"Au poste !" : Police parallèle

Au poste !
De Quentin Dupieux (Fr, 1h13) avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig...

Polar surréaliste / Si le script de Garde à vue avait eu un enfant avec le scénario de Inception, il aurait sans doute le visage de Au poste !, cauchemar policier qui commence par un concert et s’achève par un éternel recommencement. Du bon Quentin Dupieux avec Poelvoorde et Ludig.

Un commissariat. Une déposition. Celle d’un homme entendu par un policier après la découverte d’un cadavre au pied de son immeuble. Mais l’audition ne se déroule pas comme prévu. Quant au récit trop banal du témoin, il en devient étrange. Voire carrément bizarre…

Quentin Dupieux est peut-être la seule personne au monde à s’être demandé à quoi pouvait ressembler la réaction chimique de Buñuel sur Verneuil catalysée par du Jessua saupoudré de Pierre Richard. En même temps, le produit obtenu est du pur Dupieux : un concentré de comédie absurde où précipitent des cristaux d’onirique et floculent des particules théoriques. Une comédie au premier degré et demi, qui ne lésine pas sur les effets basiques de situations, de gestes (chutes, grimaces etc.) ou de répétition (comme le tic verbal récurrent, « c’est pour ça » ), et qui vrille volontiers vers l’insolite, emboutissant les dimensions. Il suffit ici que l’interrogatoire convoque le passé à l’oral pour qu’il soit aussitôt réactivé à l’image, permettant aux protagonistes d’y effectuer des allers-retours, de visiter l’espace mental des souvenirs et l’habiter.

Bébel et bien

Par cette projection des images antérieurement vues par ses personnages, Dupieux “réinvente“ le cinéma — un cinéma dans le cinéma, “inceptif” et immersif pour les protagonistes de Au poste ! Ce cinéma au carré fait écho à son écriture référentielle, qui évoque par des biais divers les polars populaires des années 1970-1980 : l’affiche consitue ainsi une allusion directe aux Belmondo époque “Réné Chateau“. Le choix des décors n’est pas moins signifiant : symbole d’une France pompidolienne en mutation, l’architecture néofuturiste des tours tout en béton, avec ses perspectives, ses esplanades et ses lumières permanentes, est un marqueur fort d’une modernité aujourd’hui surannée, mais à jamais conservée dans Peur sur la ville, L’Imprécateur, Armaggedon, Adieu Poulet, Dernier domicile connu et tant d’autres témoins des la modification de l’urbanisme hexagonal.

Maintenant, même si la dimension remix et théorique vous fait flic, allez-y : vous allez vous marrer.

de Quentin Dupieux (Fr., 1h35) avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize… (sortie le 04 juillet)

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