Nuits de Fourvière : bienvenue au théâtre des Flandres

Théâtre | Les Nuits de Fourvière s’apprêtent à faire souffler un vent de Flandres revigorant sur le théâtre lyonnais. Guy Cassiers, les comp. Marius et les tg STAN débarquent du Thalys avec leur art de l’immédiateté, que ce soit dans des décors minimalistes ou dans la sophistication des images. Au centre : le texte. Embarquement immédiat.

Nadja Pobel | Vendredi 11 juin 2021

Photo : © DR


Il y a les flandriennes et les flandriens. Les premières désignent ces classiques cyclistes à se damner qui font les beaux jours du début du printemps et embarquent le peloton sur ses murs et ses monts. Les seconds sont les artistes que les Nuits de Fourvière accueillent dans cette édition : Guy Cassiers, les tg STAN et les comp. Marius. Le premier est un des symbole de la "vague flamande" qui a vu renaitre dans les année 90 sur la scène européenne les arts de la scène néerlandophone avec Jan Lawers, Jan Fabre, Anne Teresa De Keersmaeker… Les deux collectifs ont cheminé ensemble au Conservatoire d'Anvers ; Waas Gramser a co-fondé les tg STAN puis travaillé en compagnie avec Guy Cassiers de 1994 à 2005 avant de fonder les Marius avec Kris Van Trier.

Auteurs vivants et mythes

Tout trois ne travaillent pas avec les mêmes outils mais placent au cœur de leur réflexion le texte et la dramaturgie. Les comp. Marius pousse même la proximité avec les spectateurs jusqu'à ne plus jouer qu'en plein air — leurs bureaux sont même dans des bungalows d'un parc anversois. Plus question dès lors de retourner dans une boite noire. Besoin d'entendre dans un silence le chant des oiseaux, une voiture, voir passer des gens. Ils installent donc leurs gradins en bois partout. Les Nuits en savent quelque chose, car elles construisent avec eux une fidélité rare : à Saint-Priest, aux Subs, au lycée Saint-Just, ils sont venus avec Beaumarchais, Pagnol, Dickens, ont accueilli le public, servi des repas aux entractes et des bières. Démago ? Jamais. Pertinents ? Absolument, car tout est raccord avec leur sujet et dans ces moments-là, le spectateur ne sort pas de la narration, il la prolonge. Cette année, bouleversement Covid oblige, ils seront dans l'espace en pierre de l'Odéon pour jouer Les Enfants du paradis avec leur tonicité et le sens de la comédie qui les anime.

Tous sont au service de la comédienne

Impossible pour Guy Cassiers de quitter l'antre du plateau technique tant son travail nécessite des installations, vidéo notamment, et les horaires de couvre-feu obligeant à jouer en plein jour n'arrange rien — mais il rêve de montrer son travail à la nuit tombée, nous disait-il à la MC93 à Bobigny le 27 mai dernier, où il peaufinait le dyptique Antigone à Moleenbek (de Stefan Hertmans) et Tirésias (de Kae Tempest) avec deux actrices rares et sublimes : Ghita Serraj et Valérie Dréville. Comme pour ses comparses, c'est le texte qui est au commencement de sa mise en scène. Et au vu de sa version d'Antigone, il ne l'ensevelit pas sous le dispositif scénique. Que ce soit les projections de très courts films, le quatuor Debussy : tous sont au service de la comédienne et de sa voie remuante qui souffle dans un micro HF. Guy Cassiers ne se souvient même pas être venu à Lyon un jour pour présenter son travail. Les Nuits, qui sont aussi les seuls dans nos contrées à avoir présenté le travail des Comp. Marius, lui permettent enfin de nous faire face.

De la même façon, le festival fait quasiment renaître les tg STAN. C'est Michel Raskine lorsqu'il dirigeait le Point du Jour qui a ouvert les portes à sept reprises (!) à ce collectif borderline, grinçant, qui ose dynamiter ses sujets en respectant leurs auteurs. Depuis, il est repassé rapidement à La Mouche et l'ENS. À l'Odéon au Théâtre Antique, ils vont présenter la suite, en français (des versions néerlandaises existent déjà pour chacun des autres spectacles évoqués de Cassiers et des Marius) de Poquelin entamé en 2003 — Le Bourgeois Gentilhomme et L'Avare sont aux mains de ces acteurs monstres que sont Damiaan De Schrijver et Frank Vercruyssen. Se recentrer sur l'immédiateté du théâtre et en oublier l'ombre des grandes figures sacralisées pour mieux nous les rendre. STAN ? Stop Thinking About Names. Tout est dit.

Antigone à Moleenbek + Tirésias
Au Théâtre de la Renaissance ​les vendredi 11, samedi 12 et dimanche 13 juin

Les Enfants du paradis
Au Théâtre Antique de Fourvière (scène Odéon) les vendredi 18, samedi 19 et dimanche 20 juin

Poquelin II
Au Théâtre Antique de Fourvière (scène Odéon) les lundi 12, mardi 13 et mercredi 14 juillet


Antigone à Molenbeek & Tirésias

Textes de Stefan Hertmans et Kae Tempest, ms Guy Cassiers
Théâtre de la Renaissance 7 rue Orsel Oullins
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Les enfants du paradis

D’après Jacques Prévert, par les comp. Marius, 2h10
Théâtres romains de Fourvière 6 rue de l'Antiquaille Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Poquelin II

D’après Molière, ms tg STAN, 2h45
Théâtres romains de Fourvière 6 rue de l'Antiquaille Lyon 5e
Du 12 au 14 juillet 2021, à 19h


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Beauté, matin, midi et soir

Colloque | Faire se croiser arts, sciences et soins, telle est l'ambition roborative de l'association L’Invitation à la beauté. Elle propose cette semaine deux journées de rencontres et de spectacles autour de ce thème.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 janvier 2019

Beauté, matin, midi et soir

De la catharsis (purification) grecque à l’art-thérapie contemporaine, les liens entre création et santé ont depuis longtemps été défrichés en tous sens, et même parfois en sens contraires... L'association L'Invitation à la beauté, co-présidée par le neurologue toulonnais Pierre Lemarquis et par la psychologue lyonnaise Laure Mayoud, relance le débat et les investigations transdisciplinaires sur les fonctions préventives et curatives de « la rencontre avec la beauté ». Le terme de "beauté", bien sûr, ne va pas sans poser quelques (lourds) problèmes esthétiques et philosophiques, et le concept clef de Pierre Lemarquis « d'empathie esthétique » demeure à nos yeux un peu fruste : la confrontation à une œuvre (tableau, musique, pièce de danse...) induit en l'humain une certaine activité cérébrale d'obédience mimétique (via notamment les fameux neurones miroirs), ainsi que la sécrétion de substances chimiques plutôt sympathiques (dopamine, sérotonine, endorphines...). Dit autrement, le cerveau du spectateur fonctionne, et ce plutôt dans le bon sen

Continuer à lire

7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

La Saison Théâtre | De Joël Pommerat à l'implacable Tatiana Frolova, voici sept pièces aimées ou prometteuses sur lesquelles nous misons cette saison.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

7 spectacles pour lesquels vous devriez réserver

Départ flip Ils et elles grimpent sur un toit de cordes et rampent. Nous les regardons là-haut comme nous regarderions au zoo une kyrielle de singes se mouvoir avec attention et agilité. Les trapèzes ? Ils sont leurs objets collectifs car c’est bien à la rencontre avec une tribu que nous convie Aurélie La Sala, ancienne boxeuse, circassienne qui a repris seule la compagnie Virevolt fondée avec Aurélien Cuvelier. Sans numéros d’épate, au sol, dans les airs, amassés sur un cube à 80 cm du sol comme si une mer menaçante allait les aspirer, les acrobates signent un spectacle bouleversant sur ce qu’il nous reste de liberté, la capacité et/ou la nécessité d’être seul ou plusieurs, comment on se débat avec les contraintes extérieures et nos urgences intérieures. Superbe. À Villefontaine le 23 novembre À Villefranche le 4 mai Je n’ai pas encore commencé à vivre Ce fut une claque. Tatiana Frolova ne nous est pourtant pas inconnue. Grâce au festival Sens interdits, elle présente même à Lyon son quatr

Continuer à lire

Aïtal, Marius, Les Nuits : une idée de la permanence

Nuits de Fourvière | Voir naître un spectacle qui lui-même s'attelle à exposer les difficultés de sa propre création. Récit de ce doux moment qui dit aussi en creux l'importance de la fidélité d'institutions à l'égard des artistes – par ailleurs virtuoses comme ceux du cirque Aïtal. Sur la piste, comme en dehors, voici l'histoire d'une permanence.

Nadja Pobel | Vendredi 29 juin 2018

Aïtal, Marius, Les Nuits : une idée de la permanence

Flash back. 2013. Les Nuits de Fourvière sur leur esplanade en contrebas de l'Odéon accueillent un couple, Victor Cathala et Kati Pikkarainen. Ils seront l'éblouissement de cette édition. Deux circassiens se tiennent par la main. Il la fait virevolter à la force de son poignet, elle le fait s'agacer et se calmer. À nous spectateurs, ils collent les larmes aux yeux à force de tant mêler technicité et dramaturgie. Et si l'émotion n'est pas, loin s'en faut, l'indicateur de la pertinence d'un travail, elle en garantit la prégnance dans le temps. Pour le meilleur pour le pire tournera longtemps encore mais déjà les Nuits de Fourvière font la promesse qu'ils accueilleront leur travail futur. Il faudra cinq ans pour cela. Dans l'intervalle, sont nés leurs deux enfants, Pour le meilleur s'est interrompu plutôt que de remplacer Kati par une acrobate pourtant castée et qui aurait, malgré elle, fait s'écrou

Continuer à lire

Aux Nuits de Fourvière, dernier tour de garrigue pour "Le Schpountz"

Théâtre | Une plage, un hangar, un pré, un terrain vague... La Compagnie Marius fait théâtre de tout lieu pourvu que ce ne soit pas... un théâtre. Ces Flamands qui (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 juin 2017

Aux Nuits de Fourvière, dernier tour de garrigue pour

Une plage, un hangar, un pré, un terrain vague... La Compagnie Marius fait théâtre de tout lieu pourvu que ce ne soit pas... un théâtre. Ces Flamands qui ont adopté ce mode en 2006, après avoir été refusés dans un théâtre d'Anvers, se baladent désormais avec un gradin en bois et fondent leur travail sur le texte et le jeu. Tant pis pour les prouesses techniques qui « provoquent une admiration du public mais ne répondent pas au besoin d'une sorte d’humanité », comme le dit Waas Gramser, l'une des fondatrices. C'est aussi pour répondre à cette nécessité d'atteindre la sensibilité des spectateurs que les Marius épluchent l’œuvre de Pagnol. À Fourvière, ils ont présenté Manon des Sources et Jean de Florette puis la trilogie Marius, Fanny et César. En attendant d'adapter L'Ami commun de Dickens (création en juillet), ils reviennent pour un dernier tour de garrigue avec Le Schpountz qu'ils ont défriché en 2012. 57 tableaux et 34 personnages : rien n'effraie ces comédiens qui changent de rôle à vue avec trois artifices, interagissent parfois avec le public, sans tomber dans une g

Continuer à lire

Qui a peur de Virginia Woolf ?

SCENES | Du 9 au 13 décembre, la Belgique revient en force au Théâtre du Point du Jour avec les «cousins» des Tg Stan. La troupe De KOE leur a d'ailleurs emprunté (...)

Nadja Pobel | Jeudi 4 décembre 2008

Qui a peur de Virginia Woolf ?

Du 9 au 13 décembre, la Belgique revient en force au Théâtre du Point du Jour avec les «cousins» des Tg Stan. La troupe De KOE leur a d'ailleurs emprunté l'un des trois comédiens du mémorable My Dinner with André pour cette adaptation de la plus célèbre pièce d'Edward Albee. Le film réalisé en 1966 par Mike Nichols est diffusé en fond d'une scène transformée en champ de bataille et jonchée de bouteilles de bières. Sous les yeux de leurs amis, Georges et Martha mettent à mal leur couple et la représentation idéale de la famille au cours d'un repas et se lancent dans une joute verbale piquante et perverse. Les artistes flamands se font rares sur les routes de France et déçoivent rarement. Deux bonnes raisons au moins pour ne pas les rater.

Continuer à lire

Pied au plancher

SCENES | Présentation / Pour les théâtres lyonnais, la grande opération séduction a commencé. Pour vous repérer dans la jungle des programmations, voici un petit guide pas objectif du tout. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 12 septembre 2007

Pied au plancher

Le grand banquet, c'est pour demain. Déjà, on s'affaire dans les théâtres qui ont presque tous présenté leurs gargantuesques programmations. À l'affiche pas de surprise majeure, les auteurs les plus joués cette saison sont Brecht et Beckett disputant la vedette à Molière et Shakespeare. Ne nous y trompons pas pourtant, vu le nombre de propositions, impossible de ne pas trouver spectacle à son pied, que l'on soit amateur de grands classiques ou de formes plus «libres» qui mêlent théâtre et danse, théâtre et vidéo... S'il ne fallait en choisir qu'une poignée, nous ne saurions trop vous conseiller d'aller traîner du côté du Théâtre National Populaire qui poursuit sa collaboration avec Antonio Latella. Après une adaptation de Fassbinder (l'un des spectacles les plus réussis de la saison dernière à notre avis), le metteur en scène italien s'attelle à un projet étonnant : adapter un roman d'aventures Moby Dick, de Melville sur les planches. Une histoire de chasse à la baleine blanche, de transmission du savoir, de quête de la connaissance et d'obsessions à découvrir du 9 au 11 janvier. Toujours dans le registre des metteurs en scène particulièrement inventifs, Enrique Diaz se positionne

Continuer à lire