Son épouse

De Michel Spinosa (Fr, 1h47) avec Yvan Attal, Janagi, Charlotte Gainsbourg…

Curieux film, aussi téméraire que raté, Son épouse tranche avec l’ordinaire du cinéma français. Cela tient autant à son sujet aux accents fantastiques qu’au dépaysement de l’action, démarrée dans la grisaille d’une campagne française avant de s’expatrier vers une Inde inédite, celle des asiles où sont enfermées des femmes "possédées". C’est Joseph (un Attal fantomatique) qui effectue le voyage, sur les traces de sa défunte épouse Catherine (une Gainsbourg fantôme), ex-junkie disparue dans des conditions troubles du côté de Madras. Une jeune Tamoule, Gracie, prétend être habitée par son esprit, ébranlant le cartésianisme de Joseph.

Comme Corneau dans Nocturne indien il y a vingt-cinq ans, ce choc des cultures et des croyances se traduit dans la mise en scène de Michel Spinosa (auteur du très bon Anna M.) par une certaine langueur hébétée, le rythme du film se calquant sur celui de son protagoniste, errant dans un monde dont il ne comprend ni la langue, ni les traditions, ni les valeurs. Belle idée, que le film saborde par sa construction dramatique en flashbacks, ramenant à intervalles réguliers l’action vers un laborieux psychodrame conjugal dont le seul but est d’éclairer la culpabilité de Joseph. Son épouse ne décolle vraiment que dans la scène, très forte, où Catherine va acheter de la dope à un dealer Hollandais perché — Jeroen Perceval, vu et aimé dans Bullhead et Borgman. Les deux faces du film — l’Occident dépressif et l’Inde interdite — fusionnent et Spinosa capte enfin cette inquiétante étrangeté qu’il poursuivait jusqu’ici sans succès.

Christophe Chabert

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