article partenaire
RCW 86, rémanent coloré.

Cinéma : Comment ça, il n'y a pas de Mai ?

En mai, le cinéma ne fait pas ce qu’il lui plaît : il tourne autour de la Croisette, où des dizaines de films sont présentés avec tonitruance à des professionnels réunis en conclave. Le vrai public, quant à lui, devra attendre des mois pour apprécier la sélection en salles. À d’infimes exceptions près… Vincent Raymond

Sur sa Côte et sous son ciel azuréens, Cannes fait la pluie et le beau temps de l’année cinématographique. La quinzaine est ce moment prodigieux où des professionnels de la profession se livrent à un gavage insensé de productions audiovisuelles et les soumettent sans recul ni distance à leur appréciation. Se condamnant à émettre des jugements lapidaires et extrêmes, s’abstenant de tout avis mitigé parce que le rythme effréné du festival les presse et pousse à faire assaut de saillies définitives, ces intoxiqués au binge viewing s’abîment parfois dans des surenchères risibles lorsqu'elles sont suivies de prises de positions diamétralement opposées, l’exaltation cannoise évaporée. Et affligeantes lorsqu’elles ont des films pour victimes collatérales. La Forêt des songes de Gus Van Sant, vilipendé et sifflé lors de sa présentation l’an dernier n’est qu’un exemple parmi tant d’autres : il aura fallu onze mois pour faire oublier sa volée de bois vert et un faux-nez (en tout cas, un nouveau titre, Nos Souvenirs) pour qu’il puisse repointer son museau sur les écrans.

En même temps dans les salles…

Toutes sections confondues, c’est près d’une centaine d’œuvres inédites qui est officiellement présentée à Cannes entre le 11 et le 22 mai. Mais seuls six films, dont trois appartenant à la compétition, seront simultanément soumis aux yeux du public. Ouvrant le bal (et la 69e édition du festival), le Woody Allen annuel, Café Society (11 mai) réunit Jeannie Berlin, Kristen Stewart, Jesse Eisenberg et Blake Lively. Comme à l’accoutumée, le cinéaste new-yorkais s’entoure de la jeune garde pour composer une évocation des années trente. Dans la foulée, Money Monster (12 mai) de Jodie Foster s’intéressera à la finance et à ses dérives dans un thriller dont la distribution semble empruntée à Soderbergh — George Clooney y côtoie en effet Julia Roberts. Interprété par Fabrice Luchini, Juliette Binoche et Valeria Bruni-Tedeschi, Ma Loute de Bruno Dumont (13 mai), donnera un avant-goût de la compétition. Son affiche de prestige semblant taillée pour les marches rouges du Palais, scelle pour le réalisateur plusieurs retrouvailles : avec son incandescente comédienne de Camille Claudel 1915, ainsi qu’avec le Festival de Cannes où L’Humanité avait été consacré par un Grand Prix en 1999. Sa présence en lice prouve que le sélectionneur Thierry Frémaux et lui ont su se rabibocher en gentlemen, après s’être ouvertement chamaillés lors de précédentes non-sélections. Le succès de sa série P'tit Quinquin, rappelant l’importance et l’éclectisme de Dumont dans le paysage, aura sans doute contribué à la rendre incontournable cette année. Tant mieux. Sur un autre registre et hors compétition, The Nice Guys (15 mai) bénéficiera d’une projection de minuit. On doit cette comédie policière réunissant Russell Crowe, Ryan Gosling et Kim Basinger, située dans le Los Angeles des années 1970, à Shane Black, scénariste hyperactif et réalisateur du récent Iron Man 3 — les spectateurs la prendront-ils pour une récréation, trois jours à peine après le début des festivités ? Suivra bien vite Pedro Almodóvar, grand abonné de la Croisette où il vient pour la cinquième fois en compétition. Parviendra-t-il cette fois à remporter la Palme qu’il avait manquée de peu en 1999 avec Tout sur ma mère ? Adapté d’Alice Munro, Julieta (18 mai) parle une nouvelle fois de deuils, de famille, de disparitions, et intègre la sociétaire Rossy de Palma à son générique… On ne change (presque) pas une équipe qui gagne (presque)… Dernière curiosité attendue, le nouveau Paul Verhoeven battant pavillon français, adaptation de Philippe Djian avec Isabelle Huppert : Elle (25 mai). La simple juxtaposition de ces trois noms produit comme une odeur de soufre. Ce sera en tout cas l’occasion de renouer avec le cinéaste néerlandais, absent des écrans depuis une décennie. Il sera au moins indirectement présent au palmarès puisque les cérémonies d’ouverture et de clôture seront animées par son comédien Laurent Lafitte.

Mais aussi en mai…

Les palmiers ne sont pas l’alpha et l’oméga du mois de mai, loin s’en faut ! Il faut compter sur un film de Noël aux intrigantes résonances Stephen-Kingiennes, Krampus de Michael Dougherty ainsi qu’une œuvre espagnole montrant les difficultés rencontrées par un jeune homme cherchant à se faire effacer des registres catholiques, Dieu ma mère et moi de Federico Veiroj (4 mai). Sans oublier Men and Chicken de Anders Thomas Jensen (25 mai), une comédie déjantée et hybride à plus d’un titre campée par un Mads Mikkelsen méconnaissable. Vous ne verrez plus les poulets du même œil…

pour aller plus loin

vous serez sans doute intéressé par...

Mardi 26 avril 2022 Orfèvre dans l’art de saisir des ambiances et des climats humains, Mikhaël Hers (Ce sentiment de l’été,  Amanda…) en restitue deux : l’univers de la radio la nuit et l’air du temps des années 1980. Une fois encore, le prodige de son alchimie teintée...
Mardi 26 avril 2022 En pleine renaissance, le monde de la passementerie, du tressage et de la rubanerie a largement bénéficié de la recherche et de (...)
Mercredi 30 mars 2022 Il faut souvent chercher loin pour trouver les propositions ou les déclarations des candidats à l'élection présidentielle sur la culture (et parfois, sans résultat). Tour d’horizon, à quelques jours du scrutin, des mesures promises par chacun des...
Mercredi 30 mars 2022 Il te dirait quoi, ton Toi d’il y a 20 ans, s’il te croisait dans la rue ? « Sympa tes cheveux comme ça », « Dis donc t’as pris du (...)
Mardi 29 mars 2022 Des dernières Biennales Design stéphanoises aux salons du Conseil de l’Union Européenne à Bruxelles, la créatrice textile Jeanne Goutelle marque peu à peu de son empreinte colorée et responsable une œuvre où le réemploi de tissus industriels permet...
Mardi 29 mars 2022 Durant les quatre mois qui vont suivre, la Biennale Design de Saint-Étienne nous invite à « bifurquer ». Envisager la société telle qu’elle est, l’envisager ensuite telle que l’on aimerait qu’elle soit… Puis envisager les chemins possibles...
Mercredi 9 mars 2022 Entre création artistique et artisanat d’art, la frontière est souvent ténue. À Saint-Étienne, nombreux sont les créateurs aux doigts de fée qui font naître de leur esprit puis de leurs mains des objets originaux le plus souvent uniques. Nous sommes...
Lundi 7 mars 2022 Leur nom évoque tout sauf leur solide majestuosité. Les Dentelles de Montmirail regardent le Ventoux et offrent balades, restos et vins comme s’il en pleuvait. À quelques encablures de la Drôme, déjà en PACA et à 2h30 de Lyon, bienvenue dans cette...
Mardi 1 mars 2022 Le mois de mars sera une fois encore tout feu tout jazz à Montbrison, avec une programmation faisant la part belle aux jazz women : Léa Castro, Mélanie (...)
Mercredi 9 février 2022 Pour sa 30e édition, le festival Paroles et Musiques mettra l’accent sur la découverte musicale, avec, à l’affiche, les peut-être futures pépites de demain… Qui côtoieront bien sûr, les artistes installés sur la scène musicale française depuis déjà...
Mercredi 9 février 2022 Pour sa 30e édition, le festival Paroles et Musiques mettra l’accent sur la découverte musicale, avec, à l’affiche, les peut-être futures pépites de demain… Qui côtoieront bien sûr, les artistes installés sur la scène musicale française depuis déjà...
Jeudi 3 février 2022 Après une première annonce il y a quinze jours, le Foreztival poursuit sur sa lancée éclectique, en dévoilant la suite de sa programmation. A l’affiche le (...)
Lundi 3 janvier 2022 Tête connue de tous les musiciens stéphanois (et d’ailleurs), mec sociable et sympa, tatoué aux doigts de fée, Tony Bakk est de ceux qui, dans l’ombre, contribuent à la lumière des autres. Portrait d’un magicien du son.
Lundi 3 janvier 2022 Pour sa 19ème édition, le festival montbrisonnais Les Poly’Sons monte en puissance avec une riche et belle programmation qui, durant un mois entier, met à l’honneur la chanson francophone. Voici nos deux coups de cœur.
Lundi 3 janvier 2022 Entre espoir et mélancolie, son album exutoire Paradis (en référence à l’île de la Réunion) (...)
Lundi 3 janvier 2022 Depuis la sortie des films Minuit à Paris (Woody Allen, 2011) puis La La Land (Damien Chazelle, 2016), les écoles de swing ont vu un (...)
Mardi 30 novembre 2021 Il fait déjà bien trop froid et la nuit tombe bien trop tôt : bref, c’est l’hiver. Ne ratez donc pas cette (...)
Mardi 30 novembre 2021 De la brouillasse à couper au hachoir, un froid gla-glaçant surtout si on a oublié ses gants, mais des loupiotes et des chants de Noël à tous les coins de rue : ambiance parfaite pour aller se faire un petit verre de vin chaud. Allez viens, on...
Mardi 30 novembre 2021 Festival ripagérien entièrement dédié à la bande dessinée, BD'ART s’apprête à vivre sa (...)
Mardi 30 novembre 2021 Riche de ses cinq mercredis (et donc d’un nombre de sorties lui conférant un profil d’oie farcie du réveillon), le mois de décembre tient du super calendrier de l’avent, qui distribuerait encore ses surprises après Noël. Dont certaines,...
Vendredi 29 octobre 2021 Après avoir usé les partitions de Beethoven, Chopin ou Ravel jusqu’à obtenir une médaille d’or de piano en 2008,  Yannic Seddiki tombe sur l’album du (...)
Vendredi 29 octobre 2021 C'est un surclassement en carré VIP que nous offre le SyLF. Laurent Fréchuret pilote la mise en scène, Pascal Amoyel la sélection et composition musicales, (...)

restez informés !

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter