« On fait de l'humour street »

Stand-up | Ils sont les visages du stand-up lyonnais et à l’ombre de l’institution que représente les cafés-théâtres traditionnels, ils tentent d’imposer leur propre style. Portrait d’une troupe ambitieuse qui émerge dans le sillage de Hermann et Yanisse Kebbab.

Elliott Aubin | Mardi 14 janvier 2020

Photo : © Benoît Gomez-Kaine


« Ici, à La Grooverie, on ne cherche pas à être en concurrence avec les cafés-théâtres. Deux cultures différentes ! On fait de l'humour street. Et on l'assume complètement » nous lâche Hermann, l'organisateur. « C'est à nous de prouver que nous avons des idées, de la créativité. On a lancé ces plateaux pour se donner l'opportunité de jouer régulièrement » poursuit-il. Ce soir-là à La Grooverie, à quelques pas de la place Sathonay, un petit groupe commence à se réunir. Les premières vannes fusent, on entend quelques chambrages... On se raconte les dernières prestations, le public s'installe doucement.

Hermann est à l'initiative de ce plateau de stand-up, intitulé Blue Monday. Il briefe ses comédiens et comédiennes, les consignes sont simples : six à sept minutes chacun. Ils seront une dizaine. Certains monteront pour la première fois sur scène. Devant une salle pleine ! Quelques spots, un tabouret, un micro : tout est prêt pour que la chauffe démarre. Parmi eux, Kacem 2 DeLaFontaine, le poète de la bande, trentenaire : il fait du stand-up depuis plus de cinq ans et sa force, c'est sa plume. Vincent Boubaker, le fou du crew, loin du politiquement correct. Très à l'aise avec la scène, il n'hésite pas à dévoiler certaines de ses expériences les plus intimes, avec toujours beaucoup d'autodérision. Il y a aussi Mohammed Mansouri, l'alchimiste, rodé à l'exercice, il met toujours la barre haute : « quand on passe après lui, c'est toujours plus difficile » confie l'un des comédiens.

Tout ne sera pas forcément bien rythmé. Toutes les blagues ne seront pas réussies. C'est le jeu. Ces plateaux ont le mérite de donner leur chance à tous, le public est averti et l'entrée gratuite. Ils se partagent une sortie au chapeau. Tous travaillent en parallèle : l'un est éduc' spé, l'autre est dans le bâtiment. Hermann vient du théâtre d'impro alors que Vincent a plutôt une formation dans le théâtre classique. Beaucoup ont fait leurs armes aux Graines de Star à Villeurbanne, le premier tremplin de stand-up. Certains sont passés par la case parisienne comme Hermann et Yanisse Kebbab avec notamment des passages au Jamel Comedy Club.

Schneck-up stand-up

« En quatre ans à Lyon j'ai galéré pour avoir une scène, alors qu'en un an à Paris, j'ai fait le Jamel Comedy Club » témoigne Hermann. Nombreux sont complètement autodidactes et progressent au fil des passages. C'est le cas d'EvetagueuleAdam qui s'est lancée dans le stand-up il y a deux ans. Dans ce monde fait majoritairement d'hommes, elle a décidé de lancer un plateau 100% féminin pour promouvoir les stand-uppeuses : Stand-up Schnek-up On retrouvera notamment Sels et son humour corrosif, Amy Viala et sa parodie des contes merveilleux ou encore Nawal, Lara et Pauline. Une première date est fixée : le 23 janvier au Rita Plage.

La vraie différence avec le café-théâtre pour Nicolas Di Nitto, autre acolyte de la bande, au style rabelaisien, c'est la fréquence de jeu : « avec ce genre de plateau, on peut tester une blague d'une semaine à l'autre, dans un café-théâtre ça prendrait des mois. » Hermann relance : « les cafés-théâtres c'est une institution à Lyon, on est en marge. On est en train de monter notre propre label, on organise un évènement annuel, Le Casse du Rire, pour mettre en avant ce qui a été travaillé pendant un an avec tous ces comédiens. On le fait sans subventions, avec la sueur de notre front. » Après la réussite de la précédente édition ayant réuni plus de 500 personnes à Bron, la prochaine date est annoncée : le 6 juin au Transbordeur !

Mais surtout ce qui les distingue, c'est le jeu et l'interaction avec le public. « On casse le quatrième mur » nous explique Hermann. Ils s'adressent directement aux gens, ils créent un dialogue à partir de rien, d'une anecdote, d'une histoire de vie. Et c'est ça qui fait le spectacle.


Les dates

Blue Monday
À La Grooverie chaque lundi

Fornine
Au Toï Toï ​chaque mardi

Yanisse Kebbab, That's my name
À l'Espace Gerson ​ le lundi 20 janvier

Schneck-up
Au Rita Plage le ​jeudi 23 janvier

Hermann Meva, Cramé
À la salle Erik Satie (Vénissieux) le ​vendredi 31 janvier

Le Casse du Rire
Au Transbordeur le samedi 6 juin

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Yanisse Kebbab : « Il faut que ça punche ! »

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Elliott Aubin | Mardi 14 janvier 2020

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Comment es-tu arrivé au stand-up ? Yanisse Kebbab : J’ai été bercé par la culture afro-américaine, que ce soit au niveau du hip-hop, du style, et du stand-up. J’ai tout de suite été attiré par l’enchaînement des punchlines, le rythme élevé, la répartie… J’ai beaucoup regardé Kevin Hart, Deon Cole, Cedric the Entertainer, Martin Lawrence, Mike Epps… Tu as déjà joué dans des cafés-théâtres, tu as remporté le dernier concours du Best-of du Rire à Gerson. Quelle différence fais-tu avec des scènes comme celle de la Grooverie ? Déjà, ce n’est pas le même rendement à Paris et à Lyon. À Paris, il y a beaucoup de cafés-théâtres qui ont des plateaux de stand-up réguliers. Tu peux jouer plusieurs fois par soir et par semaine. À Lyon, ça commence tout juste. Dans un café-théâtre, les gens vont payer leur place pour venir voir tel ou tel plateau, alors qu’à la Grooverie certains sont là un peu par hasard, parce qu’ils viennent boire un coup. Et le jeu n’est pas le même : dans un café-théâtre, tu vas suivre ta ligne directrice, alors qu’ici, c’est plus à l’améri

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