Sabrina Ouazani : Chacune sa voix, chacune son chemin

Ouvert la nuit
De Edouard Baer (Fr, 1h36) avec Edouard Baer, Sabrina Ouazani...

Portrait / Séduit par sa fougue, Édouard Baer a récrit pour elle le premier rôle de Ouvert la nuit, initialement destiné à un comédien. Une heureuse inspiration qui donne à Sabrina Ouazani une partition à sa mesure.

Il n’y a pas eu de trimestre en 2016 sans qu’elle figure sur les écrans, enchaînant des films pour le moins éclectiques : la comédie Pattaya de Franck Gastambide, le biopic inspiré de l’affaire Kerviel L’Outsider de Christophe Barratier, et enfin les drames Toril de Laurent Teyssier et Maman à tort de Marc Fitoussi. Et 2017 s’engage sous les mêmes auspices, puisqu’après avoir partagé avec Édouard Baer la vedette du pléthorique Ouvert la Nuit, on la retrouvera deux fois d’ici le printemps.

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À 28 ans depuis la dernière Saint-Nicolas, dont (déjà) plus de la moitié de carrière, Sabrina Ouazani a le vent en poupe. Elle possède aussi un sourire ravageur, volontiers prodigué, qui s’envole fréquemment dans de tonitruants éclats communicatifs. On n’aurait pas à creuser longtemps pour faire rejaillir son tempérament comique ; pourtant c’est davantage vers la gravité de compositions tout en intériorité que les réalisateurs l’ont aiguillée, l’obligeant à canaliser son intensité native.

La faute à Abdel

Le cinéaste Abdellatif Kechiche détecte le premier l’énergie de cette adolescente de La Courneuve se présentant en 2002 au casting qu’il dirige en prévision du tournage de son deuxième long-métrage, L’Esquive. Elle y sera Frida, l’un des premiers rôles de ce film événement qui secouera le cocotier professionnel… et rivale malheureuse de sa complice à l’écran Sara Forestier pour le César du meilleur espoir féminin en 2005. Qu’importe si la statuette ne lui échoit pas, Sabrina est lancée.

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Dans la foulée de L’Esquive, Jean-Loup Hubert la retient pour donner la réplique à Gérard Jugnot et Adriana Karambeu dans 3 Petites Filles (2004). L’accueil est moins enthousiaste et Sabrina découvre à cette occasion certains des aspects les moins reluisants de la profession : « J’avais 15 ans et j’étais allée regarder sur Internet les commentaires… J’avais lu des trucs racistes, ça avait été très violent. Depuis, j’ai appris à me protéger. »

Une réaction d’une saine maturité, à la fois volontaire et salutaire, faisant étrangement écho à la phrase prononcée par son personnage en conclusion du court-métrage Celui qui brûle (2016) de Slimane Bounia : « Nul d’eux ne me commandera, plutôt rompre que plier. »

« Cela me parle beaucoup (rires). Je ne me laisse pas abattre, je vais de l’avant dans ce métier pas facile tous les jours : il m’arrive de rater des castings, et parfois d’être rejetée par les financeurs. » Ça l’a rendue folle, ce jour où une personne haut placée, pensant uniquement par les chiffres, a contesté la vision artistique d’un réalisateur l’ayant choisie. Sabrina ne refuse pourtant pas l’épreuve des essais, « en général pour des premiers longs, car les jeunes réalisateurs ont besoin de se rassurer. »

Les autres avec qui elle a pu tourner, comme l’Iranien Asghar Farhadi dans Le Passé (2013), Xavier Beauvois pour Des Hommes et des Dieux (2010) ou Claude Miller dans Je suis heureux que ma mère soit vivante (2009) lui ont tous fait des propositions fermes.

Trahisons… et autres petites contrariétés

Menée avec régularité et sans précipitation au cinéma, à la télévision, épisodiquement sur les planches ou devant la caméra d’un court-métragiste (ce fut le cas avec sa complice Sara Forestier en 2008), la trajectoire de Sabrina a pourtant failli s’interrompre. Brutalement, dans la douleur. C’était il y a une poignée d’années, par la faute d’un réalisateur peu délicat à qui elle s’était longuement confiée sur ses limites quant à la nudité à l’écran, et qui était passé outre au moment du tournage.

« Il a même rajouté une scène ! Ça m’a blessée. J’aime ce métier, il me fait me sentir vivante quand je joue. Mais à ce moment-là, cela me faisait plus de mal que de bien. » Comment elle a-t-elle surmonté cette trahison ? Avec difficulté : « Dans ces périodes, on voit tout sombre. » Son agent, avec laquelle elle a a parlé longuement, lui a « remis les idées en place. » Et puis elle a entamé les tournées des films L’Oranais de Lyes Salem et Qu’Allah bénisse la France d’Abd-al Malik. « Deux merveilleuses personnes. Il y en a aussi dans le métier. (rires) »

Essayant de privilégier « les rôles qui [la] touchent et les gens qui [lui] plaisent », Sabrina reconnaît sa chance d’avoir pu, l’an dernier, naviguer d’un registre à l’autre.

En général, on a tendance à me donner des rôles de femmes fortes, de caractère ; pour un film que je vais bientôt faire, j’ai dû prouver que j’étais capable de jouer une jeune fille plus douce. Je suis actrice, c’est le but.

La raison du manque d’audace des cinéastes tient sans doute à l’une de ses belles particularités : sa voix. Rappelant Claudia Cardinale, son timbre naturellement rauque, extraordinairement sensuel, est en sus teinté d’une pointe d’accent de banlieue. Un marqueur social pour certains, une marque d’identité pour elle : « Je n’ai pas de problème avec mes origines : je n’ai pas bougé de La Courneuve, je suis restée près des miens, de mes repères et j’en suis fière. C’est une richesse, ça m’a rendue plus forte. »

Cette voix, qui fait qu’on la reconnaît dans les files d’attente, lui joue parfois des tours. « De toute ma vie, jamais on ne m’a dit “Madame” ou ”Mademoiselle” au téléphone. Quand j’étais petite et que j’appelais mon père, j’avais beau prendre les intonations les plus aiguës, on lui annonçait toujours son fils à l’appareil ! (rires) » À cause de son débit rapide, de ses intonations et de sa voix grave, on lui a dit qu’elle était agressive quand elle parlait. Sabrina s’est résolue à travailler son accent comme un Marseillais s’emploie à gommer le sien « pas parce que je fais un rejet, mais pour m’ouvrir à d’autres choses et que j’ai envie de me diversifier. »

La voix de ce court

Justement, parmi ses projets, il y a celui de doubler des dessins animés. « Un rêve de petite fille : j’aurais aimé faire Jasmine dans Aladdin, sauf que moi on m’aurait plutôt donné Jafar (rires) ! » Le 1er février, on l’entendra dans Sahara, avec Reem Kherici, Louane, Omar Sy et Frank Gastambide, « une histoire de scorpions et de serpents, donc j’avais la voix pour », et le 15 mars, on la verra face à Alexandra Lamy dans L’Embarras du choix de Éric Lavaine.

Ensuite ? « Il faut que je prenne mon courage à deux mains pour réaliser mon court-métrage » Tout est prêt : le film est écrit, la distribution trouvée — le soutien de Canal+ acquis. Demeure un petit obstacle : comme il s’agit d’une histoire assez personnelle, en rapport avec son père et l’Algérie, Sabrina ne tient pas à l’interpréter : « J’aurais peur de m’éparpiller et de ne pas avoir le recul nécessaire pour faire en sorte que l’émotion ne me submerge pas ». Et là, les financeurs aimeraient bien qu’elle soit des deux côtés de la caméra. Il va falloir qu'elle donne de la voix (qu’elle a fort jolie)…

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