L'art vivant brille aux Nuits

Nuits de Fourvière | Hormis un spectacle d’ouverture sans grand suspens ("Message in a Bottle"), la programmation arts vivants de cette édition des Nuits de Fourvière s’annonce de très haut vol avec notamment la crème de l’émergence en théâtre et deux pépites absolues dans le domaine du cirque.

Nadja Pobel | Mardi 10 mars 2020

Photo : ® Alice Gavin


Passons vite sur ce Message in a bottle, tout juste créé à Londres et dont les seules dates françaises auront lieu à Lyon. La chorégraphe Kate Prince n'aurait-elle pas pu s'atteler à un répertoire moins attendu pour déployer son travail de danse-théâtre ? Elle devrait en tout cas mêler les tubes du chanteur Sting à une danse très physique et hip hop comme elle le fait dans sa compagnie du Zoo Nation depuis presque vingt ans.

Passée cette ouverture, le grand théâtre des Nuits sera le terrain de spectacles très attendus et plein de promesses comme le Room with a view (20 et 21 juillet) où la jeune et engagée compagnie (La) Horde et le ballet de Marseille qu'elle dirige depuis peu s'allie à Rone. Le musicien électro les a invités à dialoguer avec lui sur la notion d'effondrement dans une vraie-fausse carrière blanche où 18 danseurs tentent de résister à la délinquance. Au vu du talent des uns et des autres, le résultat créé en ce début mars au Châtelet à Paris est attendu avec impatience. Toujours dans cet écrin de pierres ancestrales, le Cirque acrobatique de Tanger présente FIQ ! (15 et 16 juin), littéralement « réveille-toi ! », une injonction faite à une troupe renouvelée depuis leur mémorable Il n'est pas encore minuit, et "circographié" par l'exigeante et pétulante Maroussia Diaz Verbeke. La jeunesse marocaine s'exprime avec les arts du cirque mais aussi des pancartes, des mots, de la vidéo pour dire qu'elles sont ses aspirations.

Cirque quatre étoiles

Quatre spectacles de cirque programmés et quatre grands moments en perspective. Deux autres s'installent à Lacroix-Laval (du 30 juin au 25 juillet) : Campana, merveille d'émotion et de profondeur par le duo des Trottola et leurs deux indissociables musiciens et Swing du Circus Ronaldo qui plonge dans les années 40 après les très enthousiasmants La Cucina dell'arte et Fidelis Fortibus passés par ici. Enfin, les orfèvres de la compagnie Baro d'Evel que les Nuits accompagnent depuis la douceur qu'était Bestias, reviennent pour un spectacle en salle, (à l'ENSATT), pendant de Falaise, pour savoir ce qu'il « reste quand on a tout enlevé » et aller vers la joie.

Côté théâtre, tout se joue hors des amphithéâtres à l'exception de deux troupes belges plus qu'importantes sur la scène européenne et qui viennent ici, à l'Odéon, en première française : l'énième retour des magnifiques Comp. Marius qui s'attellent cette fois-ci au cinéma avec Les Enfants du Paradis dont le scénario est signé Jacques Prévert (du 10 au 13 juin) puis les Tg STAN avec Poquelin II. Dans les deux cas, ça gratte, ça remue car ces Flamands font du théâtre de façon ultra directe et maitrisent parfaitement l'art de la dramaturgie afin de rendre ces œuvres populaires et brillantes accessibles au plus grand nombre.

L'émergence sera aussi de la partie avec pour la première fois aux Nuits et à Lyon, une part du Festival parisien Impatience, qui chaque année, en décembre, consacre de jeunes compagnies en devenir. Les 8 et 9 juillet, les lauréats 2019 seront à l'ENSATT où se jouera aussi (du 10 au 19 juin) le spectacle de sortie de la promotion sortante : Quand plus rien n'aura d'importance sous la houlette de Georges Lavaudant. À l'autre bout de la chaîne le très confirmé Peter Brook sera au Théâtre de la Renaissance pour sa dernière création, Why ? (du 16 au 19 juin). Enfin, un artiste jamais venu à Lyon et qui pourtant écume tous les plus grands festivals sera là : Stefan Kaegi et son bouillonnant Rimini Protokoll. Habitué à un théâtre participatif, souvent hors les murs, il invite à monter dans un camion itinérant. Mini jauge, départs fréquents depuis le Musée des Confluences pour Cargo Mali-Lyon (du 8 juin au 10 juillet). Il a l'art de rendre sensible ses récits aux spectateurs immergés dans ses différents dispositifs

Enfin, à la croisée de tous les arts, Joseph Nadj, reconnu pour sa pratique de la danse-théâtre et qui avait piloté l'édition 2006 du festival d'Avignon, crée aux Nuits, pour 8 danseurs, Omma. En grec, cela signifie « œil, regard, ce que l'on voit, la vue », une façon, est-il annoncé sur le site de l'artiste, de renvoyer « à l'essentiel : ce qui se passe sous nos yeux pour mieux voir au fond de soi ».

Les Nuits de Fourvière
Au Théâtre antique de Fourvière (sauf mentions) ​du 2 juin au 31 juillet

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