Le goût des mélanges

Un super-héros français, un couple en crise à New York, une famille des Étrusques en voie de disparition : en février, le cinéma voyage et opère d’étonnants croisements de genres et de formes. Christophe Chabert

Est-il possible, en France, de rivaliser avec Marvel et DC Comics en matière de super-héros ? Économiquement, pas la peine de tenter une réponse ; mais si l’on croit dans la mise en scène, ça devient jouable, et c’est ce que prouve Thomas Salvador, acteur et réalisateur de Vincent n’a pas d’écailles (18 février). Il y incarne Vincent, un type ordinaire, maladroit avec ses semblables mais doué de pouvoirs exceptionnels chaque fois qu’il entre en contact avec l’élément liquide. S’il se baigne dans un lac, il peut effectuer des sauts de dauphin et s’il s’asperge d’un saut d’eau, il peut défoncer un mur à mains nues. Salvador plonge cet argument fantastique dans un quotidien très français fait de rencontres amoureuses et de gendarmes patauds, de fêtes de villages et de petits boulots saisonniers. Ce super-héros est donc taillé sur mesure pour le cinéma hexagonal, et ce film possède le charme et les limites des premiers longs d’ici, avec ce petit plus consistant à croire en l’incroyable, et à tout faire pour que le spectateur y adhère à son tour. C’est assez réussi.

Maux et Merveilles

Réalisme et magie, c’est aussi le programme des Merveilles d’Alice Rohrwacher (11 février), récompensé par un (trop) Grand Prix à Cannes. C’est pourtant la modestie de cette œuvre fragile et attachante qui séduit. En filmant une famille très féminine (quatre filles, un père et une mère), apiculteurs des Étrusques bousculés par l’arrivée d’un programme de télé-réalité, Rohrwacher confronte son propre héritage de cinéaste italienne — du néo-réalisme à Fellini — à la vulgarité télévisuelle qui s’intéresse au patrimoine humain du pays pour en offrir une parodie grotesque. Elle montre ainsi la disparition programmée de cette Italie sans âge, régionaliste et patriarcale sans nostalgie ni ironie, mais avec une distance qui l’autorise, au terme d’une fiction parfois un peu longuette, à basculer enfin dans l’imaginaire.

Dans Les Merveilles, Alba Rohrwacher incarne le second rôle de la mère de famille. On la retrouve au centre d’Hungry hearts de Saverio Costanzo (25 février) en mère névrosée et phobique qui tente de préserver son enfant d’un invisible danger extérieur. Le film démarre comme une comédie romantique avec une rencontre improbable dans les toilettes et se poursuit dans une ambiance inquiétante, fortement soutenue par la mise en scène de Costanzo qui utilise le grand angle pour déformer l’espace et les corps, et créer un malaise évoquant l’œuvre d’un Roman Polanski. Le film n’est ni évident, ni aimable ; il est rêche et opaque comme ses personnages, mais c’est aussi pour ça qu’on a envie de le défendre.

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