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RCW 86, rémanent coloré.

Michael Mann et Tim Burton : des auteurs plus à la hauteur

Hasard du calendrier, le 18 mars sortent en même temps Hacker de Michael Mann et Big Eyes de Tim Burton. Deux films qui éclairent de manière passionnante la carrière de leurs auteurs, tout en laissant un goût de frustration. Christophe Chabert

Alors qu’ils régnaient sur le cinéma américain des années 80 et 90, cumulant reconnaissance critique et succès publics, Tim Burton et Michael Mann ont décroché au cours des années 2000, doublés par de jeunes cinéastes ayant fait des choix sans doute plus clairs entre l’indépendance farouche et l’ambition mainstream — Fincher, Nolan, Wes et P.T. Anderson, Spike Jonze. Il y avait donc une curiosité légitime à les voir tenter un come-back en cette année 2015, Mann avec le cyber-thriller Hacker et Burton avec Big Eyes, où il retrouve les deux scénaristes d’Ed Wood.

Auto-parodies ou autocritiques ?

Avec Michael Mann, son histoire de guerre entre pirates informatiques est, si on s’en tient à son scénario, pas loin du naufrage. Les personnages ont beau s’agiter dans tous les sens, parcourir la moitié de la planète et même ébaucher une histoire d’amour, l’intrigue est aussi passionnante que des lignes de code dans un ordinateur. Sans parler d’un Chris Hemsworth adepte de la gonflette et de la punchline, fantôme ringard du cinéma sous hormones des années 80. Mann recycle ses vieux thèmes et ses figures les plus éculées — c’est beau une ville la nuit en HD — dans un exercice à la limite de l’autoparodie. Limite car Hacker est aussi, par instants, un film d’action grandiose, où le cinéaste déploie énergie et virtuosité pour orchestrer des gunfights urbains d’un réalisme hallucinant, qui en remontrent à tous les petits maîtres actuels du blockbuster. Il est aussi aujourd’hui un des rares à pouvoir capter le flux de la mondialisation de manière tactile et concrète. Film mineur d’un grand cinéaste, Hacker montre que si Mann manque de matière, il a gardé un appétit de filmer indiscutable.

Le cas Burton est plus complexe. Big Eyes est une toute petite chose, la reconstitution assez plate d’un fait-divers des années 60 où un escroc expropriera sa femme peintre de son œuvre, gardant pour lui honneurs et célébrité. Depuis dix ans, Burton singeait sa propre marque dans des films indignes de lui, comme s’il était le VRP de sa petite boutique visuelle ; rien de tel dans Big Eyes, œuvre déflationniste, impersonnelle dans sa mise en scène et maladroite dans son casting (Amy Adams est toujours juste, mais Christoph Waltz en fait trop). Pourtant, impossible de ne pas voir en transparence Burton se livrer à une autocritique cinglante : se projetant à la fois dans la créatrice sincère et dans celui qui exploite son style pour en faire une machine commerciale, il livre un bilan acide de son cinéma, fourvoyé dans des produits hollywoodiens sans âme. Big Eyes devient alors un exercice de table rase passionnant ; mais vers quel nouveau départ ?

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