2 automnes 3 hivers

Un joli premier film signé Sébastien Betbeder, à la fois simple et sophistiqué, qui raconte des petites choses sur des gens ordinaires en tentant de leur donner une patine romanesque, comme un croisement entre les chansons de Vincent Delerm et celles de Dominique A. Christophe Chabert

Les histoires d’amour entre trentenaires, l’angoisse de l’âge adulte, les instants fugaces, les départs et les retrouvailles, les films qui font partie de la vie et les chansons qu’on fredonne… 2 automnes 3 hivers a à peu près tout pour se faire détester par ceux qui fustigent un cinéma d’auteur français désespérément étriqué. Et Vincent Macaigne, metteur en scène de théâtre devenu «star» d’une génération de cinéastes l’utilisant dans son propre rôle d’ahuri lunatique et bégayant, y tient un des rôles principaux, ce qui ajoute au potentiel d’irritation de ce premier film signé Sébastien Betbeder.

Pourtant, malgré l’étroitesse de son rapport au monde, malgré la fragilité de son propos, 2 automnes 3 hivers possède un charme tout à fait singulier et une réelle audace derrière son apparente modestie. Betbeder tente un grand écart entre la simplicité de ce qu’il raconte et la sophistication de son dispositif, qui emprunte à la littérature, au théâtre et surtout à de nombreux artifices purement cinématographiques.

Les Amants parallèles

Un matin, en allant faire son jogging, Arman croise Amélie ; comme il veut revoir cette belle inconnue, il retourne courir, mais elle n’est pas là. Le hasard les remettra en présence l’un de l’autre, sauf qu’en voulant la défendre contre des agresseurs, Arman se retrouve avec un couteau dans le ventre… Alors qu’il va sortir de l’hôpital et vivre son histoire d’amour avec Amélie, son ami Benjamin va s’y retrouver après une rupture d’anévrisme…

Tout le film n’est fait que de cette succession de petites scènes qui ont à voir avec le quotidien, mais qui à l’écran sont sans cesse réenchantées par la mise en scène. S’adressant directement au spectateur dans un décor neutre ou interrompant l’action pour la prolonger sous forme de commentaire, les personnages ne cessent de se raconter, comme s’ils étaient à la fois dans leur vie et dans sa version romancée. Betbeder préfère montrer la grandeur de ses gens aux existences ordinaires en cherchant à les rendre beaux, touchants et fragiles. La mélancolie qui s’insinue dans le film, alliée à un certain goût du name dropping mais aussi à une réelle élégance d’écriture rappelle les chansons de Vincent Delerm, comme si elles étaient mises en musique par Dominique A. Mais sinon, c’est le grand Bertrand Betsch qui signe la BO du film…

2 automnes 3 hivers
De Sébastien Betbeder (Fr, 1h30) avec Vincent Macaigne, Maud Wyler…

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