Les Bêtes du sud sauvage

Auréolé de prix dans tous les festivals, de Sundance à Deauville en passant par Cannes, le premier film de Benh Zeitlin raconte, au croisement de la fiction ethnographique et du conte fantastique, une bouleversante histoire d’enfance et de survie. Christophe Chabert

Il était une fois une petite fille qui s’appelait Hushpuppy et qui vivait avec son père dans le bayou en Louisiane, sur une île marécageuse que ses habitants avaient baptisée «le bassin». Ce "Il était une fois" colle parfaitement aux Bêtes du sud sauvage : il dit à la fois sa force de témoignage quasi-documentaire et sa nature de conte pour enfants. Autant dire que Benh Zeitlin convoque des puissances contradictoires pour créer la souveraine harmonie qui baigne son film : d’un côté, l’urgence d’enregistrer ce bout d’Amérique oubliée, bientôt englouti au sens propre comme au figuré, et de l’autre lui donner la fiction qu’elle mérite en l’inscrivant dans une vision cosmique. L’infiniment grand est en effet regardé depuis l’infiniment petit : à la hauteur d’une enfant de 6 ans (la surprenante Quvenzhané Wallis), qui livre ses pensées naïves mais pleines de bon sens sur les événements qu’elle traverse, matérialisant ses peurs à travers une menace sourde dont l’avancée vient régulièrement percer le récit d’une pointe de fantastique. Car si sa réalité est celle de la lente agonie de son père, de la quête de sa mère enfuie et d’une tempête qui fait vaciller les digues et monter le cours des eaux, son imaginaire convoque les aurochs, monstres mythologiques en forme de sangliers géants libérés par la fonte des glaces.

La légende d’Hushpuppy

La sidération ressentie face aux Bêtes du sud sauvage tient ainsi à cet équilibre inédit entre un naturalisme a priori attendu (caméra à l’épaule, acteurs non professionnels trouvés sur place, observation minutieuse des mœurs et des rites d’une micro-société) et son inverse absolu, un mélange de légende et d’onirisme, de fantasmes enfantins et de fulgurances lyriques. Le génie de Zeitlin, c’est que tout cela s’interpénètre jusqu’au vertige, dès la scène d’ouverture où ce qui ressemblait à une tranche de vie ordinaire se termine en carnaval païen. Le cinéaste a même le bon goût de ne jamais laisser son film s’enliser dans sa propre routine : il suffit d’une ultime escale sur un rafiot peuplé de prostituées pour créer un nouvel appel d’air dans le récit et le propulser toujours plus haut dans l’émotion. Car face à cette œuvre où le mot d’ordre des personnages est de ne jamais pleurer et de rester joyeux même confrontés au deuil, les larmes du spectateur sont sollicitées à maintes reprises. Des larmes de tristesse, souvent, mais aussi des larmes de bonheur.

Les Bêtes du sud sauvage
De Benh Zeitlin (ÉU, 1h32) avec Quvenzhané Wallis, Dwight Henry…
Sortie le 12 décembre

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