La Rançon de la gloire

La Rançon de la gloire
De Xavier Beauvois (Fr, 1h54) avec Benoît Poelvoorde, Roschdy Zem...

Cette odyssée dérisoire de deux pieds nickelés décidés à voler le cercueil de Charlie Chaplin creuse surtout la tombe de son réalisateur Xavier Beauvois, qui signe un film apathique à tous les niveaux, sans forme ni fond. Christophe Chabert

Eddy sort de prison après y avoir passé quelques années pour des trafics dont on ne saura jamais la nature, et se voit recueilli par Osman, éboueur à Vevey, Suisse. Il vit avec sa fille dans une caravane, tandis que sa femme est à l’hôpital à cause d’une lourde maladie. Nous sommes en 1977, peu avant Noël, et c’est justement ce jour-là que Charlie Chaplin casse sa pipe au bord du lac Léman. Eddy et Osman décident de déterrer son cercueil et de demander une rançon.

La Rançon de la gloire est inspiré d’une histoire vraie, comme le précédent film de Xavier Beauvois, le triomphal Des hommes et des Dieux. Entre les deux, le cinéma français n’a cessé d’adapter faits-divers et affaires célèbres, dans une quête de véracité qui va de pair avec un assèchement progressif de sa foi en la fiction. Beauvois, justement, semble avoir glissé sur la même pente : ici, l’anecdote, pourtant mince, ne débouche jamais sur un projet plus vaste où les personnages et le récit conduiraient à une forme de fantaisie ou de grâce, et où l’argument de départ ne serait que le prétexte pour tirer le film vers la fable.

Charlot(s) déterreur(s) de cadavre

Toute la première heure ressemble à un long échauffement où les comédiens (Poelvoorde et Roschdy Zem) rejoueraient sans cesse la même séquence, celle du bon gars droit qui refuse de se laisser entraîner par son magouilleur de pote. La Rançon de la gloire stagne au niveau d’un quotidien sans charme, comme la mise en scène, prisonnière de son naturalisme triste. Quand, enfin, Beauvois se décide à filmer son pitch, il s’avère surtout un piètre réalisateur de comédie. Pas de tempo, pas de suspense, des gags téléphonés et toujours cette sensation que rien n’avance à l’écran.

L’introduction d’une sous-intrigue où Eddy-Poelvoorde tombe sous le charme d’une jeune acrobate de cirque — Chiara Mastroianni — et décide de devenir clown, lance sans doute la seule piste qui viendrait justifier cet étrange non-film : en kidnappant la dépouille de Chaplin, les deux pieds nickelés deviennent sans le vouloir des héros d’un film de Charlot. Exilés, démunis, en proie à un système tenu par les nantis, ils essaient de manière dérisoire de se faire une place au soleil. On se demande vraiment pourquoi Beauvois n’en a pas tiré les leçons quant à la forme de son film : pas forcément faire un néo-muet façon The Artist, mais un vrai burlesque d’aujourd’hui, plutôt que de stabiloter ses plates images par les notes grandiloquentes d’un Michel Legrand hors sujet.

La Rançon de la gloire
De Xavier Beauvois (Fr, 1h52) avec Benoît Poelvoorde, Roschdy Zem, Peter Coyote…

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