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Happiness therapy

Happiness Therapy
De David O. Russell (ÉU, 2h02) avec Bradley Cooper, Robert De Niro...

Des personnages borderline et hystériques dans une comédie romantique dont la mise en scène s’autorise à son tour toutes les hystéries visuelles : David O’Russell fait dans le pléonasme et l’emphase cinématographique pour camoufler sa progressive absorption par la norme hollywoodienne. Christophe Chabert

Pat Solotano est bizarre. Il faut dire qu’il a sauvagement tabassé l’amant de sa femme quand il les a découverts nus sous la douche en rentrant de son boulot. Complètement cinglé selon les uns, temporairement perturbé selon les autres, en voie de rémission selon lui-même, on lui donne une chance de sortir de l’asile où il a atterri pour échapper à la prison, et le voilà revenu chez ses parents. Eux aussi sont un peu bizarres : la mère est surprotectrice, le père est bourré de tocs. Même ses amis sont bizarres, à leur façon : un couple très dépareillé qui ne trouve son équilibre qu’en ravalant ses frustrations, et une jeune veuve devenue nymphomane et obsédée par l’idée de réussir un concours de danse. Pour ceux qui ne le sauraient pas, David O’Russell est aussi un type bizarre : à l’époque de son manifeste cinématographique hermétique (J’© Huckabees), il donnait ses interviews pieds nus et dans une sorte de transe méditative. Happiness therapy cherche à faire de cette bizarrerie généralisée matière à un renouveau de la comédie romantique. Les personnages y chercheraient une forme d’équilibre par le chaos psychologique ambiant, et les codes les plus attendus du genre seraient rendus à leur imprévisibilité par leur comportement hiératique.

Vol au-dessus d’un nid de cocus

Ce n’est pas ce qui se produit à l’écran. D’abord parce que O’Russell adopte à son tour un style hystérique pour mettre en scène l’hystérie généralisée. Sa caméra tourne sans arrêt sur son axe ou trace de longs travellings sans motif dans tous les sens ; ça pourrait faire un style, ça flanque surtout le tournis et surtout, cela éloigne de ce qui est tout de même le cœur battant du film : ses comédiens. Tous envoient une bonne dose de cabotinage encouragé par le scénario, mais il faut reconnaître que cette générosité-là emporte parfois le morceau — et que Jennifer Lawrence est vraiment géniale. Plus problématique encore, le dernier tiers se recroqueville sur d’énormes ficelles scénaristiques, et Happiness therapy se déleste alors de ses oripeaux indé : ni éloge de la folie, ni regard sur les disfonctionnements familiaux, il est, comme Fighter, un film qui vante des valeurs parfaitement conventionnelles. O’Russell a beau écrire et filmer de guinguois ou en rajouter dans l’emphase, il ne peut plus cacher l’embourgeoisement de son cinéma.

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