centrale de la pièce, jouée par le comédien Philippe Sire, à l'origine de la rencontre entre le drama

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Mariage à Mendoza

ECRANS | De Édouard Deluc (France, 1h31) avec Nicolas Duvauchelle, Philippe Rebbot, Paloma Contreras...

Jerôme Dittmar | Vendredi 18 janvier 2013

Mariage à Mendoza

D'abord il y a eu Kerouac, la route, l'Amérique, une renaissance, l'idée que le monde continuait ; puis il y a eu Nouvelles frontières, le tourisme de masse, l'ère d'un exotisme de contrôleur fiscal réduisant le réel à des images à vérifier. Au milieu est né le road movie, qui finira malgré lui par bercer des générations à coup de posters cheap vantant on ne sait quoi d'un ailleurs idéalisé où Lévi-Strauss côtoierait Nicolas Hulot. C'est un peu ça, Mariage à Mendoza, un road movie français en Argentine, qui dégurgite tellement son petit cahier des charges du genre appauvri qu'il fait de la peine. Tout est gentil dans cette histoire sentimentale entre frangins, la vie et ses difficultés, l'amour et ses désillusions, le voyage et ses rencontres. Même les moments durs sont gommés par une intrigue sous anxiolytiques oubliant qu'elle suit un circuit balisé de tour-opérateur existentiel. Heureusement, comme chez Kerouac, il y a une fille pour divertir et remplir la carte postale. Jérôme Dittmar

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Le long voyage de l’animation française

ECRANS | Longtemps désertique, en dépit de quelques rares oasis de créativité, le cinéma d’animation français a connu depuis dix ans un fulgurant essor au point de devenir à la fois une industrie et un laboratoire. À l’occasion de la sortie d’"Ernest et Célestine", futur classique du genre, retour non exhaustif sur une histoire en devenir. Textes : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 décembre 2012

Le long voyage de l’animation française

Jean Image et Paul Grimault : les pionniers Si les frères Lumière ont inventé le cinéma en prise de vues réelles et si, selon l’hilarante leçon donnée pour les vingt ans du Groland par Bertrand Tavernier, ce sont les sœurs Torche qui ont créé le cinéma de la Présipauté, le cinéma d’animation français a pour parrain — ça ne s’invente pas — Jean Image. Il fut le premier à produire un long métrage animé en couleurs, Jeannot l’intrépide (1950). Librement inspiré du Petit poucet, le film fait le tour du monde et pose les bases de l’animation à la française : jeu sur les perspectives et les motifs géométriques, imaginaire enfantin mais non exempt d’une certaine noirceur, musique cherchant à accompagner le graphisme plutôt qu’à illustrer les péripéties. Image œuvrera toute sa vie à faire exister le dessin animé en France, en devenant son propre producteur, en se lançant dans des projets ambitieux (des adaptations des Mille et une nuits ou du Baron de Münchausen) et, surtout, en créant le fameux festival du cinéma d’animation d’Annecy. Il s’en est toutefois fallu de peu pour que ce titre de pionnier ne lui soit ravi par Paul Grimault

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La tragédie du dedans

SCENES | Théâtre / «Toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien» écrivait Racine à propos de Bérénice, où le sang ne coule pas et où l’action est réduite à la (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 18 novembre 2011

La tragédie du dedans

Théâtre / «Toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien» écrivait Racine à propos de Bérénice, où le sang ne coule pas et où l’action est réduite à la portion congrue. La déchirure est ici intérieure, au sein du corps et de l’esprit, entre l’amour et le désir d’un côté, la raison et la loi sociale de l’autre. Bérénice aime Titus, et lui de retour, mais s’il veut régner sur Rome il lui est interdit d’épouser une reine étrangère. Un troisième monarque, Antiochus, est lui partagé entre son amitié pour Titus et son amour rival et caché pour Bérénice. Ce théâtre des passions et des pulsions réfrénées est plutôt bien rendu par la mise en scène de Laurent Brethome. Il y règne notamment une tension sourde et une ambiance continuellement hantée : il utilise pour cela une musique diffusée à bas volume tout au long de la pièce et de grands voiles noirs translucides à travers lesquels apparaissent des «images» fantomatiques, ou bien entre lesquels rôdent certains personnages. Le travail du délicat chorégraphe Yan Raballand a certainement beaucoup participé à c

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Toute première fois

SCENES | Théâtre / Laurent Brethome propose son premier grand classique au Théâtre de Villefranche-sur-Saône, Bérénice. «Une leçon d’humilité», pour le jeune metteur en scène. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 10 janvier 2011

Toute première fois

Au sortir du premier «bout-à-bout» du «Bérénice» signé Laurent Brethome, une question se pose : où sont donc passées les «brethomeries» auxquelles nous avaient habituées le jeune metteur en scène ? Peu de «matières» déversées sur scène, des corps pudiques, des acteurs tout en retenue… «Avec l’équipe, nous avons fait de multiples tentatives, mais en multipliant les effets, je me suis aperçu que l’on perdait l’essentiel : le texte de Racine. Bérénice est une leçon d’humilité». Un texte exigeant, difficile à apprivoiser et qui rend les artifices vains dans le meilleur des cas, ridicules dans les pires. Car dans Bérénice, il n’y a que la parole : celle contenue pendant de longues années de l’amant ignoré, celle que Titus refuse de prononcer, celle que Bérénice ne veut pas entendre. On menace souvent de partir dans cette pièce, pourtant les acteurs de cette tragédie ne bougent pas, comme condamnés à dire indéfiniment leur malheur dont la mort ne viendra jamais les soulager. Alors Brethome a souhaité se concentrer sur cette parole, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à demander aux acteurs de «déposer» le texte comme un fardeau dont ils ne supporteraient plus le poids. «Llorando por tu amor»

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«Un théâtre de l’insolence»

SCENES | Entretien / Laurent Brethome et Philippe Sire de la Compagnie Le menteur volontaire se présentent en duo pour succéder à Philippe Faure. Propos recueillis par DA

Dorotée Aznar | Jeudi 2 décembre 2010

«Un théâtre de l’insolence»

Petit Bulletin : Laurent Brethome, pourquoi voulez-vous diriger la Croix-Rousse ?Laurent Brethome : Le Théâtre de la Croix-Rousse, c’est un théâtre et une équipe que je connais bien pour y avoir eu mes premiers succès et y avoir développé un important travail d’action culturelle, que ce soit l’animation d’ateliers amateurs, des présentations de chantiers, un travail en milieu carcéral… On vous a incité à postuler ?Laurent Brethome : Je termine mes trois années de résidence au Théâtre de Villefranche. Depuis quelques mois et plus particulièrement depuis les récents succès de mon travail au niveau national, je reçois des encouragements à postuler pour la direction d’un lieu. Mon attachement à Lyon et la possibilité de poursuivre ma collaboration avec Philippe Sire à travers un projet ambitieux et militant m’encouragent à présenter cette candidature. C’est ce lieu en particulier qui vous intéresse ?Laurent Brethome : J’ai songé à postuler à la direction du CDN de Poitiers, mais je n’en avais pas vraiment envie. J’ai un lien très fort avec le Théâtre de la Croix-Rousse, c’est ce lieu en particulier qui m’intéresse effectivement.

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L’Illusionniste

ECRANS | Après "Les Triplettes de Belleville", Sylvain Chomet exhume un scénario inédit de Jacques Tati, et le transforme en hommage animé aux films du cinéaste, avec une mélancolie un peu fabriquée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 11 juin 2010

L’Illusionniste

"L’illusionniste" s’ouvre sur une belle idée. Un écran est dessiné à l’intérieur de l’écran, rideau tiré, attendant le début du film. Mais le rideau reste bloqué, et c’est un vieil illusionniste qui vient faire un numéro à la place. La silhouette de ce magicien parlera immédiatement au cinéphile : c’est celle de Jacques Tati. Un Tati las, à force de répéter les mêmes tours avec un lapin récalcitrant et un public distrait. Chomet ne se contente pas de recréer cette figure mythique du cinéma français ; il reproduit aussi son style fait de plans fixes, de répliques grognées et de gags muets. Seul le trait du réalisateur des Triplettes de Belleville fournit au film sa capacité à éviter le «à la manière de», puisque le scénario est aussi signé Tati, un inédit sorti des placards familiaux. L’Illusionniste joue donc clairement la carte de l’hommage respectueux, mais aussi d’une certaine nostalgie pour les années 50, la France des cabarets et l’Angleterre en pleine mutation swing et consumériste. Mon oncle d’Angleterre Le film accompagne ainsi son héros outre-manche : il prend un bide à Londres, va se ressourcer dans

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Le Mariage à trois

ECRANS | De Jacques Doillon (Fr, 1h40) avec Pascal Greggory, Julie Depardieu, Louis Garrel…

Christophe Chabert | Mercredi 14 avril 2010

Le Mariage à trois

Une maison à la campagne, un auteur de théâtre, son actrice (et ancienne maîtresse), le comédien pressenti pour jouer le premier rôle masculin de sa prochaine pièce (et nouvel amant de son ancienne maîtresse), et une étudiante, aussi secrétaire particulière. C’est parti pour cent minutes de pur Doillon, le cinéaste qui aura le plus rongé son os durant toute sa carrière — à côté, Rohmer n’a cessé de se renouveler. Au programme de ce «vaudeville érotique» (dixit Garrel dans le film) : bavardages ininterrompus, tantôt philosophiques (le désir, le besoin, la création, tout ça), tantôt triviaux (phrase culte : «pourquoi ton sperme est si sucré ?»), toujours émasculés de la moindre quotidienneté. Personnages machines incarnés par des acteurs que la mise en scène mécanise : le moindre déplacement étant dicté par la caméra tyrannique de Doillon. Artificiel donc et ennuyeux à un point indescriptible : "Le Mariage à trois" sent la mort. CC

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Claques gratuites

SCENES | Théâtre / Nous sommes chez Job, un riche homme d’affaires. Le festin s’achève à peine que les messagers se succèdent pour annoncer à Job une succession de (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 3 mars 2010

Claques gratuites

Théâtre / Nous sommes chez Job, un riche homme d’affaires. Le festin s’achève à peine que les messagers se succèdent pour annoncer à Job une succession de catastrophes. Sans explication, il va tout perdre : ses richesses, ses enfants, la santé, la vie. S’il est question de Dieu, il n’y a pourtant pas de rédemption dans «Les Souffrances de Job» du dramaturge israélien Hanokh Levin. Ici, on ne fait que s'enfoncer toujours plus profond, l’acmé n’est jamais atteint, la souffrance n’a d’autre explication et d’autre but que la souffrance. La pièce est à l’image du supplice du pal auquel Job sera soumis. Quand on s'élève, c'est pour mourir, quand on s'approche du ciel, c'est pour constater qu'il est désespérément vide. Levin triture le poème biblique, l’actualise et nous livre une œuvre noire, violente, sans issue. Qu’y a-t-il après la mort ? Son exploitation commerciale : la mort en direct. Le drame et la farce, l’horreur et le rire, tout est chez Levin. Pour faire entendre le texte, le jeune metteur en scène Laurent Brethome a choisi de travailler essentiellement «par allusions». Pas de violence intolérable sur scène.

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«S’adresser aux intestins du spectateur»

SCENES | Entretien / Laurent Brethome fait partie de ces jeunes metteurs en scène talentueux qui délivrent un véritable discours d’artiste sur leur travail. Rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Mercredi 3 mars 2010

«S’adresser aux intestins du spectateur»

Petit Bulletin : "Les Souffrances de Job", réinterprétation théâtrale du mythe biblique par Hanokh Levin (l’un des plus grands auteurs contemporains israéliens), était un texte réputé immontable…Laurent Brethome : C’est effectivement ce qu’on m’a renvoyé pendant trois ans. C’était un défi de mettre en scène cette pièce très baroque et épique, qui mélange tous les genres théâtraux. Pour dire à quel point elle pose question : elle n’a jamais été montée ailleurs qu’en Israël. Il y a un programmateur à Lyon qui m’a dit : "j’ai envie de soutenir ton travail et ta compagnie, mais pas sur un texte comme ça, trop violent, qui fait peur. Je ne sais pas comment va réagir mon public" – j’adore d’ailleurs quand les programmateurs disent : "mon public" ! Pour moi, aujourd’hui, il y a ce qui fait œuvre, et ce qui est de l’ordre de la production. Soit on s’adresse à des spectateurs, soit on s’adresse à des consommateurs. Il est clair que Les Souffrances de Job s’adresse à des spectateurs et fait œuvre : c’est un texte radical, une vision de l’être humain carnassière, violente mais malheureusement très vraie. C’est donc un spectacle qui dérange, mais en bien puisque la majorité d

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Home

ECRANS | Ursula Meier Seven7

François Cau | Vendredi 3 juillet 2009

Home

Non, rien à voir avec le film de cartes postales aériennes du pote de Luc Besson. Nous avons là un premier long métrage inventif et marquant et, ne vous en faites pas, on se flagelle bien violemment de l’avoir loupé à l’époque de sa sortie. Dans la lignée des premières œuvres frondeuses de François Ozon, mais avec une identité artistique propre, Home nous dévoile le délitement d’une famille retranchée sur elle-même jusqu’à l’absurde. Reclus en bordure d’une autoroute inachevée et accaparée par leurs soins, les membres de ce microcosme heureux, car retiré du chaos du monde, vont vite déchanter à la reprise inattendue des travaux, se soldant par la destruction symbolique de leur havre de paix. Sur cette trame a priori simple, Ursula Meier prend soin de créer un film retors, où la folie gangrène peu à peu tous les personnages, retourne leurs fonctions originelles, les maltraite, entraîne le spectateur effaré dans un huis-clos littéralement étouffant. Là où bon nombre de cinéastes se contentent pour leur premier long de broder autour d’un sujet de court métrage, la réalisatrice justifie pleinement la durée de son film par une évolution psychologique dûment maîtrisée

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Fais dodo caca mon bébé

SCENES | Théâtre / En re-création, On purge bébé s’autorise un ravalement de façade et un coup de jeune pour prouver que Feydeau n’a pas sombré dans la naphtaline du théâtre de grand-mère. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 20 février 2009

Fais dodo caca mon bébé

Le metteur en scène Laurent Brethome dit de son décor qu’il est «clean façon Ikéa». Certes il y a bien deux, trois chaises repérées dans le catalogue mais elles jonchent le sol et sont amputées de leurs pieds ou de leurs barreaux. Le curseur du dérèglement est là : haut placé. Ça commence comme un Feydeau, diction bien articulée et mise en place de l’intrigue trop simple pour être vraiment passionnante : M. Follavoine attend M. Chouilloux avec qui il espère bien signer le contrat de sa vie en vendant à l’armée française des pots de chambre en porcelaine soi-disant incassables. Rien n’aspire à la tranquillité dans un décor bancal et instable. Les portes sont présentes pour être claquées mais elles ne se referment sur rien, éparpillées qu’elles sont sur scène, tenant juste sur un portique métallique. Mme Follavoine perturbe ce rendez-vous d’affaire accoutrée dans ses dessous de satin et obsédée de voir son fils enfin avaler une purge. Passées les vingt premières minutes rappelant que Feydeau sans fantaisie serait ennuyeux, le spectacle s’accélère. L'élocution se fait plus rapide, les portes font des tours sur elles-

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Folle soirée

MUSIQUES | Opéra / Les Noces de Figaro, Opéra de Mozart, livret de Lorenzo da Ponte d'après la pièce de Beaumarchais La Folle Journée ou le mariage de Figaro est une succession de tubes joyeusement mis en relief par toute l'équipe de cette production. Pascale Clavel

Christophe Chabert | Mercredi 11 juillet 2007

Folle soirée

En une soirée sous nos yeux, c'est une folle journée qui se déroule : l'action commence au petit matin et se termine le soir de cette même journée. Là, s'ébattent, se débattent une ribambelle de personnages mus par des désirs fous, remplis de sentiments paradoxaux. Figaro, serviteur du Comte Almaviva, prépare son mariage avec Suzanne la servante lorsqu'il apprend que le Comte la poursuit de ses assiduités. Bartolo et Marcellina complotent de leur côté pour que Figaro épouse Marcellina. Un jeune page Cherubino est secrètement amoureux de la Comtesse et celle-ci se languit de son Comte qui ne pense plus à elle. Après maints rebondissements, déguisements, faux-semblants et coups de théâtre, tout finit dans la joie. Pour ceux qui ne sont jamais allés à l'opéra, c'est exactement le moment puisque les Noces sont traitées là comme un grand spectacle pour tous, presque comme du théâtre de boulevard. Les 3 heures 20 de spectacle se dégustent comme un bonbon acidulé accompagné de champagne. Pas de lit, pas de décimètre Avant le lever du rideau, on a peur, par pure anticipation, d'être prisonniers d'une énième mise en scène qui montre à l'envi un lit près duquel se tient le pauvre

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Cow-Boy

ECRANS | Après Les Convoyeurs attendent, Benoît Mariage retrouve Benoît Poelvoorde pour une nouvelle comédie douce-amère ; la comédie est ratée, mais valorise la peinture attachante et jamais méprisante des petites gens belges. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 12 décembre 2007

Cow-Boy

Daniel est un petit-bourgeois avachi, revenu de ses idéaux, vivant avec une femme qu'il peine à satisfaire, traînant comme un boulet son métier de journaliste en présentant une émission grotesque sur la sécurité routière. Voulant renouer avec la fougue politique de ses jeunes années, il décide de réunir 25 ans après les protagonistes d'un fait-divers (réel) qui avait marqué la Belgique : la prise en otage d'un bus scolaire par un jeune homme en révolte contre la misère sociale. Mais le "révolutionnaire" est devenu un gigolo obsédé par l'argent et les otages ne veulent pas faire de vagues dans leurs vies étriquées mais dignes. Le fossé entre ce que Daniel veut obtenir de ses témoins, qu'il met en scène de manière obscène et manipulatrice, et leur désir de conserver la tête haute, quitte à accepter la fatalité sociale, est le principal ressort comique de Cow-Boy. Mais Benoît Mariage se heurte à un écueil : Daniel est un être détestable, hautain, égoïste, aveuglé par son envie irrépressible de s'acheter une conscience. L'abattage dément de Benoît Poelvoorde pour habiter tout le ridicule du personnage n'y change rien ; on n'arrive pas à rire d'un si grand crétin, et

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