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Whiplash

Pour son premier film, Damien Chazelle raconte une initiation artistique muée en rapport de domination, et filme la pratique de la musique comme on mettrait en scène un film de guerre. Une affaire de rythme, de tempo et de ruptures, parfaitement maîtrisée d’un bout à l’autre. Christophe Chabert

La répétition d’un coup de baguette sur une caisse claire, de plus en plus rapide, comme des coups de feu ou, selon le titre, des coups de lasso — whiplash. Le rythme, rien que le rythme. Une demie seconde en trop ou une demie seconde trop tôt et vous êtes mort. En face, l’homme censé vous guider dans votre apprentissage, votre mentor, est aussi votre pire ennemi, celui que vous craignez le plus car vous respectez ses jugements. Lui, le rythme, il le fracasse sèchement afin de vous mettre à terre, et même plus bas que terre, pour que vous vous releviez ensuite et que vous repartiez au combat, plus déterminé que jamais. Ce qui ne tue pas rend plus fort, dit l’adage nietzschéen. Le succès est la meilleure des revanches, complète un dicton américain. Whiplash, premier film impressionnant de Damien Chazelle, raconte tout cela, et beaucoup plus encore.

Un élève doué

Voici donc Andrew (Miles Teller, échappé des romances pour ados comme The Spectacular now et Divergente) qui intègre une prestigieuse école de musique afin d'atteindre l'excellence. Or, Flectcher, le professeur qui fait la pluie et le beau temps dans son école, est lui aussi obsédé par la perfection, vantant le dépassement de soi comme seule voie vers le véritable génie. Entre eux, cela devrait coller ; mais non, leur relation sera tempétueuse. Les méthodes perverses et cruelles de Fletcher sapent la confiance d’Andrew, tout comme elles ont probablement poussé un autre étudiant au suicide.

Whiplash met en scène cette symbiose — au sens où le parasite a besoin de l’arbre pour survivre, quitte à le tuer — comme un affrontement tendu, où la mise en scène et surtout le montage sont au diapason de la musique, que ce soit celle de la bande-son ou celle des acteurs. À ce jeu, J. K. Simmons en prof tortionnaire est absolument génial. Son corps tout entier est soumis à d’infinies variations d’humeur : le sourire complice se mue en rage froide, la main qui dirige se transforme en poing qui frappe.

Si Chazelle sait créer de l’ivresse dans son film, celle-ci n’est jamais loin de la gueule de bois : on ne sait en effet qui triomphe à la fin, du darwinisme artistique sauvage prôné par le prof ou de la rage accumulée à son encontre par l’élève. Derrière sa maîtrise souveraine et sa santé contagieuse, Whiplash est un film inquiet et glaçant sur les valeurs pourries qui gouvernent notre monde.

Whiplash
De Damien Chazelle (ÉU, 1H45) avec Miles Teller, J. K. Simmons…
Sortie le 24 décembre

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