Maîtres et maîtrise

En attendant Spielberg et Bigelow, c’est Paul Thomas Anderson, Im Sang-Soo et l’outsider Pablo Berger qui vont animer les écrans en janvier, avec des propositions de cinéma fortes et variées. Youpi ! Christophe Chabert

Certes, en fin de mois, Zero dark thirty de Kathryn Bigelow (le 23 janvier) et Lincoln de Steven Spielberg (30 janvier) devraient frapper fort et confirmer un exceptionnel début d’année 2013. Mais avant tout cela, il faudra être au rendez-vous dès le 9 janvier avec la sortie du très attendu The Master de Paul Thomas Anderson. Le cinéaste nous avait laissé sur une très grande œuvre, There will be blood, qui allait chatouiller le spectre de Stanley Kubrick ; il revient avec un film encore plus ambitieux où il brasse pêle-mêle le retour à la vie civile des soldats de la deuxième guerre mondiale, la naissance de l’Église de scientologie et surtout la relation de dépendance mutuelle entre un ex-GI impulsif, alcoolique et obsédé sexuel, Freddie, et Lancaster Dodd, gourou de cette nouvelle religion, lui aussi porté sur la bouteille et prématurément castré par une femme ayant de faux airs de Lady Macbeth. Tout devrait les séparer et pourtant ils reviennent l’un vers l’autre comme des aimants. Si The Master semble parfois glisser entre les doigts niveau sujet, il est indéniable que la mise en scène, impressionnante, de Paul Thomas Anderson et le choc entre les deux comédiens, Joaquin Phoenix, génial d’instabilité et de folie, et Philip Seymour Hoffman, délestant en cours de route son jeu de tout cabotinage et révélant ainsi une inquiétante froideur, garantissent un spectacle peu commun, lent à digérer mais absolument fascinant.

Blanche neige et le taureau

Alors que beaucoup se pâment devant son quasi-homonyme Hong Sang-Soo, on préfère ici Im Sang-Soo ; certes, L’Ivresse de l’argent (23 janvier) est un peu bancal, formellement élégant mais d’une radicalité politique qui ne fait pas dans la dentelle. L’itinéraire de ce Rastignac sud-coréen qui pense jouer de ses attraits pour gravir les échelons sociaux montre en tout cas qu’Im a de la suite dans les idées, poursuivant après The Housemaid la comédie humaine balzacienne qu’il envoie dans les dents de son pays. La divine surprise de ce mois de janvier, c’est Blancanieves (23 janvier) de Pablo Berger. Après The Artist et Tabou, c’est un nouveau retour au film muet dont il s’agit, pour raconter cette fois l’histoire de Blanche-neige transposée dans l’Espagne de la tauromachie et du flamenco. À la fois fidèle aux codes du muet et totalement libre de se les réapproprier, Berger fait ainsi défiler sur l’écran les fantômes de Buñuel et de Browning, avec une photographie et un sens de la narration visuelle renversants, beaucoup d’humour et de grandes envolées lyriques. Un superbe film qui montre que le cinéma, lorsqu’il joue avec son passé, a un avenir certain.

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