Self made

Une fable sur la frontière israélo-palestinienne qui manie l’absurde avec dextérité, comme une version politique du cinéma de Quentin Dupieux.

Un matin, Michal tombe littéralement de son lit lorsque celui-ci s’écroule avec fracas. Un peu sonnée, cette artiste contemporaine considérée comme une des «50 femmes les plus influentes d’Israël» se retrouve seule après le départ de son mari, commande un nouveau lit, le monte et se rend compte… qu’il manque une vis !

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Cauchemar Ikéa + amnésie partielle : la situation de départ de Self made est déjà en soi prétexte à faire circuler un climat d’absurde et d’incertitude. Shira Geffen, co-réalisatrice des Méduses, Caméra d’or à cannes, en remet une couche : de l’autre côté de la frontière, Nadine, une ouvrière palestinienne, travaille dans l’usine qui produit les fameux lits. Elle doit franchir le check point chaque matin et, pour retrouver son chemin, sème des vis comme le petit poucet des cailloux. Aussi, lorsque Michal appelle pour se plaindre, Nadine est vite démasquée, puis licenciée.

Entre l’artiste qui ne sait plus qui elle est et l’ouvrière modèle à qui l’on propose de basculer dans le terrorisme, les barrières de la raison et de l’identité vacillent, et Self made se développe, comme les films de Quentin Dupieux dont il pourrait être une variation politique, selon une logique de l’illogique extrêmement rigoureuse. Si Geffen sait très bien où elle veut conduire scénario et spectateur, impossible d’anticiper les chemins qu’elle va emprunter pour y parvenir, tant son film se plait à brouiller les pistes, donnant ainsi lieu à de multiples niveaux de lecture.

Le film est par ailleurs brillamment mis en scène, capable de faire naître l’étrangeté d’un intérieur design, d’une vidéo d’art ou d’un enclos précaire où l’on parque les suspects en plein désert. C’est pourquoi, même si son propos est grave et son sujet brûlant, Self made est avant tout un film dans lequel on prend plaisir à se laisser égarer et manipuler.

Christophe Chabert

Self made
De Shira Geffen (Israël, 1h29) avec Sarah Adler, Samira Saraya…
Sortie le 8 juillet

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