Théâtre : sujets, verbes et compléments

Au Théâtre ce semestre | Après 18 mois d’arrêt ou de hoquet, les salles de théâtre s’ouvrent enfin en grand avec une saison plus remplie que jamais, faisant face à un défi immense : appâter de nouveaux spectateurs avec des spectacles toujours plus haut de gamme. Qui ne sont jamais aussi pertinents que lorsqu’ils collent au réel, ou au contraire prennent totalement la tangente. Débroussaillage.

Nadja Pobel | Jeudi 9 septembre 2021

Photo : © DR


Neuf spectacles de plus cette saison au Théâtre de la Renaissance par rapport à la précédente (de 32 à 41 levers de rideaux), cinq de plus au TNG, quasi vingt supplémentaires aux Célestins… Une « saison folle » débute, comme la qualifiait Jean Bellorini, arrivé au TNP en janvier 2020, qui attend à Villeurbanne 115 000 spectateurs contre 80 000 habituellement.

Pour que les fidèles multiplient les spectacles et que le nouveau public sorte de son confinement (avec masque et passe sanitaire obligatoires), les équipes de directions ont cravaché, jonglant entre les reports et les annulations, sans condamner les spectacles qui se créaient derrière les portes fermées des théâtres l'an dernier. Et, surtout, les artistes — comme la bonne cuvée d'Avignon cet été a pu en témoigner — ont des ressources, lorgnant vers le réel ou vers l'étrange.

C'est le cas de l'uppercut du festival, Pinocchio (live)#2, (au TNP en avril 2022) de la scénographe Alice Laloy, soit un ballet d'adultes muets, transformant mécaniquement des enfants en marionnettes. Vertige devant ce renversement des codes et une standardisation qui annihile l'humain.

Avec la langue alambiquée de Novarina, Jean Bellorini avait de son côté enfin monté son Jeu des ombres (au TNP en janvier) dans le subside d'Avignon 2020 : décor baroque, instruments à cordes et surtout un casting aussi épatant que dépareillé.

Le théâtre villeurbannais entame la saison par une fête, celle se son centenaire (voir page 14) avec des conférences qui s'annoncent passionnantes et le Ça ira, créé en 2015 par Joël Pommerat, captivant quoique plus proche du roi que du peuple.

Plus dégingandé, le Farm Fatale (au Théâtre de la Croix-Rousse en novembre) de Philippe Quesne convoque marionnette et musique pour évoquer la fin de la présence des humains, avalés par la pollution. Enfin, ce démissionnaire des Amandiers-Nanterre sera à Lyon sur un grand plateau ! Curiosité aussi de découvrir enfin le Terairofeu (au TNG en janvier) de Marguerite Bordat et Pierre Meunier dans lequel deux éboueurs se jouent de la ferraille, du carton, du plastique en s'inspirant des écrits de Gaston Bachelard et du rapport qu'ils maitrisent ô combien, à la matière.

Doubles

C'est précisément cette distance que ne prend pas Caroline Guiela Nguyen avec son Fraternité (aux Célestins en janvier) dégoulinant de bons sentiments. Plébiscitée à Avignon, cette fresque mélodramatique dans laquelle le chagrin des hommes a des conséquences sur l'ordonnancement des planètes pêche sérieusement par son écriture et se noie dans son décor, décalque mauve de celui de son précédent blockbuster Saïgon.

Peu de distance aussi et trop peu d'invention du côté de Baptiste Amann et sa trilogie Des Territoires (aux Célestins en juin) mais sa volonté d'ausculter la France périphérique, de la disséquer presque, s'avère parfois touchante chez cet artiste encore jeune.

Toujours dans ce théâtre municipal à l'envergure internationale (joie d'y retrouver cette saison Marthaler, Niangouna, Serebrennikov, Zeldin…), la jeunesse a bel et bien son mot à dire avec, par exemple, la place accordée la compagnie Courir à la Catastrophe en janvier avec la création d'Œuvrer son cri (sur l'occupation d'un théâtre…) de Sacha Ribeiro (qui est aussi à l'affiche de la création de Claudia Stavisky Skylight dès septembre), les reprises du percutant En réalités et du poignant, intime et universel 5-4-3-2-1 j'existe.

Ce que met en scène l'autre moitié de ce duo, Alice Vannier et son Alors j'éteins ? sera au Point du Jour en mars. Car cette saison les lieux dialoguent plus que jamais entre eux, pour nous. Ainsi Lorraine de Sagazan présente Un sacre, interrogation sur le sens de ce mot durant le confinement aux Célestins (en mai) avec l'un des jeunes auteurs les plus doués de sa génération, Guillaume Poix (aussi présent au NTH8 avec Straight, en novembre et décembre) et La Vie invisible au Point du Jour (en mars) qui questionne la cécité des voyants comme des non-voyants.

Parcours croisé aussi pour Johanny Bert associé au Théâtre de la Croix-Rousse (Le Processus en janvier, Une épopée en juin) et dont le Hen, pour adultes, est reprogrammé aux Célestins en décembre. Idem pour le brillant Tommy Milliot avec Médée (aux Célestins en décembre) et La Brèche (au Théâtre de la Croix-Rousse en mars) et pour Christiane Jatahay, enfin lyonnaise. La Brésilienne, adoubée par la Comédie-Française et experte dans l'art de mêler la vidéo au théâtre, sera présente avec un ancien travail, Julia d'après Strinberg (au Théâtre de la Croix-Rousse en novembre) et Entre chien et loup, son adaptation fluide du film Dogville et plus détaché de son cas personnel que l'emprunté Le Présent qui déborde (au TNP en novembre et décembre).

François Hien sera partout cette saison et, s'il était peu convaincant et trop dogmatique avec ses variations sur l'affaire Lambert (Olivier Masson doit-il mourir ?) et Babyloup (La Crèche), il séduit lorsqu'il plonge dans le documentaire comme c'est le cas avec son feuilleton sur le relogement L'Affaire Correra (au TNP en avril), construit lors d'une résidence à La Duchère. Angélique Clairand et Éric Massé adaptent son texte sur la tempête Xynthia qui a endeuillé La-Faute-sur-Mer, La Faute (au Point du Jour en septembre et octobre), et lui-même mettra en scène sa pièce La Peur sur la pédocriminalité dans l'Église (aux Célestins en novembre, à La Mouche en janvier, au Théâtre Jean Marais en mars). Il a également co-écrit Mort d'une montagne (au Point du Jour en janvier) avec Jérôme Cochet et piloté le vaste projet exaltant avec une centaine d'amateurs, La Révolte des Canuts (aux Célestins en juin). Fermez le ban.

Troubles

Avec radicalité, talent et exigence, de jeunes autrices et metteuses en scène et même actrices portent haut le travail autobiographique à force de ciselage de l'écriture —poussée vers le monstre — et d'interprétation au cordeau. C'est le cas de Jeanne Garraud avec Marguerite, l'enchantement sur son enfantement (aux Clochards célestes en novembre, à La Mouche en mars) ou Marie Depoorter dans Grand battement sur la discipline froide de la danse classique et l'éveil puissant à la sexualité (au Théâtre de l'Élysée en novembre). Loin de la pédagogie de comptoir (oui Désobéir tourne encore…), elles racontent le monde via le leur sans concession. Cette collusion entre l'effroi entre le banal, entre le réel et le fantasme, c'est précisément ce que creusent leurs pairs : Maguy Marin et son impitoyable Allez y voir de plus près (créé à Avignon et pas programmé cette saison à Ramdam… embouteillage) ou Milo Rau avec Familie (au Point du jour en janvier), dans les entrailles d'une famille qui s'est pendue.


Pour les kids

Pas besoin d'accompagner un enfant pour voir ces quelques pépites et pourtant chanceux seront ces petits et petites qui découvriront le théâtre via Pinocchio(live)#2 (voir ci-dessus, dès 8 ans) ou le très réussi Normalito (au TNG en mai) de Pauline Sales sur ce que sont les codes attribués aux filles et aux garçons. Drôle et impertinent, jamais donneur de leçons. Maud Lefebvre a déjà fait la démonstration avec Maja de sa capacité à s'adresser à eux. Le Royaume (au Théâtre de la Renaissance en octobre, dès 12 ans) embarque un enfant et un adulte au bord du trou noir. Pour les plus petits, Céto (au Théâtre de la Renaissance en novembre, dès 2 ans) propose une demi-heure sous une eau figurée par le collectif doué en matière d'immersion, Invivo, doux voyage créé dans le cadre de Micro-mondes 2019 (voir page 16).

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Villeurbanne : le TNP, un centenaire en pleine forme

Villeurbanne | 100 ans en plein Covid, 101 ans cette année. Enfin le TNP peut convoquer son histoire lors d’un mois de septembre dense et réjouissant. De Paris à Villeurbanne, de Firmin Gémier à Jean Bellorini, l’aventure du théâtre national populaire transcendée par Roger Planchon est aussi l’histoire de la décentralisation. Zoom arrière.

Nadja Pobel | Mercredi 8 septembre 2021

Villeurbanne : le TNP, un centenaire en pleine forme

« À une date [en 1970] où Jacques Duhamel n’est pas encore là et où je n’ai aucun interlocuteur, je prends la décision de faire venir Patrice [Chéreau] à Villeurbanne. Je sais qu’un jour le théâtre va rouvrir et que je ne l’ouvrirai pas seul. » Roger Planchon répond là bien des années plus tard aux questions de Michel Bataillon, son autre acolyte historique. On peut découvrir dans la somme formidable que sont les six volumes du si bien nommé Défi en Province ces échanges, et cette proposition de co-direction offerte à Patrice Chéreau, finalement acceptée par le ministre de la Culture de Georges Pompidou, Jacques Duhamel. Le 19 mai 1972, le Théâtre National Populaire ouvre ses portes pour la première fois à Villeurbanne. Planchon a 38 ans, Chéreau 25. Le premier est un artiste complet, chantre de la décentralis

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Jean Bellorini : « donner aux citoyens de demain la capacité d’avoir un regard critique »

Théâtre | En tant que directeur du TNP, Jean Bellorini a été en charge d’organiser ce centenaire, il lui incombe d’amorcer le suivant. Voici ses pistes de réflexions à ce sujet.

Nadja Pobel | Vendredi 10 septembre 2021

Jean Bellorini : « donner aux citoyens de demain la capacité d’avoir un regard critique »

Quelle est votre contribution la plus forte à vos yeux pour amorcer le deuxième siècle de vie du TNP ? La Troupe éphémère ? Jean Bellorini : Le TNP est né il y a cent ans avec l’intuition qu’il fallait amener les œuvres au plus proche des spectateurs. C’était l’enjeu du théâtre national ambulant de Firmin Gémier. De grandes machines à vapeur transportaient un chapiteau/théâtre qui était monté pour accueillir 1650 spectateurs. C’était la décentralisation théâtrale qui commençait. Aujourd’hui la France est dotée de grands équipements culturels et l’enjeu de démocratisation de l’art et de la culture n’est plus uniquement lié à la possibilité d’accéder à un spectacle fini. L’intérêt aujourd’hui, je crois, est de favoriser les espaces de rencontres entre artistes et spectateurs, notamment pendant des phases de recherche et de création. L’art n’est pas un produit, il ne se consomme pas et n’agit pas directement sur le monde. Il diffuse invisiblement un questionnement et laisse apparaître l’idée de la nuance et de la complexité, ou plus simplement la poésie. Je crois à la nécessité d’une porosité entre le monde et l’art. Je crois à la complémentarité entre l’ar

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L'Institut Lumière fête le centenaire du TNP

Cinéma | Fatalement mis à mal par la crise sanitaire, le centenaire du TNP en 2020 n’aura pas été célébré comme prévu ; ce sont donc ses 101 ans que l’on commémore en (...)

Vincent Raymond | Jeudi 9 septembre 2021

L'Institut Lumière fête le centenaire du TNP

Fatalement mis à mal par la crise sanitaire, le centenaire du TNP en 2020 n’aura pas été célébré comme prévu ; ce sont donc ses 101 ans que l’on commémore en cette rentrée. Notamment rue du Premier-Film, dans un esprit de lointain cousinage : après tout, les anciens CNP jadis créés par Robert Gilbert et Roger Planchon n’ont-ils pas été acquis par l’institut Lumière en 2014 ? Pour marquer le coup, une programmation exceptionnelle propose tous les jeudis un film mettant en vedette quelques-uns des directeurs historiques du théâtre. Après Planchon dans Le Dossier 51, place à Jean Vilar dans Les Portes de la Nuit (jeudi 9 septembre) puis à Une aussi longue absence de Henri Colpi (jeudi 16 à 19h). Palme d’Or 1961, ce mélodrame sur fond d’amnésie, de deuil et d’après-guerre met en scène une patronne de café intriguée par un clochard chantonnant, errant autour de son établissement et ressemblant à son époux disparu. Campé par un Georges Wilson à la fois massif et évanescent, le film capture également une époqu

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Jean Bellorini : « nous ne disons pas assez Égalité »

TNP Villeurbanne | En salle, à quelques encablures de la cour d’honneur où il l’avait rêvé, Jean Bellorini a enfin donné naissance à son émouvant "Jeu des ombres" dans la Semaine d’art en Avignon, sous couvre-feu avant d’être amputée de sa fin. Hors du temps, flirtant avec vie et mort dans la langue ciselée, lunaire, exigeante et évaporée de Valère Novarina, il a pris de la hauteur sur ce bas-monde secoué par un virus. Dans ses habits de directeur du TNP, il nous a confié, au lendemain de l’intervention présidentielle annonçant le reconfinement, comment il aborde cette crise au sein du centre dramatique national de Villeurbanne qu’il dirige depuis le début de l’année.

Nadja Pobel | Vendredi 30 octobre 2020

Jean Bellorini : « nous ne disons pas assez Égalité »

Comment vous organisez-vous au TNP en cette crise sanitaire qui se durcit ? Jean Bellorini : J’aurais voulu tout mettre en œuvre pour que l’activité du théâtre ne s’arrête pas. Nous imaginions jouer très tôt, même le matin s'il nous avait été possible d’accueillir du public. Nous avions même évoqué la gratuité pour les étudiants par exemple afin qu’ils puissent venir assister au spectacle de Joël Pommerat, Ça ira. À l’instant présent nous attendons les directives ministérielles en espérant pouvoir maintenir au moins l’utilisation des plateaux. Si c’est possible, nous allons imaginer des temps de travail en mettant à disposition le TNP et ses équipes au service des artistes. Est-ce que la crise sanitaire hypothèque déjà les saisons futures ? Oui, cela va commencer à être le cas. Jusqu’à présent nous avions réussi à reporter, ou au moins à honorer, nos engagements afin de programmer comme nous l’avions prévu et de ne pas créer l’embouteillage redouté. Avec ce

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Les théâtres ouverts, mais en trompe l’œil

Rentrée Culturelle | Lyon, en zone rouge : les théâtres rouvrent de façon trompeuse avec des jauges réduites à 60%. Heureux de revoir le public, les directeurs des grande salles font le point sur ce moment fragile. Et sans date de fin.

Nadja Pobel | Jeudi 24 septembre 2020

Les théâtres ouverts, mais en trompe l’œil

Il y a les mesures visibles (les masques obligatoires, l’espacement d’un fauteuil entre différents groupes). Et ce que l'on voit moins. Tout va bien ? Pas tant que ça : « on n’avait pas envie de faire comme si rien ne s’était passé » dit Stéphane Malfettes. D’où ces « premières nécessités » que le directeur des Subs a imaginées cet été : des concerts allongés (Christina Vantzou, un membre des divins Ez3kiel…), des balades avec les Femmes de Crobatie. Gratuites ou peu chères, ces propositions sont à la portée de toutes les bourses — sous conditions de réserver fissa. Peu seront servis et « on n’a pas envie de faire toute la saison comme ça ». Tout n’est pas reporté sur cette même saison, car l’hiver est peu sûr : « c’est un cauchemar pour les artistes, surtout avec des créations » dit-il. Exit Clédat & PetitPierre et Nina Santes : « en deuxième partie de son spectacle, les gens devaient venir sur scène, on ne peut plus le faire. Elle est la première à être soulagée de ce décalage d’un an. » La crainte est grande chez les directeurs de voir la rentrée prochaine totalement encombrée. Et mêm

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Jean Bellorini : « pour Avignon, il y a eu plein de scenarii possibles »

Théâtre | Directeur du TNP depuis janvier, Jean Bellorini devait présenter une création cet été dans la Cour du Palais des Papes d'Avignon. Il nous a accordé un entretien. De l'influence des rayons du corona sur le comportement d'un artiste.

Nadja Pobel | Vendredi 17 avril 2020

Jean Bellorini : « pour Avignon, il y a eu plein de scenarii possibles »

Vous deviez faire une création dans la Cour d'honneur du festival d'Avignon cet été (Le Jeu des ombres de Valère Novarina, réinterprétation du mythe d'Orphée). Or le festival a été annulé lundi soir (le 13 avril), immédiatement après qu'Emmanuel Macron, dans son allocution télévisée, ait annoncé que « les grands festivals et événements avec un public nombreux ne pourront se tenir au moins jusqu’à la mi-juillet ». Vous attendiez-vous à cette décision avant même qu'elle ne soit prise ? Jean Bellorini : Olivier Py [NdlR : le directeur du festival d'Avignon] était dans une forme de sincérité quand il disait avoir l'espoir que ça ait lieu encore et on avait quand même imaginé des formes, des formats, des restructurations multiples. C'est ce qui nous faisait tenir. J'étais évidemment dans la compréhension de se dire que tant que

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Jean Bellorini : « redonner conscience de l'exception »

TNP Villeurbanne | À 38 ans, Jean Bellorini vient tout juste de prendre la tête du TNP avec une chaleur humaine et la conscience du monde qui l'entoure pour en faire la maison de tous.

Nadja Pobel | Mardi 21 janvier 2020

Jean Bellorini : « redonner conscience de l'exception »

Qu'est-ce que le TNP à vos yeux ? C'est « l'élitaire pour tous ». National et populaire : ce grand écart fait pour moi tout le sens de mission de service public. National car on est entièrement subventionné par l’État et les collectivités locales et populaire car on a une mission concrète, objective — qui devrait pouvoir être palpable — de rendre meilleur notre monde, de participer d'une manière ou d'une autre à notre société pour compenser et amener un peu de richesse autres que matérielle. Vous reconnaissez-vous dans l'héritage de Roger Planchon ? Je serai bien prétentieux de dire que je le connais très bien. Évidemment que depuis quelques années, et même en étant au TGP (NDLR : Théâtre Gérard-Philipe CDN qu'il a dirigé de 2014 à 2019), j'ai regardé son histoire de plus près mais je suis arrivé un peu trop tard. Il a été un grand homme de théâtre et un animateur en tant que directeur de théâtre. Cette folie des grandeurs, cette audace et en même temps cette rigueur... j

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Camps retranchés

Théâtre | Finement mené et écrit, le travail de François Hien interroge. Pourquoi ne pas choisir un point de vue tranché et prendre pour appui un fait divers si symbolique ? Immersion au procès d'un infirmier qui a mis fin à la vie d'un malade dans un état végétatif sur fond de guerre familiale.

Nadja Pobel | Mardi 21 janvier 2020

Camps retranchés

Olivier Masson doit-il mourir ? est très largement inspiré par l'Affaire Lambert, du nom de ce jeune homme qui a fini par décéder cet été à la suite de l’arrêt des soins, épilogue d'une bataille juridique et familiale acharnée. Le co-metteur en scène (avec toute la distribution), acteur et auteur de ce texte, François Hien s'est servi de ce canevas pour ensuite s'en détacher et interroger les arguments des uns et des autres quant au décès programmé ou au maintien en vie de ce patient en état pauci-relationnel. Est-il conscient ? Souffre-t-il ? Qu'aurait-il souhaité s'il se retrouvait dans cette situation ? À son épouse, infirmière comme lui, il avait déjà confié ne pas vouloir vivre ainsi. Dans une première partie très rapide, chacun expose ses arguments, les cinq acteurs endossant les costumes des avocats, du juge, de la mère, de l'épouse, des médecins, chefs de service... Car il s'agit de faire le procès d'Avram Leca, soignant qui, seul, après l'avoir veillé des années, a décidé de débrancher le malade sans autorisation. Devant la complexité et la multiplicité des

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Bellorini, 2e acte

Théâtre | Pour découvrir le travail de Jean Bellorini avant qu'il ne prenne la direction du TNP le 1er janvier prochain, une deuxième chance se présente, après Un (...)

Nadja Pobel | Mardi 15 octobre 2019

Bellorini, 2e acte

Pour découvrir le travail de Jean Bellorini avant qu'il ne prenne la direction du TNP le 1er janvier prochain, une deuxième chance se présente, après Un instant au Théâtre de la Croix-Rousse début octobre. Il faudra aller au Théâtre de Villefranche (ou dans deux villes alentour) du 5 au 8 novembre pour voir Vie et mort de Mère Hollunder, pièce d'une heure pour un acteur et qui s'attache, comme pour le travail sur Proust, à une vieille dame, cette fois-ci véhémente.

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Le TNP remodelé avec l'arrivée de Jean Bellorini

Mercato | Christian Schiaretti laisse sa place à Jean Bellorini à la tête du Théâtre National Populaire.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Le TNP remodelé avec l'arrivée de Jean Bellorini

En cet alignement historique des planètes où les institutions culturelles de la métropole lyonnaise changent de visages (Subsistances, Point du Jour, Célestins pour moitié à l’hiver dernier, mais aussi Villa Gillet, École des Beaux-Arts, bientôt l'Opéra…), la nouvelle direction du TNP n’est pas la moins scrutée. Au terme d’un long processus de recrutement, c’est Jean Bellorini qui prendra les manettes de ce paquebot de la décentralisation et mettra ainsi un terme à dix-huit années d’occupation des lieux par Christian Schiaretti – quoiqu’il soit encore missionné par le ministère de la Culture pour célébrer le centenaire de la création du TNP (alors parisien) en novembre prochain. Jean Bellorini, 38 ans, est depuis 2014 à la tête du CDN Gérard-Philipe de Saint-Denis. Comédien de formation, metteur en scène, créateur lumières, il est aussi scénographe (à l’instar de Marc Lainé au CDN de Valence ou Stéphane Braunschweig à l’Odéon). Au TNP, il a pour projet d’associer les artistes Joël Pommerat, Tiphaine Raffier, André Markowicz, Thierry Thieû Niang et Lilo Baur et d’en faire « un théâtre de création d’envergure, privil

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Quand les plateaux deviennent chaînes d'info

Théâtre | Cette saison, les artistes s'attachent à malaxer (au mieux) ou à commenter (au pire) l'actualité immédiate. Cette lame de fond du théâtre contemporain se vérifiera tout au long des prochains mois dans les salles et sera ponctuée par l'indispensable festival Sens interdits qui accueille l’immense Milo Rau.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Quand les plateaux deviennent chaînes d'info

Dans quelques mois, sur les scènes de théâtre, peut-être sera-t-il question du rapport à sens unique de l'IGPN sur la mort de Steve Maia Caniço et alors ce fait sociétal et politique deviendra œuvre de théâtre. Et si le militant antifa Antonin Bernanos, qui a écopé de quatre mois supplémentaire de détention provisoire au cœur de l'été, avait bientôt un avatar scénique ? Si le théâtre a toujours épongé et transformé les soubresauts du monde, force est de constater qu'il le fait de plus en plus immédiatement et frontalement. Cette saison vont débouler sur les plateaux de Lyon et de la métropole des récits récents ayant fait la Une des médias ces derniers mois. Parfois en les devançant et les fictionnant de façon uchronique : c’est le cas de Olivier Masson doit-il mourir ? (aux Célestins en janvier, et à La Mouche en mars), une variation sur l’affaire Vincent Lambert qui a connu son épilogue cet été. Le jeune auteur et metteur en scène François Hien traite le procès de l’aide-soignant où se confrontent la mère et l’épouse du

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La Crèche : remonter au berceau

Théâtre | Dédié à l'émergence et ayant fait place il y a 18 mois au mémorable Cannibale du Collectif X, voici que le Théâtre de l'Élysée accueille de nouveau cette (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 octobre 2017

La Crèche : remonter au berceau

Dédié à l'émergence et ayant fait place il y a 18 mois au mémorable Cannibale du Collectif X, voici que le Théâtre de l'Élysée accueille de nouveau cette jeunesse avec un spectacle en cours de travail, dont sera livrée la première des deux parties, La Crèche. Derrière cette fiction théâtrale se cache une affaire bien réelle, qui de 2008 à 2014 a défrayé la chronique et que François Hien relate avec précision dans Retour à Baby-Loup (paru en cette rentrée) et met en scène avec son complice acteur Arthur Fourcade. Le licenciement de la co-directrice de cette crèche pour port d'un grand voile islamique avait clivé les tenants du tout-laïcité et leurs adversaires qui avaient la main facile pour les accuser de racisme. Puisque rien n'est binaire, le jeune cinéaste est allé à le rencontre de tous les protagonistes (excepté l'intéressée et son avocat qui ne souhaitent plus évoquer cet épisode) pour faire émerger les contradictions de chacun et redonner la place aux spécificités du territoire de cette « tragédie » (telle que la décrit François Hie

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Liliom, un manège endiablé

Théâtre National Populaire | Souvent m'as-tu-vu, le théâtre de Bellorini ne fait ici, avec Liliom, pas exception mais trouve avec cette fable cruelle et lunaire un sujet qui sied parfaitement au goût assumé du spectacle de ce jeune metteur en scène. Une agréable surprise.

Nadja Pobel | Mardi 17 mai 2016

Liliom, un manège endiablé

Jusque-là, Jean Bellorini nous a donné l'impression de faire un théâtre vieillot : jouer à sauter dans l'eau, chanter à n'en plus finir, éclabousser le plateau de couleurs (Paroles gelées d'après Rabelais, La Bonne-Âme du Se-Tchouan), totalement dégagé de la fureur qui aurait pu être le corollaire de sa jeunesse. En créant Liliom au Printemps des Comédiens (Montpellier) en 2013, rien n'a changé. Il livre un divertissement oscillant entre mélo et burlesque. Et ça marche ! Certainement que le choix du sujet — un jeune homme mi-voyou mi-tendre, travaillant dans les fêtes foraines, est jugé au tribunal céleste après un meurtre — y est pour beaucoup. Écrite en 1909 par le hongrois Ferenc Molnár, cette pièce que Fritz Lang a adapté pour son seul film "français" ressemble au Casimir et Caroline de Von Horváth qui sera publiée 23 ans plus tard. Bellorini n'a pas lésiné sur le décor qui mange tout l'espace scénique : un plateau d'auto-tamponneuses, une grande roue faite d'ampoules à l'arrière et deux carrioles à cour et jardin (pour le

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Âme damnée

SCENES | Figure montante du jeune théâtre français, Jean Bellorini présente la toujours nécessaire "Bonne Âme du Se-Tchouan" en version bal de village. Séduisant. Et après ? Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 25 février 2014

Âme damnée

En fait de figure montante du théâtre français, Jean Bellorini est depuis ce début d'année une personnalité établie. À trente-deux ans, il vient en effet de se voir confier la direction du Centre Dramatique National Gérard Philipe de Saint-Denis, après que sa compagnie Air de Lune y a été accueillie en résidence en même temps qu’il était artiste invité du Théâtre National de Toulouse piloté par Laurent Pelly. Ces deux metteurs en scène partagent d'ailleurs un même goût affiché pour le spectacle et la joie de divertir avec intelligence et exigence. Pourtant, l’empreinte que nous laisse Bellorini n’est pas aussi vivace que celle du premier. Peut-être parce que les costumes signés (siglés ?) Macha Makeïeff font éternellement penser aux Deschiens et n’aident de fait pas à pénétrer dans un univers personnel. Ou peut-être parce que, par ailleurs, tous les acteurs sur le plateau ne sa valent pas. Il faut en tout cas reconnaitre que cette fois-ci, contrairement à Paroles gelées, dont le propos - d’après Le Quart-livre de Rabelais - paraissait noyé au sens propre comme au figuré dans un décor tape-à-l’œil, Bellorini donne toute la mesure de La Bonne

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