Stéphane Casez : « chez nous, vous allez vous marrer »

Café-Théâtre | À l’heure où les café-théâtres présentent leur nouvelle saison, Stéphane Casez, directeur des emblématiques Boui Boui, Rideau Rouge et Tontons Flingueurs, nous passe un coup de fil depuis sa galerie à Ibiza pour nous parler de ses trois salles lyonnaises.

Louise Grossen | Mardi 7 septembre 2021

Photo : © DR


Comment se portent financièrement vos trois salles au lendemain de la crise ?
Stéphane Casez : Étonnement, plutôt bien. On a des chiffres équivalents à l'avant-crise en termes de fréquentation. On est très satisfait, même si on reste évidemment très prudent ! On ne sait jamais ce qui peut arriver, on l'a bien constaté cette dernière année. Tout est encore fragile. Quand ils ont annoncé la mise en place du passe sanitaire, on a eu une baisse de fréquentation immédiate, puis les gens sont peu à peu revenus. On s'est tellement habitué au chaos ambiant qu'on passe un été plutôt agréable ! Ça n'a pas été simple tous les jours, mais on a tenu le choc.

Quid du public ?
Il est au rendez-vous. Il semblerait que le public ait digéré le passe sanitaire très rapidement. On sent bien que les gens ont surtout envie de se marrer, et ça passe par une adaptabilité remarquable ! Tantôt on leur disait de garder le masque et de faire une chaise sur deux, tantôt il n'y avait plus de chaise et plus de masque, puis re des chaises... On a un public en or, qui sait que de toute façon le café-théâtre, c'est un peu rock'n'roll ! C'est pas du guindé, on vient surtout pour se marrer, et c'est la promesse du Boui Boui, du Rideau Rouge et des Tontons Flingueurs. On a nos fidèles et évidemment un renouvellement des générations — le café-théâtre, c'est un truc de jeunes. Même s'il y a des anciens de 70 ans qui viennent et qui s'éclatent ! On pourra vraiment faire un premier bilan aux vacances de la Toussaint, qui représentent notre pic de fréquentation de l'année. Ça correspond au lancement de la saison, il commence à faire mauvais, l'été est fini et on a envie de retourner au café-théâtre. Aller en août au café-théâtre, c'est un peu comme si tu allais à la mer en plein mois de décembre, non ? Bref, le public est là et c'est un régal.

On programme nos artistes sur du long terme

Quels changements dans la programmation ?
La programmation n'a pas été tant bousculée que ça. J'ai la chance de ne pas avoir à trop me réadapter. Il y a eu, bien sûr, quelques ajustements et il a parfois fallu tricoter mais l'avantage de nos salles, c'est qu'on programme nos artistes sur du long terme, un peu dans le style parisien, de septembre à décembre. Donc, même si on ferme un moment, l'artiste programmé initialement a de grandes chances d'être toujours programmé quand on réouvre. Sauf pour les grosses têtes d'affiche du type Gad Elmaleh, qui sont obligées de faire des modifications sur leurs dates… Globalement, notre public retrouve le même style de programmation, la même rythmique et les mêmes horaires qu'il connaît.

Avez-vous eu des aides à la billetterie ?
On était éligible aux aides à la billetterie. Dans les clous côté cotisations, même si on a des petites salles. Nous avons l'air de rigolos, mais nous gèrons notre entreprise avec beaucoup de sérieux. Nous avons eu accès aux aides et honnêtement, elles étaient plus que bienvenues. Je vis en Espagne et ça me donne un point de comparaison. Je peux vous dire qu'ici, c'était beaucoup plus dur pour les entreprises culturelles ! Je ne suis pas en train de faire de la politique, mais je constate qu'on a été aidé. Le gouvernement a été au rendez-vous.

En Espagne ?
Oui, on vit au bord de la mer à Ibiza. On a ouvert une galerie d'art en juin avec Marion Gervais — ma femme — et Éric Gautret, qui est notre programmateur exclusif au Rideau Rouge. On a appelé ça Gervais et Gautret Ibiza Art Gallery. Des noms français, parce qu'on voulait un concept luxe à la française. Bon, comme je m'appelle Casez, ça faisait trop local (rires)...

Je ne veux pas y répondre

Comment se passe la gestion des trois salles depuis Ibiza ?
On gère d'ici, quand c'est la saison creuse pour les théâtres. On a d'excellentes équipes sur place, ce qui nous autorise à ne pas être là tous les soirs. Notre présence physique n'est plus utile et avec tous les outils que l'on a, on gère l'administration à distance et ça se fait très bien. Bon, je ne vois plus les spectacles en salle, c'est vrai. Mais après 25 ans d'expérience, je commence à connaître à peu près ! Quand j'ai un doute, ou que ce sont des jeunes que je ne connais pas, je demande à voir une vidéo. De toute façon, j'ai toute confiance en mes équipes. Quand même, la mer c'est un autre spectacle… Vous savez, sans faire mon agence de voyage, un vol direct Lyon-Ibiza c'est 1h30, on est à côté !

Un spectacle à voir absolument cette saison ?
Ah non ! C'est la question piège, je ne veux pas y répondre (rires). Si je cite un artiste et pas les autres, ils vont me tomber dessus. Ce que je peux dire : notre idée, ce sont des spectacles tout public, 100% rire. Ce sont des univers différents, mais c'est toujours fait pour se marrer.

On a Roman Doduik avec ADOrable qui cartonne sur Tiktok et qui parle plutôt aux jeunes. Il y a François Martinez dans Menteur qui parle plutôt humour et magie ou encore Kallagan, qui cartonne à Paris, plutôt axé sur les rapports hommes/femmes. On a François Mallet avec Follement Sensible pour le côté gay friendly… Aux Tontons Flingueurs, Didier Nathan dans No Future pour les nostalgiques des années 80. Bon, ben voilà j'ai fini par en citer...

Si vous ne savez pas quoi choisir, allez-y les yeux fermés et vous allez vous marrer. Il n'y a pas de spectacle politique : pas notre style. On essaye de couvrir un panel assez large pour que tout le monde trouve son bonheur. Le tout, c'est d'être curieux pour découvrir les Florence Foresti ou Kev Adams de demain.

Le Boui Boui
7 rue Mourguet, Lyon 5e
T. 04 72 05 10 00

Le Rideau Rouge
1 place Bertone, Lyon 1er
T. 04 72 05 10 00

Les Tontons Flingueurs
12 rue Romarin, Lyon 1er
T. 06 29 85 51 50

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Il est temps de rire : tour d'horizon de la rentrée cafés-théâtres et humour

Humour | De Tania Dutel à Pablo Mira en passant par Paul Mirabel ou Bérangère Krief, tour d'horizon de l'actualité humoristique de la rentrée.

Louise Grossen | Jeudi 9 septembre 2021

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Commençons par Tania Dutel, en rodage à l’Espace Gerson du 27 au 30 octobre, pour nous rôder, nous aussi. Après le succès de son dernier spectacle en solo, Jonathan Lambert remonte sur les planches avec un one-man-show dans lequel l'acteur évoque l'histoire de son vrai prénom, choisi par son père : Rodolphe, c'est le nom de son nouveau spectacle qu'il jouera les 2, 3 et 4 octobre au Bouib- Boui. Espace Gerson encore : ne pas rater Le Chant des Baleines, jusqu’au 26 octobre. Plus tard dans la saison, les grands Paul Mirabel et Guillaume Meurice seront installés au Radiant, respectivement le 31 janvier et le 28 mai. Mieux vaut vous dépêcher de réserver. Pour les aficionados de la thérapie par le rire, Pablo Mira balance à qui veut l’entendre combien il est beau dans son one-man-s

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Covid-19 | Dès le 2 juin, les théâtres pouvaient donc rouvrir, selon Édouard Philippe. Rien n'est moins sûr, après un si long arrêt. À l'heure où les lieux subventionnés présentent leur prochaine saison, certains dans le privé essayent d'accueillir, de nouveau, leur public.

Nadja Pobel | Dimanche 7 juin 2020

Au théâtre, on commence à rouvrir

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Café-Théâtre | Elle est jeune, drôle et l’une des humoristes les plus douées de sa génération. Cinq soirs par semaine, sur la mini-scène du Boui-Boui, Thaïs déclame son Hymne à la joie avec verve et légèreté.

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Thaïs, pépite d'humour

Elle porte toujours un jean, un t-shirt noir un peu ample et des baskets qu’elle « use jusqu’à la semelle ». Elle a une voix qui porte, un débit kalachnikov (mais ultra-limpide) et un charme qui opère très vite. Dès les premières minutes, les spectateurs ont les yeux braqués sur cette petite boule d’énergie de 24 ans qui enchaîne avec dérision des scènes de galères du quotidien. Le ton est vif, les répliques piquantes et l’humour décapant. Thaïs prend des cuites, s’essaie aux sites de rencontre – mais refuse de mettre une photo duckface –, s’extirpe du lit d’un mec (moche) rencontré la veille et dont elle ne se rappelle même plus le prénom, n’aime pas aller chez sa gynéco et a déjà affronté le regard moralisateur de la pharmacienne – et des jeunes mamans en pénurie de lait maternel – à 6 heures du matin lorsqu’elle demande discrètement la pilule du lendemain. Elle alterne avec une facilité déconcertante voix suave (dans le métro face au contrôleur) et criarde (quand elle campe Gisèle, une mère célibataire de sept enfants qui témoigne de son quotidien dans Confessions Intimes). Chaque geste est précis, chaque parole est maîtr

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