Patrick Jasserand, bien dans son slip

Portrait / Président de la LISA (Ligue d’Improvisation Stéphanoise Amateure) depuis six ans, le fringant quadra fait feu de tout bois sur la scène culturelle associative de sa ville d’adoption.

Roi de l’impro, cofondateur de "Mes couilles dans ton slip" (MCDTS), membre actif des Bugnes, organisateur de soirées Popcorn… à voir le pedigree du bonhomme, on aurait pu s’attendre à un "agité du bocal" ou un fébrile "sniffeur de coke". A minima un style un peu provoc’ ou amateur de blagues salaces. Pas du tout. Hormis une tignasse dépassant (à peine) les longueurs réglementaires, Patrick arbore le look décontract et "posé" du voisin sympa qu’on croise avec plaisir : le gars cool et bien dans ses baskets… euh dans son slip. Mais comment fait-il pour cumuler autant de casquettes en plus de son boulot d’enseignant-animateur en lycée agricole ? « La passion des rencontres », dirait quelqu’un qui se la raconte. Mais lui préfère parler tout simplement d’un concours de hasards et d’une vocation certaine pour l’associatif.

Accro à l’impro

Sa passion première, c’est l’impro. Il est tombé dedans en 1999. Lointaine époque où les hommes étaient encore astreints au service militaire. Lui sera objecteur de conscience et coulera ses 16 mois obligatoires de service civil chez Forez FM (l’ancêtre d’Activ Radio) où il fait ses premières armes d’animateur et programmateur sur les ondes. C’est là qu’il ose franchir la porte de la Comedia del impro del arte à Saint-Étienne pour s’essayer à cet art hybride entre le théâtre et le sport de combat. Ça lui plait mais il se sent un peu perdu dans les rangs de cette troupe pléthorique qui comptait près de 150 membres à l’époque. Alors, un an plus tard, il décide de suivre le groupe qui fait scission pour créer la LISA (Ligue d’Improvisation Stéphanoise Amateure) autour d’une équipe d’une quinzaine de passionnés. Dix-huit ans plus tard, la troupe compte dix-huit membres de 21 à 48 ans, dont six font partie du noyau fondateur. Mais qu’est-ce qui lui plait tant dans cet exercice théâtral éphémère où l’on doit se réinventer chaque soir ? « C’est une discipline qui demande beaucoup de lâcher prise, d’écoute, et d’acceptation de l’autre » résume Patrick Jasserand. Le seul moment où il quitte son air désinvolte pour un ton un peu pompeux. Un certain goût pour le risque aussi, et l’inconnu de ce qui va ressortir de ces exercices à la fois libres et codifiés par des règles inspirées par le Hockey, sport national du lointain Québec où a été inventée cette pratique il y a quarante ans. Le public y occupe une place importante avec un pouvoir de vote pour départager les équipes lors de battles de sketches et de scénettes rythmées par un arbitre, sorte de metteur en scène en direct. « C’est assez jubilatoire d’essayer de trouver une jonction entre deux scènes au lien improbable, comme un acteur prenant sa douche qui fait face à un autre coupant un arbre. » Certes, ça doit apprendre un sacré sens de la répartie et apporter dans la vraie vie une dose appréciable de confiance en soi pour affronter des situations parfois plus cocasses que la fiction. De quoi rendre accro. La troupe de la LISA se réunit tous les lundis à la Comédie Triomphe, square Violette, pour s’adonner à son kiffe. Les troisièmes lundis de chaque mois, elle concocte un LISA Show, à la manière des talkshows américains, autour d’un animateur qui orchestre sketches et défis à exécuter par quatre ou cinq comédiens-invités.

C’est une discipline qui demande beaucoup de lâcher prise, d’écoute, et d’acceptation de l’autre

Ding dong tour

Ce rendez-vous hebdomadaire est complété par les événements ponctuels programmés lors des grandes rencontres de l’impro au niveau national ou international, mais aussi des événements ad hoc au niveau local, comme le Derby de l’impro organisé contre une équipe lyonnaise le 4 novembre, veille de la rencontre de foot OL-ASSE. Jusqu’à cette rentrée, l’équipe se produisait aussi à La Tanière à un rythme mensuel. Mais depuis la fermeture du bar de la rue de la Richelandière, elle a trouvé une alternative originale : le Ding Dong tour. Ou se faire inviter chez les gens pour une soirée privée d’impro, accessible au stéphanois lambda à condition que son salon puisse accueillir un minimum de quinze convives. « L’idée était de recréer ce moment convivial entre le public et la troupe autour d’un verre » explique Patrick Jasserand, qui est convaincu que l’impro ouvre la porte du vrai théâtre à un public qui en est sociologiquement éloigné. Cette vocation de passeur, il en a fait aussi son métier. Car, après avoir officié cinq ans sur les ondes de Forez FM, le virage commercial pris par Activ Radio lui a fait rendre son micro et chercher un autre boulot. Ce sera le hasard (ou presque) qui le fera atterrir au lycée agricole de Saint-Genest-Malifaux, d’abord comme assistant d’éducation, puis comme prof d’éducation socioculturelle. Une matière spécifique à la filière agricole, héritage de l’éducation populaire des années 60 qui a voulu faire entrer la culture dans les milieux paysans. À 43 ans, il vient de réussir le concours pour être titularisé officiellement fonctionnaire du ministère de l’Agriculture. Aujourd’hui, il pratique donc le "socioconstructivisme", autrement dit « partir du jeune, de ce qu’il est, de ses codes, et pas de ce que je veux lui transmettre. »

Cette horizontalité, on la retrouve aussi dans son rapport à ses multiples engagements associatifs. Car Patrick aime bâtir des ponts entre ses différentes passions pour la musique, le cinéma et bien sûr l’impro. C’est dans cette veine qu’il participe à la création du collectif « Mes couilles dans ton slip », une association de passionnés de vidéos, pour réaliser des web séries et des courts-métrages parodiques. Il a aussi activement contribué à l’organisation de soirées Popcorn thématisées autour de films cultes de répertoires aussi différents qu’E.T et les Tontons Flingueurs. La maturité de la quarantaine aidant, le cinéphile a fait évoluer le format cette année en soirées plus sophistiquées pour décortiquer le cinéma, en invitant des experts, comme une psy pour parler des maladies mentales lors d’une soirée de projection de Fight Club et l’Échelle de Jacob. Et la musique dans tout ça ? Elle a su se créer une place dans l’agenda déjà blindé de l’amateur de vieux vinyles puisqu’il est membre du collectif de Djs stéphanois Les Bugnes, et qu’il mixe régulièrement lors des after work qui ritualisent la vie du Stéphanois branché. Le secret de cette ultra-disponibilité ? « Quand on fait les choses bénévolement, on compte moins son temps ». Et là, on ne peut qu’improviser un silence admiratif.


Patrick Jasserand en quelques dates

29 septembre 1974 : Naît à Tassin-la-Demi-Lune (Rhône)
Janvier 1999 : Intègre la Comedia del impro del arte de Saint-Étienne
Janvier 2000 : Rejoint le groupe de création de la LISA (Ligue d’Improvisation Stéphanoise Amateure)
Septembre 2011 : En devient président
4 novembre 2017 : Organise un Derby de l’impro à la veille du match Sainté/Lyon au théâtre de la Grille Verte

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