Micro Mondes et Sens interdits, deux festivals si différents

Théâtre | Pas un festival d’automne comme à Paris, mais plusieurs. Dont les incontournables et si différents Micro Mondes et Sens interdits.

Nadja Pobel | Vendredi 10 septembre 2021

Photo : © Danilo Espinoza Guerra


Micro Mondes

Du mardi 16 au dimanche 28 novembre - TNG

On entre dans ce festival comme dans une cabane doublée de velours. Seul ou peu nombreux. Depuis dix ans, Micro Mondes est un aperçu de ce que les créateurs proposent comme formes immersives. Ce type de spectacles, encore rares il y a une décennie, se démultiplient. Pour autant le festival n'a pas enflé — avec les petites jauges nécessaires à l'immersion, l'équilibre financier est peu évident. Cinq spectacles — trois créations, une performance et une installation — s'adressent majoritairement à un public de plus de 15 ans. Le collectif lyonnais Invivo, déjà à l'origine de Céto et 24/7 poursuit sa recherche sur la réalité virtuelle pour une adaptation de Maeterlink, Les Aveugles. Cette création pour douze spectateurs munis d'un casque VR est une balade en compagnie d'autant d'aveugles perdus dans une forêt sans leur guide. Autre travail original et intriguant, initié dans le vivier du TNG, celui de Philippe Gordiani et Nicolas Boudier d'après La Horde du contrevent du très prisé Alain Damasio. À l'origine fut la vitesse permettra de remonter à la naissance des vents avec un dispositif de casque occultant pour une vision rétinienne (percevoir plutôt que voir) et un autre à conduction osseuse pour s'imprégner de la tempête.

Programme complet :

● Les Aveugles, du 16 au 28 novembre, TNG Ateliers

● À l'origine fut la vitesse, du 16 au 28 novembre, TNG Ateliers

● Au jardin des potiniers, 20, 21, 27 et 28 nov au TNG Vaise. Pour enfants dès 7 ans

● Cultural Exchange Rate, du 16 au 20 novembre, lieu en attente. Installation pour dix spectateurs

● As far as my fingertips take me, du 16 au 21 novembre, TNG Vaise. Pour un spectateur


Sens Interdits

Du mercredi 13 au dimanche 31 octobre – Métropole de Lyon

« 26 lieux, 21 spectacles prévus dont 8 qui vont tourner en amont et en aval du festival. Notre réputation l'emporte sur la crainte et le risque » nous confiait Patrick Penot en mai dernier à l'heure de dévoiler la septième édition du festival Sens Interdits qu'il a initié en 2009. Dédié au théâtre « de l'urgence », ce festival est un catalyseur d'énergie dans cette époque moribonde, mangé par la crise sanitaire mondiale, des guerres sans cesse recommencées et un fossé toujours plus accru entre ceux qui ont tout et ceux qui n'ont rien dans les pays pauvres, mais les riches aussi. Ce sont les combats contre ces fléaux que mènent par la voie artistique celles et ceux qui depuis la Grèce, l'Argentine, la Russie, la Syrie, le Congo, le Kosovo, le Liban, la Belgique, le Canada et surtout le Chili vont faire le déplacement. Cinq spectacles sont signés de Chiliens et ce n'est pas première fois que le festival fraye avec des "rescapés" du régime de Pinochet ou leurs enfants qui tentent de comprendre leur histoire. Les minorités ethniques comme les Mapuches sont à l'honneur et à l'ouverture de ce festival désormais étendu à 17 jours au lieu de 10.

Dans Trewa, Etat-Nation (au TNP), Paula Gonzalez Seguel évoque, dans une enquête quasi policière, une militante environnementale décédée dans des conditions suspectes alors qu'elle résiste à l'installation d'un barrage sur les terres mapuches. L'artiste nous avait déjà profondément émue avec Ni pu tremen en 2011. Elle sera à Lyon et dans la Métropole avec deux autres spectacles. Car le festival entretient avec intelligence des fidélités fortes : il ne s'agit pas ici de "faire voyager" mais de raconter inlassablement ce qui se trame ailleurs. Il faut toujours y revenir. C'est le cas de la Sibérienne Tatiana Frolova. Son délicat travail de fouille quasi ethnologique avec photos rétroprojetées, gribouillées, ses objets, ses cris dressait un réquisitoire féroce de ce que fut l'URSS (Je n'ai pas encore commencé à vivre), parfois elle se répète (Ma petite Antarctique) mais sa voix compte. Le Bonheur (aux Célestins) est attendu ; elle promet d'interroger cet état dans la Russie d'aujourd'hui.

Quelques noms célèbres figurent au programme de ce Sens Interdits comme Kerill Serebrennikov (et son Outside conçu alors qu'il était tenu loin de son équipe par le régime) ou Yan Duyvendak (qui avec Virus, aux Subs, immerge le spectateur dans la gestion de la crise d'Ebola). D'autres le sont moins mais l'attente est immense avec Laboratoire Poison (au TNP) tant le travail documentaire d'Adeline Rosenstein s'annonce majeur sur la « représentation des différents mouvements de résistance entre 1943 et 1976 » qui va contrer l'appétit de récits glorieux. De même que C'était un samedi, spectacle franco-grec d'Irène Bonnaud à propos de la plus ancienne communauté juive d'Europe, en Epire, où un jour de 1944, la Wehrmacht a débarqué. Avec ses petites figurines de terre, la comédienne Fotini Banou recrée tout un monde. Le spectacle se baladera au CHRD, à Bourgoin, Saint-Genis-Laval, Caluire et Bron. Et ce n'est pas un détail que d'aller à la rencontre de tous les publics.

Peut-être bientôt en mode annuel plutôt que biennale pour faciliter la diffusion à l'économie souvent fragile, Sens Interdits s'annonce une fois de plus une fenêtre intime et universelle, sensible et réflexive, précieuse sur ce qui fait humanité.

Programme complet :

● Trewa, ms Paula Gonzalez Seguel — Chili, TNP

● Ül Kimvn, ms Paula Gonzalez Seguel — Chili, Toboggan

● La Mémoire bafouée, ms Paula Gonzalez Seguel — Chili, Subs

● Feroz, ms Danilo Llanos — Chili, TNG

● Space invaders, ms Marcelo Leonart — Chili, Point du Jour et Théâtre de Vénissieux

● Traverses, ms Leyla-Claire Rabih — Syrie / France, Théâtre Jean-Marias (Saint-Fons)

● De ce côté, texte et ms Dieudonné Niangouna — Congo-Brazzaville/France, Célestins

● La Terre se révolte, ms Sarah Llorca — Syrie / France, Célestins

● Portraits sans paysage, ms Nimis Groupe — Belgique, Théâtre de la Croix-Rousse

● Bureau des dépositions, création collective — France, Subs

● C'était un samedi, ms Irène Bonnaud — Grèce / France, CHRD, La Mouche (Saint-Genis-Laval), Pôle en Scène (Bron), Radiant

● Le Bonheur, ms Tatiana Frolova — Russie, Célestins

● Laboratoire poison, ms Adeline Rosenstein — Belgique, TNP

● En cinq saisons Un ennemi du peuple, ms Blerta Neziraj — Kosovo, Renaissance

● Augures, ms Chrystèle Khodr — Liban, Théâtre de la Croix-Rousse

● Jogging, de Hanane Hajj Ali — Liban, Théâtre de la Croix-Rousse

● Cartomancie du territoire, ms Philippe Ducros — Canada, Musée des Confluences

● Outside, ms Kirill Serebrenikov — Russie, Célestins

● Virus, ms Yan Duyvendak — France, Subs

● Fuck me, ms Marina Otero — Argentine, Célestins

● Immortels, ms Philippe Vincent — Burkina-Faso / France, Asphodèles

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Patrick Penot : « être plus international que jamais »

Sens Interdits | Malgré la crise sanitaire et les difficultés à circuler à travers le monde, Patrick Penot annonce que la 7e édition du festival international de théâtre Sens interdits se tiendra du 13 au 30 octobre prochain dans la Métropole de Lyon. Et le Chili sera à l’honneur. Interview et programme.

Nadja Pobel | Jeudi 3 juin 2021

Patrick Penot : « être plus international que jamais »

Comment la crise sanitaire percute-t-elle ce festival dédié à l’international ? Patrick Penot : La crise a accéléré le temps — on est tous déjà en 2023, 2024. Elle va laisser des traces durables qui vont peut-être nous amener à des choses plus importantes qu’auparavant. À l’heure actuelle, le mot "international" comporte immédiatement des ombres — ce n’est pas le moment pour la planète, pour nos économies, les compagnies d’ici souffrent… — et bien je me dis, au contraire, que c’est le moment ou jamais d’insister sur la nécessaire confrontation des cultures, des langues, des savoir-faire. On doit être plus international que jamais. Car il est question de solidarités avec les artistes. La crise nous oblige à ne pas être auto-centrés sur nos besoins et nos statuts. On appartient à un des rares pays au monde où la culture est aidée à ce niveau-là. Je suis entouré des gens qui n’ont aucun accompagnement social : au Chili, en Afrique, au fin fond de la Russie. Cette précarité les renforce encore plus dans leur détermination à donner de la voix aux sans-voix. Le Chili est invité d’honneur avec cinq spectacle

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Dans la matrice

Théâtre | S’immerger dans un spectacle... voici tout le programme du festival biennal Micro Mondes, qui permet d’approcher les œuvres pour tous les sens. Point d’orgue : le ludique et inquiétant £¥€$ (Lies).

Nadja Pobel | Mardi 19 novembre 2019

Dans la matrice

Bienvenue dans une salle des marchés. Dans £¥€$ (Lies), assis à une table en demi-cercle façon casino, avec six autres comparses inconnus face à un croupier, voici le spectateur devenir acteur de la folie des traders. Premier acte : confier son argent réel à sa banque. Basique ? Oui. Mais rapidement, le rythme s’accélère, le vocabulaire se fait plus nébuleux (hedge fund, subprimes…) et démonstration est faite qu’élaborer des tactiques (ou suivre le mouvement) pour tenter de sauver/enrichir/survivre provoque de l’adrénaline. Jusqu’à l’inévitable faillite, la folie du jeu l’emporte. Implacable constat des Belges de Ontroerend Goed qui, dans un genre bien différent – pièce pour un seul spectateur – avaient déjà été à l’origine de l’audacieux A game of you, présenté à Micro Mondes 2015. Seul bémol : £¥€$ refermé, les mécanismes de la financiarisation sont toujours aussi opaques. Mais c’est probablement par une complexification retorse et intensionnelle que fonctionne ce système, au-dessus de la masse et tout contre elle. Embed

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Sens interdits à quai

Théâtre | La 6e édition du festival Sens interdits aura fait la part belle à la capacité de jeunes artistes belges à gratter et bousculer autant leur art que leur temps quand les Russes ne cessent de tenter de prendre la mesure de la répression soviétique à l'aune de l'ère poutinienne. Retour sur dix jours bringuebalés dans la tourmente du monde et de tentatives d'en faire théâtre.

Nadja Pobel | Mercredi 13 novembre 2019

Sens interdits à quai

Sens Interdits s'est joué dans treize théâtres mais aussi sous le chapiteau, où spectateurs et artistes se rencontraient, notamment lors de table rondes. À la veille de la clôture, Tatiana Frolova, qui avait ouvert le festival dix jours plus tôt, le disait : « rien n'a changé ». La metteuse en scène évoquait l'époque des années 30 où Mandelstam, poète dissident arrêté et déporté, n'aura été soutenu que de façon verbale et pas concrètement par son ami Pasternak (son épouse refusait d'héberger ce dissident). Quand Mandelstam lui lit un poème virulent contre le régime, celui-lui lui rétorque « qu'il n'a rien entendu » afin de ne pas être complice, ainsi que le relate la pièce montée par Roman Viktyuk et présentée également dans le festival. « Quand je joue Je n'ai pas encore commencé à vivre à Vladivostok, les journalistes sortent en disant qu'ils n'ont rien entendu » confiait-elle. Ma petite Antarctique n'a pas la force dramaturg

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Sens interdits à pile et face

Théâtre | 21 spectacles mais aussi des débats, des lectures, des expos : parce que l'âme d'un festival est aussi composée de ses à-côtés.

Nadja Pobel | Mardi 15 octobre 2019

Sens interdits à pile et face

Spectacles De l'incontournable russe Tatiana Frolova qui ouvre les festivités avec sa création Ma petite Antarctique à Des caravelles et des batailles, nouvelle démonstration de la pertinence de la formation dispensé à l'ESACT de Liège, le festival fera passer par le Mexique, le Rwanda, le Kosovo ou la Pologne, 21 spectacles (dont six en première française) prennent ainsi place dans une quinzaine de théâtre. Bonus Un festival, c'est aussi un QG. Celui de Sens Interdits se trouve sous la toile du chapiteau posé devant les Célestins. Outre une librairie et un bar, il sera question d'exposition (celle de Femmes en résistance par le photo-journaliste Pierre-Yves Ginet) et de lecture (le texte de la jeune autrice Marilyn Mattei, Mathias ou l'itinéraire d'un enfant paumé, sur l’accueil d'un jeune migrant dans une famille mis en scène par Colin Rey de La Nouvelle Fabrique) vendredi 18 octobre à 11h. Des débats sont également organisés, en e

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Patrick Penot, le laboureur

Portrait | Parler avec Patrick Penot, c'est évoquer le théâtre mais plus encore l'ailleurs, la résistance et une forme de joie, soit ce qui constitue la matrice du festival Sens Interdits qui fête ses dix ans et qu'il a fondé avec force et évidence.

Nadja Pobel | Mardi 8 octobre 2019

Patrick Penot, le laboureur

À peine arrivé au rendez-vous, il nous fait part de ce pépin de dernière minute : la troupe kosovare du spectacle Peer Gynt était affrétée sur une compagnie aérienne qui vient de faire faillite. Plus de billets, tout à racheter au prix fort. Dans son festival à l'équilibre financier fragile, il est pourtant hors de question de renoncer à la parole de ces artistes qui seront bien sur le plateau des Ateliers durant le festival Sens Interdits. Il est important que cette troupe soit présente, et que « ceux qui n'en ont pas les codes puisse y entrer » dit-il tant la parole qui s'y distille depuis six éditions est différente de ce qui s'entend habituellement dans ces enceintes. Rien ne prédisposait Patrick Penot à pousser les portes d'un théâtre. Né dans le Berry, à une date qui lui va à ravir, le 1er avril des blagues affectueusement collées au dos, il part à 4 ans avec son père percepteur des impôts et sa mère, qui élèvera quatre enfants, dans un village du Puy-de-Dôme, à Saint-Anthème, puis à Chazelles-sur-Lyon. Viré de l'école publique car il ca

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Hasta siempre Sens Interdits !

Tour du monde | En mode biennale, le festival dédié au théâtre de l'urgence célèbre, du 16 au 27 octobre, fête ses dix ans avec une programmation extrêmement prometteuse où les maux du monde sont exprimés avec forces et talents par des artistes résistants et résistantes, à commencer par le maître Milo Rau. Débroussaillage avec le fondateur et directeur Patrick Penot.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Hasta siempre Sens Interdits !

La Russie Cette habituée du festival (quatre spectacles déjà passés par là) nous avait bluffés avec la raideur et la profonde émotion et intelligence qui se dégageait de Je n'ai pas encore commencé à vivre, bilan de ce que fut l'URSS et de ce qui se dessine en Russie. Cette fois, Tatiana Frolova fera sa création sur le grand plateau des Célestins ! De quoi la changer de son théâtre KnAM où en Sibérie elle dispose de vingt places. Elle travaille sur le gel dans Ma petite Antarctique « car il a deux effets : il détruit la vie par son intensité et la protège via le permafrost ». En 2021, est d'ores et déjà annoncé un festival dans le festival dédié à cette équipe rare, politiquement intransigeante avec le pouvoir actuel, pas par contestation viscérale mais par le simple fait de dire ce qu'est la Russie d'aujourd'hui. Ma petite Antarctique Aux Célestins d​u mercredi 16 au samedi 19 octobre Le Mexique Souvent le festival a déplacé ses spectateurs en Amérique du Sud. Le Chilien R

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Des chants au grand jour avec Hymn to Love

Théâtre | Au cri dans la nuit, Marta Gornicka préfère la chorale de ces hommes et femmes debouts, dressés face au monde. Le festival Sens interdits offre en son année off cette première date en France du spectacle de la Polonaise à qui il est fidèle.

Nadja Pobel | Mardi 6 novembre 2018

Des chants au grand jour avec Hymn to Love

Un hymne à l'amour. Voilà comment la Polonaise Marta Gornicka nomme cette création née à Poznan en janvier 2017. Durant une heure, face public, 25 hommes et femmes, de tous âges et même des enfants, forment un chœur, selon le mode d'expression que la metteuse en scène pratique. Nous n'avons pas vu ce spectacle mais Chœur de femmes présenté dans le festival Sens interdits 2013, deux ans après que celui-ci ait accueilli RequieMachine et Magnificat. Que disaient-elles, ces femmes ? Que le pouvoir est entre leurs mains, qu'elles n'ont peur de rien, refusent les diktats et que l'avenir leur appartient. Banal ? Certainement pas. Entre temps, le mouvement #metoo a mis au jour le manque abyssal d'écoute de la parole féminine. La Pologne a sérieusement régressé en la matière avec une loi de plus en plus restrictive concernant l'IVG, les nationalistes prennent le pouvoir jusqu'à la nausée (Italie, Autriche...) ou entrent des les assemblées (l'AfD en Allemagne). Alors, les œuvres de

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La Métropole investit dans la culture

Politique Culturelle | Elle en aura mis du temps à se trouver une voie en matière de culture, la Métropole. Mais près de trois ans après sa création, elle choisit d'aider financièrement les festivals Sens interdits, Karavel et la biennale Hors normes. Un geste politique loin d'être anodin.

Nadja Pobel | Lundi 24 septembre 2018

La Métropole investit dans la culture

David Kimelfeld ressent le souffle des vents contraires : du retour annoncé précipitamment de Gérard Collomb à une séance du Conseil ce 17 septembre où il fut interpellé par l'élue Nathalie Perrin-Gilbert quant à l’insuffisance réelle d'hébergement des mineurs isolés alors que la Métropole en a la responsabilité... Mais sur un autre volet, la culture, il avance quelques pions plus importants qu'il n'y paraît. Lors de ce même conseil de mi-septembre, la Métropole a voté une subvention à trois festivals : Sens Interdits, Karavel, la Biennale Hors Normes. Pourquoi ceux-ci ? Selon Myriam Picot, vice-présidente chargée de la culture, il fallait que ce soit « des événements déjà connus, qui ont un retentissement avec des acteurs nationaux voire internationaux, qui se produisent dans plusieurs communes de la métropole et surtout qu'ils soient différenciants (sic) au niveau des esthétiques et des pratiques. » Le GRAME, qui organise la Biennale Musique en Scène, devrait être concerné par cette aide dans un an, à quelque mois de sa prochaine éditio

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Chuchoter à l’oreille du spectateur

Théâtre | Avec deux créations parmi six spectacles, la 4e édition du festival Micro Mondes promet une nouvelle fois de laisser le théâtre infuser par tous les pores du spectateur. Les arts immersifs se dévoilent du 14 au 25 novembre.

Nadja Pobel | Mardi 7 novembre 2017

Chuchoter à l’oreille du spectateur

Inventer de nouveaux rapports public-artistes pour ne pas toujours être dans une classique dualité scène-salle. Le festival Micro mondes, à l’instar du directeur du TNG Joris Mathieu, s’y emploie depuis plusieurs années sans virer à la posture. Ils sont nombreux les créateurs à déconstruire ce lien pour le réinventer. Cela mène parfois les spectateurs à être acteurs de cette mutation comme avec le "spectacle" qui ouvre la manifestation Happy manif. Casque sur les oreilles, les participants reçoivent des consignes pour interagir avec les autres et esquisser une chorégraphie. Cette idée de David Rolland fait furieusement écho au travail du Catalan Roger Bernat programmé dans une précédente édition, où il était question de s’approprier Le Sacre du printemps. Connue pour avoir fait le travail scénographique, son et lumière notamment d’Aurélie Van den Daele (Angels in America), la compagnie Invivo sort de résidence avec 24/7 et emmène en lisière de l’endormissement volontaire avec un travail sur le sommeil à partir de l’utilisation des casques à réalité virtuelle.

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L'infinie densité de la 5e édition de Sens interdits

Théâtre | Comment ça commence ? Comment ça finit ? Magistralement. Sens interdits, 5e du nom, a été plus qu'à la hauteur de l'urgence et la nécessité qui le sous-tendait. Ce festival international de théâtre, en faisant place autant à des troupes de non-professionnels qu'au savoir-faire et aux propos cinglants de Matthias Langhoff et Tatiana Frolova a démontré que sur les planches se dessine un regard sur le monde sans concession, qui fait tant défaut dans une société anormalement tiède et affadie.

Nadja Pobel | Mardi 31 octobre 2017

L'infinie densité de la 5e édition de Sens interdits

Si les discours politiques n'ont plus de sens depuis longtemps déjà, si les « en même temps » d'un président français tenant d'une ligne droite de plus en plus marquée – économiquement au moins - n'étaient pas si tragiques, si les mots ne s'annulaient pas tant les uns les autres (une autonomie retirée par ici, une indépendance proclamée par là) alors peut-être que le théâtre pourrait se contenter de nous conter encore les fables – pourtant hautement dérangeantes en leur temps – de Tchekhov ou Ibsen. Oui mais voilà, ce n'est pas le cas. Alors Tatiana Frolova, qui s'est pris les pieds dans le tapis de Dostoïevski il y a deux ans (Le Songe), a recréé son petit laboratoire dans son village de Sibérie. Des caméras, de vieilles photos, une paire de ciseaux, un peu de terre, « celle qu'[on] a biné, sarclé... la patrie. » Et voilà qu'elle et ses comparses dressent l'histoire du XXe siècle avec une application qui n'a d'égale que le caractère personnel qu'elle confère à ces événements célèbres dont elle aligne à la craie sur un tableau noir le nombre de victimes. Lénine, Staline – et ce Nuremberg que l'URSS n'aura

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Sens Interdits : L'art à l'écoute du monde

Dans la rue et gratuit | Ce théâtre élitaire pour tous que Vitez appelait de ses vœux trouve un écho à Sens Interdits, avec notamment trois propositions gratuites, dans l'espace (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 octobre 2017

Sens Interdits : L'art à l'écoute du monde

Ce théâtre élitaire pour tous que Vitez appelait de ses vœux trouve un écho à Sens Interdits, avec notamment trois propositions gratuites, dans l'espace public, sans réservation. Cette liberté s'accompagne d'un conseil hautement mesuré : être à l'heure aux rendez-vous fixé par Zora Snake et Garniouze (le 3e spectacle, Trafic, est relatif à la prostitution et se déroulera aux Ateliers Frappaz). Ce dernier est un conteur-acteur sidérant par son flow et sa capacité à quasiment rapper la parole de ceux que la société - eux, vous, moi - laisse s'échouer sur le bas côté ; ici, des victimes de la guerre économique mondiale. Gageons que Je m'appelle (texte d'Enzo Cormann) aura la force inouïe de Rictus, vu il y a deux ans. Transfrontalier a de façon absolument certaine cette puissance. Le danseur camerounais se livre dans un premier temps à une performance qui crée la gêne et la crainte : simplement vêtu d'un slip, il s'enduit de terre, s'enserre de fils barbelés et part, sur la route, en traînant son matelas. À ces ig

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Festival Sens Interdits : Interdit d'interdire

Théâtre | Exception dans le paysage théâtral lyonnais, le festival international Sens Interdits concentre, depuis dix ans, les maux du monde et fait place aux petites troupes comme à Matthias Langhoff. Du 19 au 29 octobre, 21 spectacles en version originale : coup de projecteur sur les humbles et renversants Hospitalités et Une longue peine.

Nadja Pobel | Mardi 17 octobre 2017

Festival Sens Interdits : Interdit d'interdire

C'est une conviction que Patrick Penot, directeur et fondateur de Sens interdits, a chevillée au corps et qu'il rappelait encore tout récemment : « rien ne fait plus réfléchir que le théâtre, car nous sommes là au milieu des autres ; le théâtre est une solitude partagée. » Ce ne pourrait être qu'une lapalissade, mais pour qui a déjà fait cette expérience avec un spectacle à hauteur de cette belle ambition, c'est un fait avéré. Pour qui s'est cogné aux parois d'un travail bâclé ou d'un texte imbitable, il est probable que cela lui ait été fatal. Ainsi va le destin d'un art si âpre souvent, si émouvant parfois. Même avec des propositions sans esbroufe. C'est le cas de Hospitalités créé en janvier dernier au théâtre de Vidy-Lausanne. Des chaises, des acteurs non-professionnels, mais acteurs de la cité au sens fort, et des images diffusées (celles de Jérémie Cuvillier, auteur d'un passionnant documentaire sur Thomas Ostermeier et sa Mouette l'an dernier pour Arte) sur l'un des "plus beaux villages de France", ceux dont au cœur d'un été étouffant, on trouve plus de charme qu'à une

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Nouvelle saison théâtre : du côté des festivals

Panorama | Bien sûr, il y a du théâtre toute l’année. Et partout, dans cette agglo foisonnante : l’opération Balises le rappelle (une place achetée / une place (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

Nouvelle saison théâtre : du côté des festivals

Bien sûr, il y a du théâtre toute l’année. Et partout, dans cette agglo foisonnante : l’opération Balises le rappelle (une place achetée / une place offerte pour 70 spectacles ciblés dans 45 salles). Mais les festivals, temps forts, aimantent à ce qui parfois manque. L’indispensable Sens Interdits, à ses débuts adossé aux Célestins et aujourd’hui autonome, va vivre sa 5e édition grâce à la volonté de son inénarrable directeur Patrick Penot, nettement moins par celles des pouvoirs publics si timides. Dans cette grande cité de culture, le théâtre international est si absent que ce festival semble devenu la seule réponse à ce vide : « urgence et nécessité » est-il annoncé d’emblée, pour ces spectacles qui disent comment se porte l’art et la vie là-bas, en Lituanie, en Russie, au Rwanda, en Grèce ou en Bolivie. Nous y reviendrons largement tant depuis sa création ce moment est une ouverture sur le monde, réaffirmant une altérité face à l'autre et une croyance absolue en la puissance de cet art. Autres événements marquants installés à force de s'être déployés avec pertinence sur leurs précéde

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Sens Interdits 2015 : 4 spectacles à ne pas manquer

SCENES | Le Songe de Sonia (Russie) Pour la troisième fois, Tatiana Frolova expose sa Russie au festival. Elle qui, en 1985, fonda le KnAM, un des tout (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2015

Sens Interdits 2015 : 4 spectacles à ne pas manquer

Le Songe de Sonia (Russie) Pour la troisième fois, Tatiana Frolova expose sa Russie au festival. Elle qui, en 1985, fonda le KnAM, un des tout premiers théâtres libres de Russie, tente aujourd'hui de survivre sous Poutine et met en avant ce que le régime tait, ici le mystère qui plane sur le nombre élevé de suicides dans son pays. Elle s’appuie pour cela sur un travail vidéo une fois de plus remarquable et sur Le Songe d’un homme ridicule de Dostoïevski, où un homme sur le point de se supprimer est rattrapé par le souvenir d’une enfant. Du 15 au 23 octobre et du 3 au 7 novembre aux Célestins Dreamspell (Lituanie) Encore étudiante en troisième année à l’académie lituanienne de musique et de théâtre, Kamilé Gudmonaité s’est elle aussi inspirée d’un Songe, celui, plus onirique, de Strinberg cette fois-ci. Elle y emmène six comédiens très expressifs, en exploration de questions existentielles tenant, par exemple, au rôle de l’individu dans le système sociétal. Ce spectacle inédit en France a déjà été salué dans plusieurs festivals européens, notamment celui de Brno où a il reçu, en 2015, le prix de la meilleure mise en sc

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Sens Interdits 2015 : le Chili de Pablo Larraín

SCENES | Pour sa première mise en scène de théâtre, le cinéaste Pablo Larraín livre avec "Acceso" un spectacle à l’image du festival Sens Interdits : férocement politique et fondamentalement humain. Retour sur son cheminement et sur l’histoire chilienne, que cette manifestation internationale raconte depuis trois éditions.

Nadja Pobel | Mardi 13 octobre 2015

Sens Interdits 2015 : le Chili de Pablo Larraín

Seul en scène, Sandokan trimbale sa vie en bandoulière. Dans sa sacoche, des babioles qu’il vend aux passants pour trois pesos six sous. Et puis aussi un livre, la nouvelle constitution politique du Chili, qui affirme que «chaque individu chilien a le droit d’avoir accès» (aux biens communs). Sur le mode de l’interpellation – qui sera la forme entière de la pièce – il s’adresse à son président. «Combien de fois nous avez-vous aidé ?» l’interroge-t-il. Sans vraiment dater leur propos, Larraín et son comédien Roberto Farias, qui ont travaillé de concert, questionnent ce que leur pays a à offrir à sa population dans cette époque contemporaine. Autrement dit pas grand chose. C’est de cette injustice-là que naît la colère du protagoniste qui, entre deux commerces (de peignes, d’une revue pour se muscler), déballe sa vie personnelle, de son enfance passée dans un centre de réinsertion pour mineurs où il a subi des sévices en tous genres à sa copine enceinte qui s’est pris des coups de pieds dans le ventre par son père qu’il a alors poignardé dix-huit fois. La langue est crue, vulgaire parfois, virulente toujours. Sandokan martèle cette inégalité de traitem

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Les grands rendez-vous de la saison théâtrale 2015/2016

SCENES | Souvent sur un mode biennal, tous les festivals de théâtre qui comptent réapparaîtront cette saison. Présentation.

Nadja Pobel | Mercredi 9 septembre 2015

Les grands rendez-vous de la saison théâtrale 2015/2016

Sens Interdits C’est LE festival. Celui qui tous les deux ans nous transmet les récits du monde, de ses déchirures et de ses espoirs, sur un plateau. Cette année, quinze spectacles venus de quatorze pays permettront d’explorer notre mémoire commune, le long du fil rouge de l’exclusion, qu'il soit question des migrants avec Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu ou du Chili traumatisé par Pinochet avec Acceso par le réalisateur Pablo Larraín (No). Les rescapés du Rwanda se feront aussi entendre dans Hate Radio grâce au Suisse Milo Rau et la fidèle Tatiana Frolova reviendra pour la troisième fois avec un spectacle documentaire qui mènera chez elle, au fin fond d’une Russie endolorie. Mais si les thèmes abordés à Sens Interdits sont durs, jamais ce festival n’est mortifère. Il est, au contraire, depuis trois éditions, la preuve que le théâtre contemporain est d’une vitalité inouïe. Du 20 au 28 octobre aux Célestins et dans la Métropole

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Toujours plus internationale et comptant 8 créations et 9 co-productions, la nouvelle saison des Célestins, au cours de laquelle sa co-directrice Claudia Stavisky se mesurera au très caustique "Les Affaires sont les affaires" de Mirbeau, s'annonce prometteuse. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

ACTUS | Ludique et politique est le visuel de la nouvelle plaquette (une croix faite de craies fragilisées) du Théâtre de la Croix-Rousse. Ludique et politique (et du coup franchement excitante) sera sa saison 2015/2016. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 31 mai 2015

La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

Des Fourberies de Scapin décapées au karcher par Laurent Brethome, le crépusculaire Mon traître d'Emmanuel Meirieu, David Bobée et son Lucrèce Borgia à (trop) grand spectacle... L'entame de la saison 2014/2015 du Théâtre de la Croix-Rousse fut l'une des plus fulgurantes qu'on ait connue depuis l'arrivée à sa direction de Jean Lacornerie. La rentrée 2015/2016 est bien partie pour soutenir la comparaison, ne serait-ce que parce qu'elle s'ouvrira sur la reprise du Bigre de Pierre Guillois, comédie muette «à voir et à revoir» (du 29 septembre au 3 octobre) selon la formule consacrée car aussi hilarante qu'ingénieuse. Suivront : une prometteuse transposition des conseils pour accéder à un trône et le conserver de Machiavel dans l'univers férocement contemporain du stage de formation par Laurent Guttmann (Le Prince, du 6 au 16 octobre) ; le retour, sous bannière Nimis Groupe, d'une partie des singuliers Belges du Raoul collectif (Le Signal du promeneur) avec Ceux que j'ai rencontrés ne

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Micro Mondes ou l’art en cinq dimensions

CONNAITRE | Des spectacles sensoriels dans de petites jauges : voici venir le festival Micro Mondes qui, pour sa deuxième édition, promet au spectateur d’être un peu plus acteur qu’à l’accoutumée. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 20 novembre 2013

Micro Mondes ou l’art en cinq dimensions

Elle avait déjà travaillé dans de grandes structures culturelles, de belles salles avec de beaux et impeccables spectacles. Puis un jour elle a vu Bucchetino. Céline Le Roux, directrice et fondatrice du festival Micro Mondes, dont la première édition s’est tenue il y a tout juste deux ans, se souvient encore de cette expérience incroyable. Romeo Castellucci, loin de la subversion de ses créations habituelles, avait reconstitué la maison du Petit Poucet et invitait les spectateurs à se coucher dans un des cinquante lits présents. Une fois la couverture repliée sur soi, on écoutait la conteuse nous dire cette histoire en respirant de véritables effluves d’eucalyptus et en entendant grincer l’escalier sous les pas du père montant voir ses enfants dans la pièce d’à-côté. Ce spectacle autant sensationnel que sensoriel nous a laissé comme à elle des souvenirs indélébiles. «Laisser des traces», c’est précisément ce que Céline Le Roux cherche dans ce festival des arts dits "immersifs" où le rapport au public est bouleversé, notamment du fait de jauges réduites (de une à cent personnes maximum). Toucher, jouer

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Sens interdits 2013, jours 7 & 8 : L’Adieu aux larmes

SCENES | "Regards de femmes" de Chrystèle Khodr et Chirine El Ansary. "Pendiente de voto" de Roger Bernat. "L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge" de Georges Bigot et Delphine Cottu.

Nadja Pobel | Jeudi 31 octobre 2013

Sens interdits 2013, jours 7 & 8 : L’Adieu aux larmes

Sens Interdits s’est achevé pour nous avec deux pièces déjà vues en amont du festival et dont vous avions parlé dans la version papier du Petit Bulletin. Si Pendiente de voto s’avère être un spectacle très dépendant de la participation du public et de sa capacité à débattre intelligemment ou pas (ce qui fut loin d’être le cas lors de notre séance), L’Histoire terrible… est lui d’une solidité constante. La troupe de jeunes Cambodgiens a fait se lever spontanément toute la grande salle des Célestins après 3h30 en khmer exigeantes et néanmoins passionnantes. Et nous voilà à nous demander depuis quand nous n'avions pas vu pareil enthousiasme du public dans cette ville de Lyon réputée (et souvent à juste titre) froide. En effet peu nombreuses sont les pièces à pouvoir déclencher une vraie ferveur au cours d’une saison. Sur le festival, elles furent pourtant plus d'une, qui plus est dans des salles bien remplies, quand elles n’étaient pas

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Sens interdits, jours 5 & 6 : aux noms des pères

SCENES | "El año en que nací" de Lola Arias.

Nadja Pobel | Mardi 29 octobre 2013

Sens interdits, jours 5 & 6 : aux noms des pères

Appliquant à la lettre une mesure de gauche existante (oui ça existe encore parfois), nous nous sommes accordés une pause dominicale.Retour au théâtre ce lundi avec la première déception du festival : El año en que nací, présenté au Radiant. Onze jeunes Chiliens nés entre 1971 et 1989 racontent la dictature de Pinochet et le sort de ses opposants via l'histoire vraie de leurs pères. Au plateau, le dispositif scénique est réjouissant : une table en verre avec caméra à jardin (qui, exactement, comme dans Je suis de Tatiana Frolova, va servir à faire défiler des documents liés à l'histoire de chacun), une série de casiers de lycées américains en fond de scène et des comédiens à vue côté cour... Et puis des micros et une guitare, qui semblent garantir que la pièce ne se vautrera pas dans la naphtaline passéiste. Problème, les onze racontent leur histoire sur le même mode opératoire : des documents réels ayant appartenus à leurs paternels (photos, pièces d'identité...) sont systématiquement filmés, projetés sur écran et sourlignés au feutre au fur et à mesure qu'ils sont commentés.C'est là que le

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Sens interdits 2013, jour 4 : «avec humanité et chœur»

SCENES | "Chœur de femmes" de Marta Górnicka. "Je suis" de Tatiana Frolova.

Nadja Pobel | Dimanche 27 octobre 2013

Sens interdits 2013, jour 4 : «avec humanité et chœur»

Il est facile de parodier cette petit phrase perfide et cynique que Jean-Louis Debré, alors ministre de l’Intérieur, avait prononcée lors de l’évacuation musclée de trois-cents sans-papiers de l’église Saint-Bernard en 1996, mais elle résume bien notre quatrième journée passée à Sens interdits, le cœur s'y étant allègrément confondu avec le chœur des Polonaises. Nous les avions ratées lors de leur passage dans ce même festival en 2011, et ce n’est pas en voyant Chœur de femmes que notre curiosité fut rassasiée. Car aussitôt conquis, la frustration de manquer les deux autres volets (Magnificat et Requiemachine) a fait son apparition (on ne pas être partout…). C’est que ces femmes de tous âges, toutes tailles et toutes corpulences, sont épatantes. Impeccablement dirigées, autant vocalement que dans l’espace du plateau, par Marta Górnicka, elles disent rien moins qu’elles existent, que la vaisselle ne leur est pas exclusivement réservée, que Lara Croft, c’est elles aussi. Elles le martèlent avec conviction mais aussi avec humour, elles le chantent collectivement, et parfois

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Sens Interdits 2013, jour 3 : ArabRévolt

SCENES | "ArabQueen" de Nicole Öder. "Invisibles" de Nasser Djemaï.

Nadja Pobel | Samedi 26 octobre 2013

Sens Interdits 2013, jour 3 : ArabRévolt

Ca va, ça vient sous le chapiteau posé devant les Célestins. Une première pour ce festival qui du coup revêt vraiment un aspect convivial (café, snack, librairie, et un même un bal balkanique survolté !). Mais pas le temps de s’attarder aux débats sur la place publique et de discuter du nouvel espace de liberté conquis par les artistes tunisiens ou égyptiens après les révolutions arabes. Nicole Öder et ses copines allemandes nous attendent au TNG. Filons.   Reines d’elles-mêmes Un cube carré bien tassé et un sol blanc immaculé. Voilà tout. Avec si peu, Tanya Erarstin, Inka Löwendorf et Sasha Ö Soydan vont faire beaucoup dans ArabQueen. À cour et jardin, à peine dans l’ombre, elles opèrent aux yeux de tous leurs transformations pour incarner pléthore de personnes récurrentes, hommes ou femmes, vieux ou ados. Rien n’est caché. Et ça marche ! Seule l’une d’elles interprète, de bout en bout ou presque, Mariam, jeune fille d’aujourd’hui qui vit dans un foyer d’hier, celui de ses parents traditionnalistes immigrés en Al

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Sens interdits 2013, jours 1 et 2 : Les femmes au pouvoir

SCENES | Maudit soit le traître à sa patrie. Bussy monologues. Villa + Discurso.

Nadja Pobel | Vendredi 25 octobre 2013

Sens interdits 2013, jours 1 et 2 : Les femmes au pouvoir

Après une ouverture coup de poing, passablement énervée et sacrément accusatrice envers les spectateurs (qui tous n'ont pas souhaité la nomination de Manuel Valls au ministère de l'Intérieur, quoi qu'en disent les véhéments comédiens) par les Croates et Slovènes de Maudit soit le traître à sa patrie, le programme de jeudi fut plus posé mais pas moins calme et tranchant.   Un héros ? Des égyptiennes ! À peine débarquées d'Egypte, Mona El Shili et Sondos Shabayek ont posé leurs petites affaires en fond de scène du Théâtre de l'Elysée : des foulards, une brosse à cheveux, une poupée d'enfant... Et pendant une heure, dans Bussy Monologues, elles ont incarné leurs compatriotes féminines qui, depuis plusieurs années, leur laissent des témoignages à l'Université américaine du Caire, là où les deux jeunes filles se sont rencontrées et ont eu l'idée de ce spectacle - dont une partie seulement est présentée ici. Il y est question du corps de la femme, de l'apparition des règles aux premiers désirs, des tentatives d

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Mon vieux

SCENES | Pour sa troisième pièce en tant qu’auteur, le Grenoblois Nasser Djemaï s’intéresse aux travailleurs immigrés restés en France sans leur famille. Et offre un spectacle d’une justesse de ton remarquable. Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 22 octobre 2013

Mon vieux

Les invisibles, ce sont ces « travailleurs immigrés, écartelés entre les deux rives de la Méditerranée, qui ont vieilli ici, en France » explique en note d’intention l’auteur et metteur en scène Grenoblois Nasser Djemaï. « Ils sont restés seuls, pour des raisons diverses. La France est devenue leur pays, mais ils sont devenus des fantômes. » Un constat cruel et désabusé sur une société française qui a longtemps fait appel à une immigration de travail, mais qui a ensuite refusé de considérer ces travailleurs comme des citoyens à part entière. Nasser Djemaï s’est ainsi servi d’une histoire à la Wajdi Mouawad centrée sur la quête des origines (à la mort de sa mère, un jeune homme apprend qu’il a un père, et part à sa recherche) pour dresser le portrait de ces Chibanis (cheveux blancs en arabe) aujourd’hui à la retraite et vivant en groupe dans des foyers, loin de la collectivité et – surtout – de leur famille restée au bled. Je t’aime, moi non plus En suivant les énigmatiques derniers mots prononcés par sa mère sur son lit de mort, Martin, agent immobilier à la

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L'art de prendre les Sens interdits

SCENES | Le festival international Sens Interdits se tiendra du 23 au 30 octobre dans divers théâtres lyonnais. Décryptage de son contenu.

Nadja Pobel | Jeudi 17 octobre 2013

L'art de prendre les Sens interdits

Bien souvent, dans les théâtres, des artistes d'ici nous racontent le monde (quand ce n’est pas leur tout petit monde). Durant Sens Interdits, festival de théâtre international créé en 2009, ce sont des comédiens et metteurs en scène d'ailleurs qui viennent nous dire comment ils vivent, quelles sont leurs interrogations, mais aussi et surtout comment ils font du théâtre. À l’initiative de Patrick Penot, co-directeur des Célestins et lui-même baroudeur qui a travaillé en Europe de l’est avant et après la chute du Rideau de fer, des questions essentielles de mémoire, d'identité et de résistance seront posées durant sa troisième édition, programmée du 23 au 30 octobre sur onze scènes de Lyon et des alentours. Les femmes y occupent une très large place, un hasard qui en dit long sur leur manière de porter haut la parole de leur peuple: Nicole Öder nous emmène dans le quartier de l’immigration turque de Berlin, Neukölln pour évoquer l’intégration dans ArabQueen (au TNG), la troupe du Chœur de femmes polonaises de Marta Górnika réhabilite le souffle antique et critique (à la Renaissance), les Hongrois

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Sens interdits : obligatoire !

SCENES | Quand ils étaient venus lors de la précédente édition du festival Sens interdits, en 2011, de tous jeunes acteurs cambodgiens nous racontaient l’histoire de (...)

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2013

Sens interdits : obligatoire !

Quand ils étaient venus lors de la précédente édition du festival Sens interdits, en 2011, de tous jeunes acteurs cambodgiens nous racontaient l’histoire de Norodom Sihanouk, leur prince, déchu et trahit par le dictateur Pol Pot. Ils reviendront cette année nous narrer la deuxième partie de cette pièce fleuve d’Hélène Cixous mais depuis le vieux Sihanouk est mort. Ainsi va la vie Sens interdits (du 23 au 30 octobre dans les salles de Lyon et l’agglomération) dont la programmation théâtrale est bousculée autant qu’elle est inspirée par l’actualité d’ici mais surtout d’ailleurs. Patrick Penot, co-directeur des Célestins, n’a pas eu besoin de changer le sous-titre de l’événement qu’il a lancé en 2009 : interroger les «mémoires, identités» et surtout «résistances». Si le propos politique sous-tend chaque spectacle, aucune des troupes n’oublie de faire du théâtre avant tout. Ce sera le cas avec des artistes du monde arabe (Bussy monologies, ArabQueen, Regards de femmes) mais aussi de l’Europe vieillissante et quoique colérique (les slovènes de Maudit soit le traître à sa

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Festin aux Célestins

SCENES | Alors que s’achève tout juste, sur le plateau des Célestins, une version tonitruante de "Cyrano" (avec un Torreton sidérant), le théâtre de la Ville de Lyon annonce une future saison résolument européenne et contemporaine. Laquelle sera lancée par la mise en scène de "Chatte sur un toit brûlant" par Claudia Stavisky et l’indispensable festival international Sens interdits. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 5 juin 2013

Festin aux Célestins

Bien sûr, nous sommes aux Célestins, un des théâtres d’excellence de la région, où ce sont les mots qui sont portés aux nues au fil des très nombreux levers de rideaux (270 lors de la saison qui vient de s’écouler). Ce sont toutefois des chiffres qui nous permettront d’y voir plus clair dans sa saison 2013/2014 : un tiers de spectacles mis en scène par des femmes, dont la moitié écrits par la gente féminine, cinq grands maîtres du plateaux (Bondy, Ostermeier, Lupa, Goebbels, et Vogel), neuf pièces internationales, un tiers de la programmation composée de compagnie de la région Rhône-Alpes (Nöjd, Haut et Court…). Des locaux et des stars Du côté des mots, les premiers à résonner seront ceux de Tennessee Williams avec Chatte sur un toit brûlant, créé cet été au Château de Madame de Sévigné à Grignan (44 représentations !) et repris dès le 19 septembre. Autre résident (temporaire), le circassien Mathurin Bolze qui présentera en novembre Ali + Nous sommes pareils à des crapauds qui dans l’austère nuit… (attention, titre à rallong

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Sens interdits, jour 8 : La fin du voyage

SCENES | Théâtre / La folle semaine du festival Sens Interdits s'est achevée comme elle avait commencée : dans un geste politique et artistique fort avec la fresque cambodgienne "L'Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge". Retour sur cette pièce et sur ces huit jours où il fut question d'élections libres, de solitude du pouvoir, de l'holocauste, d’engagements et toujours de théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 2 novembre 2011

Sens interdits, jour 8 : La fin du voyage

La niaque de Sihanouk Bien sûr, l’histoire même de la pièce sur Norodom Sihanouk et le Cambodge contemporain était déjà une raison de ne pas rater ce spectacle. Créée en 1985 à la Cartoucherie de Vincennes et relatant 24 ans (de 1955 à 1979) d'histoire cambodgienne en 9h, cette épopée nous était proposée (pour moitié) en première mondiale mercredi dernier interprétée en khmer par les héritiers de ce récit. Une troupe de jeunes Cambodgiens a appris le théâtre et le jeu spécifiquement pour ce projet. Malgré les répétitions que nous avions vues récemment, il était tout de même à craindre que tout cela ne tienne pas la longueur avec un décor unique et simplissime (un plateau de bois et un rideau orange en fond de scène plus quelques accessoires). Erreur. L’équipe, d'une solidarité épatante et d’une rigueur indéfectible, livre un spectacle bouleversant servi aussi par le texte parfois drôle, souvent juste, jamais ampoulé d'Hélène Cixous. Tout n'est pas toujours situé dans le temps mais qu'importe puisque seule compte la tension permanente qui s’installe au plus haut sommet de ce «petit» pays comme disent avec dédain les «immenses» Etats-Unis. Norodom Sihanouk, qui a obtenu

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Sens interdits, jour 7 : Écoutez (voir)

SCENES | Théâtre / Il se passe quelque chose de bizarre avec les rêves… (France – République Tchèque). Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 28 octobre 2011

Sens interdits, jour 7 : Écoutez (voir)

Fermez les yeux et écoutez. La Tchèque Frederika Smetana (dont la compagnie Golem est installée vers Grenoble dans le Trièves) s’est emparée de témoignages archivés à la maison d’Izieu (Ain) pour nous remettre le nez dans cette cruelle histoire. Entre mai 1943 et avril 1944, des enfants juifs issus de différents pays sont cachés dans une maison de cette commune alors située dans le Rhône en territoire non occupé, qui passe sous occupation italienne en septembre 1943. Le passé de ces enfants a été consigné et il est livré brut avec les souvenirs figés en Pologne ou rue des Rosiers (où les parents ne peuvent pas apprendre le français car ils habitent le Marais !). Rien de dramatique encore car tout est dit du point de vue de ces minots plus insouciants que leurs parents mais qui malgré tout doivent se cacher et porter l’étoile jaune. Nul ne pouvait imaginer encore que cette maison d’Izieu serait envahie par la Gestapo et Klaus Barbie. 42 enfants sont envoyés manu militari à Auschwitz où ils sont gazés dès leur arrivée. Il faut ajouter à ce sinistre bilan deux adolescents et l’un des tenanciers de la Maison, Miron Zlatin, tous trois portés disparus sur

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Sens interdits, jour 6 : Ceci est (aussi) du théâtre

SCENES | Théâtre / Ceci est mon père (Pays-Bas). Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 27 octobre 2011

Sens interdits, jour 6 : Ceci est (aussi) du théâtre

Ça commence comme un spectacle potache entre un père et son fils façon stand-up familial. La biographie du père est distribuée aux spectateurs. À nous d’interroger ce sexagénaire soixante-huitard sur sa vie et ses différences avec son rejeton. La salle, restée dans la lumière, joue volontiers le jeu mais au bout d’une vingtaine de minutes, le procédé tourne un peu en rond. Pourtant, dès l’entame de sa performance, le père d’Ilay den Boer précise que le fils est juif contrairement à lui : «on est juif par la mère car le père peut être n’importe qui, un ami, un voisin, Dominique Strauss-Kahn». Quand la blague a assez duré, Ilay den Boer retourne son récit car sa judéité est la raison d’être de Ceci est mon père. Footballeur professionnel prometteur, ce fan du Feyenoord a été raillé dans les vestiaires par ses camarades qui remarquent sa circoncision. Une série de violentes agressions vont suivre le menant à totalement changer de vie (abandonner le foot pour le théâtre et s’investir pleinement, trop selon son père, dans la lutte contre l’antisémitisme).  Do you speak jewish ?

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Sens interdits, jour 5 : Petit théâtre des opérations

SCENES | Théâtre / Une guerre personnelle (Russie). Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 26 octobre 2011

Sens interdits, jour 5 : Petit théâtre des opérations

Depuis 25 ans, Tatiana Frolova fait du théâtre au bout de la Russie, pour ne pas dire au bout du monde, à Komsomolsk-sur-Amour, du côté de Vladivostok, à dix heures d’avion des Moscovites qui la dirigent. La résistance, sous-titre du festival, n’est pas un vain mot pour cette metteur en scène au visage de jeune fille et qui pourtant affiche 50 ans au compteur. Née sous Khrouchtchev, elle a connu les affres du communisme («ces gens-là ont anéanti le pays et la culture, ils ont transformé les russes en esclaves» disait-elle samedi dernier lors d’une discussion avec les Tunisiens Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi). Pourtant, elle s’apprête à faire ce qu’elle n’aurait jamais imaginé auparavant : voter pour eux — les communistes — aux prochaines élections en 2012 car «c’est un acte d’opposition à l’élite de Poutine» qu’elle pourfend. L’écrivain Edouard Limonov n’est donc pas seul dans ce combat-là ! Le temps des loups Au tableau des récriminations contre ces oligarques figure inévitablement le conflit en Tchétchénie qui, comme toutes les guerres, n’a ni justification ni sens. Frolova a trouvé le jeune auteur Arkadi Bab

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Sens interdits, jour 4 : Quand les repères s’effacent

SCENES | Théâtre / Ňi pu tremen (Chili). Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 25 octobre 2011

Sens interdits, jour 4 : Quand les repères s’effacent

On s’était dit avant d’entamer ce marathon théâtral qu’on ne verrait les spectacles qu’avec un œil critique, que l’estampillage "venus d’ailleurs" n’empiéterait pas sur notre jugement. Que quel que soit le pays d’origine de la création proposée et les difficultés avec lesquelles elle s’est bâtie, cela ne supplanterait pas sa qualité intrinsèque théâtrale. Et voilà que tout fout le camp. Avec Ňi pu tremen (au TNG jusqu’à mercredi), il n’est plus possible d’appliquer une traditionnelle grille analytique. Rien ne tient et pourtant les onze femmes sur scène face à nous émeuvent. Toutes ridées, elles convoquent leurs souvenirs de jeunesse qu’elles ont longtemps tus, dans la république de Pinochet notamment. Elles sont mapuche, minoritaire communauté chilienne souvent méprisée. Mais la toile de fond historique n’est pas dessinée. Elles font juste remonter à la surface leur vie de femme et de mère tout en travaillant la laine ou buvant du maté. Les témoignages s’égrènent, elles s’accompagnent mutuellement par de la musique et s’habillent les unes les autres de leurs costumes traditionnels. C’est simple et délicat. Et il est impossible

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Sens interdits, jour 3 : Ici on rase les barbes

SCENES | Ce jour-là (Afghanistan). Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 24 octobre 2011

Sens interdits, jour 3 : Ici on rase les barbes

Le voilà le grand spectacle que l’on attendait ! Ce jour-là est un festival a lui tout seul parce qu’il est incroyablement vivant alors qu’il nous plonge au cœur de l’Afghanistan de 1995 à aujourd’hui. Il y a là du drame, des rires, une capacité à inventer des lieux d’actions infinis et des acteurs qui se plient à ce rythme soutenu, se métamorphosent en talibans, en soldats US — à peine plus fréquentables que les premiers, et surtout en simples afghans qui regardent passer les bombes quand elles ne les anéantissent pas. Théâtre du Soleil Avant de découvrir le travail fait avec les Cambodgiens sur "L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge" (de mercredi à vendredi prochains), il était donné à voir ce dimanche soir aux Célestins une autre co-production du Théâtre du Soleil avec des acteurs en herbe, issus d’un pays où le théâtre est un luxe quand manger, se loger, s’habiller est déjà une sinécure : la troupe AFTAAB. Ariane Mnouchkine est allé donner des cours de théâtre en 2005 en Afghanistan. En résulte ce groupe du théâtre AFTAAB qui a bien grandit en six ans. Ils ont déjà quelques créations à leu

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Sens interdits, jour 2 : Une rigoureuse rigueur

SCENES | Conférence sur la résistance et le théâtre. Comida Alemana (Chili). Vérité de soldat (France-Mali). Nadja Pobel

Nadja Pobel | Dimanche 23 octobre 2011

Sens interdits, jour 2 : Une rigoureuse rigueur

Avant de filer voter en Tunisie ce dimanche, Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi, créateurs de "Yahia Yaïch Amnesia", se sont arrêtés aux Célestins pour discuter avec le public sur le thème «théâtre et résistance». Où l’on a pu entendre des paroles justes qui glacent le sang. Ils ont subi la censure sous Ben Ali, bien sûr (parfois de manière totalement ridicule : il ne fallait pas placer le mot Internet dans ce spectacle "Amnesia" car le chef d’Etat était un adepte de la toile et c’était donc l’évoquer indirectement !), mais la censure la plus grande vient probablement du public que des décennies de dictature ont crétinisé : «Rendez-vous compte, le public n’a par exemple connu qu’une chaîne de télévisions, celle du parti unique depuis 56 ans !» précise Fadhel Jaïbi. Puis il y a l’auto-censure. Comme d’autres artistes, ils ont dû composer avec les interdits sans se renier pour ne pas être empêché de jouer. Mais cette censure n’est pas tombée comme par magie le 14 janvier dernier. «Je ne suis jamais senti autant traqué et menacé dans ma chair que depuis la chute du régime. Les forces contre-révolutionnaires sont en marche messieurs, dames» dit-il gravement précisant qu

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Sens Interdits 2011 – Jour 1 : Boomerang

SCENES | Yahia Yaïch Amnesia (Tunisie)

Nadja Pobel | Samedi 22 octobre 2011

Sens Interdits 2011 – Jour 1 : Boomerang

Il y a décidément quelque chose qui sonne juste dans ce festival Sens interdits. Quelques minutes avant de déclarer ouverte cette semaine de festivités, Patrick Penot, son directeur, monte sur scène pour rappeler à quel point il est utile d’être curieux pour devenir plus tolérant, nous souhaitant ensuite bonne promenade (dans cette programmation) et bon voyage. CARAMBOLAGE Première escale : la Tunisie qui s’apprête à voter librement dimanche. Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi, auteur et metteur en scène de Yahia Yaïch Amnesia présentent leur spectacle deux soirs ; dimanche matin, ils prendront à l’aube un car pour rejoindre l’aéroport de Marseille et filer voter. Enfin ! Pour l’heure, ils nous demandent d’imaginer l’avant Ben Ali, période dans laquelle ils ont composé cet "Amnesia" qui semble étrangement prémonitoire. Un ministre influent vient d’être limogé et le peuple, fou de joie, exprime son bonheur dans la rue. Toute ressemblance avec un fait ayant existé n’est bien sûr que pure coïncidence. Car le spectacle a été créé à Tunis en mai 2010 ! Comme le disait encore Patrick Penot en entame de festival, «le théâtre parfois de

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Mode d’emploi

SCENES | Le festival Sens interdits se déroule dans divers théâtres de Lyon. Hormis les Célestins, les spectacles sont accueillis au TNG, aux Ateliers, à l’Élysée, aux (...)

Nadja Pobel | Vendredi 14 octobre 2011

Mode d’emploi

Le festival Sens interdits se déroule dans divers théâtres de Lyon. Hormis les Célestins, les spectacles sont accueillis au TNG, aux Ateliers, à l’Élysée, aux Subsistances, à la Croix-Rousse et au Point du Jour. Les tarifs oscillent entre 5€ (tarif jeune en 4e série dans la grande salle des Célestins) et 26€ (1ère série) Renseignements : 04 72 77 40 00 de 13h à 18h45.

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Halte là

SCENES | Dans quelques jours, le 23 octobre, les Tunisiens voteront pour trouver un successeur à Ben Ali qu’ils ont courageusement chassé le 14 janvier dernier. (...)

Nadja Pobel | Jeudi 13 octobre 2011

Halte là

Dans quelques jours, le 23 octobre, les Tunisiens voteront pour trouver un successeur à Ben Ali qu’ils ont courageusement chassé le 14 janvier dernier. Rien ne dit que l’avenir sera rose, le parti islamiste Ennahda étant largement favori, mais l’histoire est en marche. Parmi les électeurs de dimanche figureront Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi, metteur en scène, auteur et acteur de Yahia Yaïch Amnesia (l’histoire d’un ministre très influent qui apprend son limogeage à la télé !) présenté en ouverture du festival Sens interdit, les 21 et 22 octobre. Son directeur Patrick Penot ne pouvait rêver plus beau carambolage d’actualité pour l’entame de cette manifestation qu’il place sous le signe «d’un théâtre de l’urgence, un théâtre profondément politique qui dit le monde». Car l’art n’est pas déconnecté de l’espace dans lequel il s’invente. La preuve en est faite quand le théâtre évoque la guerre de Tchétchénie (Une Guerre personnelle au Point du Jour) ou le coup d’état au Mali en 1968 (Vérité de soldat à la Croix-Rousse). Il est parfois question de récits plus «quotidiens» dans des pays bien peu tranquilles : la compagnie Aftaab relate l’Afghanistan d’aujourd’hui (Ce jour-là aux Célesti

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Soleil khmer

SCENES | Théâtre / En clôture de leur appétissant festival Sens interdits dédié au théâtre d’ailleurs, les Célestins accueillent une troupe de Cambodgiens qui nous entraînent dans la douloureuse histoire récente de leur pays à travers leur Roi Norodom Sihanouk. Récit de ce projet fou et détour par les répétitions à Vincennes. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 13 octobre 2011

Soleil khmer

Il s’agit d’une fable théâtrale comme seule la Cartoucherie sait en produire ; sauf que sans l’implication des Célestins (co-producteurs et producteurs délégués), l’épilogue ne serait pas le même. La pièce qui sera présentée en première mondiale les 26, 27 et 28 octobre prochains à Lyon et au titre à rallonge — L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge — est un miracle que Patrick Penot, directeur et instigateur du festival Sens interdits, a ardemment désiré. Ce spectacle avait pourtant déjà eu une première vie. Flashback. Vincennes, 1985 En 1985, Ariane Mnouchkine et son Théâtre du Soleil créent cette pièce écrite par la collaboratrice fidèle de la troupe, Hélène Cixous, dix ans seulement après l’arrivée des Khmers Rouges dans Phnom Penh. Comme souvent à la Cartoucherie de Vincennes, le projet est démesuré. Cixous a écrit deux textes, deux «périodes» selon la terminologie de l’auteur, de cinq actes chacune. Au bout du compte : neuf heures de théâtre qui relatent l’histoire cambodgienne de 1955 (Le Roi Sihanouk cède le trône à son père) à 1979 (les Viêtnamiens font tomber le Kampuchea Démocratique

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D’autres vies que la nôtre

SCENES | Avec la deuxième édition du festival Sens interdit à l’automne, Patrick Penot, directeur artistique, et par ailleurs co-directeur des Célestins, fait une promesse : réaffirmer l’essence politique du théâtre. Décryptage du contenu de cette programmation aussi alléchante que nécessaire. NP

Nadja Pobel | Vendredi 2 septembre 2011

D’autres vies que la nôtre

En 2009, Patrick Penot avait porté ce projet un peu fou de proposer du théâtre d’ailleurs. Cinq pays étaient alors invités dans dix salles de l’agglomération. La thématique casse-gueule «Identités, mémoires et résistances» n’a pas effrayé le public qui est venu en masse. Il est donc possible d’être exigeant et de répondre aux attentes des spectateurs dans un même élan. En deux ans, c’est un euphémisme de dire que la scène politique française a passé à la broyeuse ces concepts forts en les offrant en pâture au populisme via, par exemple, un vrai-faux débat sur l’identité nationale. Patrick Penot a donc gardé la même thématique et convié onze spectacles venus de dix nations de tous les continents (à l’exception de l’Océanie) joués en douze langues (du dari au mapuche, du khmer au bambara en passant par les plus usités arabe, russe, anglais, néerlandais, allemand, polonais ou espagnol). Mais au-delà des chiffres, ce festival est surtout une cage de résonance aux cris venus de différents endroits du globe à commencer par la Tunisie pré-révolution. Ailleurs, c’est iciQuelques mois avant le renversement du despote Ben Ali le 14 janvier dernier, Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi c

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Une Biennale Politique

SCENES | Propos / 'Sens Interdits', une nouvelle Biennale de Théâtre, se déroulera à Lyon du 17 au 26 septembre. Organisé par le Théâtre des Célestins, ce festival se donne pour objectif d’explorer les «mémoires, les identités et les résistances» au cœur du continent européen. Propos recueillis lors de la présentation de l’événement par DA

Dorotée Aznar | Jeudi 3 septembre 2009

Une Biennale Politique

Avant d’explorer plus avant la programmation de 'Sens Interdits' qui se déroulera du 17 au 26 septembre dans diverses salles de spectacles de Lyon, voici comment les principaux organisateurs et soutiens de l’événement définissent ce festival de théâtre engagé mettant en scène des artistes polonais, croates, russes, turcs et afghans. Patrick Penot, codirecteur des Célestins «Nous n’avons pas voulu faire une énième copie d’un festival de théâtre généraliste. Nous observons le monde et il nous semble que le théâtre, arme artisanale et fragile, est un moyen adéquat pour évoquer des problématiques essentielles pour les jeunes générations : la mémoire, l’identité et la résistance. /…/ Avec 'Sens Interdits', nous voulons montrer sans jugement, sans idéologie et sans censure». Claudia Stavisky, codirectrice des Célestins «Nous avons souhaité montrer une diversité artistique la plus large possible. Ce qui nous guide, c’est le sens, dans un monde où les doutes, les ruptures et le danger ont pris une place essentielle… Il faut comprendre les forces qui interagissent pour construire le vivre ensemble. 'Sens Interdits' est un acte militant, militant pour la libre circulation des artistes et

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