Alabama Monroe

Alabama Monroe
De Felix Van Groeningen (Bel, 1h52) avec Veerle Baetens, Johan Heldenbergh...

Felix Van Groeningen renouvelle le mélodrame avec ce film poignant baigné de bluegrass, d’amour et de désespoir, qui ose une critique bien sentie des paradoxes de l’Amérique et de la fascination qu’elle procure. Christophe Chabert

Quelque chose se passe dans le cinéma flamand : après Bullhead qui dynamitait les figures imposées du film de gangsters, Felix Van Groeningen, auteur du remarqué La Merditude des choses, prend le mélodrame à bras le corps pour lui donner une nouvelle jeunesse. Le pitch d’Alabama Monroe est à peu près celui de La Guerre est déclarée : Elise et Didier s’aiment et chantent ensemble dans un groupe de bluegrass, jusqu’à ce qu’ils apprennent que leur petite fille Maybelle est atteinte d’un cancer. Là où Donzelli se cachait derrière son petit doigt pop et montrait le couple plier sans rompre comme un roseau dans la tempête, Van Groeningen, nettement plus rock, n’hésite pas une seconde à ouvrir les vannes de l’émotion et à montrer les conséquences dévastatrices de l’événement sur ses deux héros.

La première partie met en parallèle leur rencontre, la passion qui en découle, et les diverses phases de soins prodigués à Maybelle. Côté passé, le film est irradié par la présence de ses deux personnages : elle, tatouée de pied en cap, et lui, sorte de Texan égaré dans la Belgique profonde. Autant dire deux corps farouchement marginaux, qui vont, au présent du récit, devenir des parents modèles, dignes face à l’épreuve, même si on sent déjà les lézardes apparaître au sein du couple.

Splendeur en bluegrass

L’élégance de la mise en scène, avec son scope parfaitement maîtrisé et ses mouvements de caméra caressants qui viennent magnifier à la fois les passages musicaux et les instants d’intimité, renvoie aux grandes heures du mélodrame hollywoodien, mais dans un contexte totalement différent. Cette influence américaine n’est pas qu’une question de forme ; elle devient aussi un des sujets du film.

Didier, qui a dévoué sa vie à exporter l’esprit américain de la country music, se rend soudain compte que le pays qu’il admire est aussi celui qui a enfanté le fanatisme chrétien d’un George W. Bush, opposé à la recherche sur les cellules souches qui pourrait sauver Maybelle. À l’inverse, Elise, que l’on pensait d’abord plus rationnelle, sombre dans le mysticisme et les croyances. Van Groeningen, sans pour autant perdre de vue la dimension purement émotionnelle — et déchirante — de son histoire, la redouble d’une pertinente réflexion sur le paradoxe américain, nation haïe et admirée, où la mythologie et l’obscurantisme sont intrinsèquement liés. Même les yeux embués de larmes, l’intelligence de cet Alabama Monroe n’échappera à personne…

Alabama Monroe
De Felix Van Groeningen (Belg, 1h52) avec Veerle Baetens, Johan Heldenbergh…
Sortie le 28 août

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