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Microbe et Gasoil

Microbe et Gasoil
De Michel Gondry (Fr, 1h43) avec Ange Dargent, Théophile Baquet...

Un road movie dans une voiture bricolée avec deux ados en marge de la jeunesse versaillaise : Michel Gondry signe un film simple et très personnel, qui carbure à l’humour et à la nostalgie. Christophe Chabert

Insaisissable Michel Gondry ! Alors s’être embourbé dans une adaptation coûteuse de L’Écume des jours, il revenait quelques mois plus tard avec un petit film enthousiasmant où il partait à la rencontre de Noam Chomsky… Il en est ainsi depuis qu’il est passé de réalisateur de clips à cinéaste : il alterne les registres et les budgets, passe de la France à Hollywood, préservant une certaine idée du do it yourself dont il fait soit la matière de ses films, soit leur sujet.

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En cela, Microbe et Gasoil, film simple, léger dans son tournage comme dans son résultat à l’écran, est bien plus qu’une parenthèse récréative dans son œuvre ; c’est peut-être là où il dit le mieux la vérité de son projet. Et pour cause : il y replonge dans les souvenirs de sa propre enfance, qu’il projette dans une France d’aujourd’hui comme pour la marquer d’un sceau d’intemporalité.

Microbe et Gasoil, ce sont deux héros adolescents en goguette sur les routes de France, à l’intersection du teen et du road movie. Microbe est timide, passionné par le dessin, mal à l’aise face à une famille dont chaque membre semble pris au piège d’une curieuse autarcie — mère trop aimante et dépressive, père évanescent, frangin punk ; Gasoil est le fils d’un antiquaire sévère et d’une mère malade et aigrie ; tous deux se retrouvent en marge d’une jeunesse versaillaise formatée et c’est peut-être cela qui déclenche le coup de foudre d’amitié qu’ils ont l’un pour l’autre.

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La voiture-cinéma de Gondry

Les deux gamins sont comme la synthèse du cinéma de Gondry : la discrétion et la curiosité de Microbe rencontrent la folie douce et la logorrhée de Gasoil. Une alliance qui aura besoin d’un objet commun pour se concrétiser : ce sera une voiture-maison construite par leurs soins avec laquelle ils décident de partir pour le Morvan. Le cinéaste inscrit ainsi au cœur de son récit ce qui a toujours été sa marque (de fabrique) : son goût du bricolage et de l’artisanat. Plus besoin, du coup, d’y avoir recours dans la mise en scène, dénuée d’artifices, concentrée sur la vérité des personnages et le jeu de ses jeunes comédiens — Ange Dargent et Théophile Baquet, prétendant crédible à la succession de Vincent Lacoste.

Le film patine dans certaines de ses péripéties et se révèle maladroit lorsque la réalité vient s’incruster au milieu de son duo fier de son inactualité — un camp de roms brûlé, des jeunes asiatiques dealers et bagarreurs ; il est en revanche irrésistible quand Gondry s’y adonne à un humour franc du collier qui n’est pas sans rappeler celui d’un Bertrand Blier — Microbe et Gasoil sont comme les petits frères putatifs de Jean-Claude et Pierrot dans Les Valseuses.

Au détour d’un voyage en avion, il se permet même de mettre en abyme la naissance de sa vocation, ce moment où l’on découvre la force de la narration en images et du montage par un simple moment d’inattention au monde. Gondry cinéaste discret s’y fait cinéaste distrait et infiniment touchant.

Microbe et Gasoil
De Michel Gondry (Fr, 1h43) avec Ange Dargent, Théophile Baquet, Audrey Tautou…
Sortie le 8 juillet

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