De l'écran aux planches

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2020

Photo : © Clément Fessy


Longtemps Shakespeare a fait les beaux jours d'Orson Welles et Elia Kazan fit un Tramway nommé désir plus fort que bien des adaptations scéniques. D'où vient que ces dernières années, la matière filmique — ou plus exactement scénaristique — se répand dans les salles de théâtre ? La puissance des films adaptés intrigue les metteurs en scène qui cherchent souvent un récit choral fort. Ainsi Julie Deliquet, après Fanny et Alexandre, a-t-elle sondé l'âme de la famille Vuillard qui n'a rien à envier aux héros shakespeariens. En ce mois de janvier, Maud Lefebvre qui a pour habitude de travailler des textes originaux avec le Collectif X, a adapté Une femme sous influence.

« Ma pièce n'a rien à dire sur Cassavetes, disait-elle. Il ne s'agit pas de faire un discours sur son œuvre mais de l'interpréter comme on le fait d'une partition musicale ». Et c'est précisément ce qui se déploie dans un dispositif en bi-frontal avec allers et venues d'éléments de décor sur plateau roulant. Le film est trop respecté — des coupes, notamment de la très fugace scène de travaux des chantiers, auraient pu être opérées — mais cette adaptation est une formidable mécanique de jeu portée par des acteurs principaux épatants, qui permet à la jeune metteuse en scène de creuser son sillon : c'est cinématographique, touffu et ambitieux comme l'était déjà Cannibale.

Même constat chez Cyril Teste qui n'a pas dissout son ADN dans le long-métrage qu'il décortique (son Festen est très chic mais aussi remuant par l'utilisation pertinente de son procédé de performance filmique). Christiane Jatahy dans La Règle du Jeu à la Comédie Française a livré une version trop extravagante mais a su jouer, comme dans ses Tchekhov, du dedans et du dehors, extrapolant le plateau comme Teste.

Même volonté chez Ivo van Hove dans Les Damnés, donné dans la Cour d'honneur du Palais des Papes en 2016 où la vidéo occupait une large place. En revanche, bien sûr que la transposition au plateau ne garantit pas une bonne pièce. En adaptant un film très conventionnel de Truffaut, Le Dernier Métro, Dorian Rossel en a tiré un théâtre très fade.

Au moins, Christian Hecq et Valérie Lesort n'ont-il pas adapté La Mouche de Cronenberg mais la nouvelle de George Langelaan qui a inspiré le cinéaste. Ce travail est à voir en même temps qu'Un conte de Noël, au Théâtre des Célestins (du 5 au 9 février). S'il est impeccablement interprété et que son aspect inquiétant est finement transcrit à la scène, la première heure verse allégrement dans la lourdeur.


La mouche

Librement inspiré de la nouvelle de George Langelaan, ms Valérie Lesort et Christian Hecq, 1h30
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Un conte de Noël

D'après le film d'Arnaud Desplechin, ms Julie Deliquet, par le Collectif In Vitro, 2h20
Radiant-Bellevue 1 rue Jean Moulin Caluire
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Julie Deliquet : le théâtre, hors caméra

Entretien | Alors qu’elle est en short-list pour succéder à Jean Bellorini à la tête du Théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis, la metteuse en scène Julie Deliquet prend le temps de revenir pour nous sur son adaptation théâtrale du magistral film d’Arnaud Desplechin, Un conte de Noël.

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2020

Julie Deliquet : le théâtre, hors caméra

Vous avez précédemment monté des textes de théâtre (Tchekhov, Brecht, Lagarce), un téléfilm de Bergman (Fanny et Alexandre à la Comédie Française), qu’est-ce qui vous a poussé à vous pencher sur le film d’Arnaud Desplechin ? Julie Deliquet : C’est parce que j’ai travaillé sur Fanny et Alexandre que j’ai eu cette idée. Cette pièce commence par un Noël et Un conte de Noël débute par un hommage à Fanny et Alexandre, avec un petit théâtre d’ombre. Ça m’a vraiment passionnée de travailler sur les différents supports de Fanny et Alexandre, car ça a effectivement d’abord été un scénario novellisé, puis un téléfilm en quatre épisodes, puis remonté en film. Et l’auteur, Ingmar Bergman, est un homme de théâtre. Je me suis interrogée sur l’émergence d’adaptations cinématographiques qui ont un peu envahi nos scènes ces dernières années et j’ai eu envie de poser la question à un réalisate

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Quatre pièces à réserver sans attendre

Théâtre | S’il ne fallait retenir que quatre spectacles à voir cette saison, ce serait ceux-là.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Quatre pièces à réserver sans attendre

Le plus tendre : Un conte de Noël C’est peut-être le plus grand film d’Arnaud Desplechin. Julie Deliquet qui avait déjà signé un triptyque intéressant, Des Années 70 à nos jours (trois pièces pour relier Brecht et Lagarce à la génération de ses parents) et une Mélancolie(s) plus convenue mêlant Ivanov et Les Trois sœurs. Entre temps, la Comédie Française l’a happé pour un Fanny et Alexandre acclamé. En bi-frontal, elle retrouve une partie de sa troupe In Vitro à laquelle s’ajoute l’excellent Lyonnais Thomas Rortais. De la joie de retrouver Abel, Junon et leurs enfants aussi tourmentés et cruels que fantasque et joviaux. Et l’écriture somptueuse et acide de Desplechin et Emmanuel Bourdieu. Création à la Comédie de Saint-Étienne en octobre puis… Au Radiant (programmation des Célestins et du Théâtre de la Croix-Rousse) du 5 au 9 février Le plus grinçant : Blanche-Neige, histoire d’un prince C’est parfois au hasard des montages de productions et des projets avortés qu’un spectacle marquant voit le jour. C’est le cas de cette Blanche-Ne

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Au bout des contes : et pour les enfants, quelles pièces réserver ?

Conte | Loin du théâtre collé à l’actu, d’autres artistes ont choisi les contes et s’adressent aussi aux petits. Mais leur propos n’est pas si déconnecté du réel qu’il n’y paraît.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Au bout des contes : et pour les enfants, quelles pièces réserver ?

Drôle, sombre, grinçant et pour tout dire ébouriffant est la Blanche-Neige, histoire d’un prince (au Théâtre de la Croix-Rousse en janvier) de Michel Raskine qui a fait les beaux jours du In d’Avignon cet été. L’autrice Marie Dilasser y a incorporé ses préoccupations sur l’écologie, a détourné le genre et avec un castelet de marionnettes (101 nains dont Lèche-botte), l’ancien directeur du théâtre du Point du Jour livre aux enfants une fable parfaite. Joël Pommerat lui ne signe pas la suite de Ça ira mais sa nouvelle création, Contes et légendes (au TNP en décembre), se fera avec des enfants confrontés aux adultes et androïdes pour tenter de comprendre de quoi demain sera fait. Autre conte pour les grands cette fois, celui de Desplechin, Un Conte de Noël (au Radiant, via une programmation Célestins et Théâtre de la Croix-Rousse, en février) sera créé par Julie Deliquet. Le plus brillant des cinéastes français qui se délecte de mises en scène théâtrales occasionnellement, à la Comédie-Française (Père en 2015, Angels in America

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Maud Lefebvre, une partie du tout

Portrait | Membre du Collectif X, Maud Lefebvre a la rigueur des grands enfants appliqués et la folie de ceux qui tentent de bousculer le quotidien. C’est comme metteure en scène de Cannibale que cette comédienne de formation nous avait épatés. Avec Maja, à la Renaissance cette semaine, elle convie l’étrange et nos peurs sur un plateau. Rare.

Nadja Pobel | Mardi 12 mars 2019

Maud Lefebvre, une partie du tout

Printemps 2016. Théâtre de l’Élysée. Semaine de vacances de Pâques, donc absence quasi abyssale de programmation dans les théâtres, un temps creux pour les "professionnels de la profession". Voir Cannibale presque par hasard. Et y trouver un phare de la création contemporaine : Maud Lefebvre met en scène un texte d’Agnès D’Halluin écrit d’après son idée originale : comment un jeune couple vit alors que la maladie incurable s’empare du corps de l’un d’eux ? Tout est là : leur cadre (les différentes pièces de l’appartement, le dehors), leurs émotions (la colère forte, l’amour fou), leur quotidien (cuisiner, se laver, s’éteindre). Avec un récit qui s’élève largement au-dessus du banal, une homosexualité jamais commentée, Maud Lefebvre signe une œuvre pleine, où aucun élément du théâtre n’est négligé au prétexte (réel) d’une économie étriquée. Alors, le travail dans l’urgence compense : « j’ai deux semaines de travail au plateau, trois au maximum » dit-elle. Et toujours, à l'observer, ce souci de rendre partageable ce qui se trame en amont. Maja, cette semaine à la Renaissance en est une nouvelle preuve. À 33 ans, Maud Lefebvre

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Maud Lefebvre nous parle de Maja

3 questions à... | Elle nous avait ébloui par sa mise en scène de Cannibale en 2016. La voici en résidence pour trois ans à la Renaissance d'Oullins. Rencontre.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Maud Lefebvre nous parle de Maja

Comment va se dérouler cette résidence ? Maud Lefebvre : Le théâtre va co-produire les deux prochains spectacles, que je fais avec le Collectif X. Pour cette année, ils ont acheté Maja, ma deuxième création qui naîtra à Andrézieu-Bouthéon en novembre. Ensuite, je vais travailler sur une adaptation cinématographique de John Cassavetes, Une Femme sous influence, que je mettrai en scène. C'est un challenge car c'est un texte déjà écrit alors que jusque là, j'étais dans des créations pures. L'année suivante, le projet, en collaboration avec quatre auteurs, se passera dans le futur avec deux cosmonautes. Et il y aura des ateliers avec les enfants, des personnes âgées, atteintes d'Alzheimer. D'où vient le projet de Maja, premier texte en tant qu'auteur et qui s'adresse aux enfants ? Ce n'est pas vraiment pour enfants. C'est même un spectacle pour adultes, adultes-parents mais pas forcément car ça peut rappeler des choses de sa propre en

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La fin des utopies

SCENES | Sans être désenchantée, la génération de Julie Deliquet regarde dans le rétroviseur via Brecht et Lagarce, avant de se coltiner à sa réalité dans un triptyque peu novateur sur le fond, mais épatant dans sa forme.

Nadja Pobel | Mardi 15 mars 2016

La fin des utopies

Trentenaire passée par le Conservatoire de Montpellier, l’École du Studio Théâtre d’Asnières et l’école de Jacques Lecoq, Julie Deliquet a trouvé en route des compagnons avec lesquels créer en 2009 ce collectif portant en lui la notion d’expérimentation, In Vitro. D’emblée, ils montent Derniers remords avant l’oubli dans lequel Jean-Luc Lagarce signe la fin des utopies : un trio amoureux ayant acheté une maison se retrouve flanqué et d’un nouveau conjoint, et de leur solitude, pour clore ce chapitre. Sans éclat, entre cynisme et lassitude, ces personnages sont justement interprétés ; sans trop en faire, par une troupe qui une heure plus tôt a démontré à quel point elle savait jouer collectif. En effet, à cette échappée dans les années 80, Julie Deliquet a trouvé un prequel avec la pièce de Brecht, La Noce, qui tourne comme dans un film de Vinterberg, au règlement de compte à mesure que les verres d’alcool se vident et que le mobilier, construit par l’époux, se dézingue. La metteuse en scène parvient habilement à établir une tension au long court, évitant les trous d’air grâce à ses ac

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Un Conte de Noël + L’Aimée

ECRANS | Arnaud Desplechin Bac Vidéo

Nadja Pobel | Jeudi 19 février 2009

Un Conte de Noël + L’Aimée

C’est une sérénade virtuose dans laquelle Mathieu Amalric se glisse encore avec délectation. Son personnage Henri revient passer Noël dans sa famille du Nord dont il a été banni quelques années plus tôt par sa sœur. Desplechin filme avec maestria ce rassemblement au cœur de l'hiver dans lequel le grand absent, le petit frère mort, occupe toute la place. Pour sauver la mère atteinte d'un cancer, il ne reste plus que le fils maudit dont Deneuve dit avec une dose de tendresse et une classe inouïe qu’elle ne l’aime pas. Probablement le film français le mieux dialogué – le plus drôle aussi - de l’an dernier, Un Conte de Noël, c'est surtout du cinéma à tous les étages et une vitalité bouleversante. Face à la photo de sa première épouse décédée dans un accident de voiture, il faut entendre Almaric répondre à son amoureuse (éternelle Emmanuelle Devos) qui lui dit qu’elle était belle : «Oui, mais elle conduisait mal». Constamment sur le fil de la vie dans ce qu’elle a de plus réaliste et surtout de plus romanesque à la fois, Desplechin mêle le banal à la tragédie grecque. Il fait de même dans le documentaire qui accompagne le film (dans le coffret Fnac uniquement). L’Aimée, c'est sa grande

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Un conte de Noël

ECRANS | Avec cette tragi-comédie familiale aux accents mythologiques, Arnaud Desplechin démontre à nouveau qu’il est un immense cinéaste, entièrement tourné vers le plaisir, le romanesque et le spectacle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 mai 2008

Un conte de Noël

Le nouveau film d’Arnaud Desplechin s’ouvre sur un petit théâtre de marionnettes, où l’on nous raconte en accéléré l’histoire familiale qui fonde le récit. Ensuite, chaque personnage sera introduit par une photo de lui enfant ou adolescent, son nom clairement inscrit à l’écran, un style musical lui étant associé (du jazz au hip-hop). Enfin, la reine-mère de ce clan en plein délitement viendra face caméra présenter les enjeux de la tragi-comédie en cours. Pourquoi le cinéaste choisit-il de décliner ainsi, avec divers artifices, la même scène primitive ? Non pas pour briller par-dessus son sujet, mais pour poser une bonne fois ce que ses inconditionnels savent depuis longtemps : Desplechin est du côté du spectacle, de l’action et de la générosité, pas dans l’économie du discours et de la parole. Un conte de noël est, comme son précédent Rois et reine, une machine à produire du romanesque et des émotions fortes, un grand huit existentiel qui fait coexister dans le même espace-temps le trivial et le sublime, la surface et la profondeur. La parabole du fils indigne Dans la famille Vuillard, il y a donc Joseph, le fils absent, mort

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