Sea Fog

Sea Fog - Les Clandestins
De Sung Bo Shim (Corée-sud, 1h45) avec Yun-seok Kim, Park Yu-chun...

L’équipage d’un chalutier coréen en faillite doit transporter clandestinement des immigrés chinois. Entre le drame et le thriller, un premier film de Shim Sung-bo imparfait mais parfois très fort, où plane l’ombre de son scénariste et producteur Bong Joon-ho. Christophe Chabert

En 1998, la Corée du Sud, dans une situation proche de celle de la Grèce aujourd’hui, subit les diktats du FMI pour remettre à flot son économie. Ce qui, bien entendu, a l’effet inverse sur ses habitants, qui plongent dans la précarité ou sont menacés de faillite.

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C’est ce qui arrive à Kang — Kim Yun-seok, fabuleux comédien vu dans The Chaser et The Murderer — capitaine poissard d’un chalutier, méprisé par sa femme qui le trompe sans complexe et contraint par le propriétaire de son bateau à accepter un contrat illicite : transporter des clandestins chinois dans la cale de son bateau. Il embringue donc son équipage dans cette "mission" périlleuse, sans trop lui demander son avis — mais comme la plupart sont de jeunes chiens fous pensant essentiellement à lever les filles lors des escales, ils ne trouvent d’abord pas grand chose à y redire. Sauf que la traversée tourne à la tragédie et ce qui se présentait comme un drame social vire en cours de route au thriller maritime.

Lutte des classes en eaux troubles

Fidèle à ce qui a fait la puissance du cinéma sud-coréen, Shim Sung-bo prépare patiemment ce mélange des genres durant la première heure de Sea Fog, plus portée sur l’observation quotidienne des rapports de force à l’intérieur du bateau que sur les morceaux de bravoure — il y en a un, toutefois, lors de l’abordage des immigrés sous une pluie battante. Confiant dans les vertus de son crescendo, il prend le risque de laisser de l’air dans un récit qui met du temps à perdre ses nerfs. C’est le principal défaut du film, sa façon de reporter longuement un incident déclencheur que l’on devine assez vite.

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Lorsqu’il se décide à rentrer dans le vif de son sujet, Shim Sung-bo s’engage dans un film de survie qui monte en puissance et en intensité, libérant au même rythme les pulsions de ses personnages et la violence de son discours, où il y a toujours plus faible que soi sur qui s’acharner.

D’une noirceur totale malgré la lueur d’espoir qu’incarne le couple formé par le jeune "apprenti" du chalutier et une des immigrées chinoises, Sea Fog porte la trace de son scénariste et producteur Bong Joon-ho. Le réalisateur de The Host et de Snowpiercer aurait sans doute poussé la mise en scène vers plus d’expérimentations et de liberté — Shim Sung-bo est beaucoup plus sage, même si les trente dernières minutes sont très inspirées visuellement.

Mais on retrouve ici le grand thème de son cinéma : un monde où les classes sociales, loin d’être abolies, continuent de se cannibaliser entre elles, encouragées par un ordre économique impitoyable et aveugle.

Sea Fog
De Shim Sung-bo (Corée du Sud, 1h51) avec Kim Yun-seok, Park Yu-chun…

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