Futurs antérieurs

Lee Bul

Musée d’Art Moderne et Contemporain de Saint-Étienne Métropole

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Du post-minimalisme américain de Jonathan Lasker au post-modernisme mélancolique de Lee Bull, en passant par l’a-temporalité apaisée de Serse, le Musée d'art moderne et contemporain ouvre grand ses portes à la différence des styles, des temporalités, des aires géographies... Et propose une fois encore un programme artistique des plus alléchants ! Jean-Emmanuel Denave

Le Musée d'art moderne et contemporain présente un kaléidoscope d'expositions hétérogènes d'artistes peu montrés en France. Accentuant ainsi son rôle de défricheur et d'entité muséale singulière en France. Parmi les cinq principaux artistes invités ce printemps, le musée poursuit aussi deux lignes artistiques débutées il y a plusieurs années : explorer la scène asiatique contemporaine avec la surprenante Coréenne Lee Bul ; suivre les devenirs du Minimalisme américain à travers ses héritiers (qui à la fois prennent en compte ses «préceptes» et les contestent) avec le new-yorkais Jonathan Lasker, et après les passionnantes expositions Denis Oppenheim, Richard Nonnas, Joel Shapiro et Peter Halley... Né en 1948 à Jersey City, Jonathan Lasker étudie à New York à la School of Visual Arts et poursuit ses études d’art visuel dans le fameux California Institute of Arts, bastion dans les années 1970 de l'art conceptuel. A l'encontre de ses comparses conceptuels qui pensent que la peinture est morte ou destinée seulement aux artistes du dimanche, Lasker brandit ses pinceaux et reprend les fondamentaux de l'art pictural : lignes, couleurs, textures, motifs simples, en s'inspirant notamment de Frank Stella et de Robert Ryman... «Mon objectif, déclare Jonathan Lasker, est d'amener le spectateur au seuil de la narration sans le franchir, pour qu'il observe l'état d’une picturalité pure. Par conséquent, j'ai décidé d'utiliser des formes abstraites méconnaissables comme des figures de substitution; tout cela pour démontrer la condition "pure" d'être une chose dans l'espace». Sur ses tableaux de très grand format (une vingtaine seront exposés au MAMC), les couleurs acides fusent, les empâtements débordent sans complexe, les lignes sinuent et s'entremêlent... La toile frappe le regard dans une sorte d'évidence vive et directe, due en réalité à un grand travail de composition et d'équilibre inventif entre le fond et la forme. «Par-dessus tout, je voudrais que le spectateur pense. Qu’il ou elle pense à ce qui l’amène à créer des images mentales» résume l'artiste.

Mélancolique et déjantée

Si les toiles de Jonathan Lasker utilisent un vocabulaire plutôt minimaliste, les sculptures, les installations et les dessins de la Coréenne Lee Bul (née en 1964) apparaissent des plus «maximalistes» ! Performeuse dans les années 1980 apparaissant sous les traits d'un monstre tentaculaire, l'artiste a gardé trace du corps et de ses extravagances dans ses œuvres «sculpturales» baroques et protéiformes. A partir de la fin des années 1990, elle réalise des séries de «Monstres» (mêlant céphalopodes lubriques et engins futuristes) et de «Cyborgs» (sculptures hybrides en porcelaine évoquant les mangas), proches parfois de l'imagerie et de l'univers d'un Matthew Barney. Plus récemment, Lee Bul s'est lancée dans la composition d'étonnantes sculptures-installations, de vestiges de «paysages fictionnels», de maquettes futuristes et d'architectures utopiques... C'est, plus globalement, l'environnement humain qui y est exploré, questionné, distordu, tout en puisant toujours dans une imagerie cyberpunk, post-moderne et techno-scientifique. L'artiste semble à la fois fascinée et critique vis-à-vis des grandes utopies modernistes, des mythes progressistes du 20e Siècle, qu'ils proviennent de la science-fiction, des avant-gardes artistiques ou architecturales (l'architecte allemand Bruno Taut en premier lieu qui jouait dans ses créations avec la transparence et des constructions en verre). Cette ambivalence donne lieu souvent à une sorte de mélancolie plastique, sous forme de ruines et de décompositions décadentes... Au musée, on pourra s'aventurer au sein de six architectures-installations monumentales récentes, et découvrir un grand nombre d’œuvres graphiques des années 1990 à aujourd'hui.

Mélancoliques et argentiques

De ruines il sera encore question avec les œuvres photographiques d'Yves Bresson (né en 1950, vivant à Saint-Étienne) et de Massimiliano Camellini (né en 1964 à Venise). Deux œuvres qui suivent les traces mémorielles de paysages industriels désaffectés. En noir et blanc, avec une force de composition frappant le regard, Massimiliano Camellini montre les espaces fantomatiques du village industriel Neumann proche de Turin. Le temps s'y est comme arrêté, ainsi que dans certaines séquences oniriques et poétiques des films d'Andrei Tarkovski... Yves Bresson s'est lui penché sur les anciennes usines de Pont Salomon en Haute-Loire (produisant des faux et des faucilles), rouvrant ses espaces monumentaux où, aujourd'hui, la nature regagne peu à peu ses droits, la verdure enveloppant et s'insinuant parmi l'acier et le béton. En contre-point à ces images, on pourra découvrir une soixantaine de grands dessins de l'Italien Serse (né en 1952) dont le rendu hyper-réaliste tend vers la photographie. Réalisés à la poudre de graphite, ces œuvres nous invitent à pénétrer au cœur même de la réalité, de la qualité des matières représentées, des sensations physiques les plus directes. Un travail littéralement impressionnant.

Lee Bul, Jonathan Lasker, Serse, Yves Bresson et Massimiliano Camellini du 12 mars au 17 mai au Musée d'art moderne et contemporain.

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