Décembre : On met les petits plats dans l'écran

Panorama ciné / Avant de vous ruer sur les douceurs empapillotées et les présents enrubannés, offrez-vous une respiration cinématographique. Vous l’avez bien méritée !

Parmi le terrible cortège de rites imposés par Noël figurent en bonne place les réveillons et les retrouvailles avec sa parentèle. Si l’on choisit rarement sa famille, il reste possible de faire le tri parmi les films du mois qui l’abordent sous toutes ses coutures et dans toutes ses (re- ou dé-)compositions. Dans Pupille (5 décembre) Jeanne Herry donne à suivre le parcours d’un bébé né sous X, de la maternité à son adoption par une mère célibataire en passant par l’assistant familial et surtout le lourd protocole psycho-administratif. Une mosaïque de portraits et de situations, sans jugement moral, donnant à apprécier la misère du monde, et les ressources d’amour qu’il peut contenir. Si avec ça Gilles Lellouche ne décroche pas un parallélépipède l’an prochain… Palme d’Or, Une Affaire de famille de Hirokazu Kore-eda (12 juin) parle aussi d’une adoption : celle d’une gamine délaissée recueillie par une famille de petits truands fantasques et affectueux. Une tendre série de tranches de vies nippones canailles qui glisse soudainement dans le drame. Il donnera envie en sortant de se faire de gros hugs.

Il en manque aux protagonistes du premier long métrage réalisé par le comédien Paul Dano, Wildlife - Une saison ardente (19 décembre), récit de l’inéluctable éloignement entre les parents d’un ado des sixties sur fond d’incendies dans l’arrière-pays. Campé par Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal, le couple incarne un idéal désabusé du Rêve américain à qui quelques ultimes miettes de réussite peuvent encore échoir. Il y a de la grandeur tragique dans leur déchirure.

En dépit de son titre inquiétant, le nouveau Diane Kurys Ma mère est folle (5 décembre) raconte l’histoire d’une réconciliation entre une génitrice mythomane et son fils ayant réussi à s’éjecter de son orbite pernicieuse. Fanny Ardant a dû prendre un malin plaisir à être aussi infernale dans cette histoire somme toute über classique et téléfilmesque, mais qu’elle rehausse de son étrangeté coutumière. Enfin, dans Monsieur de Rohena Gera (12 décembre), on observe avec ravissement la nouvelle génération indienne faire fi des vieux codes et des différences sociales dans cette histoire tendre entre une servante pauvre et un jeune homme riche et malheureux. On peut encore rêver.

Tout pour la musique

Que seraient des fêtes de fin d’année sans clochettes tintinnabulantes ni ritournelles de saison ? Pour autant, on peut aussi désirer un accompagnement musical alternatif et c’est justement ce qu’offre Leto (5 décembre), biopic libre de Viktor Tsoï. Cette figure de proue de la punk/new wave russe des années 1980 avec son groupe Kino a en effet inspiré la voix divergente et très contemporaine du cinéaste Kirill Serebrennikov — assigné à résidence depuis le tournage de ce film par le Kremlin. Reconstitution sobrement (et tristement) réaliste soulignée par un rigoureux noir et blanc, Leto s’échappe volontiers dans la fantaisie en proposant des ruptures sur le mode “voilà comment cela aurait pu se passer“ où l’image scarifiée et la chanson prennent le pas sur la froideur factuelle. Très punk, dans l’idée.

Ludovic Bernard opte pour un conte plus classique avec Au bout des doigts (26 décembre), où comme dans L’Ascension (sa réalisation précédente), un d’jeun’s s’extraie de sa banlieue en réalisant un exploit : ici, il est repéré comme un génie du piano par un ponte du Conservatoire de Paris et doit apprendre… à apprendre, en luttant contre ses préjugés, le déterminisme social, ses mauvaises relations, son orgueil etc. Ultra téléphoné, mais au lendemain de Noël, un feel-good movie avec Lambert Wilson en gentil prof (doté d’une faille intime), ça peut aider à faire glisser les marrons glacés.

Cadeaux bonus

Quelques inclassables pour finir en beauté l’année. Le cinéma iranien fait rarement des faux-pas et nous ravit avec Pig de Mani Haghighi (5 décembre), comédie-thriller façon Alex de la Iglesia où un tueur en série décapite les cinéastes à succès. Un Vidocq aurait été utile pour mener l’enquête ; pourquoi pas celui de Richet interprété par Vincent Cassel dans L'Empereur de Paris (19 décembre), reconstitution épique et soignée qui remplace avantageusement la blague ésotérique avec Depardieu en rappelant la série avec Brasseur. Enfin, pour finir sur une note plus poétique, pourquoi ne pas partir dans les Andes avec Pachamama de Juan Antin (12 décembre), superbe évocation des peuples précolombiens dans un graphisme atypique ? Comme les cadeaux, vous serez emballés.

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